CHANGEMENTS DANS LA COMPOSITION DES STKATES
Il est aisé d'expliquer pourquoi les plans de stratification d'une même couche ne sont pas rigoureusement parallèles. Quielles résultent d'une sédimentation chimique ou d'une sédimentation mécanique^ les strates diminuent d'épaisseur à mesure qu'elles s'éloignent des points d'où elles ont reçu leurs éléments. Ces points sont le littoral pour les roches détritiques. Pour les roches formées par voie de précipitation chimique, les points marquant l'épaisseur maximum des strates coïncident avec les orifices des sources pétrogéniques qui apportaient à ces roches les substances dont elles sont composées. L'amincissement des couches ou d'un ensemble de couches peut^ dans ce cas^ être assez prononcé pour donner à nn dépôt une disposition lenticulaire : je vais en citer un exemple.
DtopoftuoD icnttcaïaire tfo rypie. — « Le gypse parisien^ dit M. Delesse, ne forme pas de couches continues, mais des lentilles accidentelles qui sont extrêmement allongées. L'hypothèse paraissant la plus propre à rendre compte des faits observés^ consisterait à admettre que le gypse a été déposé par des eaux chaînées de sulfate de chaux qui venaient de l'intérieur de la terre. Â cause de sa faible solubilité^ le gypse devait s'accumuler surtout près des points d'émergence et non pas dans le fond des bassins. Il se déposait avec une pente et avec une épaisseur variables. C'est vers les points d'une même lentille^ pour lesquels l'épaisseur est la plus grande^ que se trouvaient vraisemblablement les points d'émergence. Comme le gypse du calcaire lacustre^ des sables moyens et des marnes du calcaire grossier est en couches parallèles intercalées dans ces terrains ; il est nécessairement contemporain de leur dépôts et il n'a pas été introduit postérieurement. Quelque soit
le phénomène aiiqnel il faille attribuer la formation du gypse, sa durée comprend une jurande partie du terrain éocène. Ce phénomène s'est manifesté dès le calcaire grossier; il s'est reproduit dans les sahles moyens, dans le calcaire lacustre, et enfin, il a acquis son intensité maximum dans le terrain de gypse pro[)rement dit. Il s'est continué presqu'à la même place pendant toute celte longue période, puisque c'est surtout (juand le gypse présente une grande épaisseur dans le terraio gypseux qu'il se rencontre aussi dans les étages inférieurs. » (Comptes rendue de V Académie des Scie)ices, 6 mai iSGl.)
etianffementfi de componlllon des Atrates dans le sens borixoattl. —
Une couche varie sous le rapport non seulement de sa puissance, mais aussi de sa composition. Parmi ces changements de composition, je citerai celui ([ui résulte du passage d'une roche détritique à une roche formée par voie de précipitation chimique.
Si l'on suit une couche de gompholite ou de poudingue calcaire, on voit, d'un coté, les cailloux devenir de plus en plus nombreux cl transformer en conglomérat la roche dont ils font partie, tandis que, dans le sens opposé, ils finisseut par dis[)araître et i)ar faire place à liu calcaire plus ou moins compacte.
La figure ^^> représente, à gauche, une falaise doù le5 vagues et les courants ccMiers ont entraîné les débris constituant une roche délriticjue (|ui borde le littoral. A mesure que Ton se rapproche du côté droit de la ligure, on voit ces débris diminuer en nombre et en volume, tandis que l'élément qui leur sert de ciment augmente.
En continuant a se diriger dans le même sens, on verrait Li même couche subir des cbaniJiemcnts de composition
CHANOBHENTS DANS LE SENS VEHTICAI..
Ml
et de couleur qui ne peuvent
être repré«nté8 sur la figure.
U Bobstauce , qui joue dans la
roche détriUque le rôle de
ciment, peut devenir, en s'iso-
lant de plus ea plus, un calcaire
compade; elle a été amenée
jaillissant k une certaine dis-
tance de la côte. Plus loin, la
rocbe pourra prendre une
nuance rougeâlre de' plus en
plus vive; cette nuance sera
ta
due à une matière ferrugineuse
amenée par une autre source
autour de laquelle le ter se
sera déposé en quantité suffi-
sante pour être exploité. On
même couche et, à plus ferle
raison, un même terrain va-
rient de composition d'un point
à un autre.
CMDcemcnti «le conpoilUca aama
U ttm» *niic*i- — Dans la piupapt des cas, les couches sont séparées par deslits très minces qui diffèrent, par leur a«[>cct et leur composition, des couches entre lesquelles ils sont inter-
526 PRODROVE DE GÉOLOGIE.
calés. Entre deux strates de grès et de poudingue , s'interposera un lit d'argile; deux bancs d'un calcaire plus ou moins compacte seront séparés par un lit de marne. C'est par l'interposition de ces lits de nature diverse que s'opère parfois le passage entre deux ensembles de couches offrant une composition différente. Les petits lits marneux peuvent acquérir une épaisseur de plus en plus forte aux dépens des couches calcaires entre lesquelles ils sont intercalés et finir par se rencontrer. Des alternances de bancs marneux et de bancs calcaires établissent ainsi un passage entre une assise exclusivement marneuse et une assise exclusivement calcaire. Mais^ dans d'autres caS; ce passage s'effectue d'une manière brusque et deux couches en contact sont tout-à-fait distinctes par leur nature et leur composition.
Une ou plusieurs couches oSirant^ sous le rapport de leur composition ou de leur aspect^ des caractères communs, constituent une assise; de même^ un étage peut être formé par une seule assise ou par la réunion de plusieurs assises. Une conséquence de ces deux faits^ c'est la possibilité pour un étage ^ très puissant dans une région donnée^ d'être réduit, dans une région limitrophe, à une couche de quelques centimètres d'épaisseur. Le terrain kellovien, par exemple, diminue en importance à mesure que l'on s'éloigne de la Bourgogne pour se rapprocher du Jura. Son épaisseur, qui est de 10 mètres aux environs de Châtillon-sur-Seine, ne dépasse pas 50 centimètres dans la Franche-Comté, et même, dans quelques localités, s'y montre encore plus réduite.
La surface des strates est tantôt parfaitement plane, tantôt plus ou moins rugueuse et bosselée ; ces différences proviennent du mode plus ou moins régulier qui a présidé à l'accumulation des matériaux dont chaque strate se compose.