‹ Prodrome de la classification des reptiles ophidiensChapitre 21 sur 67 · CINQUIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME FAMILLE

CARACTÈRES ESSENTIELS.—Serpents Aglyphodontes, sans dents au palais.

Nous avons désigné, sous ce nom d’UPÉRoLISSIENS (1), les Serpents dont les dents ou les crochets des os sus et sousmaxillaires, étant lisses ou sans cannelures, sont remarquables par ce caractère, qu'ils manquent entièrement de crochets palatins et ptérygoïdiens, dont l'existence est si générale dans tout l’ordre des Ophidiens. C’est ce qui fait que la voûte de leur palais est polie entre les deux rangées des longues dents susmaxillaires.

La place naturelle qui doit être assignée à ces Serpents est assez douteuse, dans le sous-ordre auquel nous les rapportons. Il y a un peu d’inégalité dans la longueur proportionnelle de la rangée supérieure des crochets, et ceux qui garnissent la région moyenne du bord susmaxillaire sont là un peu plus longs et plus forts qu'aux deux extrémités. Cette disposition fait que, lorsque la proie est saisie entre les deux mächoires, elle se trouve beaucoup plus solidement retenue sur les bords externes de la bouche; ce qui semble d'autant plus nécessaire, que la victime ne pouvait être accrochée et arrêtée dans la région médiane du palais, puisqu'il n'y a pas là de crochets.

(1) De ômepwa, le palais, palatum, et de ook, lisse, læve, sans aspérités : palais

lisse, plan, ou sans crochets.

Un seul genre, celui des Oligodons, de la famille précédente, qui est celle des Calamariens, semble lier ces deux groupes; mais ici les gastrostéges sont un peu plus distinctes, et le bout de la queue est terminé brusquement, comme s’il avait été tronqué. Il se trouve, en outre, protégé par une sorte d’étui caudal d’une solidité remarquable.

Les espèces des genres rapportés à ce groupe ont le corps court, arrondi, et cependant un peu plus épais vers la queue; elle est courte, quelquefois tronquée et protégée par des écailles plus solides qui deviennent comme des boucliers protecteurs. D'ailleurs, la tête étant en arrière confondue avec le tronc, et le museau prolongé au-dessus de la bouche qui est petite, nous avons cru trouver quelque analogie dans leur physionomie générale avec les Rouleaux, Tortrix, et les Cylindrophuis, qui leur ressemblent par la forme du tronc : mais ces derniers ont le palais garni de crochets bien distincts.

C'est, comme nous avons bien soin de l'indiquer, à M. J. Müller que l’on doit l'indication de cette famille, dans laquelle il ne plaçait que les deux premiers genres, auxquels nous avons cru devoir en associer deux autres.

Ainsi, quatre genres, dont nous allons faire connaître les noms, appartiennent à cette famille et sont faciles à distinguer.

Dans l’un de ces genres, une seule grande écaille, terminée en pointe, protége le petit bout du tronc, quiest moins tronqué que dans les trois autres : nous l’avons nommé, à cause de cette pointe qui représente un aiguillon, Plectrurus.

Dans les trois autres genres, la queue est plus distinctement comme mutilée ; elle est arrondie et enveloppée d’une

: DE LA CLASSIFICATION DES SERPENTS. 49 plaque cornée mousse, dans le genre que M. Hemprich avait appelé Rhinophis.

. La queue est plate et terminée par une seule écaille épineuse dans le genre Uropeltis de Cuvier, et par plusieurs lames carénées dans un genre que nous avons appelé Coloburus. Ce sont tous Serpents des Indes orientales.

Six espèces appartiennent à cette famille :

G. J. Rainorms , dont la queue en cône, tronquée à son extrémité libre, est enveloppée dans une seule écaille cornée. 4. R. Philippinus, de Müller. — Typhlops de Cuvier, Règne animal , t. Il, p. 74, n°5.

2. R. oxyrrhynchus.—Hemprich, Wagler, Syst. amph., p.195. 5. R. punctatus. — Müller; pseudo-typhlops , oxyrrhynchus, Schlegel, Abbild., t. XIE, p. 45.

G. Il. Urorscris, Cuvier. — Queue plate, comme tronquée, terminée par une pointe ; les autres écailles lisses.

4. U. Philippinus, Gervais. — Mag. zool., Guérin, class. El, pl. 45.

G. 11. Cocogurus. —Queueplate, tronquée, terminée par des rangées d’écailles à deux carènes et épineuses.

4. C. Ceylanicus. — Pseudo -typhlops, Schlegel, Abbild. amph. , p. 45. | G. IV. PLecrrurus. — Queue courte, un peu conique, enveloppée à sa pointe par une plaque hérissée d’épines.

4. P. Perrotetii. — Espèce nouvelle, recueillie sur les monts Nilgherries (Indes orientales), pl. 1, n° 5 de ce mémoire (la tête

osseuse).

OPHIDIENS AGLYPHODONTES. PLAGIODONTIENS.

SIXIÈME FAMILLE

CARACTÈRES ESSENTIELS. — Les crochets ou dents susmaxillaires, et surtout les pointes acérées et nombreuses des os ptérygo-palatins, sont toutes dirigées en dedans et portées en travers les unes vers les autres et dans la ligne médiane.

Cette disposition est très-remarquable dans des animaux vertébrés, car elle n’a d’analogie que dans les mächoires paires de plusieurs Annelides dont la matière cornée et tranchante offre une organisation qui correspond à un même usage, celui de retenir la proie dans la région moyenne de la bouche. (Voir la figure de la tête osseuse sur la planche [", n° 6, jointe à ce mémoire : c’est celle du Plagiodon Hélène.)

D'un autre côté, la faiblesse des mâchoires et la direction inclinée des dents vers la ligne moyenne du palais semblent rapprocher le genre unique, mais très-remarquable, qui se trouve jusqu'ici compris dans cette famille, de celle des Upérolissiens d’une part, de l’autre de celle des Calamariens par les Oligodons, et, sous quelques rapports, de la famille des Leptognathiens.

Le corps est revêtu sur les côtés d’écailles lisses, à peu près semblables entre elles ; cependant celles du dos portent une petite ligne saillante. Les gastrostéges se relèvent contre les

(1) De rxyus, oblique, en travers, transversus, et 86oûc, 68ovros, dent.

flancs; celle qui recouvre l’orifice du cloaque est unique. Les urostéges sont distribuées sur deux rangs ; mais le bout de la queue est emboîté dans une écaille conique qui porte en dessus la trace d’un sillon.

Tous, comme Aglyphodontes, ont les dents lisses à peu près égales entre elles pour la longueur, et parce que leurs téguments sont recouverts d’écailles ; mais le peu de longueur des crochets et leur convergence vers la ligne moyenne de la bouche ont été les motifs qui nous ont engagé à les isoler ainsi pour former les types d’une famille nouvelle, dans laquelle on aura sans doute occasion de faire entrer d’autres espèces par la suite, quand les occasions pourront se présenter d'observer cette particularité; mais jusqu'ici nous n'y avons rangé qu'un seul genre, qui sera nommé PLraGionon (nobis). Le caractère assigné à cette famille suffira, puisqu'il n'y a Jusqu'ici que ce seul genre, dans lequel on a placé les deux espèces suivantes :

4. P. Hélène. — Couleuvre Hélène, Daudin, Rept. 6, pl. 96; copiée de Russel, Serpents des Indes, pl. 52, du Bengale. Nous avons fait représenter ses mâchoires dans la figure 6 de la première planche jointe à ce Mémoire.

2. P. queue rouge.—Erythrurus, Sal. Muller; du musée de Berlin : de Java.

OPHIDIENS AGLYPHODONTES. ISODONTIENS.

SEPTIÈME FAMILLE

CARACTÈRES ESSENTIELS. 7 'outes les dents sont semblables ; la téte est distinguée du cou par sa largeur.

Ainsi que ce nom est destiné à le faire connaître, cette famille comprend des Serpents dont toutes les dents sont sans cannelures, et dont celles qui garnissent en particulier le bord des os susmaxillaires, placées presqu'a égales distances entre elles, sont en même temps de longueur à peu près semblable.

Rangés dans le sous-ordre des Aglyphodontes, les genres placés dans ce groupe nombreux réunissent toutes les espèces qui auraient pu être considérées comme de véritables Couleuvres; mais, pour la facilité de l'étude et de.la classification, nous avons dû les rapprocher entre elles et les distinguer de toutes les autres familles d’après les considérations suivantes.

D'abord des Syncrantériens et des Diacrantériens, dont les crochets postérieurs sont beaucoup plus longs et plus forts que ceux qui les précèdent sur la même rangée.

Secondement des Æolodontiens et des Æprotérodontiens, dont les dents susmaxillaires vont en diminuant de devant en arrière, avec cette particularité, que les premiers offrent en devant des crochets particuliers implantés dans l'os incisif, qui ne se retrouvent chez aucun autre Serpent.

Viennent ensuite les Zycodontiens, dont quelques dents de l’une ou de l’autre mâchoire sont beaucoup plus longues que celles qui font partie de la même série ou du même rang ; les Leptognathiens, dont les mâchoires supérieures sont courtes et les crochets très-faibles; les Upérolissiens, ayant les os

ptérygo-palatins lisses, ou la partie moyenne du palais privée de crochets, ce qui les distingue par cela même de tous les autres Serpents.

Près de cette famille peut se ranger celle de quelques petits Serpents dont les mâchoires sont aussi très-faibles, mais dont les os palatins sont garnis, ainsi que les susmaxillaires, de fort petits crochets dont les pointes sont dirigées en dedans, ou tournées et inclinées à l'intérieur, et que nous avons nommés, à cause de cette particularité, les Plagiodontiens.

Viennent ensuite deux familles que la forme particulière des écailles ou leur apparence extérieure fait distinguer de prime abord : savoir, les Æcrochordiens, dont la peau est garnie de tubercules enchâssés, rugueux et saillants comme des aspérités ; tandis qu’au contraire des écailles lisses et situées les unes sur les autres, à la manière des tuiles, rendent la surface de la peau des Calamariens lisse et polie, en même temps que la totalité de leur corps est le plus souvent à peu près de la même grosseur de la tête à la queue.

Il ne reste donc que les Colubriens, qui sont en effet semblables aux Serpents rapportés à la famille particulière que nous étudions ici; mais ils en diffèrent par cela seul que leurs crochets susmaxillaires vont successivement en croissant de longueur de devant en arrière, tandis que dans les Zsodontiens ces dents sont toutes semblables en force et en longueur, et espacées à peu près à des distances égales.

Les neuf genres que nous avons inscrits dans cette famille réunissent, comme on va le voir, un grand nombre d'espèces qui ontentreellesbeaucoup de rapports et une si grande analogie que nous avons été obligés, pour établir leur arrangement méthodique, de nous arrêter à des caractères extérieurs

qui nous ont offert un moyen assez commode pour déterminer le rapprochement des espèces.

Ainsi, à la première vue, on reconnaîtra le genre Dendrophide, parce que, semblable aux Bongares sous le rapport de la distribution et de la forme des écailles, on voit le long du dos de ces Serpents une série de plaques polygones, plus grandes que les écailles des parties latérales du tronc, qui est très-long et terminé par une grande queue.

Un second moyen, artificiel il est vrai, mais utile pour séparer deux autres genres de cette famille, c’est la forme générale du tronc, qui, au lieu d'êtrearrondi et à peu près cylindrique,se trouve comprimé latéralement, de sorte que la hauteur verticale l'emporte évidemment sur la coupe qui en serait faite en travers ou horizontalement. Dans l’un, celui des Spilotes, la tête estcourte, presque aussi haute que large, et assez distincte du tronc. Les espèces qui, ayant encore le corps comprimé, ont la tête mince et allongée, sont réunies sous le nom générique de Gonyosome.

Dans toutes les autres Couleuvres à dents lisses, égales en longueur et rangées à des intervalles à peu près semblables, le tronc est arrondi, et, si on le tranchait en travers, la hauteur et la largeur seraient les mêmes. Parmi celles-là, nous distinguons les espèces dont le museau est prolongé et s’avance comme une sorte de groin; elles constituent le genre que M. Michaelles à désigné sous le nom de Rhinechis, et qui offre cette particularité, que les écailles sont lisses chez les uns et carénées chez les autres.

Dans les espèces dontle museau est mousse ou arrondi, il en est, comme celles du genre Æerpétodryas, dont la queue est fort longue et atteint près de la moitié de la totalité du

ox

corps; tandis qu'elle est, au contraire, très-courte et trèsrobuste, dans le genre que nous appelons Callopisme. Lorsque, à une queue, médiocre pour la longueur et les dimensions , il se joint des écailles lisses, ce sont des Æblabés; ou quand ces écailles sont garnies d’une ligne saillante, on reconnaît par la position des narines, comme dans tous les Serpents qui vivent dans l’eau, que ces espèces appartiennent au genre Zrétanorhine, lorsque ces orifices sont rapprochés et percés presque verticalement; mais quand les trous des narines sont situés latéralement, ces Serpents constituent le genre Élaphe, qu'on ne retrouve pas dans les eaux.

Le tableau synoptique suivant donne l'analyse de cet arrangement systématique, dans lequel l’ordre de numéros place successivement les Serpents qui aiment à grimper sur les arbres, puis ceux qui sont plus terrestres.

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