RÉSUMÉ
cent et, de l’autre, qu’étant en rapport avec les traitements auxquels on soumet les végétaux, il peut, sous cette double influence, se manifester des phénomènes très-divers, de sorte que lesindividus qui y sont soumis peuvent parfois présenter les caractères les plus étranges sion les compare à ceux que présententceux dont ils proviennent. Non-seulementleur facies peut être différent, mais leur organisation même peut être sensiblement modifie. On a pu voir, aussi que tous les végétaux sont plus ou moins plastiques, que les formes, la plupart, trañsiloires et locales, ne sont que des modes, que prennent les individualités végétales, pour,se mettre en harmonie avec les conditions dans lesquelles elles croissent.
De ces faits découle cette conséquence qu’il est tout à fait impossible de fixer d’une manière absolue ce qu'on nomme ESPÈCE.
On savait dejà qu’une plante quelconque étant donnée, on pouvait, à l’aide de ses graines el sans qu'il y aiteu d'autre fécondation que celle qui s’est faite entre ses fleurs, obtenir des variétés, mais on croyait que les limites des variations étaient très-bornées, ce qui n’est pas, tant s’en faut. Mais ce qu’on ne savait peut-être pas assez, c’est qu'un végétal peut, sur ses diverses parties, émettre des productions très-différentes de celles qu’il présente normalement, et, comme d’une autre part, ces productions peuvent se multiplier et conserver les caractères exceptionnels qui se sont montrés, on peut, par le seul fait du sectionnement, obtenir des individus qui présentent des particularités parfois très-différentes de celles qu’offrent les individus dont ils proviennent. Ces faits, nombreux, sont aujourd’hui hors de doute. Si De.
Quant aux conséquences que la pratique horticole peut tirer des faits que nous avons rapportés, elles sont très-importantes. En suivant la marche que nous avons indiquée pour les différentes opérations, si l’horticulteur ne peut, à sa volonté, faire naître les variétés, il peut du moins en provoquer l’apparition, et conserver ces variétés lorsqu'elles se sont produites. Mais une fois qu’un ébranlement spécifique a eu lieu, qu'un affolement s’est produit, l’horticulteur pourra, en s’emparant de ce mouvement, le diriger dans le sens le plus propre à satisfaire ses vues, et obtenir, pour ainsi dire à sa volonté, telle ou telle forme qu’il désire. ;
À l’aide des données que nous avons indiquées, l'horticulteur pourra aussi, dans certains cas, distinguer les variétés dont, très probablement, il n’a plus rien à attendre et en même temps apprécier celles sur lesquelles il doit tout particulièrement porter son attention. D'une autre part encore, en se basant sur les principes que nous avons indiqués, il pourra, à l’aide de la fécondation artificielle, modifier les individus, extérieurement et intérieurement, de manière à les approprier à ses besoins.
Nous osons donc croire que nofre opuscule sera doublement utile, d’abord à cause des faits qu’il renferme, ensuite et surtout, à cause de la nouvelle voie qu’il ouvre aux investigations, et des recherches qu’il provoque. :
Le champ est vaste, nous avons essayé de le déblayer et d’y planter quelques jalons, espérant que de hardis explorateurs ne craindront pas de s’y aventurer. Les fruits qu'ils en retireront pourront avoir l'écorce dure et amère, mais les sucs que contiendront ces fruits, succulents et doux, procureront la force et la santé au corps, le calme et la jouissance à l’âme ! but que doit avoir tout travail humain, conformément à cette belle parole du Christ : « L'homme ne vit pas seulement de pain. » ss
Note 4. — Nous nommons dimorphisme : 1° le phénomène qui fait que, sans cause connue, il se développe sur l’une ou sur l’autre partie d’un végétal un bourgeon dont la forme et l'aspect diffèrent de ceux que porte ce végétal. Ainsi le Hêtre commun produisant un rameau à feuilles laciniées, le Podocarpus Koraiana produisant une branche dont les ramifications sont verticillées et étalées, au iieu d’être éparses, et dont les feuilles sont distiques au lieu d’être disposéesalternativement autour des branches, ainsi qu’elles le sont normalement, sont des faits de dimorphisme. 2 Nous nommons également dimorphisme tout changement qui se produit sur un végétal, quel que soit le temps qu’ilmette à s'accom-
plir. Ainsi des Pommes de terre longues, produisent des pommes de terre ronde :ou bien des longues en produisant des rondes, ef vice versé; des Haricots longs, cylindriques, produisant soit des Haricots plats, soit des Haricots subsphériques et vice versd; des Haricots nains produisant des Haricots volubiles, sont des faits de dimorphisme. D’une manière générale, dimorphisme signifie forme différente sur un même individu, que le changement de forme soit complet ou partiel. ,
Pris dans son sens le plus absolu et considéré dans l'ensemble de tous ses caractères, le dimorphisme peut, d’après les particularités qu’il présente, être partagé en deux sections, l’une qui comprend tous
les faits qui se manifestent brusquement : c’est le cas du étre à feuilles de Fougére, du Rosier à feuilles de Chanvre, du Cerisier anglais à feuilles de Saule, du Verjus à grains longs, etc., ete. ; l'autre qui comprend toutes les transformations lentes : c’est le fait du Rosa eglanteria, des Tulipes, des Iris Xiphium. (Note 2), du Viola Kothomägensis pailida (note 45). etc. A la rigueur on pourrait établir une troisième section qui comprendrait toutes les transformations dues à l’âge des individus, qui sont les conséquences de leur adullilité. Toutefois, cette dernière série de phénomènes ne se montre que chez les espèces polymorphes, qui changent d'aspect, de formeet de nature lorsquelles vieillissent, etsurtoutlorsqu’ellesfructifient ; telles sont les Lierres, le Ficus stipularis ou scandens, les Eucalyptus, ete. etc. L’horticulture profite souvent de cette propriété propre aux végétaux, et, multipliant à part les parties qui présentent ces caractères exceptionnels, elle obtient alors des individus qui présentent un aspect tout autre que celui des individus dont ils proviennent.
Les végétaux ne sont pas les seuls qui nous fournissent des faits de dichroïsme; ils abondent chez les animaux. Mais ici ce sont, dit-on, des faits dûs à l’âge. Nous l’admettons pour beaucoup de cas, mais il n’y en at-il pas aussi qui sont le résultat d’une modification organique, l’analogue de ce que nous nommons accident ? L'exemple suivant semble le démontrer. Voici : Un jeune Bouvreuil pris au trébnchet, fut mis en cage; il resta deux ans rouge comme le sont les Bouvreuils. La troisiemè année, il devint noir, et aujourd'hui il est d’un noir très-foncé partout. C'est un mäle; il chante.
Supposons, ce qui est très-possible, que le fait se soit passé à l’état libre, ne pourrait-il pas arriver que, en raison de cette grande loi, qui fait que tout tend à se reproduire, qu’il se forme une race noire. Le cas étant, supposons qu’un naturaliste découvre cette race, il est très-probable qu'il n’hésiterait pas à en faire une espèce. Aurait-il tort! Nous n’oserions le dire.
Nous nommons dichroïsme un phénomène exactement analogue au précédent par le fond, mais qui, au lieu de porter sur la forme des objets, porte sur leur couleur. Ainsi l’Œillet Flon, qui est à fleurs rouges, développant un rameau d’aspect ét de forme semblables, mais donnant des fleurs blanches, le Troëne à feuilles ovales, le Fusain du Japon produisant des bourgeons portant des feuilles panachées, au lieu de feuilles vertes; des Haricots blancs en produisant des noÿrs, el vice versé, sont des faits de dichrceisme.
En horticulture les divers phénomènes, soit de dimorphisme, soit de dichroïsme, sont désignés par le nom général d'accidents.
Note 2. — Le fait de modifications permanentes des Tulipes, qui n’est guère connu que des véritables amateurs de ces plantes, ou bien de ceux qui en ont fait une étude spéciale, est des plus curieux. En effet, toutes ces nuances si délicates, toutes ces couleurs si brillantes qu'on remarque dans la plupart des fleurs de Tulipes, ne ‘sont que passagères; ces plantes sont constamment en voie de changement. De sorte que les fleurs qui sortent d’un oignon quelconque de Tulipes diffèrent presque toujours, plus ou moins, de celles qui en sont sorties les années précédentes ou qui en sortiront les années suivantes.
Ce phénomène, dans beaucoup de cas, se continue jusqu’à ce que les fleurs soient revenues à l’unicolorité, ou du moins jusqu’à ce qu’elles ne présentent plus que des couleurs: plus sombres ou moins com-
lexes. Toutefois l’on constate que la constance ou a ténacité des couleurs est très-différente suivant les
variétés qu’on observe; que, fugace, pour ainsi dire, .
chez certaines, celle est relativement fixe chez d’autres.
Les Jris Xiphium et xyphioïdes nous offrent des phénomènes absolument semblables à ceux que présentent les Tulipes; toutes ces couleurs si délicates que l’on remarque chez certaines variétés ne sont que passagères; elles se modifient continuellement, de sorte que, en plantant les caïeux de telle vu telle
variété, on n’est pas sûr d'obtenir la même variété, souvent même on obtient des plantes à fleurs complétement différentes. Un exemple très-remarquable nous est fourni par l’Jris spectabilis, Spach. Cette plante, très-ornementale, dont les fleurs sont d’un violet bronzé, est un accident de l’/ris Xiphium à fleurs bleues, à laquelle elle revient très-vite, fait des plus faciles à vérifier en plantant séparément les caïeux qui en sortent et en en surveillant avec soin le développement, afin qu'il n’y ait pas de mélange. Cette prétendue espèce n’est “pas seulement différente de lJris Xiphium par la couleur de ses fleurs, celles-ci sont beaucoup plus grandes, la forme en est légèrement différente, et la plante, plus forte dans toutes ses parties, devient aussi beaucoup plus grande. On constate des faits analogues dans les /ris æypldoides, et on remarque aussi que les modifications sont d’autant plus rapides que les fleurs présentent des couleurs plus variées et plus tendres, oucomme on dit, plus fondues. :
Toutefois, il n’y a rien de fixe; comme chez les Tulipes, on remarque chez les Jris Xiphium et æi-
phioides des variétés plus constantes les unes que
autres, et que les changements, qui n’ont non plus rien de fixe, montrent les plus grandes dissemblances dans leur apparition.
Toutes ces modifications, loin d’être des anomalies, sont conformes à celles qui se passent chez beaucoup d’autres plantes. Pour le comprendre il suffit de se rappeler que la multiplication des Tulipes, de même que celle des Zris Xiphium et æyphioides, est une sorte de bouturage; car un caïeu n’est autre qu'un bôurgeon caduc qui se détache d’une plante mère, et qui, par conséquent, peut différer de celle-ci, de même que cela arrive fréquemment surles bourgeons de certaines plantes, soit ligneuses..soit herbacées, Lels que Chrysanthèmes, Rosiers, OŒillets, etc., Ces faits qui n’ont rien de forcé, expliquent
* commentdesJacinthes à fleurs blanches, ont pu donner
des fleurs bleues, et vice versa, et comment aussi un même bnlbe à pu produire à la fois deux hampes dont les fleurs, sur chacune, étaient de couleur différente.
.Note 3. — Un exemple de hélivelé est l'apparition spontanée des Chrysanthèmes de Chine précoces. Aussi, relativement à ces dernières, qui
forment une race particulière, on pourrait même
presque dire une espèce tout à fait distincte, croyons-nous devoir entrer dans quelques détails sur leur origine.
La première cause d'apparition de cette race est et sera toujours inconnue. Pourquoi est-elle venue? Nous n’en savons et n’en saurons jamais rien. Ce que nous pouvons, c'est constater son apparition, prendre la plante là ou elle s’est montrée, puis la suivre dans sa marche. $
Voici comment les faits se sont passés. Vers 1844, époque où l’on ne possédait encore, en fait de Chrysanthèmes de Chine, que des plantes à floraison tardive (qui fleurissaient en novembre), un horticulteur, qui alors s’occupait tout particulière ment de ces plantes, remarqua, dans un semis qu'il avait fait, un pied qui fleurit dès le commencement d’aout. Les graines que donna cette plante, qui était si précoce etpresque naine, récoltéeset semées
avec soin, produisirent, entre autres, un individu dont la floraison fut encore plus hâtive que la
variété dont il sortait. L’ébranlement était donc produit; aussi, à partir de cette époque, en récoltant constamment des graines sur ces individus à floraison hâtive, est-on parvenu à avoir une race de plantes tellement précoces que certaines variétés qu'elle comprend fleurissent en juillet; on pourrait même, en les soumettant à une culture particulière et raisonnée, avoir des plantes en fleurs presque toute l’année. Elles sont remontantes.
De même que chez le type, on trouve dans cette race des plantes à fleurs blanches, jaunes, roses, lilas, etc., toutes de grandeur moyenne, c’est-à-dire intermédiaires entre celles qu'on nomme pompons et les anciennes, qu’on dit à grandes fleurs. Notons que cette précocité semble acquise aux dépens de
Éd ma TT
66 à NOTES.
la rusticité ; que toutes ces plantes précoces sont plus délicates et surtout plus sensibles au froid que ne sont les anciennes, ce qui, du reste, s'explique facilement par cette raison qu’elles sont presque tou- Jours en végétation, Ajoutons que cette race se reproduit de graines:
Note &.— Le fait assez singulier qui se montre chez certaines variétés de Giroflées Quarantaines, relativement à la couleur de leurs fleurs, semble démontrer que,-dans quelques cas du moins, du Jaune au blanc il n’y a qu'un pas. En effet on possède aujourd’hui diverses variétés de Quarantaines à fleurs jaunes doubles, et jusqu’à présent on n’a pas encore eu de Quarantaines à fleurs jaunes simples. Toutes ces variétés à îleurs jaunes, doubles, sont produites par des Quarantaines à fleurs simples, à peu près complélement blanches , si ce n’est onglet des pétales, qui est d’un blanc verdâtre ou très-légèrement jaunâtre.
Note 5.-— La couleur blanche semble être le dernier degré d'atténuation; c’est une sorte d’albinisme, un affaiblissement organique, On part, en effet, de toutes les autres couleurs pour arriver à celle-là; mais, lorsqu'on y est arrivé, on n’en sort en général que difficilement, ce qui, pourtant, ne veut pas dire qu’on ne peut y parvenir, mais seulement que la chose est relativement rare.
L'observation pratique, en établissant ce fait, semblerait démontrer que la plupart des plantes à fleurs blanches sont des provenances de types analogues à fleurs colorées. I1 est, en effet, bien peu de types qui n’aient pas fourni quelques variétés à fleurs blanches.
Voici, en général, comment s’effectue la marche dans l’atténuation des couleurs. Sur une plante à fleurs unicolores rouges, roses, lilas, etc., on voit parfois apparaître, dans ces fleurs, de petites stries ou lisérés blancs. Lorsque ce fait se présente, c’est un signe à peu près certain que, si ces fleurs donnaient des graines et qu’on les semäât, on en obtiendrait des plantes à fleurs complétemeut blanches, et que, d'autre part encore, lorsque ce fait se montre sur des plantes très-améliorées par la culture (très-domestiquées), on peut également être assuré que non-seulement on obtiendra bientôt du blanc, mais encore que la race qui la produit tend à disparaître. Cest ce que nous démontrent Particulièrement les Reines-Marguerites. Dans ces dernières la marche d’atténuation chromatique , pour arriver au blanc, s'effectue ainsi : partant des fleurs violet foncé par exemple (ce qui est le cas le plus fréquent), on remarque que les graines qui en proviennent donnent principalement des plantes à fleurs rouges, que celles-ci en donnent soit à fleurs roses, soit à fleurs lilas où gris de lin, qui, très-souvent, se reproduisent à peu près identiquement pendant plusieurs années. Puis on voit les fleurs se strier ou se lisérer de blanc, puis la couleur carnée, très-souvent même la blanche, apparaît. Quelquefois cependant on passe brusquement soit de la couleur violette, soit de la couleur rouge plus ou moins foncé, à la couleur blanche.
Lorsque des stries blanches se montrent sur des fleurs de végétaux ligneux, il arrige souvent qu’elles se fixent et donnent lieu à un fait de dichroïsme qui, stabilisé paï la multiplication, constitue une variété particulière. Le plus grand nombre des Azalées à fleurs panachées qu'on cultive aujourd’hui, n’a pas d'autre origine. (Voir à l'énumération des faits de dimorphisme, page 43.)
Note 6. — Plusieurs fois nous avons fait l’expérience, nous avons transformé à peu près complétement la Pensée des champs (Viola arvensis), nous en avons, par le seul fait de la culture, tellement modifié les feuilles, les fleurs, en'un mot l’aspect général, qu’elle ne différait pour ainsi dire plus des Pensées cultivées pour l’ornement des jardins. Trois, parfois quatre générations ont suffi pour obtenir ce résultat, en opérant ainsi que nous l'avons dit précédemment, c’est-à-dire en choisis-
sant avec soin nos porte-graines, en prenant pour tels, à chaque génération, les individus les plus modifiés. :
Note 7. — Les plantes panachées provenant de graines sont relativement très-rares; en général aussi elles sont délicates et poussent peu. Lorsque les panachures sont très-prononcées, il arrive même fréquemment qu’elles ne peuvent vivre. Il y a pourtant à cela quelques exceptions; elles sont fournies par certains Begonia, par l’Aucuba Japonica, par le larfugium grande, par le Chardon-Marie, etc. Ce dernier, si élégamment et si régulièrement marqué de taches blanches, est d’une très-grande vigueur, en même temps qu’il est très-constant dans sa panachure. On ne connaît même pas de type à feuilles vertes.
Note 8. — Un fait digne de remarque relativement aux panachures, c’est que, lorsqu'elles se montrent sur l’écorce, elles portent également sur les fruits, et dans ce cas il est rare que les feuilles soient panachées. Nous en avons des exemples dans les arbres fruitiers à fruits panachés, tels que lAmanlis panaché, la Duchesse d’Angouléme panachée; le Saint-Germain panaché, la Culotte de Suisse, la Bergamotte d'automne, la Madeleine ou Guenette panachées, etc.,en fournissent d’autres exemples. Nous connaissons même une variété d’Amnanlis dont l’écorce est entièrement jaune, légèrement strié, et dont les feuilles sont complétement vertes; elle provient d’un accident.
Note 9. — Les fleurs complétement doubles, c’est-à-dire pleines, sont rares; on en voit, en effet, bien peu qui n'aient pas conservé quelques étamines, ou bien un pisiil, ou, tout au moins, des rudiments de ces organes; et dans ce cas, bien qu'incomplets ou plus ou moins modifiés, ces organes ne sont souvent pas tellement transformés qu'ils ne puissent encore concourir à la fécondation. Mais, lors même que les fleurs sont complétement pleines, il ne faut pas désespérer d’avoir des graines; car il arrive parfois que certains individus, vers la fin de la saison florale, et lorsqu'ils sont affaiblis par la végétation, produisent des fleurs semi-pleines qui alors donnent des graines. C'est pour ces raisons et de cette manière que les Camellia alba plena, incarnala, etc., ont produit des graines avec lesquelles on a obtenu de très-belles variétés. é
Des effets particuliers de végétation dus à des circonstances soit locales, soit atmosphériques, pouvant.aussi déterminer de notables différences üans la duplicature des fleurs. C’est ainsi que dans certaines années, nous avons vu le Prunus Sspinosa flore pleno, dont les fleurs sont ordinairement trèspleines, se couvrir de fruits qui atteignent toute leur grosseur.
Note 40.—La duplicature des Soucis, de même que celle de toutes les plantes du groupe des Composées, telles que Dahlia, Zinnia, Helianthus, Tageiès, Matricaria, Seneçon, Helichrysum , Soleil, Reines-Marguerites, Chrysanthèmes, etc., etc., n’est pas due à la transformation des organes sexuels, mais simplement à la métamorphose des fleurs centrales tubulées en fleurs ligulées pétaloïdes. Aussi ces fleurs, quoique souvent très-grosses (très-doubles), sont-elles toujours plus ou moins fertiles.
Note 44.— Le Dianthus Sinensis nous fournit encore un exemple de ce que nous ayons déjà rapporté, que, lorsque dans certaines espèces de plantes | il se montre un individu à fleurs semi-doubles ou | presque complétement doubles, il ne tarde pas à
“exercer son influence et à déterminer des duplica- | tures plus où moins nombreuses pour le péu qu'on |
laisse cet individu fleurir près d’autres de la même espèce, dont les fleurs sont simples. En effet, partout aujourd’hui où l’on cultive l’OEillet de Chine à fleurs doubles, il est assez rare qu’on trouve le type à fleurs simples.
L'OŒillet de Poëte et les Pétunias à fleurs doubles
nous fournissent aussi un exemple de l'influence que peut exercer sur ses congénères une plante à fleurs doubles.
Note 12. — On pourrait admettre, comme une hypothèse toutefois, que la première cause de duplicature résulte d’un trouble apporté dans les fonctions des organes sexuels. Le fait suivant semble le démontrer.
Eu 1862 nous avons pris comme mère un OËillet hybride, le Dianthus barbato-superbus, issu du croisement des D. barbatus et D. superbus. Get hybride, dont les tiges florales, peu nombreuses, trèsramifiées, dressées, et dont les pétales roses sont profondément fimbriés, a été notre point de départ. Des graines qu’il nous a données, nous avons obtenu un certain nombre de plantes dont quelques-unes avaient conservé le caractère de lhybride, leur mère; mais les autres, beaucoup plus nombreuses, étaient à fleurs doubles, et leur faciès était complétement changé. Ces nouveaux produits, par l’ensemble de leurs caractères, constituaient un type
particulier différent des plantes dont il était issu.
y avait aussi parmi ces plantes des individus trèsramifiés de la souche, de laquelle partait une trèsgrande quantité de tiges florales. Il est à remarquer que les plantes qui présentaient ce dernier caractère fleurissent beaucoup plus tardivement; certaines n’épanouissent leurs fleurs que dans la dernière quinzaine d'août, de sorte qu'avec toutes ces plantes hybrides on peut obtenir des fleurs pendant plus de trois mois.
Un fait qui semble justifier l'hypothèse que nous
avons émise en tête de cette note : « Que la première cause de duplicature des fleurs pourrait bien ètre due à wn trouble apporté dans les organes sexuels »,est fourni par la fécondation, soit des Dianthus Sinenñsis, soit des Dianthus Hedwigü entra eux, ou bien avec D. barbatus, fécondation de laquelle sont sorties plusieurs variétés à fleurs doubles.
Note 43. — Les Pétunias à fleurs doubles que l’on cultive actuellement wappartiennent à aucune des deux: espèces anciennes, (Petunia violacea et P. nyclaginiflora); ls appartiennent à cette race de création récente qu’on nomme mnities ou 'à grandes fleurs, qui s'est montrée spontanément dans les cultures. Toutes les variétés qui en sortent diffèrent des deux types indiqués ci-dessus par l’ampleur et par la consistance particulière de leurs feuilles et de leurs fleurs, par la grosseur de leur tige, qui est charnue, de même que par leurs feuilles, qui sont épaisses, comme grasses. C’est en un mot une race tout à fait différente. Toutes ces plantes ont un aspect particulier et un caractère de végétation qui leur est propre; elles s’allongent moins, sont en genéral plus délicates et ne vivent pas aussi bien en pleine terre que les P. violacea et nyctaginiflora.
Note 44%. — Les Fuchia à fleurs doubles, offrent souvent ce singulier phénomène : qu'ils présentent des sortes d’intermittences pendant lesquelles ils donnent des fleurs doubles, et d’autres pendant lesquelles ils donnent des fleurs semidoubles ou même presque simples. Mais, quelle que soit la duplicature, il est rare qu’elle entraîne la stérilité. Aussi ces plantes, en général, donnentelles beaucoup de graines,
Note 45. — Nous pouvons tout particulièrement citer comme exemple d’infertilité plus ou moins grande, parfois même presque complète, occasionnée par la duplicature des fleurs, les Reines- Marguerites à fleurs très-grosses, particulièrement celles dites Pivoines. Dans celles-ci il est rare qu’on obtienne des graines ailleurs qu’au centre des fleurs, précisément là où la transformation des fleurs est moins grande, mais aussi où les organes sexuels sont moins bien conformés, ce qui explique pourquoi on obtient peu de graines et pourquoi aussi ces graines sont si mauvaises. Il faudrait, pour rendre ces plantes fertiles, couper avec précaution, avec de petits ciseaux, la plupart des fleurs centrales (ligules), de manière à dégager les organes sexuels
qui s’y trouvent, et à favoriser ainsi leur rapprochement.
Note 46. — Les monstruosités se reproduisant par graines, comme cela arrive chez certaines plantes, démontrent, de la manière la plus nette, la vérité de ce que nous avons dit au commencement de ce livre : « Qu'un végétal est un être très-complexe, qui non-seulement peut se multiplier, en tant qu’ètre, tout en reproduisant ses caractères essentiels, mais que toutes ses parties, susceptibles d'acquérir des propriétés spéciales, peuvent aussi, étant mul-
tipliées à part reproduire à leur tour les particul:-
rités qu'elles présentent.» Le Scolopendrium officinale monstrosum nous en offre un exemple bien remarquable. Cette plante qui, sur un même pied, présente des parties normales et d’autres qui sont anormales ou monstrueuses, peut, suivant qu’on récolte les sporules (sortes de graines propres aux végétaux cryptogames) sur les unes ou sur les autres de ces parties, produire des plantes normales ou des plantes monstrueuses.
Ce fait des plus importants vaut toute une théorie ; il démontre, lorsqu'il s’agit de végétaux, com bien il faut apporter de soins dans le choix des parties qu’on prend pour les multiplier, puisque de ce choix dépendent les résultats, qui seront bons où mauvais suivant qu’on aura bien ou mal choisi. Mais, comme d’une autre part aussi ce choix nous démontre que dans certaihs cas tout peut devenir héréditaire (même les monstruosités), il peut expliquer la transmission de certaines particularités soit normales soit anormales, et comment, de simples accidents peuvent devenir permanents, se transmettre même et caractériser des races. Les exemples ne manquent pas dans les végétaux ; ils abondent dans les animaux.
Note 47.— Si, lorsqu'on cultive soit des Melons, soit des Concombres de primeur, on pratiquait la fécondation artificielle aussitôt que les fleurs des deux sexesapparaissent, on n'aurait pas,comme on l’a si souvent, l'inconvénient d'être très-longtemps sans obtenir de fruits ; on en obtiendrait, au contraire, de très-bonne heure, et assez près du pied, au lieu de les avoir tardivement, et souvent aussi à lextrémité des branches. Il ne peut guère être douteux non plus qu'en pratiquant la même opération sur les différents végétaux qu’on force dans le but den obtenir des fruits on en retirerait de grands avantages, car si, en général, ils donnent peu de fiuits; c'est parce que la plupart des fleurs ne sont pas fécondées.
Note 48. — Les différents états favorables à la fécondation ne présentent pas toujours les mêmes caractères physiques externes ; îl est même un certain nombre de plantes chez lesquelles ces caractères favorables ne peuvent être appréciés à Ja simple vue et qui présentent des particularités qui semblent déroger à la loi générale et être en opposition avec certains principes que nous avons poses, Tels sont les Noyers, et tout particulièrement les Noisetiers. Chez ceux-ci, en eflet, les fleurs mâles
apparaissent bien longtemps (quelquefois deux mois)
avant qu’on ne puisse apercevoir les fleurs femelles, de sorte que lorsque celles-ci apparaissent, celles-là sont passées il y a déjà longtemps. Malgré cela la fécondation s'opère très-bien; il ÿ à production de fruits.
Note 49. — Comme il est toujours très-difficile, ou plutôt qu’il est impossible, de fixer ladélimitation d'une espèce, et que par conséquent on ne peut préciser le dernier point d'analogie entre deux individus donnés où la fécondation entre eux cesse d’être possible, on doit, lorsqu'on a une plante à féconder et que parmi celles qu'on possède il n'en est aucune que la science indique comme pouvant organiquement s’unir à elle, on doit néanmoins, disons-nous, essayer et choisir, dans ces derniéres, celle qui paraît avoir le plus d’analogie avec celle qu’on veut féconder; en un mot, on doit läter. Souvent l'expérience a démontré possibles des faits dont la science avait douté, qu’elle avait parfois niés.
Si, dans ces circonstances, on doit, sans aucun doute, s'appuyer sur la science, il ne faut cependant pas oublier que celle-ci n’est point infaillible, qu’étant le résultat d'observations traduites en règles elle ne peut être absolument vraie, que la nature, qui nous montre son travail, nous cache beaucoup de secrets, secrets que, sans les dévoiler ouvertement, elle laisse parfois entrevoir à ceux qui la cul-
tiventet vivent avec elle.
On ne peut, du reste, nier que, dans ce qu’on nomme une espèce, il y a des individus qui ont plus de tendance à s’unir, entre lesquels il semble qu’il y a plus de sympathie, pourrait-on presque dire. Toujours on remarque des affinités dont la science ne peut rendre compte, qu’elle ne peut que constater.
Après tout, pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Les végétaux ne sont-ils pas des êtres qui, comme tels, doivent éprouver une sorte d'attraction ou de répulsion en rapport avec leur nature organique intime que nous ne connaîtrons jamais? N'oublions pas que, dans cette circonstance peut-être plus que dans toute autre, la science ne doit intervenir que Comme un point d'appui, comme une sorte de flambeau à la lumière duquel on doit marcher et tâcher de pénétrer dans ce sanctuaire où les mystères s’enchaînent, ou plutôt où tout est mystère !
Mais, d’une autre part, ne peut-il pas se faire que le climat, les conditions dans lesquelles sont placés les individus, et surtout les traitements auxquels on les soumet, puissent modifier les lois d’analogie organique, et faire que, dans certaines conditions, telles ou telles alliances soient possibles qui ne l’étaient pas dans certaines autres (Note 27). C’est là une hypothèse, sans doute, mais qui pourtant semble n'avoir rien d’impossible, qui, au contraire, paraît s’accorder avec certains faits. Nous voyons, en effet, dans la pratique des grefles, se montrer des faits Sinon semblables, du moins analogues à ceux que nous venons de rapporter ; par exemple, que dans tel pays, parfois même dans telle localité particulière, on peut greffer avec succès telle espèce sur telle autre, tandis qu'on ne peut le faire dans des conditions différentes; qu'ici on peut, même avce avantage, employer tel mode de greffe, lorsque là ce mode ne réussit pas, ou qu'il ne donne que de très-mauvais résultats. Ces particularités sont fréquentes.
Note 20. — I] ne peut y avoir rien d’abcolu quand il s’agit d'indiquer le moment le plus favorable pour opérer la fécondation des fleurs, ce moment étant subordonné à la nature et au tempérament des individus, ainsi qu'aux conditions dans lesquelles ils sont placés. Ainsi, par exemple, pour les Yuccas (sous notre climat du moins), l'observation a démontré que, généralement, les fleurs s’ouvrent vers le soir, et que le moment le plus favorable pour en opérer la fécondation est, suivant la température, depuis 5 heures jusqu'à environ 8 heures du matin. [l est bien entendu, dans cette circon- Stance, que nous parlons de la floraison qui a lieu pendant le printemps ou le commencement de l'été.
Pour favoriser la fécondation des Yuccas on se trouve bien de les fenir à l’eau, c’est-à-dire de bien tremper la terre dans laquelle ils sont plantés, quelque temps avant l'épanouissement des fleurs, et même de maintenir cette humidité pendant tout le temps de la grossification des fruits.
Note 21. — En général on se trouve bien, quelques jours avant de pratiquer la fécondation, d'activer un peu la végétation de la plante qu’on veut féconder, d’exciter ses fonctions vitales, ce à quoi l’on parvient soit à l’aide de copieux arrosements si la plante est vigoureuse, soit, si la plante est délicate et qu’elle soit en pots, en la plaçant pendant quelque temps dans une serre dont on pourra au besoin élever la température. Si, au contaire, les plantes étaient en pleine terre et qu’elles aient à redouter l'humidité, on les garantirait à l'aide d’abris.
Note 22. — En ce qui a rapport à la vitalité du
pollen, c’est-à-dire au temps pendant lequel il peut conserver ses propriétés génératrices, on est loin d'être suffisamment éclairé; on peut, en effet, se demander si la nature du pollen n’est pas en rapport avec la plante sur laquelle il a été recueilli, et si par conséquent les diverses sortes récoltées sur des espèces appartenant soit à un même genre, soit à des genres différents, soit à une même famille, soit à des familles différentes, 6nt une durée vitale semblable, ou bien si, sous ce rapport, ils ne présentent pas de très-grandes différences. Cette dernière supposition nous paraît certaine, bien que jusqu'ici nous ne puissions rien affirmer.
Quoi qu'il en soit, l'exemple suivant démontre que le pollen de certaines espèces peut conserver pendant longtemps ses facultés fécondantes; ainsi, du pollen de Ceratozamia Mexicana, récolté depuis trois ans, ayant été employé pour féconder les fleurs femelles d’une autre espèce de Ceralozamia, a donné de très-bons résultats. Tous les ovules se sont bien développés; les jeunes plantes qu'ils ont produites ne laissent rien à désirer. Il nous est arrivé aussi de nous servir de pollen de diverses espèces de Gesnériacées récolté depuis deux ans pour féconder d’autres espèces de ce même groupe ; le résultat à également été des plus satisfaisants.
Les résultats obtenus dans ces expériences prouvent que le pollen conservé n’avait nullement perdu de sa vitalité; ils autorisent à croire que celle-ci n’était même pas affaiblie.
Note 23. — Dans le cas où l’on voudrait tenter des expériences sur la fécondation des arbres fruitiers en vue de modifier les produits, il faudrait agir diversement et combiner les opérations de manière à atteindre le but qu’on se propose ; ainsi, si l’on voulait modifier la forme ou Paspect tout en conservant la qualité des fruits, il faudrait prendre du pollen sur les fleurs d’une variété dont les fruits soient très-beaux (lors même qu'ils seraient d’une qualité inférieure), sur la Belle Angevine, par exemple, et le porter sur le stigmate des fleurs d’une variété dont les fruits pourraient même être petits, pourvu qu’ils fussent de bonne qualité. On pourrait aussi, afin de multiplier les chances, faire en même temps l'opération inverse, c’est-à-dire prendre du pollen sur les fleurs de la variété dont les fruits. sont de bonne qualité et le porter sur le stigmate des fleurs de la variété dont les fruits n’ont guère d'autre mérite que d’être beaux et gros. Il est souvent bon de faire le croisement d’une manière inverse, paree que l'expérience a démontré que dans certains cas une plante pouvait en féconder une autre, mais qu’elle ne pouvait pas être fécondce par elle, ef vice versa. (Noir, page 29, l'observation relative aux croisements.) Peut-être aussi qu’en prenant du pollen sur les fleurs de variétés soit hâtives, soit tardives, et en appliquant sur les fleurs de variétés qui présentent des qualités contraires, on arriverait à modifier les époques de maturité par exemple, à reporter sur des variétés tardives les qualités que présentent certaines variétés hâtives. Tout ceci n’a rien d'improbable, au contraire; aussi engageons-nous fortement tous ceux qui s'intéressent à ces sortes de questions, à tenter des expériences dans ce sens.
Note 2%. — Une comparaison que nous croyons devoir faire quoiqu’elle soit bien triviale, parce qu’elle rend bien notre pensée, est la suivante : supposons qu'une paysanne très-vigoureuse et forte mais mal vélue soit unie à un homme très-bien couvert, à ce qu’on nomme un dandy, d’un tempéramment délicat et faible. Les enfants qui naîtraient de ce rapprochement, d’après notre théorie (et en écartant toute comparaison analogique, bien entendu), devraient avoir un extérieur (un facies), sinon très-beau mais au moins convenable, ct de plus, être vigoureux et robustes.
Note 25. — Longtemps avant cette époque, c’est-à-dire avant 1854, on avait opéré des croisements entre les Gladiolus ramosus, cardinalis,
floribundus,
etc., croisements desquels étaient sorties des variétés très-remarquables par la gran-
deur, par la forme et par le coloris des fleurs ; - mais aucune de ces variétés n’était modifiée sous - le rapport du tempérament ; toutes étaient sensibles au froid, — ce qui devait être, — les deux parents présentant ce caractère.
Note 26.— On pourrait, de ces faits et de beaucoup d’autres analogues que nous pourrions citer, tirer cette conclusion que plus une plante est floribonde, plus elle est délicate (relativement, bien entendu) et que la floribondité est le fait d’une modification organique qui tend à affaiblir letempérament; en d’autres termes, que la floribondité s'exerce aux dépens de la rusticité. On en a unexemple dans les Chrysanthêmes de Chine précoces. (Note 3.)
Note 27. — Nous pourrions, à l'appui des mo- - difications de tempérament des végétaux déterminées par le croisement, citer le fait d’accouplement de l’ânesse avec le cheval ou celui de l’âne avec la jument. Si l’on nous objectait que pour obtenir, ce résultat, et pour faciliter cesrapprochements, on est obligé de soumettre les individus qu’on veut faire unir à un traitement particulier qui modifie leur tempérament, nous répondrions que c’est précisément le cas dans lequel se trouvent les végétaux d'ornement, et que, par suite des traitements auxquels on les soumet, de la nourriture abondante, substantielle et variée, qu’on leur donrie, ainsi que des conditions toutes spéciales dans lesquelles on les place, on est arrivé à modifier très-notablement leur nature intime, ce qui par suite peut les amener à s'unir à d’autres végétaux qui ont des caractères et un tempérament particuliers différents des leurs, et avec lesquels, primitivement, il n’y aurait pas eu de rapprochement possible. On remarque, en effet, en général que les plantes s’hybrident d'autant plus difficilement qu’elles sont moins domestiquées et surtout qu’elles sont représentées par un plus petit uombre d'individus. On remarque trèssouvent aussi que les individus qui naissent de ces fécondations paraissent non-seulement très-disposés à s’allier à d’autres qui ne pouvaient s’unir avec . ceux dont ils proviennent. Il semble que les enfants soient destinés à resserrer les liens et à combler les lacunes laissées par leurs parents. Métaphoriquement, on pourrait dire que les parents étaient ennemis mais que les enfants sont amis.
L'état de domesticité, disons nous, peut, sinon intervertir les gouts et les attractions naturelles mais il peut les modifier par suite du changement de vie et d'habitude que contractent les êtres soumis à ce régime de sequestration, et, par suite, rendre possible des rapprochements jusqu’à les regardés comme impossibles. Par exemple il est douteux que le Tigre et le Lion s’unissent à l’état de liberté; à Pétat domestique le fait a eu lieu plusieurs fois. Ainsi, à Nancy en 1841 un Lion et une Tigresse se sont accouplés; ce n’était pas la première fois
- puisqu'ils avaient déjà produits : leurs petits étaient auprès d'eux, déjà forts. Que sont-ils devenus ? -
Il en est à peu près de mème des Poules communes et des Faisans comme du tigre et du lion; on peut douter qu’a l’état de liberté, ils s'unissent. À l’état de domesticité le fait est certain; nous en connaissons de très-beauxet de nombreux exemples. Dans cette circonstance nous avons pu aussi constater que la théorie que nous avons émise de l’influence particulière des sexes, s’est réalisée. Les individus issus de ce rapprochement, sont trèsallongés, élancés, et d’une forme qui rappelle complétement celle des faisans, qui étaient les pères, mais en même temps ils sont beaucoup plus rustiques, d’un tempéramment beaucoup plus robuste que ne sont les Faisans; ils sont aussi beaucoup plus faciles à élever. Tous ces avantages ils les tenaient des Poules, leurs mères. Quant à la chair,
celle était à peu près celle ‘du Faisan. Qu’y aurait-il donc d’étonnantque, unis à d’autres racesces sortes de méti$puissentleur communiqner certaines qualités ou en recevoir d'elles certaines autres, d’ou naîtraient de nouvelles séries d'individus ?
Note 28. — Pour arriver à créer des races particulières à l’aide de lhybridation il faut tâcher d’affaiblir, d'annuler, autant qu’on le peut, la force d'atavisme des deux types que l’on hybride. On à chance d’y parvenir en fécondant les enfants d’hybrides par des espèces autres que celles dont ils proviennent, ou bien en recourant de temps à autre à celui des deux types qui semble perdre
en importance, de manière à rétablir l'équilibre
mixte que l’on tient à conserver.
Si les exemples des races mixles, c’est-à-dire de races obtenues en fécondant l’un par l’autre deux types spécifiques, ne sont pas encore bien connus, on ne peutguère douter qu’il y en ait; on en reconnaîtra, on en créera même, lorsque, observant avec attention la vie des êtres. on connaîtra mieux leur tempérament, leurs sympathies osons-nous dire, et qu’alors on saisira le moment où l'attraction l’emporte sur la répulsion, ou bien que par des traitements particuliers on affaiblira celle-ci au profit de celle-là. 1 (Voirla note précédente),
Note 29.— On doit comprendre que, pour que des changements aussiconsidérables dans le développement des organes sexuels puissent se produire, il faut que la température sous laquelle ils s’exercent se maintienne à un certain degré pendant quelque jours, afin que le travail organique se fasse, que les tissus se distendent et se modifient, toutes choses qui ne peuvent s’accomplir lorsque la température est très-variable; car dans ce cas le développement, au lieu d’être uniforme et progressif, est irrégulier, de sorte que les modifications soumises à cette variabilité ne présentent rien de constant dans leur apparition.
Note 30.— Rien, si ce n’est l'expérience, n’indique si telle ou telle plante est facile à s’hybrider avec telle ou telle autre ; sous ce rapport on voit parfois, dans une même famille, des différences considérables. Nous en citerons deux exemples pris parmi les Cucurbitacées et les Crucifères. Ainsi les Melons etles Concombres, si voisins l’un de l’autre par leurs caractères, ne s’hybrident pas, tandis que les diverses races de ces plantes, si différentes parfois l’une de l’autre, se fécondent avec la plus grande facilité, Il en est absolument de même des Courges, des Choux, des Navets.
Les Giroflées dites Quarantaines, Cocardeaux, etc., bien qu’appartenant à cette même famille des Crucifères, ne se fécondent pas ou ne se fécondent que très-rarement entre elles ; aussi peut-on cultiver près l’une de l'autre les diverses races ou
Sous-races de ces plantes, sans qu’elles éprouvent
de ce contact aucune modification.
A côté de cela nous voyons dans d’autres familles
des variétés très-constantes dans leur reproduction,
et cela quelles que soient les conditions dans lesquelles elles sont placées. Ainsi, parmi les plantes de la famille des Rosacées, dont les fleurs sont si abondamment pourvues d'organes sexuels, nous
trouvons des faits de fixité, de ténacité, on pourrait “dire, des plus étonnants : chez les Péchers, par
exemple. Ainsi les Pêchers à chair et à fruits blancs, bien que cultivés au milieu de variétés qui fleurissent à la même époque, dont les fleurs roses et même rouge foncé, sont suivies de fruits de couleur et de nature si variées, ne varient ni par leurs fleurs ni par leurs fruits, de sorte que, lorsqu'on sème leurs noyaux, on obtient à peu près les mêmes variétés. Il en est absolument de même du Pécher nain et du Pécher pleureur; ïls se reproduisent de noyaux jusque dans leurs moindres caractères.
Note 31. — La nature du sol, celle du climat, et surtout celle du milieu dans lesquels sont placés les porte-graines, exercent sur le produit de ceux-ci une influence souvent considérable. Ainsi, dans certains terrains riches et substantiels, Ja où les plantes sont très-vigoureuses, on remarque, pour certaines espèces qu’on y cultive, que les graines
4 Nous avons dans le Chabin (hybride de la Chèvre et du Mouton) l’exemple d’une race mixte fertile.
ne
oo
qu’elles produisent ne donnent en général que des
individus à fleurs simples, tandis que d’autres
plantes de cette même espèce cultivées en pots ne pro-
duisent presque que des individus à fleurs doubles.
C’est un fait que, dans quelques endroits, on met \ à profit pour certaines espèces de plantes, notamment
pour les Giroflées-Quarantaines. Pour celles-ci, on | remarque parfois que, dans des conditions iden- | tiques, les mêmes variétés cultivées en pots pro- | duisent des graines qui, semées, dofnent presque | toutes plantes à fleurs doubles, tandis que cultivées | en pleine terre les graines qu’elles produisent ne | donnent que des individus à fleurs simples.
Note 32.— Les faits de dégénérescence du Pélargonium Reine des fantaisies et du P. Reine Hortense présentent, dans la manière dont ils se comportent, une marche tout à fait opposée et donnent lieu à un phénomène entièrement inverse. Ainsi, tandis
que chez le premier les fleurs diminuent de gran-
deur tout en se régularisant et que leur couleur change, chez le deuxième (P. Reine Hortense) les fleurs deviennent au contraire irrégulières, et les pétales, au lieu de rester entiers se découpent très- ‘profondément (se lacinient). De plus ces fleurs deviennent monstrueuses ; le nombre des pièces du calice et de la corolle, au lieu d’être de cing, est de Si. À Une chose que nous devons encore faire remar- \ quer relativement à cette dernière variété, c’est la promptitude avec laquelle Ia transformation s’est l’opérée. Comme exemple de cette proraptitude nous pourrions citer un cultivateur des plus habiles qui, sachant que cette variété était très-avantageuse pour le commerce, en fit en 1863 un très-grand nombrede boutures, qui, bien que prises sur des individus qui paraissaienttrès-francs, n’en présentèrent pas moins, lorsqu'elles fleurirent l’année suivante, les caractères de dégénérescence que nous avons indiqués ci-dessus. : : Les exemples de dégénérescence ou de modifications que nous venons de rappeler, de même que tant d’autres analogues que nous pourrions faire connaître, ne suivent pas une marche uniforme; mon-seulement ils peuvent se manifester chez un cultivateur bien longtemps auparavant que de se | montrer chez un autre, mais ils peuvent présenter |! entre eux des différences et des variations plus ou {}moins grandes, en rapport avec les conditions dans lesquelles elles se montrent : ici d'une mauiére, là | | d’une autre, ailleurs encore d’une autre.
Note 33.— On ne saurait trop se bien pénétrer de cette idée que chaque plante, chaque graine (on pourrait peut-être dire chaque œil),quelque semblable qu’ellesoit avec une autre,n’en n’est pas Moins organiquement distincte; c'est une individualité qui présente des qualités particulières, des caractères qui lui sont propres. Mais, ces qualités étant organiques, rien parfois ne les indique; elles ressortent de l'expérience ; d’où il suit que, lorsqu'on a fait un semis, si l’on a beaucoup de terrain, ilne faut pas se presser de jeter les individus qui en proviennent ; car parmi ceux-ci il peut s’en trouver qui, comme on dit dans la pratique, aient de l'avenir, soit par eux-mêmes, soit comme mères, et qui pourraient par la suite, produire des plantes très-intéressantes à divers points de vue. Le Dianthus barbato-superbus (note 12) nous en offre un exemple bien remarquable. :
Cette plante, qui, lors de l’épure, avait été arrachée et jetée comme n'étant pas franche (elle avait joué avec des OEillets de Poëte), ramassée, plantée et soignée par nous, nous à donné les résultats remarquables que nous avons rapportés dans la’note 12. Deux faits, sinon semblables, du moins analogues aux précédents, qui nous sont particuliers, sont les suivants. En 41847, ayant récolté des graines sur deux pieds de Balsamine Camellia à fleurs doubles, ponctuées et en apparence tout à fait identiques, nous avons semé ces graines à part. De chacun des lots nous avons choisi 120 plantes qui nous ont donné: le n° 1,13 Balsamines ponctuées à peinesemi-
doubles ; toutes les autres étaient à fleurs simples de diverses couleurs. Dans les 120 plantes du lot no 2, 95 donnèrent des fleurs ponctuées, très-pleines, 17 furent à fleurs semi-doubles également ponctuées, les autres étaient à fleurs simples de couleurs diverses. Une expérience de même nature que nous fimes sur 2 pieds d’une variété de Quarantaines nous donna des résultats encore plus remarquables : 85 plantes provenant de l’un des pieds furent toutes à fleurs très-doubles, tandis qu'un même nombre de pieds provenant de l’autre plante, qui avait été cultivée dans des conditions tout à fait semblables
à la précédente, dont elle ne différait pas, ne don-
nèrent que des fleurs simples.
Note 34.—Ilne faudrait pas croire que tous les Rosiers mousseux qu’on rencontre aujourd’hui dans lc commerce sont le résultat d'accidents. La plus grande partie, au contraire, provient de graines. C’est une race qui tend à se eréer, et déjà des graines qu'on recueille sur les Rosiers Mousseux on: obtient, lorsqu'on les sème, un certain nombre dindividus qui ont conservé les caractères généraux, des plantes dont ils proviennent ; ils sont plus ou; moins mousseux. Constatons toutefois que ce carac< tère mousseux n’est particulier à aucune section de Rosiers et qu’on le retrouve au contraire à peu près dans toutes ; en effet, les Cent-Feuilles, les Quatre- Saisons, les Hybrides remontants, etc, en fournissent des exemples.
Le fait de la reproduction de la mousse des Rosiers à l’aide de graines,prouve une fois de plus, ainsi que nous l’avons déjà dit plusieurs fois , que tout, dans un végétal, tend à se reproduire, et que les particularités, les propriétés, les monstruosités même peuvent devenir héréditaires (note 16).
Note 35. — Le Rosier Mousseuse Zoé est un des accidents les plus remarquables qu’ait produits le Rosier Cent-Feuilles ordinaire. Cette variété, au lieu d’être mousseuse soit sur le pédoncule, soit sur les feuilles calicinales, ainsi que sont la plupart des autres variétés de ce groupe, est mousseuse sur toutes ses parties, d’où sa qualification de: Mousseuse partout.
L'accident Moussèuse Zoé s’est reproduit de nouveau l’année dernière (1864), chez M. Jamain, horticulteur, rue de la Glacière, à Paris, où nous avons pu en suivre le développement. Ce que nous avons pu constater aussi chez cet horticulteur, c’est que, dans deux planches plantées en Rosiers mousseux ordinaires, indépendamment de l'accident Mousseuse Zoé, il y avait plusieurs pieds qui tendaïent également à se modifier, quelques-uns par leurs feuilles, d’autres par leurs fleurs.
Note 36.—- Il arrive parfois que le Rosier Panachée d’Urléans donne des rameaux gros, vigoureux, assez fortement épineux, un peu moins pourtant que ceux du R. Baronne Prévost, dont il sort; ses fleurs aussi, bien que ressemblant beaucoup à celles de ce dernier, en différent néanmoins. C’est encore un intermédiaire produit par le seul fait de la végétation.
Note 37.— Dans toutes ces circonstances, il ne faut pas oublier que toutes les plantes ne sont pas également modifiables, et que les conditions dans lesquelles elles sont placées exercent sur elles des influences très-diverses. Aïnsi, tandis que dans certains sols et sur la même variété, les modifications sont à peine sensibles, dans d’autres au contraire elles sont considérables. Quelquefois ces faits se montrent dans le même terrain et dans des conditions identiques, de sorte que, dans deux planches contiguës plantées avec la même variété de plante il pourra se faire que l'une présente de nombreux accidents, tandis que l’autre n’en présentera pas un seul. D'où il résulte que, de ce que sur certaines plantes qu’on cultive on n’obtient pas de modifications on n’est pasen droit d'en conclure que ces modifications sont ‘impossibles. Tous ces faits sont complexes, et dépendent de causes qui nous sont inconnues.
fr !
ht mt mm
nhemies EE
Il en est de même des quantités: ainsi, dans certains cas, on pourra parfois, a’un très-petit nombre de plantes, obtenir des modifications ou des transformations relativement considérables, tandis que dans d’autres, et sur des milliers d'individus, on pourra n’obtenir aucun changement appréciable.
Tous ces faits démontrent, ainsi que nons l’avons déjà dit (note 33), que chaque graine est une individualité particulière, qui, bien que provenant des mêmes parents que d’autres avec lesquelles elle était, peut présenter des caractères différents, non-
eulement de celles-ci, mais même de leur mère commune. Elle est parente, à des degrés plus ou moins rapprochés, mais elle n’est pas eux.
Mais, d’une autre part, qu’arriverait-il si chacun ne croyait que ce qu'il a constaté? Qu’on pourrait nier à peu près tout, car, ce qu’on à vu, un autre ne l’a parfois jamais observé, et certains faits trèscommuns pour l’un sont souvent complétement inconnus à d’autres. Ainsi, par exemple, le Podoearpus Koraiana, produisant des branches verticillées et des feuilles distiques, est un fait que peut-être seul, jusqu’à ce jour, nous avons constaté. Malgré cela on ne peut le nier. Ilen est de même de beaucoup d’autres accidents ; ainsi , il est tel Rosiériste qui a cultivé par milliers des Rosiers Baronne Prévost sans jamais avoir remarqué la moindre variation ; pourtant il n’est pas en droit de nier que certains de ses confrères ont obtenu de ce Rosier quelques
accidents, Ce que nons avons dit du P. Koraiana,.
ce que nous disons des Rosiers, nous pouvons le dire d’un trés-grand nombre de végétaux, soit ligneux, soit herbacés, ce qui, du reste, ressort clairement de Fénoncé des faits de dimorphisme dont nous donnons l’'énumération. Ceux-ci, pour la plupart, sortent de plantes cultivées en grande quantité par beaucoup d’horticulteurs qui n’ont jamais eu l’occasion de les remarquer. Pourtant ils ne peuvent les nier. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est de dire qu’ils n'ont jamais vu ces faits.
Note 38. — Four expliquer toutes ces variations, on a cherchc à faire rentrer le phénomène qui les produit dans la formule ordinaire, qui, si elle n’explique rien, à au moins cet avantage qu’elle tient lieu de toute explication; on a dit, par exemple, qu’elles sont dues à des fécondations faites entre diverses variétés. Mais il suffit d’y réfléchir pour se convaincre que cette hypothèse est tout à fait gratuite; car, une tige de Haricot étant le fait d’un seul ovule, dès l’instant où elle produit des fruits de forme, de couleur et de qualités diverses, et de plus que cette tige est volubile bien qu’elle provienne d’une plante non volubile, il faudrait admettre que cet ovule a été tout à la fois fecondé par plusieurs grains de pollen appartenant à des variétés trèsdiverses, qui présentent des qualités et des caractères les plus opposés. Mais encore ici le fait n’est
“guère admissible, car dans les Haricots de même que dans la plupart des légumineuses la fécondation directe (voir pag. 19), seule, est à peu près possible (Il est même plus que probable que la fécondation est anteflorale.)
— Pour vouloir expliquer un phénomène inexplicable on est obligé d'admettre comme vraies des hypothèses que la raison condamne, et qui sont en même temps contraires à certaines lois scientfiques admises.
Note 39.— Les faits, soit de dimorphisme, soit de dichroïsme, que présentent les Pommes de terre nous démontrent que leur cause d’apparitiôn n’est pas due, ainsi qu'on le croit généralement à des croisements, c’est-à-dire aux fécondations des fleurs, puisque la fécondation ne peut agir que sur les graines, et que ce n’est que très-rarement et pour ainsi dire exceptionnellement qu'on multiplie les Pommes de terre par ce procédé, bien que ce soit par centaines qu’on compte les variétés, Mais il ya plus, et il arrive parfois que les rameaux aériens, lorsqu'on les bouture, produisent des variétés diflérentes de celles de pieds dont ils proviennent. Du reste les variétés nombreuses de certaines plantes
qu'on cultive, provenant d'espèces qui ne donnent jamais de graines prouvent, surabondamment que, en dehors de la fécondation, il y à d’autres causes qui poussent à la diversité.
Note 40. — On nomme broussin la réunion de nombreux petits bourgeons qui naissent soit sur des tiges, soit sur de grosses branches d’arbres où ils constituent des aggloméra tions parfois considéra bles que de loin on pourrait prendre pour des Guis. Ces productions, qui prennent rarement un grand
développement, conservent leurs caractères particu-
hiers, de sorte que, si on les multiplie, elles forment des plantes buissonneuses, souvent très-différentes de celles sur lesquelles elles se sont montrées. Dans certains cas, cependant ces plantes peuvent acquérir de plus grandes dimensions, et. bien qu’en conservant leurs caractères particuliers et constituant des formes bien distinctes, elles peuvent, par leurs propriétés spéciales, rendre d'importants services.
Note #1.— Bien que, à l'exemple detous les botanistes, nous considérions ici le Robinia hispida comme type, nous n’oserions garantir que c’est uue espèce ; nous pensons même le contraire, Nous appuyons nos doutes, d’abord sur ce fait que nulle part on ne la encore rencontré, si ce n’est cultivé, et, d’une autre part encore, que, partout en Europe, où cette plante est très-fréquemment cultivée pour Pornement, de même qu'en Amérique où elle est très-employée au même usage, elle ne donne jamais de graines.
Note 42. — Nous pouvons, afin de nous représenter le double effet (l'effet lent et l'effet brusque) sous lequel se montre le dimorphisme, supposer une horloge à secondes dont on ne verrait que le cadran. Dans ce cas l'effet continu, mais lent,nous serait représenté par le balancier, qui, bien quenous ne le voyions pas,ne s’arrête cependant jamais, et l'effet brusque ou intermittent, par chaque saut que feraient les aiguilles, saut qui est la résultante d’une action incessante tellement lente, qu’elle n’est point appréciable à nos sens, et qui ne se manifeste d’une manière sensible que lorsqu'il y a une certainequantité de force acumulée. ;
Note 43. — Cette hypothèse, loin d’être contraire aux règles soit de la physiologie, soit de la pratique, ÿ est conforme; elle s'appuie sur ce fait que, aucune partie d’un végétal quelconque ne pouvant être exactement semblable à aucune autre, mais que possédant, au contraire, ses pro priétés particulières, il peut en résulter que, bien qu'on ait pris, soit des boutures, soit des greffons sur un même individu, on pourra parfois, de ces
parties, obtenir des individus qui présenteront
des caractères différents de celui dont ils sortent (Le Cerisier anglais et certains autres arbres fruitiers dont nous avons parlé en fournissent des exemples). Nous ne sommes même pas éloigné de
croire qu'un certain nombre de nos variétés d'arbres
fruitiers n’ont pas d'autre origine; cela paraît d’autant plus probable que jamais, ou presque jamais, on ne conserve les arbres types; que presque toujours, au contraire, on prend les parties à multiplier sur des individus de %, de 8° génération, 1 parfois même plus, qui ont été placés dans des milieux très-différents, où, à leur tour, ils ont pu acquérir des qualités spéciales. Or, comme nous savons que toutes les propriétés que possède un végétal sont susceptibles de pouvoir se transmettre, il peut en résulter qu’au bout d’un certain temps on puisse parfois trouver sous un même nom des arbres fruitiers différant les uns des autres, bien qu'originairement ils proviennent d’un même arbre. Pour le Pêcher le fait ne nous paraît pas douteux. Nous pourrions même l’appuyer par des exemples. Ainsi, cette année, sur un Pêcher à grandes fleurs roses
4 Le mot génération dont nous nous servons ici doit être pris comme indiquant un sujet ou une série de sujets provenant d’une partie qui avait été prise sur un individu qui lui-même provenait d’un autre que le pied mère, Pour nous faire comprendre, supposons une plante-mère À de laquelle
re mm
TRES TE Ne 7 Ed ee 3 Eu à ee RE ann IT CP EP SES eRRRF NS MER ES ms ge
ares
re ie 5
très-foncé, nous avons trouvé des fleurs rose”carné très pâles et d’autres presque blanches. Sur le même arbre il Y avait aussi des branches dont toutes les fleurs étaient mouchetées absolument comme le sont celles de la variété de Rosier qu’on nomme Reine à fleurs panachées. |
Si l’on réfléchit, qu'une modificatien externe est toujours la conséquence d’une modification interne, et que d’autre part, chaque œil, chaque bourgeon peut être considéré comme un végétal qui a ses caractères propres, on, comprendra facilement come, ment, dans certains cas, en prenant des bourgeons sur un même arbre on peut obtenir des résultats différents. Le.
Toutes ces modifications, parfois si. profondes, qui se montrent sur des végétaux qui ont été produits par bouture, par couchage, par greffe, etc., en un mot par division de leurs parties, démontrent de la manière la plus nette que l’idée qu’on à généralement que, par ces procédés, on multiplie indéfiniment le même individu avec ses particularités, n’est vraie, non plus, que relativement, et qu’en ceci comme en toute autre chose la nature ne se prête pas servilement à nos combinaisons pour justifier nos théories. Si parfois nous le croyons, c’est parce que nous ne voyons jamais au delà d’un certain horizon qui limite et indique la mesure de nos connaissances, parfois même celle de notre intérèt, mais presque toujours celle de notre amourpropre.
Note 44%. — Comme preuve de ce fait, que les plantes peuvent conserver, acquérir ou même perdre certaines propriétés particulières en rapport avec le milieu dans lequel elles vivent, nous pouvons citer d’abord l’Epine-Vinette à feuilles pourpres, qui dans les terres fortes, argileuses, là surtout où l'air est vif, conserve ses feuilles rouge foncé et se reproduit à peu près telle par ses graines, tandis q'uà Paris, au Muséum, par exemple. dans des ter-
on a détaché une branche avec laquelle on a fait un individu
B; c'est la première génération. Si nous supposons encore que de ce dernier on a pris une branche dont on a fait un individu C, nous aurons, dans celui-ci, un exemple de deuxième génération,
rains Calcaires et secs, non-seulement cette variété ne se reproduit pas par graines, mais elle en conserve même pas ses caractères; la couleur rouge va Constamment en diminuant de sorte, qu’en quelques années cette plante a repris les caractères du type ; elle est revenue à feuilles vertes.
.Nous pourrions encore, à l'appui de notre dire: citer la plupart de nos plantes potagères dont il faut renouveler si souvent les graines, en les tirant des localités ou elles conservent les qualités qui les font rechercher. |
Le Hêtre à feuilles pourpres présente, au point. de vue de Sa multiplication par graines, un fait analogue à celui que nous venons de rapporter. Ainsi, à Ris-Orangis, où cette variété vient pourtant trèsbien, où ses feuilles sont d’un pourpre très-foncé, presque noir, les graines qu’on y récolte ne donnent néanmoins que très-rarement et pour aïnsi dire exceptionnellement (parfois 4 à 8 pour 100} | de plantes à feuilles pourpres, tandisque les graines. | de cette même variété récoltées dans différents: endroîts, notamment à Mortefontaine, donnent 50, parfois 75 pour 100 d'individus à feuilles. pourpres.
Note 45. — Nous avons dit ailleurs (Note 1), que les faits soit de dimorphisme, soit de dichroïsme: pourraient être partagés en deux catégories : ceux qui se manifestestent brusquement et ceux dont l’apparition est lente. Le Viola Rothomagensis pallidæ rentre dans cette dernière catégorie, Voici le fait:
En 1863 nous avons fait venir des coteaux de Vernon, un certain nombre de pieds de Viola Rothomagensis. Plantés au Muséum ils conservèrent à peu près tous leurs caractères sauf toutefois la villosité qui disparut en grande partie dès la première année. Pendant cette année 1863 et toute l’année 1864, ils donnèrent abondamment des fleurs bleues. Dans l'hiver de 4864 à 1865 tous les pieds, excepté un, périrent, le pied qui resta, au lieu de se couvrir de fleurs d’un beau bleu ainsi qu'il avait fait les deux années précédentes, produisit des fleurs presque blanches. Cette couleur se maïntiendrat-elle? Ily aura-til formation d’une race jardinique? C’est ce que l'avenir nous apprendra.