‹ Production et utilisation des gaz pauvresChapitre 1 sur 132 · A MONSIEUR MAURICE LÉVY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR MAURICE LÉVY

MEMBRE DE L INSTITUT PROFESSEUR AU COLLEGE DE FRANCE, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES PONTS HT CHAUSSEES

Hommage de respectueuse reconnaissance.

PRÉFiCE

Des innombrables inventions vraies ou prétendues que chaque jour voit naître, quelques-unes seulement sont conformes aux principes de la science, ce qui n'implique nullement qu'elles soient toujours dues à des savants. Le génie supplée à tout, môme à la science acquise dans les livres et les laboratoires. Il la remplace par celle qui est puisée directement dans la nature. Les œuvres de Giffard et de Gramme sont là pour en témoigner. Mais, qu'elles sortent du cerveau d'un savant ou de celui d'un simple ouvrier, observateur et judicieux interprète des phénomènes qu'il constate chaque jour, les seules inventions qui réussissent sont celles qui ont la science pour fondement. Elles sortent rapidement de la période des essais et des tâtonnements, pour entrer dans la voie productive où chacune, pour sa part, bouleverse en peu d'années le mode d'exploitation du domaine industriel qu'elle embrasse.

Tel a été le cas des gaz liquéfiés. 11 y a une vingtaine d'années, on aurait pu les croire destinés à ne servir que la science pure. Aujourd'hui, capables de maintenir une basse température dans des entrepôts fixes ou flottants de plusieurs milliers de mètres cubes, ils permettent la parfaite conservation des matières alimentaires, notamment dans les halles et sur les navires. Ils rendent ainsi possible l'échange entre les divers pays des matières les plus altérables à la température ordinaire et que, pour cette raison, on n'eût jamais cru susceptibles de devenir un objet de trafic lointain.

La bobine de Masson et de Ruhmkorff, qui était restée pendant longtemps un instrument de laboratoire, est devenue en peu d'années l'un des plus puissants auxiliaires de l'industrie électrique, et notamment du transport électrique de la force à des distances et avec des intensités tout à fait inespérées.

La turbine à vapeur est à peine née à la vie industrielle que déjà on l'emploie à la propulsion des paquebots et même des cuirassés à grande puissance et à grand rayon d'action .

Mais ce sont les moteurs à explosion qui offrent peut-être l'exemple le plus frappant de ce que peut sur le développement de l'industrie humaine une idée heureuse venue à son heure, c'est-à-dire à l'heure où l'industrie est prête à la réaliser.

Le moteur à essence était encore, en 1890, un objet de curiosité ; à peine quelques

II PHÉFACE

timides essais avaient-ils été entrepris pour l'utiliser dans la propulsion d'embarcations de plaisance. Aujourd'hui, ce moteur se construit par milliers à des puissances qui vont jusqu'à 300 et 400 chevaux; il entraîne sur les routes des voitures qui marchent à des vitesses que l'on croyait uniquement réservées aux locomotives.

Un moteur à gaz de 100 chevaux dans un seul cylindre était, il y a douze ans à peine, considéré comme une utopie par les praticiens eux-mêmes ; nombre d'ingénieurs considéraient que les applications des moteurs à explosion devaient être limitées aux faibles puissances. À l'époque actuelle, les usines Cockerill construisent des moteurs à gaz capables de produire jusqu'à 1.500 chevaux par cylindre ; les moteurs à gaz de 2.000 et 3.000 chevaux sont employés dans l'industrie sidérurgique à la production de l'énergie électrique qui lui est nécessaire.

La production et l'utilisation de l'énergie se transforment donc dans le domaine industriel avec une rapidité déconcertante. 11 en résulte que l'ingénieur mis à la tête d'une exploitation a besoin, non seulement de se tenir au courant des progrès réalisés dans la branche spéciale dans laquelle il est plus particulièrement compétent, mais encore de suivre le développement de branches parallèles qui sont susceptibles, à un moment donné, de transformer le mode d'exploitation jusqu'alors mis en œuvre. L'ingénieur métallurgiste qui produit de l'acier au convertisseur Bessemer ou au four Martin doit suivre avec soin le progrès des fours électriques, qui peuvent rapidement se substituer en totalité ou en partie aux appareils actuels de fabrication. C'est encore ce même métallurgiste qui, pour diminuer le prix de revient de la fonte et soutenir la concurrence que se font entre elles les diverses forges, est nécessairement conduit soit à mieux utiliser l'énergie encore contenue dans les gaz qui s'échappent du gueulard en les faisant exploser dans des moteurs à gaz au lieu de les brûler sous des chaudières, soit à régulariser sa fabrication ou à en augmenter le rendement en séchant le vent soufflé aux tuyères à l'aide d'appareils frigorifiques. Projet d'installation électrique, substitution de moteurs à gaz aux machines à vapeur, étude de production industrielle du froid, tels sont les problèmes en face desquels se trouve l'ingénieur métallurgiste. Le chimiste, le mécanicien, l'ingénieur des mines peuvent être aux prises avec des difficultés du même ordre ; ils peuvent avoir à résoudre des questions pratiques dont leur spécialisation primitive ne leur a pas, en général, permis de suivre tous les développements.

Lorsque les circonstances obligent un ingénieur à résoudre de tels problèmes, où celui-ci va-t-il se procurer rapidement l'ensemble des renseignements théoriques et pratiques lui permettant de connaître l'état actuel de la question, et par suite de juger, parmi les projets présentés par les spécialistes, celui qui convient le mieux à son mode d'exploitation? Les cours d'écoles, si bien faits qu'ils soient, ne lui sont pas toujours d'un secours suffisant; ils ne peuvent, en effet, que contenir l'exposé des principes généraux sans s'appesantir sur les détails particuliers à chaque branche d'indus souvent muets sur des applications encore peu répandues dans la pratique industrielle.

Les mémoires épars dans des périodiques écrits dans diverses langues peuvent seuls

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