‹ Profils anglaisChapitre 5 sur 47 · WILLIAM COWPER OU DE LA POÉSIE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

WILLIAM COWPER OU DE LA POÉSIE DOMESTIQUE

Lundi, 20 novembre 1854.

La vie de ce poète original, à la fois grave et charmant, est des plus singulières, toute simple au dehors et semée au dedans d'écueils et de précipices ; il est arrivé à composer ses œuvres si morales et si attachantes par un chemin très détourné, très éloigné des voies communes, et qu'il n'eût conseillé à personne. On a aujourd'hui sur son compte tous les éclaircissements désirables. Southey, poète et critique, avait publié en 1835 une ample Biographie de Cowper en tête d'une édition des Œuvres ; on réimprime le tout aujourd'hui. Cette édition de Cowper et cette Biographie par Southey, et de plus l'édition donnée par le révérend Grimshawe (1850), fournissent les documents d'une étude complète, ou, pour mieux dire, cette étude est déjà faite par Southey lui-même : mais la Correspondance de Cowper, qui égale en mérite et en pensée ses œuvres poétiques, et qui est encore plus naturelle et surtout plus aisée, offre une lecture où chacun peut choisir sa matière de réflexion

et ses coins d'agrément. Il est étonnant que personne n'ait songé à traduire, à extraire de là de quoi former deux volumes en français, qui seraient ce qu'il y aurait de plus neuf et de plus honnêtement récréant.

William Cowper naquit le ^6 novembre 1731, d'une famille des plus honorables, et qui avait produit même des membres illustres. Son père était dans l'Eglise et recteur à Berkhamstead, lorsque William y vint au monde. Sa mère Anne Donne, de noble naissance, mourut jeune en 1737, laissant deux fils ; William n'avait alors que six ans, mais il garda des premiers temps de son enfance et des tendresses de sa mère un souvenir vif et profond, gravé plus avant en son cœur par le régime tout différent auquel il fut soumis le lendemain de cette mort ; il a consacré ce souvenir, à plus de cinquante ans de distance, dans des vers composés par lui en recevant d'une cousine le portrait de sa mère (1790). En les lisant, on n'y retrouve pas seulement l'affectueuse émotion qui serait dans le cœur de bien des fils à la vue de ce qui ramène vers les années heureuses, mais on y reconnaît aussi ce qu'il y avait de particulièrement sensible, de tendrement sensitif et douloureux dans cette nature de Cowper, qui avait avant tout besoin de la tiédeur et de l'abri du nid domestique :

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