‹ Profils et grimacesChapitre 1 sur 40 · PAGNERRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PAGNERRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR

I 8 , KUF DE SEINI , I 8

M iKçc r.xiv Driiito de reprodui liuii et de trailudion léserv*).».

'^WÊÊÊat

De la grande allée du jardin où je me promène , j'ai sous les yeux une île charmante qui a pour nom Serk et pour surnom « Tîle romantique )>.

Dans cette allée, tout à Fbeure, je lisais un article du Journal des Débuts^ fort gracieux et fort oblif];eant, où M. Cuvillier-Fleury m'appelait « le dernier romantique ».

Ce n'est pas la première fois que je reçois cette épithète; les uns me la donnent avec bienveillance , et je leur ôte mon chapeau ; les autres me la jettent ave^ mépris, et je tache d'en rougir; mais il me manque une chose pour en être aussi joyeux et aussi honteux qu'il conviendrait : c'est de la comprendre.

Romantique , qu'est-ce qu'ils entendent par là ? Je l'ai demandé d'abord à celui qu'on nomme Iç

créateur du « romantisme ». Le premier romantique n'en sait pas plus long que le dernier sur « ces termes de convention que les partis se jettent réciproquement comme des ballons vides, signes sans signification , expressions sans expression , mots vagues que chacun définit au besoin de ses haines ou de ses préjugés, et qui ne servent de raisons qu'à ceux qui n'en ont pas. Pour lui , il ignore profondément ce que c'est que le genre classique et le genre romantique. » (Préface des Odes et Ballades, )

Et cependant les journaux qui m'appellent romantique ont l'air de se comprendre. Je me suis donc adressé à eux , — non pas aux bienveillants , car il est inutile de serrer de trop près la bienveillance, l'éloge est comme l'argent qu'on reçoit, « c'est toujours clair », — mais aux autres, et je leur ai dit ce que Desdemona dit à Othello qui vient la tuer :

— Je comprends la colère qui est dans vos paroles, mais vos paroles elles-mêmes je ne les comprends pas. Il est évident qu'en m* appelant romantique vous voulez m'être désagréables, et la politesse exige que je sois profondément humilié; je fais ce que je peux pour l'être, je le suis, je baisse le front, je rougis jusqu'au blanc des yeux, je n'ose plus sortir, je meurs de désespoir, mais je ne serais pas fâché de savoir pourquoi ; je confesse que je suis un romantique : qu'est-ce que c'est?

— Vous le savez bien , m'a répondu le plus farouche. Romantisme signifie drame.

— J'y consens, ai-je dit. Mais alors, pour être romantique, il faut faire des pièces. Un critique, un poète lyrique , un romancier, un peintre, un musicien, un statuaire ne peuvent être romantiques. Les poètes dramatiques eux-mêmes ne le sont qu'au théâtre. Victor Hugo, par exemple, n'a fait que huit drames, lesquels ensemble ne sont pas la sixième partie de son œuvre; il en résulterait donc que le romantique par excellence ne serait romantique qu'une fois sur six.

Cette objection a paru gêner le journal, qui s'est tu. Mais un autre a pris la parole.

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