‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 16 sur 280 · ALPES (HAUTES · texte numérisé non relu

ALPES (HAUTES

Gircousoription de BRIANÇON

M* Émile MERLE

Élu au 2° tour de scrutin* — 2*817 voix.

Mes chers concitoyens.

Nous avons entrepris dans le Briançonnais depuis bientôt trois mois une œuvre d'émanci pat ion politique et économique. Notre pauvre pays, soumis depuis plus de trente ans â ta réaction , avait besoin de vibrer sous te souffle démocratique* Il a, dans un élan puissant^ répondu à notre appel, et les acclamations que nous avons obtenues nous sont un gage du succès définitif des idées socialistes dans notre circonscription*

Vous savez tous quel est mon programme. Je l ai développé dans près de cent cinquante conférences* Je l’ai Vautre part exposé dans une brochure qui sera mise entre les mains de tous les électeurs. Je veux simplement ici vous rappeler les principes généraux de notre doctrine socialiste*

Réformes immédiatement réalisables pour préparer V émancipation des travailleur $ de Vusine} du commerce et des champs .

1° Suppression des contributions directes iniquement réparties dans notre pays (Contribution personnelle mobilière, impôt des portes et fenêtres, contribution foncière sur la terre et les maisons, patentes des commerçants).

Remplacement de ces contributions par un impôt progressif sur le revenu globaE et bu t les capitaux improductifs,

2° Suppression des droits ^enregistrement qui frappent les mutations de la petite propriété paysanne {ventes, donations, successions).

Suppression de la redevance des mines pour les petites exploitations houillères*

3° Suppression des prestations en nature.

Les routes et les chemins devraient être entretenus exclusivement par le service des ponts et chaussées et de la voirie, avec un personnel augmenté et mieux rétribué. Enseignement gratuit à tous les degrés.

Gratuité absolue de la justice*

6° Respect le plus absolu de la liberté de conscience en France, l/article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 3 septembre 1791, déclare que : a Nu! ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses ». Nous croyons que ce principe est une des bases de notre droit public, et nous ferons tout contre toutes tes sectes, gouvernementales ou non, pour le faire respecter* La séparation de l'Église et de l’État est une application de îa liberté de conscience qui exige que la politique ne s'occupe pas de la religion, et que la religion fie s’occupe pas de la politique* Pour cette cause, noua aurions voté la séparation et nous espérons que cette loi sera appliquée, sans brutalité, mais aussi sans faiblesse.

Quant aux procédés d’administration qui consistent à noter un fonctionnaire, non pas d'après sa valeur professionnelle, mais d’après le fait qu’il va ou non à la messe, nous les répudions complètement comme indignes d’un peuple libre,

7Û Suppression des Conseils de guerre en temps de paix,

8° Suppression des 13 jours et des 23 jours,

9e Organisation d’un système général d’assurances d’Etat contre tous les risques qui menaient l’homme et la propriété (maladies, accidents, invalidité, vieillesse, chômage — incendie, gelées, grêle, mortalité du bétail, etc,)

Seules les ressources que pourrait tirer la nation des grands monopoles d’État, permettraient le fonctionnement de cette grande institution (monopole de F exploitation des chemins de fer, des transports par terre et par eau, de l’alcool, des grandes exploitations houillères, des industries métallurgiques et textiles, du raffinage des sucres, des pétroles, etc*J.

10° Sans porter atteinte au reboisement, restitution aux communes du droit de pacage qui leur a été enlevé par l’administration des forêts*

11° Droit de syndicat pour tous les fonctionnaires de l'État, qui leur permettra d’améliorer leur situation au point de vue du traitement, des pensions, du régime de l’avancement et d’établir leur liberté vis-à-vis de l’administration, qui, trop souvent, a la prétention de se servir d'eux comme de simples agents électoraux. Les petits fonctionnaires sont tout particulièrement intéressants (professeurs et répétiteurs de collège, instituteurs et inatïtîlces, agents et sous-agents des postes, fonctionnaires des contributions indirectes, douaniers, forestiers, cantonniers, gendarmes*)

Suppression d’un très grand nombre de fonctionnaires inutiles et réduction des gros traitements*

12D Organisation dans le Briançonnais de syndicats ouvriers, permettant de mettre fin à l'exploitation honteuse du travail par le capital.

13° Journée de huit heures.

14° Minimum de salaires.

Repos hebdomadaire pour tous les salariés*

16° Travaux d’endiguement et de soutènement que devrait accomplir le génie militaire pour empêcher les ravages des torrents et des avalanches.

Suppression du régime capitaliste et son remplacement par le régime socialiste.

Notre socialisme réside essentiellement dans cette formule : le producteur doit être propriétaire de son moyen de production*

Comment appliquer ce principe?

Il importe de faire des distinctions :

lü Grande industrie et grand commerce*

L’État devrait, par le moyen du rachat, établir la nationalisation de toute» les usinée fabriques, grands magasins, grands moyens de transport, banques, et-;.

H exploiterait lui-même certaines de ees entreprises particulièrement concentrées actuellement, il concéderait aux fédérations syndicales d’ouvriers d’une même profession, l’exploitation d’autres entreprises qui ont moins subi la loi de la concentration industrielle et commerciale. (Voir dans ma. brochure-programme l' explication de: cette doctrine.)

2° Grande propriété foncière. .

li s’agit de celle détenue par les grands propriétaires fonciers qui ne travaillent pas eux-mêmes leur sol, mais Pe font travailler par des ouvriers agricoles, des fermiers on des métayers dont ils exploitent le travail en vendant de* récoltas qu’ils n’ont pas produites,

ou en touchant des fermages. ,

La même solution s'impose pour cette propriété que pour le grand commvrec et a

grande industrie.

3" Petite propriété paysanne.

C’est celle dans laquelle le propriétaire du sol travaille seul sa terre, sans salaries; ceat

le eas du Briançcnnaig. ,

Le socialisme veut protéger cette petite propriété paysanne parce que précisément rei le producteur (le cultivateur) est propriétaire de son moyen de production, (la terre, les

outils) et du produit (la récolte). . .

Paysans, apprenez qm vous n’avez pas de pire ennemi de votre propriété que le

régime capitaliste, fl s’acharne pour vous arracher votre propriété par l’usure et hypothèque. Le socialisme veut empêcher cette exploitation éhontée du petit paysan, et par consolider sa propriété, en supprimant l’usure et en modifiant te régime hypothécaire

français* . , *

Mais, paysans, n vous êtes propriétaires de votre moyen de production, vous ne lui

faites pas produire tout ce q«’ if devrait donner.

L’association seule peut vous sauver. . . ,

Notre pays a de beaux pâturages. Formez des sociétés coopératives laitières pour la

vente du lait, la fabrication du beurre et du fromage.

Ne vous laissez pas exploiter par les entreprises capitalistes laitières du Bnaaçonnaisi

produisez vous-mêmes et vous partagerez Ses bénéfices. „

Imitez l'exemple des paysans danois, de ceux de Sibérie à Tdtrunger; de ceux es arenies, du Jura, de F Aisne, du Nord et de la Bretagne en France. . .

Vous trouverez les capitaux dans le crédit agricole. L'État français tient a la disposition des paysans de France, une somme de soixante millions qu'il doit, avancer aux banques agricoles qui en font ï a demande, d’après Ta loi du 17 novembre 1897 sur e renonve eiuen du privilège de ïa Banque de France, et celles du 31 mars 1899, article , e ■ c u a o cembre 1900, relatives aux caisses régionales. (Voir dans ma bmchu reprogramme exP i-

cation et le fonctionnement de ces lois.) . ,A . VaBan

Paysans briançortnais, seule l'industrie laitière organisée d apr s e s\s me ^ ^

dation,' peut améliorer votre situation économique et vous sortir de la misère. Pour faci lier les débouché,, la ligne de chemin de fer de Gap à Briançon «devrait être prolongée jusqu en Italie, et le tramway de Grenoble à BouTg-d’Oïsans jusqu'à Briançon.

Bon nombre de trafiîyvays électriques pourraient être installés dans notre pays, giace aux chutes d'eau qui fourniraient à bon compte l'électricité. -

Nous pensons que des traités de commerce devraient être passés avec I Italie pour faciliter les transactions commerciales entre les deux pays*

h° Socialisme municipal. ■ , -

Nous désirons, comme en Angleterre et en Allemagne, et aussi ans cer ai

de la France, l’exploitation par les communes, d’un grand nombre de services actuellement détenus par des capitalistes (lumière électrique, transports, etc.,-)*

5* Petit commerce et petite industrie.

Le petit commerçant et I5 artisan étant propriétaires de leur moyen de production » doivent, par te socialisme, être consolidés dans cette petite propriété.

Nous les débarrasserons de la concurrence terrible de la grande industrie et des grands magasins.

Gü Socialisme et Patrie.

L’idée de patrie a été détournée de son véritable sens jusqu’ici par les capitalistes, pour organiser ^exploitation internationale des travailleurs.

La patrie appartient au peuple qui a fait 1789, 1830, 1848 ; c’est lui qui en 18/0-71, çt défendu la France contre la bourgeoisie napoléonienne; c’est lui qui défendra toujours nos libertés, notre indépendance et notre propriété, si, poussée par un gouvernement sanguinaire, une nation voisine voulait nous les ravir.

Mais tous les peuples, dans tous les pays, s’organisent pour lutter contre la guerre, et détruire ce terrible fléau. Les guerres coloniales sont les seules causes actuelles des guerres entre nations. L’histoire le prouve et les guerres coloniales sont des guerres capitalistes. Nous les empêcherons de toutes nos forces.

Luttons pour l’indépendance absolue de toutes les patries, dans les États-Unis d’Europe. Pour cela, luttons contre les causes de la guerre, le régime capitaliste. (Voir ma brochureprogramme sur cette grave question.)

Briançonnais, je fais appel à vous.

Vous comprendrez que seul un homme ayant étudié profondément la science sociale peut remplir efficacement le rôle de législateur et soutenir à la tribune de la Chambre vos revendications.

Cet homme doit être un enfant du pays, un des vôtres, connaissant vos besoins et vos souffrances.

Sortez enfin de Pétât de torpeur politique et économique dans lequel vous vivez depuis plus de trente ans, et, dans un élan puissant, renversez la réaction capitaliste qui pèse sur vous, pour faire triompher le seul parti qui puisse vous représenter à la Chambre, vous, pauvres paysans et ouvriers, le parti socialiste dont j’ai l’honneur d’être, au milieu de vous, le porte-drapeau.

Vive le parti international des travailleurs!

Vive la République sociale!

Vive le Briançonnais socialiste !

Émile MERLE,

Docteur ès-sciences politiques et économiques, Avocat à la Cour d’appel de Grenoble, Candidat répubicain socialiste.

Circonscription dEMBRUN M, BONNIARD

Elu au 1er tour de scrutin. — 3.242 voix.

Mes chers Compatriotes,

Je viens solliciter l’honneur de vous représenter à la Chambre des Députés.

À plusieurs reprises, j’ai refusé de me rendre aux instances amicales et réitérées d'un

grand nombre d’entre vous et si, dernièrement encore, j’hésitais à accéder à vos désirs, c’est que je ne me dissimulais ni les difficultés, ni les responsabilités du mandat-à remplir.

J’estime cependant qu’à l’heure actuelle, et alors que de nouveaux et pressants appels sont faits à mon dévouement, il est de mon devoir d’accepter ce poste d’honneur pour défendre, avec toute l’énergie dont je suis capable, les intérêts de notre chère France et, en même temps, les vôtres.

Entré dans la vie politique il y a vingt ans, comme conseiller général républicain du canton d’Embrun, j’ai le sentiment d’avoir, dans l’assemblée départementale, rempli mûo mandat en toute conscience, de m’être occupé activement de toutes les affaires intéressant mon canton, des situations particulières sur lesquelles chacun de vous a pu appeler mon attention.

Sans fausse modestie, je suis fier de constater qu’à chaque élection nouvelle, les électeurs du canton d’Embrun m'ont renouvelé mon mandat à une très imposante majorité.

Si vous me faites l’honneur de me choisir comme votre Député, je vous donne l'assurance formelle que j’apporterai à la défense des intérêts de l’arrondissement le même zèle et le même dévouement que j’ai mis à soutenir ceux du canton d’Embrun.

Au point de vue politique, j’ai toujours loyalement et franchement défendu et soutenu le régime républicain, et — fidèle à mon passé — je resterai sans cesse attaché à la politique d’union, de travail et de progrès dans la République, mais dans une République vraiment digne de ce nom, c’est-à-dire tolérante, prête à réaliser toutes les améliorations sociales, opposée aux doctrines, aux théories collectivistes et révolutionnaires, et respectueuse enfin des droits et des libertés de chaque citoyen ;

La loi de séparation des Eglises et de l’Etat a produit dans le pays une grosse émotion. Elle demanderait, dans l’intérêt de tous et la paix des consciences, à être appliquée sans vexation d’aucune sorte, et, si des modifications pouvaient y être apportées, j’insisterais pour qu’elles soient inspirées par le plus sage esprit d’entente, de conciliation, de justice et de liberté.

C’est d’aiileurs dans le calme des esprits et daps l’oubli de nos dissensions qu on pourra se préoccuper des réformes devenues utiles et indispensables, et les discuter posément pour les réaliser I

Tous mes efforts tendront à l'amélioration du sort des déshérités de la fortune, des tra* vaitleurs des villes et des champs, et j’apporterai pour cela mon concours le plus absolu aux réformes attendues depuis trop longtemps :

Suppression ou, tout au moins, dégrèvement de Timpdt foncier qui pèse si lourdement et d'une façon si injuste, si peu équitable, sur nos populations pauvres des Alpes, et son remplacement par un impôt sur le revenu qui, après avoir été soigneusement élaboré et étudié, ne sera pas basé sur une taxation arbitraire et ne donnera pas lieu à des reeherchei indiscrètes et vexatoires qui troubleraient le foyer de chaque citoyen ;

Création de retraites assurant aux ouvriers et aux travailleurs agricoles une vieillesse paisible à Tabri du besoin ;

Protection et encouragements à l’agriculture et au commerce ;

Développement des syndicats agricoles et des sociétés mutuelles j

Construction de nouvelles routes, digues et canaux;

Exécution, dans le plus bref délai possible, des ligues de chemins de fer intéressant les cantons de Chorges et d'Orcières, et établissement de ta voie ferrée qui doit relier par la Durance le réseau français au réseau italien ;

Augmentation des effectifs des garnisons d’Embrun et de Montdauphin;

Diminution des frais de justice ;

Décentralisation administrative et accroissement des franchises locales.

Egalement les questions forestières seront P objet de ma sollicitude : extension des pâturages, réforme du code forestier, application toujours plus bienveillante de la loi sur lé reboisement, etc.

Pour accomplir ces réformes* noire budget déjà très lourd ne pourra pas supporter de charges nouvelles ; il faudra donc, à tout prix, réaliser des économies larges er. sincères parmi lesquelles je classerai la suppression totale des fonctions inutiles et la diminution des gnos traitements. Pour cela, je me joindrai aux députés qui voudront apporter tous leurs soins à la discussion de budgéta bien étudiés et votés en temps normal*

Partisan d’une paix durable et de la continuation des bons rapports que nous entretenons arec toutes les pu Usances, je demanderai que les forces de nos armées de terre et de mer soient , maintenues dans sm èut qui nous assure le respect dû à une grande nation comme la nètre.

Je réprouverai et repousserai toutes les vaines théories d’an timilitaxi^nû ef destructives du noble et beau sentiment de patriotisme et qui ne nous amèneraient que désorganisation et ruine.

Loin de mous les divisions et l'esprit de secte l

C’est par l 'union de tous les dfoyana français sous le drapeau aimé et incontesté de la République que mous arriverons à assurer pour toujours la force de notre pays et la vraie sécurité de notre s»J 1

Vive la République!

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