‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 169 sur 280 · IV. — Partie scolaire · texte numérisé non relu

IV. — Partie scolaire

1* Réaliser le monopole de Renseignement;

2° Accorder la gratuité de Renseignement secondaire et de Renseignement supérieur à tous ceux qui seraient reconnus capables d’en profiter ;

3° Dégager l’instituteur de toute responsabilité civile en matière d'accident;

k° Refondre et étendre Renseignement professionnel à tous les degrés dans le plus bref délai, pour éviter qu’il ne devienne îa base de réorganisation d'associations congréganistes plus ou moins déguisées,

V, — Partit militaire .

1° Préparer l'unité d’origine des officiers;

2* Réviser le code militaire ;

3° Supprimer ; a Les conseils de guerre en temps de paix; 6 Les ordonnances; c Réduire les périodes d’instruction des 28 et 13 jours» en attendant leur suppresion, et, comme mesure transitoire, les réduire à 15 et 6 jours.

Vf. — Partie financière,

1* Reviser le régime des impôts directs par Fadopiiou de l’impôt global et progressif sur le revenu, avec exonération à la base; en attendant, réduire les patentes du petit commerce

et augmenter celles de? grands magasins, en tenant compte des spécialités exploitées et du nombre des employés;

2" Supprimer les impôts frappant les objets d’alimentation de première nécessité;

3° Supprimer lc3 octrois;

h" Supprimer les impôts sur les transport^;

5° Réduire los patentes du petit commerce.

Vu : les candidats, CAZENEUVE. RRUNAUD.

5" Circonscription de LYON,

M. Victor FORT.

Elu au 1" tour de scrutin. — 3.651 voix.

Parti socialiste français. — Fédération socialiste autonome du Rhône. — Alliance socialiste.

Groupes d’études sociales de l’nnïon des socialistes.

Citoyens,

11 y a quelques moisi peine vous avez, par plus de 600 voix de majorité, donné au citoyen Victor Fort le mandai de vous représenter à la Chambre.

Vous avez, par ce vote significatif, approuvé d’un même coup la politique du bloc républicain et socialiste poursuivie au Parlement et affirmé à nouveau votre confiance dans la méthode préconisée par le parti socialiste français ; vous lui avez aussi donné la mission de collaborer étroitement à l’exécution finale du programme que s’était imposé la législature qui termine ses travaux.

Ce mandat a été fidèlement et scrupuleusement rempli ; pendant son court passage a la Chambre des Déposés, le citoyen Victor Fort s’est associé, par son a siduité et ses votes, à toutes les réformes pouvant être obtenues par voie budgétaire ; sa présence, lois J : la discussion de la loi des retraites ouvrières, lui a permis de faire garantir éventuellement les droits des travailleurs du tissage, et Piuitialive dont il a fait preuve fait prévoir pour l'avenir une activité semblable à celle que vous vous êtes plu à lui reconnaître ait Conseil municipal

de Lyon. ,

L’œuvre de la législature prochaine sera des plus compliquées ; il est impossible de différer plus longtemps l’étude des lois économiques, qui doivent primer, dès à présent, les

lois politiques. , ' .

Dès sa rentrée, la Chambre devra aborder les propositions tendant à la mo i Rica tiou et à la transformation de notre régime fiscal suranné, pour aboutir au vote de 1 impôt sur le revenu.

Pour appliquer les lois sociales déjà votées, pour rendre effective la lot des retraites ouvrières, des ressources financières sont indispensables; or, pour êire plus hardi dans ses conceptions politiques et sociales, le parti socialiste doit s’attacher à se les procurer, et il ne saurait se désintéresser des intérêts économiques du pays et négliger aucune des armes qui peuvent mettre en valeur les richesses naturelles de la nation.

C’est pour assurer plus de bien-être à ceux qui souffrant, c’est pour alléger leur misère

avec plus cte certitude que le parti socialiste français, sans rien abandonner des points fondamentaux de sa doctrine, entend se consacrer, avec le concours de toutes les fractions de Fopinîon républicaine unies dans une même pensée de solidarité et de justice*

Pour assurer P exécution de ce programme* nous vous demandons de ratifier à nouveau la candidature du député sortant* le citoyen Victor Fort,

Vous donnerez une fois de plus une preuve de votre bon sens poli tique ; vous renouvellerez votre vote éclatant du 10 décembre dernier en repoussant les avances de ceux qui vous font Pin jure de vous croire capables de vous déjuger dans un délai aussi court* et, dès le premier tour de scrutin, vous ferez triompher la candidature du citoyen

Victor FORT,

Adjoint à la Mairie centrale, Député sortant*

La Commission électorale .

6Ü Circonscription de LYON.

M* MAR1ETTON,

Élu au 2â lourde scrutin* — 5.858 voix*

CIN QU lï ME A TtROND ISS t U E NT ,

Parti socialiste S. F . ï. O . — L’appel suivant est adressé aux électeurs du 5e arrondissement :

Citoyens,

Le candidat, que nous présentons a vos suffrages est bien connu de vous* Depuis vingt an«, il est sur la brèche, luttant pour les mêmes idée?, les mêmes principes, défendant les intérêts des travailleurs*

Enfant de Lyon, ayant toujours vécu au milieu de nous, il connaît bien tous les besoins H toutes les aspirations de notre démocratique cité*

A deux reprises, vous l’avez envoyé siéger au Conseil municipal* et, au mois de mai 1904, seul de la liste républicaine, il a été élu au premier tour de scrutin.

Dans rassemblée communale, au Conseil général, a la mairie du 5e arrondissement* où il remplit les tondions d’adjoint depuis six ans, il s’est toujours acquitté de son mandat avec compétence et dévouement, c’est-à-dire à la satisfaction de tous. Aussi, vous faire son éloge serait superflu* Le citoyen Marmiton est un de ces hommes dont le passé répond de l’avenir; vous repousserez donc avec dédain, s’il venait à s’en produire* ces injures et ces calomnies dont des adversaires dénués de scrupules ont coutume de se servir, et qui ont toujours été Parme favorite de Basile*

Citoyens,

En vous présentant notre candidat, nous n’avons pas besoin d’insister longtemps sur son programme, vous le connaissez. G’est celui de notre parti, élaboré dans nos congrès nationaux ou internationaux; il vise aussi bien les intérêts des travailleurs manuels, que ceux des petits commerçants, également victimes de la féodalité capitaliste.

Sans perdre un instant de vue le but que nous visons, c’est-à-dire la transformation totale de la société capitaliste en une société basée sur l’égalité réelle, sur la liberté et sur la justice, nous poursuivons, dès maintenant, la réalisation des réformes suivantes qui peuvent être l’œuvre de la prochaine législature :

Démocratisation des pouvoirs publics, — Réduction du temps de résidence et scrutin de liste avec représentation proportionnelle dans tomes les élections;

Mesures pour assurer la liberté et le secret du vote ;

Droit d’initiative populaire, mandat impêraiif ;

Liberté absolue de la presse et de réunion sous la seule garantie du droit commun ;

Pleine autonomie administrative des communes et des départements, sous la seule réserve des lois garantissant le caractère républicain, démocratique eL laïque de l’État;

Organisation démocratique et humaine de la justice, — Gratuité de la justice; suppression des tribunaux militaires et maritimes ;

Constitution de la famille conformément aux droits individuels. — Abrogation de toutes les lois qui établissent l'infériorité civile des femmes et des enfants naturels ou adultérins ;

Éducation humaine, civique et professionnelle, — Gratuité de renseignement à tous les degrés ;

Création d’un enseignement populaire supérieur;

Abrogation de la lui Falloux ;

Monopole de Renseignement par l’État;

Système d’impôt. — Abolition de tous les impôts sur les objets de consommation de première nécessité et des quatre contributions directes ; subsidiairement, dégrèvement de tontes les petites cotes foncières et des petites patentes;

Impôt global progressif sur les revenus supérieurs à S. 000 francs;

Impôt progressif sur les successions, la progressivité étant calculée à la fois sur le chiffre de ïa succession et sur l'éloignement du degré de parenté;

Faculté pour l’État de demander à certains monopoles une part des ressources qui lui sont nécessaires;

Protection et réglementation légale du travail, de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, — Repos d’un jour par semaine ou interdiction par les employeurs de faire travailler plus de six jours sur sept ;

Limitation de la journée de travail à huit heures; subsidiairement vote de toute disposition diminuant la journée de travail ;

Interdiction de faire travailler les enfants âgés de moins de 14 ans; système de la demi-journée de travail pour les adolescents et combinaison du travail productif avec l’instruction et l’éducation des adolescents;

Interdiction du travail de nuit pour les femmes et les adolescents;

Législation protectrice du travail à domicile ;

Interdiction du marchandage et du payement en nature (économats) ;

Fixation, par Raccord des municipalités et des corporations ouvrières de l'industrie, du commerce et de l’agriculture, du prix de série constituant le salaire minimum ;

Interdiction aux patrons de toute réduction de salaire sous forme d'amende ou autrement;

Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux d’ateliers ;

La surveillance des ateliers, fabriques, usines, mines, chantiers, magasins, etc., concernant les conditions du travail, d'hygiène et de sécurité, sera exécutée, concurremment avec les inspecteurs de l'État, par des inspecteurs élus par des syndicats ouvriers ;

Extension de ia prud'homie à tous les salariés de l’industrie, du commerce et de l’agriculture ;

Repos légal des femmes, six semaines avant et après l'accouchement ;

Assurance sociale contre tous les risques naturels et économiques : Organisation par la nation d’un système d’assurance sociale s’appliquant à la totalité des travailleurs de l’in-

duetrie, du comu enci, de l'agriculture, contre les risques de maladie, d’accident, d’invalidité, de vieillesse et de chômage. Vote de la loi sur les retraites ouvrières. Amélioration de la loi sur les accidents lu travail. Participation des travailleurs au contrôle et au fonctionnement

Extension du domaine et des services publics, industriels et agricoles de 1 Etat, du département ci des communes : nationalisation des chemins de fer et, en attendant, vote immédiat de la loi Berteaux, nationalisation des mines, des assurances, des ratlinenes, de l’alcool et de la grande meunerie. Administration démocratique des services publics, nationaux et communaux, avec la participation désorganisations ouvrières à leur fonctionnement. Extension du droit syndical à tous les salariés des services publics.

Politique de paix internationale : règlement de toutes les difficultés internationales par

la pratique de l’arbitrage. , . lit„

Adaptation de l’organisme miliiaire exclusivement à la défense du pays, par la subsntuüûn de milices -à l’armée permanente et adoption de toutes les mesures, comme la réduction du service militaire, qui y conduisent.

Citoyens,

Vous êtes assurément convaincus, comme nous le sommes, qu'on ne peut être socialiste sans être républicain et internationaliste et qu’on ne peut être pleinement et consciemment

républicain sans être socialiste.

La grande Révolution à laquelle nous devons toutes nos libertés ne sera sauvegardée dans ses résultats et dans son esprit que si, au lieu de se borner à an transfert du pouvoir a i profit de la bourgeoisie, elle se poursuit et va jusqu’au bout en faisant disparaître la choquante contradiction qui subsiste entre la servitude économique du prolétaire et la souveraineté politique du citoyen.

Aussi vous ferez triompher ces idées et ces principes qui vous sont chers on votant tous. Je 6 mai, pour le seul candidat du parti socialiste, le citoyen

J. MARIETTONy

Vice-président du Conseil général, Adjoint a la mairie du Ve arrondissement.

Vive la République sociale I

La Commission électorale*

7® Circonscription de LYON.

M. COLLIARD.

Uki au 1er tour de scrutin. — 6.434 voix*

Comité de l’Alliance républicaine socialiste du sixième arrondissement (adhérent à la Fédération socialiste autonome du Rhône).

Citoyens,

Pour la troisième fois, nous présentons à vos suffrages le citoyen P. Colliard, député sortant, élu en 1898, et en 1902, au premier tour de scrutin, par 0.183 voix.

Le citoyen P. Colliard, par un labeur constant, a su prendre un ■ place importante au Parlement, par sa participation à plusieurs grandes Commissions, entre autres la Commission de la révision de la loi sur les patentes, celle de la séparation des Églises et de l’Etat, membre du Conseil supérieur du travail, rapporteur de la proposition de la loi sur l’arbitrage relatif aux différends entre le travail et le capital, et président de la grande Commission du travail. , , ...

Il est de ceux dont les efforts ont été de maintenir, contre les reacteurs, les nationalistes

et certains dissidents du parti répubfÜain, l’union des groupes de gauche. De cette union est sortie l’oeuvre capitale de cette législature, notamment :

L’application de la loi do 1901 sur les associations, qui a elle-même abouti à la suppression de renseignement congréganiste;

Le service militaire à deux ans ;

La loi sur l'assistance aux vieillards et aux invalides du travail ;

La séparation des Églises et de l’Etat;

Enfin un premier vote sur la création de caisses de retraites ouvrières et paysannes.

Mous sommes convaincus que, seule, c’est cette politique d’emente de toutes les fractions républicaines et socialistes qui pourra, demain comme hier, permettre de faire œuvre utile, d’assurer l’émancipation politique, intellectuelle et morale des travailleurs.

Citoyens,

La réaction cléricale, toujours vaincue dans notre arrondissement, se présente encore, mais sous le masque nouveau de l’union de comités républicains, voire même de radicaux indépendants.

Mous sommes certains que votre clairvoyance, ainsi que votre attachement a la République, feront que vous déjouerez l’hypocrisie des uns, ta surenchère des autres, qui ne peuvent qu’empêcher de mener à bonne fin les réformes économiques et sociales.

Le citoyen Colliard, qui est toujours resté dévoué aux intérêts de la classe ouvrière, continuera de défendre les doctrines du Parti socialiste français qui sont : la conquête des pouvoirs publics; la substitution progressive de la propriété capitaliste en propriété sociale et l’entente ïntematiéfiaîê des travailleurs, tout en repoussant, comme contraires à l’idée socialiste et aux intérêts du prolétariat, toutes les manifestations de l’anarchisme, la désertion des soldats, la grève des réservistes, jusqu’à l’action directe et la propagande par le fait.

Citoyens,

Comme aux élections législatives de 1902, vous irez unis au scrutin du 6 mai et, confirmant l’union de toutes les fractions républicaines et socialistes avec la même discipline qu’aux élections municipales de 1904, vous voterez pour celui qui a toujours vécu au milieu de vous, pour le fils de ses œuvres, pour l’enfant du peuple qui n’a jamais oublié ses origines, pour le socialiste éprouvé, pour le citoyen

P. COLLIARD,

Député sortant,

La Commission électorale,

{Suivant les signatures.)

8,: Circonscription de LYON.

M. ÀYNARD.

Élu au 1er tour de scrutin. — 12,021 vois,

Chers concitoyens,

Vous ôtes appelés jà nommer, le 6 mai, une nouvelle Chambre des Députés en un moment de trouble général et dans les circonstances les plus graves qu’ait traversées la France, peut-être depuis un siècle, et à coup sûr depuis la fondation de la troisième République* La législature qui s’achève a été funeste et par ce qu’elle a fait et par ce qu'elle nous lègue. Elle a été dominée presque entièrement par le gouvernement de M. Combes, type du jacobinisme bas et brutal, qui a subordonné et sacrifié toute la politique de notre grande nation à un seul objet : la guerre religieuse, et qui n’a fait du pouvoir qu’un instrument d’oppression et de corruption ,

Ce gouvernement n’a pu satisfaire ra passion exclusive qu’en cherchant sa majorité dans l’extrême- gauche, en se mettant sous la protection et la dépendance des socialistes révolutionnaires. 11 leur a dit : Aidez-moi à confisquer la liberté des autres et vous aurez la licence pour vous. La loi, les fonctions publiques, les faveurs innombrables sont tombées à l’état d’instrument de parti et de trafic. rLa loi est bonne appliquer aux adversaires ; elle sommeille quand il s’agit des amis. L’indépendance de Injustice a été sacrifiée; sous la République, on a pu ressusciter l'arbitraire le plus scandaleux, en le couvrant du vieux nom de « fait du prince »; la liberté électorale a disparu, dans beaucoup de départements, sous la pression officielle et sous la fraude.

L’État s’est désorganisé; on a laissé former des états dans l’État, des gouvernements clans le gouvernement. Franc-maçonnerie, qui est une contrefaçon d’empire; délateurs et délégués; comité Miscuraud; groupes parlementaires empiétant sur les attributions du Président de la République et voulant lui dicter le choix de ses ministres au moment des crises ministérielles ; syndicats ouvriers supprimant par la force la liberté de ceux qui ne veulent pas les suivre dans les grèves, retranchés dans les Bourses du travail, enrégimentés dans des Ligues et Confédérations couvrant l’émeute du masque légal de l’association ; troubles, insoumissions allant jusqu’à la grève, c’est-à-dire jusqu’à la révolte contre la nation, de plusieurs catégories de fonctionnaires ; tous se taillent ainsi leur part dans la puissance publique et mettent en péril cette unité du pouvoir et de Faction de l’État, qui avait été jusqu’alors noire sauvegarde aux moments des grandes épreuves nationales. Le mal datait de longtemps, mais il s’est prodigieusement et rapidement aggravé pendant la dernière législature.

C’est à la faveur de ces désordres que le poison de Fanlipa triolisme a été versé et propagé ; nous sommes en ce moment la seule nation de la terre où l’idée de patrie ait été reniée par la majorité des socialistes, discutée et amoindrie par d’autres, et hélas I par des instituteurs que nous ne rencontrons pas, heureusement, dans notre région. L’antipatriotisme a pour conséquence bien naturelle la haine et la suppression de l’année. Le système cambiste n’a pas supprimé l’armée et la marine; mais on a pu s’apercevoir, il y a bientôt un an, à des heures qui auraient pu devenir tragiques, combien il les avait laissées s’affaiblir par l'incurie, par le mépris des chefs ou par le travail destructeur de la délation.

Confiscation des libertés, violence et oppression contre des millions de Français; en

revanche, faiblesse et condescendance envers ceux qui préparent la guerre sociale, abandon du rôle des droits de l’État en faveur des amis, telle a été la politique coupable de ce gouvernement, qui a créé des maux incalculables, restant à réparer.

Jo suis au nombre de ceux qui ont combattu cette politique sans relâche. Dans son discours de Lyon, tout en travestissant mes opinions et mon rôle, M. Combes a dit vrai et m’a fait le plus grand honneur en me donnant une place de choix parmi ses adversaires.

Dans le domaine législatif, la Chambre n’a voté qu’une grande loi, vraiment réclamée par une opinion publique unanime. C’est la loi réduisant le service militaire à deux ans. le l’ai votée, comme je vous l’avais promis, en souhaitant qu’elle soit assez fermement appliquée pour ne pas conduire à l’affaiblissement de nos forces nationales.

La Chambre a voté une autre loi inspirée par un juste sentiment d’humanité : celle d’assistance aux vieillards. J’ai discuté certaines dispositions pouvant favoriser la clientèle politique, et surtout ses charges financières qui, d'abord évaluées à 12 millions, s’élèveront à 100 millions, mais je me suis associé au vote final d’adoption.

La Chambre a abordé la question des retraites ouvrières sans la résoudre, La loi qui a été transmise au Sénat retarde, plutôt qu’elle n’avance, la solution de la question, parce qu’elle a été discutée dans un esprit de hâte, d’incohérence, de surenchère et de recherche de la popularité, qui faisait qu’elle se transformait sans cesse au fur et à mesure des besoins de la discussion, et sans calculer les charges énormes que le pays ne pourrait pas supporter. Je suis au nombre de ceux qui, tenant compte de l’opinion quasi unanime et contraire à ia loi des intéressés consultés, syndicats de patrons et d’ouvriers, ont repoussé la retraite obligatoire ou forcée. J’ai soutenu le système de la liberté encouragée, comme en Belgique, c'est-à-dire la retraite ouvrière constituée librement par des subventions de l’État accordées aux Sociétés de secours mutuels ou aux caisses établissant la retraite à l’aide de cotisations spéciales. Ce système, joint aa fonctionnement de la loi d’assistance aux vieillards, tout en grandissant le rôle des Sociétés de secours mutuels, contient une grande partie de la solution graduelle, mais immédiate, du difficile prob'ème des retraites ouvrières. La Chambre a voulu faire grand ot tout à la fois; elle n’aboutii ainsi qu’à une fausse réforme, n’ayant que le caractère de réclame électorale; car sa loi vient d’être repoussée par la Commission du Sénat à une majorité considérable, qui présage l’accueil que lui fera la Haute Assemblée.

L’œuvre capitale delà législation, celle qui aura une longue et lamentable influence sur la politique française, a été la loi de séparation de l’Église et de l’État. On pouvait renoncer au Concordat napoléonien, l’amender ou en négocier un autre ; mai3, telle qu’elle a été discutée, après les applications abusives et draconiennes de la loi sur les associations, après la fermeture de treize mille écoles libres qui vivaieut sur la foi des lois ou d’une longue tolérance, un grand nombre étant même dirigées par des congrégations, munies d’autorisations déjà séculaires, après l’interdiction d’enseigner appliquée à des catégories de ciioyens français, parce qu’ils portaient un habit religieux, la loi de séparation prenait un caractère de loi d’aventure, d’épisode inattendu de la guerre religieuse.

En effet, le gouvernement s’était tout d’abord déclaré résolu à maintenir le Concordat, Le pays n avait pas été consulté, puisqu’un cinquième à peine des députés avait compris la question de la séparation daus ses programmes, et la loi se discutait en rompant au préalable avec le Saint-Siège et en déclinant toute négociation avec le chef de la catholicité, qu’on ne pouvait ignorer sans folie, ne fût-ce que pour faciliter l'application si difficile de la loi. Tout revêtait ainsi, en une question de gravité exceptionnelle, qui demandait à être traitée dans le plus grand calme, le caractère de bataille et d’expédient politique. Avec mes amis, j’ai reconnu dans la loi de séparation, contre laquelle j’ai voté, les plus funestes germes de guerre civile, qui n’ont pas tardé à éclore. Le devoir le plus strict de ceux qui veulent la paix publique sera, dans la prochaine législature, non seulement de ne point approuver les gouvernements qui voudraient appliquer durement la loi de séparation, mais de tout faire pour que toutes celles de ses dispositions raisonnables aient leur plein et large effet, et que les dispositions empreintes d’un esprit policier et tendant à entraver, par des responsabilités

outrées la formation des associations cultuelles disparaissent dans une révision. Une immense bonne volonté de part et d’autre sera nécessaire pour que applicatif de la i0i de séparation de l’Église et de l’État ne dégénéré pas en un perpétuel et dangereux

CO,,1Noire étal financier n’aurait pu seul témoigner d’ordre et de prudence, alors que l’e prit contraire se montrait bras la direction de tomes les autres afiaives du pays. Nos budgets ont grossi sans relâche pendant ces quatre dernières années. Le budget de 1906 est en déficit avoué de 100 mi lions ; s’il contenait toutes les dépenses contractées cl qui lui incombent, et -’d n’avait bénéficié, d’autre part, de ressources exceptionnelles, le déficit réel serait ri environ 200 millions. Le budget de 1907 ne se présentera pas dans de meilleures conditions. On peut toujours discuter sur les chiffres, mais il y a un cerlain nombre de fans évidents qui jettent l.i plus vive lumière sur notre situation financière. La 0 rance est æ pays qui

a la nias lourde dette, et celui qui paye le plus d’impôts. Les recettes du budget ne croissent et ne peuvent plus croître que très f iblement, les dépenses augmentent sans arrêt et. bien au delà des plus-values à espérer, Nous sommes en paix et nous mangeons les ressources

des jours de crise ou de guerre* - A M

Le Ministre des Finances Fa dit franchement au Sénat* dans la séance du 9 avril: -si on

demande de nouvelles dépenses, ce seront de nouveaux impôts. Où les prendre î li y a bien l'impôt général sur le revenu, qui fait éclore d’innombrables systèmes. Outre qu il serait odieux et injuste s’il s’appuyait sur l’inquisition et la superposition, il ne serait productif que s’il s’appliquait à la majorité des contribuables, et il atteindrait ainsi la plupart des cultivateurs un peu aisés, si nombreux dans nos campagnes. C’est la démonstration de l'impôt sur le revenu frappant depuis la grande jusqu’à la petite propriété agricole, restant seules à supporter une charge à laquelle la fortune mobilière peut aisément se dérober qui avait motivé le r>: ternissant échec du projet présenté jadis pm le ministère

B0U1fans8 jeter trop cf alarme et sans diminuer le crédit admirable de ia France et ses grandes ressources, il est permis de dire qu’un pays qui paye, dans l’ensemble de ses dépenses nationales, départementales et communales près de cinq milliards a impôt, c està-dire le quart ou le cinquième de ses revenus et du produit de son travail, est arrive a a limite extrême de la taxation, et qu’il doit désormais pratiquer la plus sévère politique d’économie. C’est celle que j’ai toujours défendue; j’ i toujours refusé notamment de voici

les dépenses émanant de l’initiative parlera ntaire.

Méfiez-vous donc de feux qui viendraient vous promettre des progrès comportant des dépenses. Si même ces progrès étaient véritables et nécessaires, ce qu’iWa^t examiner e bien près rappelez-vous qu’ils ne pourraient être obtenus que par l'impôt. C est r heure de nous apurer du néces -aire et d’ajourner le superflu ; vous serez unanimes à dire que vous ne voulez pas de progrès par l’impôt, ce qui no serait au reste le plus souvent que le piogtcs

Mais s’il faut repousser ou ajourner ces réformes fausses ou trompeuses, lorsqu elles s'opèrent en frappant le contribuable déjà surchargé, je suis loin de conclure qu’il n’y a pas de réformes à faire ; il y a les réformes qui ne coûtent rien et qui sont parfois les meilleures®!

lo ■ plus grandes. . .

Il y a tout un ensemble de garanties à apporter à k liberté individuelle, si precame en

France par la cessati m de l’arbitraire permis par l’article 10 du Code d’instruction criminelle, qui est à supprimer ; par la réglementation des cas de détention préventive que nous voyons se prol nger d’une manière scandaleuse envers quelques-uns, alors que tant d attentats restt-nt i-r, punis; par la responsabilité effective des magistrats et lonctionnaires,

qu’on réclamait si hautement sons 1 Empire* . T *

La liberté municipale est souvent compromise par ia révocation des maires, qui s opéré sans motif et sans recours; il faut que cet acte de rigueur soit motivé et que le maire frappé puisse trouver un Tribunal d’appet*

Le nombre des fonctionnait es d ût être diminué, contrairement au vœu des radtcau.

et des socialistes, dont la tendance est de les multiplier à leur profit. Trop d’exemples récents ont montré avec quelle ardeur ils recherchent les emplois publics ;

Limitation, par une loi, du nombre dis chefs et attachés aux cabinets des ministres;

Garanties légales données aux fonctionnaires pourles protéger, dans leurcarrière, contre le favoritisme ;

Création d’un corps de gendarmerie et de police mobiles pour éviter, dans la mesure du possible, l’emploi de l’armée dans la répression des troubles civils ;

Représentation de l’agriculture par d*s institutions semblables aux chambres de commerce ;

Répression rigoureuse des fraudes sur les vins.

Dans l’ordre des lois dites sociales ; réforme profonde des frais do justice, qui dévorent les petits héritages, des frais scandaleux des saisies-arrêt sur lo salaire des ouvriers, protection du salaire de la femme mariée, faculté do posséder sans limitation, accordée à tous les syndicats agricoles et ouvriers ; retraites ouvrières par les subventions aux Sociétés de secours mutuels.

Enfin, dans l’ordre politique, la représentation proportionnelle, qui assurera à la fois le droit des minorités et aux députés un peu plus de cette indépendance, si salutaire au bien public.

Grande serait la Chambre qui accomplirait cet ensemble de réformes dont le but général est d’apporter à la liberté les garanties qui lui manquent et de faire ainsi de la République une vérité. El si la prochaine Chambre y ajoutait l’apaisement religieux, l’économie rigoureuse dans nos finances, le lègne de la loi, elle laisserait dans la mémoire des Français le plus glorieux des souvenirs. Dans le banquet que m’ont offert à 1 Arbresle un g and nombre d’électeurs de la circonstription, je développais plus amplement ces idées et je citais ces paroles du Message adressé au Parlement par M. Faîlières, le nouveau et très respecté Président de la République, comme résumant admirablement le principe qui domine toute notre politique républicaine modérée :

« Je fais appel, a dit le Président de la République, au concours de tous les républicains, n’oubliant pas, d’ailleurs, que, si l’on gouverne avec les hommes de son parti, c’est dans l’intérêt supérieur de la nation, et que l’on doit à tous, sans distinction d’origine et de foi politique, la protection de tous les droits et la garantie de toutes les libertés, »

Ce qui veut dire qu’une majorité parlementaire de hasard n’a pas le droit de traiter la . minotité en pays conquis. Chaque Français vit dans le domaine réservé de sa maison, de sa conscience, de sa foi, de son travail ; on n’a pas le droit d’v pénétrer. La liberté ne devient indestructible que quand on en fait le patrimoine de tous, et c’est lorsque tous les citoyens possèdent les garanties indispensables et que la loi est vraiment égale pour tous, qu’on peut imposer plus fermement à tous ce respect absolu de la loi qui nous manque aujourd'hui. . . .

Si nous n’accomplissons pas cette œuvre de paix et de réconciliation nationale, la démagogie, une fois de plus, aura raison de la démocratie, qui trouvera de nouveaux maîtres. Pour accomplir cette politique, qui répudie à la fois la réaction et la révolution, 1 heure est aux modérés, puisque c'esL celle qu’ils ont toujours soutenue ; mais l’heure est aussi à l’ardeur, à l’activité et à i’énergie de ceux qui veulent faire sortir le pays de la crise inquiétante

où il se début. . .

Pour moi, chers concitoyens, c’est parce que je me sens plus que jamais pénétré du devoir public, que j’ai conscience des périls que court notre pays, que je me suis décidé à * me présenter une dernière fois à vos suffrages. Je puis, sans orgueil, me qualifier de vétéran de la chose publique, puisque sous des formes diverses, je m’y suis voué depuis bientôt quarante ans, et que, hono-é de quatre mandats successifs, je vous représente depuis dissent ans à la Chambre des Députés. Une plus ample profession de foi est donc mutile; je suis un républicain de la première heure, n’ayant pas varié un seul instant dans les principes et dans la conduite politique qui m’ont valu votre longue confiance. Je suis de ceux

qui sacrifiant leurs affaires privées h la politique et non la politique à leurs affaires. A mon âge, on n’a plus que l’ambition de bien terminer sa tâche. le me suis donné tout entier à l 'accomplissement de mon mandat. Associé à toutes vos œuvres, vous savez avec quelle ardeur j'ai servi 1 s intérêts agricoles de la circonscription, quel soin constant j’apporte à la défense des intérêts d -s communes et de tous ceux qu’il m’est permis de soutenir, souvent ,vec sucrés, sans porter atteinte à l’intérêt gméra!.

Yous direz, le 6 mai, mes chers concitoyens, s’il vous convient de confler un dernier mandat â votre ancien député, qui aime à s’appeler l’ami d’un si grand nombre d’entre

vous, , .

Deux concurrents me sont opposés. L’un, M- Marc Bonnel, est socialiste révolutionnaire. Je ne pense pas que les théories collectivistes et de b mleversement social trouvent crédit dans une circonscription donnée, pour les deux tiers, partie petits propriétaires et tant d’honnêtes travailleurs. L’autre concurrent, M. Alfred Faure, a été député de lune des circonscriptions de la ville de Lyon, de 1895 à 1898. Ses travaux parlementaires n’ont pas laissé de trace. Il se présente comme radical socialiste et répudie le collectivisme, mais il a déclaré s’astreindre à la discipline républicaine, c’est-à-dire à reporter ses voix au second tour, s’il y a lieu, sur le collectiviste Marc Bonnel, au cas où ce dernier réunirait un plus grand nombr 1 de suffrages. Vous jugerez ainsi la valeur de son opposition au socialisme révolutionnaire; il le combat, sauf à s’y rallier, le cas échéant.

La significaiion de la candidature de M. Alfred Faure est d’une évidence complète. Sans atiaehe avec notre circonscription, sa candidature- porte une marque indélébile : celle de représentant de la franc-maçonnerie, dont il est l’un des chefs et des plus hauts dignitaires. Homme de la Loge, M. Alfred Faure a raison d’approuver et de soutenir la politique du Bloc ei de M. Combes, puisqu’elle a été inspirée et dictée par celte association secrète, où a été inventé et pratiqué l’abominable régime qui a couvert toute la France de ses espions et de s -s délateurs, et qui a fait succomber le gouvernement qui lavait employée sous l’indignation publique. Entre M. Alfred Faure et moi, l'antagonisme est net. Vous aurez à choisir, mes chers concitoyens, entre la politique de secte, d’oppression, de discorde, de désorganisation et de tyrannie qui est celle de son parti et qui conduirait la République à sa ruine, 1 1 la politique que j’ai toujours représr niée : celle de la liber;é garantie à tous, de la justice et du respect de tous les droits, d.i progrès réalisé dans la paix publique et dans l’ordre; la politique, en un mot, d’une haute, large et généreuse démocratie qui veut ainsi assurer ton existence et sa grandeur, en môme temps que celles de la République et de la France.

Ed. AYNARD,

Député sortant,

Ancien Vice- Président de ia Chambre des Députés, Président d’honneur des Comices agricoles de Lyon, de l’Arbr< sle, et des Montagnes du Lyonnais, comprenant les cantons

de Saint-Symphorieu-sur-Loise et de Saint-Laureut-de-CUamousset.

9e Circonscription de LYON.

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