U. A. MILLERAND
Éiu au 1er lourde scrutin. — fi. 251 voix.
Citoyens,
Appelée à guider l’application de la récente loi sur la Séparation, à prendre parti sur des problèmes sociaux et économiques d'une incontestable gravité, à régler une situation budgétaire dont il serait excessif de s'inquiéter et imprudent de ne pas se préoccuper, la législature nouvelle se trouvera en face d’une tâche considérable et dillicile. L'esprit et la manière avec lesquels elle l’abordera seront de nature â exercer une influence capitale sui les destinées, indissolublement liées, de la France et de la République.
Jamais le corps électoral n’a plus eu de raisons de demander avec précision aux candidats qui ils sont, ce qu’ils veulent et ce qu’ils répudient. ;
Vous me connaissez. Depuis vingt ans passé que j’ai l’honneur de représentei au Parlement les électeurs de la l‘° circonscription du 12m0 arrondissement, une unité absolue de vues et de méthode a caractérisé, j’ai le droit de le constater, la conduite de votre député. Quelques mois après ma sortie du ministère, je rassemblais en un même recueil, où personne n’a pu relever ni une variation ni une contradiction, les professions de foi que je vous avais faites et les discours essentiels que j’avais prononcés avant, pendant et après mon passage au pouvoir.
De cet attachement invariable à mes idées et à mon programme est née la fidélité, dont je suis fier, des électeurs à leur représentant. Ils me retrouvent aujourd hni tel qu’ils m’ont toujours connu et élu.
Républicain socialiste, je tiens pour intangibles les conquêtes de la troisième République, depuis l’enseignement obligatoire gratuit et laïque jusque la Séparation des hglises et de l’État. Je ne demande qu’au progrès pacifique des idées et des mœurs la réalisation successive de notre commun idéal de liberté, de justice et de bonté. Pour accomplir sans arrêt et sans trouble son évolution nécessaire, notre démocratie doit se garder, avec un soin égal, du scepticisme et de l’esprit de secte.
Ces idées générales n’ont cessé d’inspirer mes actes et mes votes. Si vous continuez â les approuver, vous me donnerez, en renouvelant une fois de plus le mandat que je tiens de votre confiance, l’autorité nécessaire pour poursuivre mon œuvre.
Au cours de ces quatre dernières années, j’ai cru ne pouvoir remplir un rôle plus utile que de me consacrer, comme président de la commission d’assurance et de prévoyance, à réaliser une partie des œuvres sociales dont j’avais dû, en qualité de ministre du Commeice, entreprendre l’étude.
Le vote par la Chambre du projet sur les retraites de vieillesse a été la plus précieuse récompense de mes efforts. 11 appartiendra au Gouvernement d’obtenir du Sénat qu’il se mette d’accord avec la Chambre sur un texte de loi assurant désormais à tous les travailleurs la sécurité indispensable au complet développement de leurs facultés. Le vote de la loi du ili Juillet 1905, qui garantit au vieillard et à l’incurable le droit à 1 assistance, marque une époque dans notre législation sociale. Sur mon rapport a été inscrit un crédit annuel de subvention qui dépose dans le budget le germe de l’assurance contre le chômage. Le service des enfants assistés a reçu son statut organique. Celui des habitations à bon mâché a été remanié de fond en comble. La loi contre les accidents a été améliorée, complétée et
étendue aux ouvriers Remployés de toutes les entreprises commerciales et industrielles.
Délégué du Gouvernement à la conférence de Berne, j’ai collaboré à 1 adoption d une entente internationale sur le travail de nuit des femmes, qui annonce et prépare d’autres accords de même nature.
Nombreuses et urgentes sont les questions sociales demeurées en suspens devant les Chambres. La loi de 1900 sur la limitation de la journée de travail doit être reprise, étendue, assouplie, combinée avec celle du repos hebdomaeaire, de manière à permettre l'introduction dans notre législation du demi-repos du samedi. Deux projets, au bas desquels notre grand et regretté Waldeck-Bous s eau avait apposé sa signature à côté de la mienne, ne sauraient plus longtemps attendre l’heure de la discussion. Le premier, en étendant le rôle et les droits économiques des syndicats professionnels, crée un élément nouveau d’organisation ouvrière et de paix sociale. Le second, par le règlement amiable des conflits du travail, ne vise à rien moins qu’à débarrasser notre pays de ces ferments de guerre civile qu’y jette périodiquement la grève. Les principes dont il s’inspire fournissent^ mon avis, le seul moyen de donner une solution équitable, respectueuse de l’intérêt général comme des légitimes aspirations des intéressés, à l’irritant problème du syndicat des fonctionnaires. Le vote d’une proposition transactionnelle, réclamée par les ouvriers et employés de chemins de fer, pour l’amélioration de leur régime de travail et de retraites, leur a été trop souvent promis pour que de nouveaux atermoiements soient acceptables.
En même temps qu’elle s’appliquera à faire aboutir ces questions vitales, la politique à la fois idéaliste et réaliste qui a toujours été la mienne s’attachera à satisfaire les besoins de notre production nationale. Consciente de la solidarité dés intérêts, elle sait bien qu’une nation qui veut être réformatrice doit être riche. La question de nos tarifs de douane à mettre en harmonie avec les tarifs révisés de nos concurrents, celles des ports francs, des tarifs soudés de chemins de fer et de navigation, du développement de no* moyens de communication et de transport, s’imposent à notre attention.
On n’éludera plus la refonte de notre régime fiscal, œuvre délicate entre toutes, puisqu’elle consiste à mieux répartir les charges, non à les accroîlre ; à introduire dans notre système de taxes, avec l’impôt sur le revenu, un principe de justice, non un instrument d’inquisition ni de vexation.
La prédominance nécessaire du bien public sur toutes considérations particulières ou locales ne saurait être assurée sans la substitution au scrutin d’arrondissement, dont le procès n’est plus à instruire, du scrutin de liste et de la représentation proportionnelle.
A l’henre où quelques fous criminels, que tous les partis devraient être unanimes à rejeter, osent prêcher l’anii-patriotisme, c’est un devoir étroit pour tout Français qui réclame une part dans la gestion des affaires publiques, de répudier sans ambage des théories mortelles. S’il est des hommes qui s’acharnent à la fois à désarmer la France et à pousser les Français les uns contre les autres, le devoir de tous les bons citoyens est de combattre sans complaisance et sans merci leur entreprise néfaste.
Ce n’est ni par la violence ni par la haine, c’est par la raison et par la concorde que nous travaillerons efficacement à la prospérité et à fa grandeur de la France républicaine.