COLONIES
2° Circonscription de LA RÉUNION.
M. ARCHAMBEAUD.
Élu au lei< tour de scrutin. —7*507 voix
Aux ÉLECTEURS DU DEUXIEME A MONDJSSEM EK T,
La colonie do la Réunion a perdu un de ses enfants les plus dignes et les plus illustres : celui qui, pendant 36 ans, La représentée au Parlement, qui fut plusieurs fois ministre, tour h tour questeur et vice-président de la Chambre, celui qui a aimé la mère-patrie comme son Ile natale et a enrichi de Madagascar le domaine de la Fiance.
M* de Mahy laisse à la postérité lé souvenir d’un homme profondément honnête, grand patriotes ei, par-dessus tout, ami et défenseur ardent des faibles. Aussi ses compatriotes reconnaissants lui avaient-ils décerné, de son vivait, le titre de Grand Créole.
A cette heure, je tiens par tien J ière ment, — et j’en ai le devoir, — à rendre hommage à celui qui m'a honoré de son amitié ^qui^da ns la vie .publiqueLoh- il m’a va U incité à entrer, n?a cessé, jusqu’à sa mort, de me soutenir de ses conseils et de ses encouragements.
Il ne faut pas qu-il soit dit que celui qui aspire à la succession de M.de Mahy puisse s’écarter dé la voie d’honneur suivie par le doyen des représentants, de la France, et accepte, sana- protester, la mesure qui consacre à jamais la déchéance- du peuple créole. L'établissement du service militaire dans notre pays, cette œuvre essentiellement républicaine, était la gioïre-4e notre illuslre député ; car il nous faisait tous égaux devant le drapeau, et. par cela même préparait notre évolution sociale, cette évolution à laquelle travaillait sans relâche le grand démocrate que fut M. de Mahy, quand iî adjurait ses concitoyens de renoncer à Fimmïgrntïon étrangère.
Il ne m’appartient pas, à moi qui débute dans la carrière, sons peine d’être taxé de présomption on de parti pris, d’apprécier dès maintenant tontes les lois sociales iiiscrLte&au programme du parti républicain au pouvoir, et dont l'application immédiate entraînerait un trop brusque changement. Je ne puis être hostile à celles qui tendent sincèrement à améliorer le sort du prolétaire. Mais je crois aussi qu’il est impossible d’édifier, en un jour, la société nouvelle projetée, ni déteindre d’tto geste « les lumières du ciel, »qui ont brillé tant de siècles. Ce sera peut-être là l’oeuvre des temps et des générations à venir. Et, tout en étant avidh de progrès social, moi qui connais à fond les sentiments de mes concitoyens, j’estime qtfuü mandataire honnête doit, avant tout, rester en communion d’idées avec la population qu'il a accepté de représenter,
La îiëtfe a soif de justice et d'indépendance. La liberté de conscience est pour elle la
première de toutes, la plus sacrée. J’aime à espérer que nos lois sauront la respecter. Quant à l’autre, la liberté économique, la colonie l’attend d’une autonomie financière demandée à
grands cris par' notre' Conseil général.
Si j’ai la connaissance parfaite des affaires de ma commune natale, dont je rêve la libération j’aurai à approfondir bien des questions coloniales. Pour celles-là, je demande crédit à mon’ pays. Il suffit delrappeb-r que j’ai été le fondateur du premier syndicat agricole et do la première caisse: rurale; de la Réunion, pour dire tout l’intérêt que je porte à noire agriculture, l’importance que’j’attachc à la diffusion du crédit agricole au profit du petit planteur, et pour affirmer les efforts que je ferai en vue d’assurer la protection.de nos produits sur le marché métropoliiain.
En ce qui concerne le ratlachemcnt de la Réunion à Madagascar, je ne saurais assez énergiquement m’y opposer.
Je considère, en effet, que ce serait trahir mon mandat, trahir les interets du pays, que de m’associer à ce projet néfaste. Personne ne se laissera prendre aux prétendus avantages économiques qui en résulteraient. Ce serait la suppression, à brève échéance, de notre législation, de nos prérogatives, de nos assemblées élues, de notre représentation ; ce serait,
en un mot, la mort de notre chère colonie. . ,
Enfin, j’offre-à mon pays ma bonne volonté et mon absolu dévouement, qui n a d égal
que mon attachement au gouvernement de la République.
Docteur ARCHAMBEAÜD.