M. PAJOT
Elu au 1er tour de scrutin, — 10.801 voix.
Citoyens,
Cinq fuis déjà, sans interruption, c’est-à-dire depuis bientôt vingt et un ans, vous m’avez confié la mission de vous représenter à la Chambre des Députés.
Les félicitations que j’ai reçues de tous les comités républicains, locaux ou cantonaux de ma circonscription; ïes engagements pris par eux de soutenir ma candidature aux prochaines élections, me font d’autant plus un devoir de me présenter à vos libres suffrages, que j’estime que je n’ai jamais démérité.
Il n’est pas téméraire de dire que rarement une Chambre a accompli un pareil labeur, tant sous le rapport politique que sous celui des réformes sociales, que celle qui termine en ce moment son mandat.
Faut-il établir le bilan de son travail?
La suppression de l’enseignement congréganiste; T assistance gratuite et obligatoire aux infirmes ou aux vieillards âgés de plus de soixante-cinq ans, qui produira tout son effet le 1er janvier prochain ; l’amélioration de la loi sur les accidents du travail ; la loi militaire abaissant la durée du service actif à deux ans, la séparation des Églises et de l’État; la loi sur la caisse des retraites pour les travailleurs; rabaissement du timbre à dix centimes constituent la portion principale de l’oeuvre qu’elle lègue à la République et à la France.
Mais ce n’est pas tout de voter des lois, il faut encore et surtout qu’elles soient appliquées, et s’il appartient au Gouvernement d’en ordonner l'exécution, il appartiendra à la nouvelle Chambre d’en exiger et d’en surveiller l’application, principalement pour la séparation des Églises et de l’État, à l’occasion de laquelle les réactionnaires de toutes marques, ont tenté et tentent encore d'organiser, dans les milieux qui leur sont favorables, une véritable chouannerie ou guerre civile : force restera, soyez-en convaincus, électeurs, à la loi et à la République !
11 appartiendra aussi à la nouvelle Chambre de faire aboutir la loi que nous venons d’envoyer au Sénat sur la caisse des retraites, et son énergie et sa persévérance viendront à bout de vaincre la mauvaise volonté de quelques sénateurs, et de persuader nos amis de la haute assemblée de l’inéluctable nécessité de cette loi sociale par excellence, qui n’est que la restitution d’une dette contractée par la République envers la grande famille ouvrière, facteur essentiel de la fortune publique.
Mais, si le programme républicain a été en partie réalisé, il est loin pour cela d’être épuisé, et il se complique tous les jours de questions nouvelles,
■ C’est ainsi que des incidents récents ont fait apparaître que, sous le couvert de l’anonymat ou vote secret, des députés ou sénateurs pouvaient impunément tromper leur parti et violer leur mandat, sans que leurs électeurs, ignorant cette lâcheté, puissent leur demander des comptes. • *
Pour ma part, je n’hésite pas à présenter, comme le premier point de mon programme :
L’élection du président de la Ghambre au scrutin public, en attendant d’imposer le même scrutin public à tous les mandataires du peuple.
3e suis aussi partisan de la suppression sans phrase des conseils [de guerre en temps de paix.
Pour les autres réformes que la nouvelle Ghambre aura â faire aboutir durant la neuvième législature — et elle y parviendra si elle y apporte la même ardeur, la même somme de travail que sa devancière, — je me bornerai à en faire l’énumération.
Ge sont ;
1° L’établissement d’un impôt global et progressif sur le revenu ou lô capital, que je qualifiais, il y a quatre ans, la clef de toutes les autres réformes, car en outre qu’elle mettra, par la suppression des quatre contributions directes, plus d’équité dans l’impôt, elle peut nous procurer une partie des ressources qui nous sont nécessaires pour faire face aux dépenses nouvelles ;
2° La prise par l’État, à des conditions à déterminer, de tous les monopoles constitués ; mines, chemins de fer, Banque de France, alcool, raffineries des sucres et du pétrole, qui viendront fournir le surplus des ressources indispensables, qu’on ne peut réclamer à l’impôt sur Je revenu ;
3° Toutes les réformes sociales intéressant le travail rural ou industriel;
Meilleure réglementation des heures de travail; assurance contre le chômage; bénéfice de la loi sur les accidents étendu h tous les travailleurs ;
Continuation de la réforme de renseignement : tous les enfants égaux, selon leur intelligence, devant renseignement intégral, gratuit a tous ses degrés; monopole par Pistât de renseignement primaire et secondaire; loi sur les syndicats applicable aux fonctionnaires de renseignement comme à lous les autres;
5" Enfin ne pas oublier qu’il y a lieu d’apporter également des réformes profondes dans l'administration et la magistrature, et d’étudier les moyens de rendre de plus en plus gratuitement la Justice aux humbles et aux déshérités*
Tel est le programme que fai l’honneur de soumettre à tous les républicains de ma circonscription,
La lutte est déjà commencée ; elle va continuer plus âpre, plus ardente que jamais, dans la France entière, et tous les partis de droite, coalisés sous la bannière cléricale, prendront pour plate-forme électorale la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, pour en arrêter l'exécution, et pour essayer de nous remettre sous la domination de PEgliso,
Vous aurez, électeurs, à déjouer toutes les intrigues, tous les pièges qui vont être tendus sous vos pas* Vous aurez à dire si vous voulez revenir en arrière, en confiant vos destinées aux adversaires di la République, ou si vous avez toujours confiance dans ce bloc républicain qui s’est efforcé de vous donner les réformes que vous attendiez depuis trop longtemps, et qui a su, avec autant de patriotisme que qui que ce soif, conserver la paix à notre beau pays, si éprouvé par les guerres.
Pour moi, votre verdict n’est pas douteux : votre vote criera une fois de plus : arrière au bloc réactionnaire 1 et le G mai nous apportera une victoire du bloc républicain et de votre serviteur le plus dévoué, dont le plus grand bonheur sera de crier encore bien fort avec vous :
Vive la République démocratique et sociale 1