M. RAVIER
Elu au 2* tour de scrutin, — 13,633 voix.
Encouragé par les 4,536 suffrages que j'ai recueillis il y a quatre ans, quand j’ai posé ma candidature de protestation à la dernière heure, je viens aujourd’hui prendre encore en main le drapeau de l'indépendance de ^arrondissement de Saneerre, et solliciter vos suffrages.
Je suis connu de vous i je suis l’homme du pays, qui ai toujours vécu au milieu de vous, eu contact avec les humbles, et connaissant leurs besoins.
En 1902, sans faire de campagne électorale, sans comité, isolé, j'ai obtenu cette belle minorité. Ces voix me sont surtout venues de ma région, des républicains qui me connaissaient et j'en ai été vivement touché.
Cette marque de confiance m'imposait le devoir de me représenter. Après cette manifestation du corps électoral, le seul et souverain juge, je ne saurais me dérober, sans commettre une lâcheté, en abandonnant les i.536 citoyens qui ont répondu à mon appel et qui me sont restés fidèles.
Mes amis,
Je viens donc à vous sans intermédiaires, ne voulant relever que des électeurs. Après comme avant l'élection je ne veux dépendre que de vous.
Je n'étais pas fier avant d’être conseiller général, je ne l'ai pas été après mon élection : si vous me faites t’ honneur de me nommer, je ne serai pas plus fier qu'auparavant. Vivant au milieu de vous, je serai, comme toujours, à votre disposition.
Républicains, mes amis,
L'arrondissement de Sancerre a toujours nommé un républicain. Ce ne seront pas 6.000 à 7.000 conservateurs qui éliront un député, mais la majorité républicaine, grâce à la discipline et à l'union, s'il v a ballottage.
Les comités de Paris ont jugé qu'il nous fallait une candidature de leur choix. C'est une
nouvelle raison pour moi de protester : l’arrondissement de Sancerre ne doit pas être mis en tutelle, comme l’a si bien dit le sénateur Girault.
La multiplicité des candidatures ne compromettra pas le succès. La lutte sera courtoise, et tous les républicains se retrouveront au second tour de scrutin.
Mes cbers Concitoyens,
Je n’ai rien à changer à mon programme d’il y a quatre ans ; rien à retrancher.
Je ne vous promettrai pas plus de beurre que de pain. Je ne promets que ce que je puis tenir. Mon programme est le programme du grand parti républicain, que nos éminents chefs ont tracé sous la présidence du citoyen Léon Bourgeois.
Je demandais, il y a quatre ans : la diminution des frais de justice par la simplification de toutes ces formes de procédure qui ruinent en paperasses le malheureux et l’empêchent de demander justice contre un adversaire fortuné.
La progressivité des droits de succession. Soulagement des faibles aux dépens du luxe.
J'avais demandé la réduction du service militaire à deux ans; elle est votée.
Les retraites ouvrières, et retraites pour la vieillesse.
L’organisation de l’assistance hospitalière par cantons.
Si nos Chambres ont fait de bonne besogne depuis que la stabilité ministérielle leur a permis de se mettre à l’œuvre, tout n’a pas encore été fait.
Je demanderai la réforme de l’impôt direct.
La cote personnelle et mobilière doit être basée sur les aigues extérieurs de la richesse et d’après les charges de la famille, et non pas sur le montant du loyer. Un citoyen riche ne doit pas payer une faible cote parce qu’il lui plaît, par avarice, d’être mal logé.
L’impôt des portes et fenêtres est un impôt barbare qui doit être supprimé.
Je suis pour la progressivité de l’impôt direct; la réfection du cadastre qui, vieux de plus d'un siècle, doit par son remaniement procurer aux communes dés ressources appréciables.
Que l’impôt des patentes, qui frappe le travail, soit réformé de façon à réparer le préjudice causé par cet impôt au petit commerce, qu’il écrase dans sa lutte avec les grandes exploitations commerciales et industrielles.
Les impôts indirects frappent surtout les petites bourses : chercher de nouvelles ressources pour l’État dans les monopoles. Certaines municipalités font bien la distribution de l’eau, de la lumière, de la force motrice.
Dans l’ordre social, je m’appliquerai à développer le principe de l’assurance mutuelle. N’humilions pas l’homme en l’obligeant à tendre la main. Substituons la prévoyance à l’assistance.
J’ai développé toutes ces questions dans les réunions que j’ai faites.
Politique extérieure. — Je suis pour la paix. Les hommes ne sont pas sur terre pour s’entr’égorger. Cependant un proverbe dit : « Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre. » Aussi longtemps que des peuples voisins auront des armées, nous devons rester forts, si nous voulons que la Patrie soit respectée. Cet état de choses nous impose de lourds sacrifices, mais ces sacrifices sont nécessaires.
Je crois que les 13 jours peuvent être supprimés. Les périodes de 28 jours sont excessives pour tenir les défenseurs de la patrie au courant des modifications de l'armement; elles peuvent être diminuées, car le développement de l’instruction a ouvert l’intelligence des citoyens. Les convocations sont indispensables, moins pour l’éducation des soldats que pour permettre aux chefs de savoir faire manœuvrer de grandes masses, des corps d’armée.
11 ne faut pas que nous nous trouvions pris au dépourvu comme en 1870, où les services de subsistance ont tant fait défaut.
Les conseils de guerre doivent subsister en temps de guerre, mais non en temps de
paix* A chacun sa spécialité* Que le citoyen qui porte l'habit militaire ne perde pas le droit d’être jugé par des hommes qui ont étudié le Gode et ne soit pas soumis à une juridiction spéciale. Nos officiers sauront faire leur devoir devant l’ennemi, mais l’étude des lois judiciaires n’esl pas de leur ressort.
Politique rurale. — J’ai vécu avec le cultivateur : ses choses m'intéressent. le fus le médecin des agriculteurs plutôt que le médecin des châteaux* Je ne fais môme plus de médecine depuis mi an, je fais de l’agriculture. J’aime les cultivateurs parce qu’ils m'ont fait vivre.
Si la République est forte aujourd'hui et inébranlable, c'est que le paysan est venu à la République, lentement peut-être* mais d'une façon sûre et ferme. Je connais l'homme des champs î il a un défaut, et doit s'en corriger ; nous ne savons pas nous entendre et nous restons isolés. Ce qui nous manque, c'est Punion. Groupons-nous comme les ouvriers des villes et nous saurons aussi faire valoir nos revendications. Formons des associations agricoles par cantons* associations qui se fédéreront et sauront présenter à l'élu, et même au candidat, nos revendications. Cela permettra aussi d'organiser des sociétés d'assurance mutuelle contre la perte des bestiaux et les fléaux de l'agriculture.
Électeurs républicains, mes amis*
Si vous me faites l'honneur do me nommer, je vous rendrai compte de mon mandat tous les ans. Je ne suis pas du reste difficile à trouver, mais d'un accès facile. Vous aurez nommé un bon républicain, qui revendique co titre et défend à quiconque de le lui contester. Mes origines, mon passé* répondent de l'avenir. Mes états de service sont là pour l'attester : j'ai fait aimer la République dans mon canton., qui n'était pas républicain, mais. Ai j'ai réussi dans cette lâche, ce n'est point par la violence ; c’est en montrant que l'on peut être républicain et honnête homme. J'ai toujours revendiqué ma liberté, mais j'ai toujours aussi respecté la liberté chez les autres.
En me nommant, rrarrondigsemeot de Saueerre, soyez en sûrs, assurera une fois de plus le triomphe de la République démocratique et sociale.
Docteur G. RAVIER,
Maire de Savigny-en-Sancerre,
Conseiller général.