‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 66 sur 336 · M. CHAR LOT · texte numérisé non relu

M. CHAR LOT

Elu au deuxième tour de scrutin. — 7,787 voix.

Mes chers Concitoyens,

Par deux fois, en 1919 et en 1924, les électeurs des sept cantons de F arrondissement de Dijon, qui forment aujourd'hui la deuxième circonscription électorale, ont contribué à me. confier le mandat de les représenter au Parlement, en m'accordant la majorité absolue de leurs suffrages.

Ce mandat, ils savent comment je Fai rempli en face des élus d’un carte? qui avait fait au corps électoral des promessses insensées, impossibles à tenir. Les cartellistes n’ont pas voulu reconnaître que les difficultés rencontrées par le Parlement avaient leur origine exclusive dans le lourd héritage légué par la guerre. Us se sont entêtés dans des méthodes politiques périmées ou démagogiques, À eux seuls incombe la responsabilité d’avoir coeïr promis notre redressement financier par des menaces d’expropriation, par un projet de rupture des engagements de l'Etat et de vacances de la légalité ; c’est ainsi qulls.nous ont conduits finalement aux heures tragiques de juillet 1926.

Pendant ces quatres années écoulées, je me suis toujours opposé à Faction sectaire et démagogique des partis affiliés à ce cartel.

Par contre, jTai toujours appuyé de mes votes la politique d’Umon républicaine et de concorde nationale, qui, sous le Ministère Poincaré, avec le concours de tous les vrais démocrates, nous a permis d’arrêter la chute du franc, de stabiliser ia monnaie au moins en fait, d'équilibrer nos budgets et de préparer l'amortissement de la dette publique.

C’est à l'achèvement de cette œuvre si bien commencée que j'entends consacrer mes efforts si vous me renouvelez votre confiance.

Voici comment je comprends l’œuvre législative de demain.

Politique intérieure.

Une nécessité qui ne saurait être mise en doute, c’est celle de conserver l’esprit d’union -et de concorde entre les citoyens, sous l’égide des lois politiques et sociales de k troisième République. De là notre attachement à un régime de droit commun qui garantisse, avec les prérogatives du pouvoir civil et sous le contrôle de l’Etat, les libertés d’association et d’enseignement, dérivées logiques de la liberté de pensée.

De ce principe ne sauraient se réclamer les communistes ou révolutionnaires qui ne visent qu’à troubler la paix sociale et à désagréger 1a défense nationale, sans aucun profit pour la classe ouvrière.

Du maintien d'une armée démocratique, réorganisée sur la base du service militaire réduit à un an, nous voulons obtenir un maximum de sécurité pour notre pays. Notre programme comporte, d’autre part, une décentralisation administrative bien comprise avec autonomie pour les collectivités locales ; enfin la réduction du nombre des députés et sénateurs.

Politique extérieure.

Nous aurons à compléter k grande œuvre de paix' entre les peuples, ébauchée par les accords de Genève et de Locarno ; à veiller au respect des traités internationaux ; à obtenir un règlement équitable des dettes interalliées, lié à l’exécution du plan Dawes par l’Alkmagne ; à garantir 1a sécurité de nos frontières par le maintien, sous le contrôle des grandes puissances européennes, de la démilitarisation des territoires des deux rives du Rhin.

Politique financière et fiscale.

Il y aura lieu de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilisation légale du franc, seule base de l'équilibre économique et de la sûreté des transactions, bous réserve cependant d'avantages particuliers à consentir aux petits rentiers dont les créances sur I Etat ou sur les grands services publics seront démontrées authentiques et antérieures à la guerre. 11 faudra proportionner les amortissements de la dette publique aux facultés économiques du pays ; — apporter au régime des impôts des ajustements, des retouches équitables que la gravité de la situation n'a pas permis jusqu’ici de réaliser; — transformer, toutes les fois qu i] sera possible, la taxe sur le chifïre d 'affaires èn une taxe à la production ou à la première vente ; — diminuer 3'impôt sur les transporta, — défendre l'épargne.

Politique économique.

U sera nécessaire de préparer la révision des Conventions de 102 1 avec les grandes compagnies de chemins de fer, afin de pratiquer des prix normaux de transport ; d'aborder une politique de grands travaux publics avec l'aide des prestations en nature, pour mettre en valeur notre outillage national ; de remplacer la pratique des monopoles d'Etat par une collaboration effective des collectivités (villes, départements, chambres de commerce, d’agriculture) aux grandes entreprises publiques, avec contrôle et participation aux bénè' lices , de voter definitivement la loi sur la caisse d'avance et de prêts aux communes.

Politique sociale.

Nous ne faillirons pas à notre plus cher idéal qui est d’assurer aux travailleurs de usine, du magasin, du bureau et de la terre, par une loyale collaboration des classes, de meilleures conditions d existence, notamment par une politique intensive de la construction immobilière ; par la mise au point des assurances sociales ; par une politique encourageant

la natalité et améliorant davantage l’aide apportée aux familles nombreuses ; par une législation conforme aux revendications de l’artisanat et réalisant les chambres de métiers.

Telles sont, mes chers -concitoyens, les grandes lignes du programme que je m’appliquerai à réaliser au cours de la prochaine législature.

Plus spécialement, la deuxième circonscription de Dijon, composée d’une partie urbaine et d une partie rurale, a des intérêts divers à sauvegarder. Je serai appelé à défendre k la fois les agriculteurs, les industriels et les commerçants.

Depuis 1919, je suis membre du groupe parlementaire de défense paysanne, du groupe viticole, du groupe des bouilleurs de cru.

Agriculteurs et viticulteurs peuvent compter sur mon appui, pour une politique douanière protégeant les producteurs dé blé, de betteraves, de houblons, etc., contre la concurrence étrangère ; pour leur assurer des engrais à des prix normaux ; pour étendre leur influence dans la gestion des mines de potasse ; pour apporter plus de souplesse et d’équité dans le fonctionnement de l’impôt sur les bénéfices agricoles, grâce au maintien du forfait et des coefficients variables annuels, par la suppression de la paperasserie inutile et par un abattement à la base, analogue à celui de l’impôt sur les salaires* A leur intention, nous devrons aménager un statut spécial des assurances sociales, bien adapté aux habitudes du monde agricole.

Quant aux commerçants et aux industriels, ils me trouveront toujours à leurs côtés, pour leur garantir une protection douanière raisonnable. Ils ont droit à l'égalité fiscale et aussi à une réforme de F impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux, dans le même sens que pour les bénéfices agricoles ; à une mise an point définitive et équitable de la loi sur la propriété commerciale.

J’apporterai enfin aux travailleurs de la ville et de la campagne, mon concours le plus entier pour réaliser les réformes sociales pratiques qu'ils ne peuvent attendre qu’avec de bonnes finances nationales et que la démagogie révolutionnaire et verbale est impuissante à leur donner*

Chers Concitoyens,

Electeurs urbains ou ruraux de la deuxième circonscription de Dijon, vos intérêts sont solidaires, et je vous adjure de ne pas l'oublier* La prospérité de l'agriculture est étreitement liée avec celle du commerce et de Fmdustric. Seule une "stabilité gouvernementale de longue durée, condition essentielle de la véritable stabilité monétaire, pourra vous assurer la sécurité de travail, de vie et d’avenir qui vous est due.

Le 22. avril, deux politiques seront en présence.

L’une, ouvertement affi chée ou prudemment déguisée pour les besoins d’une mauvaise cause, vous conduirait tout droit à la démagogie, aux surenchères désastreuses, aux trou^ blés économiques et financiers.

L’autre est celle du progrès social dans l’ordre démocratique et dans le respect de nos libertés. Elle s’appuie sur 1* union loyale de toutes les forces du parti républicain, depuis les modérés jusqu’aux radicaux « nationaux s». De sa victoire dépendra la certitude d'un calme réparateur pour le pays et d’une dignité vigilante dans le domaine extérieur.

Cette doctrine, mes chers Concitoyens, dictera voLre vote !

Vi ve la République démocratique et sociale !

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