LA GUYANE
M* MQNNKRVILLE, radical-socialiste.
Elu au premier tour de scrutin* — 1,842 yoix.
Mes chers Concitoyens ,
Je suis venu parmi vous, appelé par un très grand nombre de lettres, de manifestes et de câblogrammes* Je me suis rendu à votre pressant appel. Vous m'avez accueilli en une grandiose et émouvante manifestation qui a fait vibrer les fibres secrètes de mon cœur de fils de la Guyane, revenant au pays natal après une longue absence.
Déjà à Pointe -à.- Pitre, nos frères Guadeloupéens m’avaient accueilli avec un empressement et une spontanéité qui m'avaient profondément touché*
A SamGLaurenLdu -Maroni, une autre manifestation, à laquelle prit part toute la population, me fut également réservée, avec une chaleur de sentiment qui m'émut d'autant plus que c'était mon premier contact avec la terre guyanaisc.
Puis ce fut la réception de la population de Cayenne, Cayenne, ma ville natale, Cayenne, où j'ai grandi , où j'ai été élevé, et d'ou je suis parti pour parfaire mes éludes. Vous m'avez accueilli avec un enthousiasme si affectueux, avec un empressement si fraternel que le souvenir de cette journée du mercredi 19 août 1931 me poursuivra toute ma vie. Les souhaits de bienvenue qu’en votre nom m'ont adressés nos concitoyens Eleuthère Leblond, Samuel Lubin et Octave Bellevue m’ont montré que vous désiriez apporter le témoignage de votre affection désintéressée et de votre reconnaissance à l'homme qui s'est toujours dressé pour la défense des libertés coloniales ; au compatriote qui, n'ayant jamais oublié ce que son pays a fait pour lui, s'est toujours employé à essayer de lui rendre les bienfaits qu'il en a reçu jadis. Notre grand compatriote Eleuthère Leblond, dont le nom est synonyme de droiture, de loyauté, de désintéressement et d'amour fervent pour la Guyane, m'a fait connaître, avec l'autorité qui s’attache tant à son nom qu'à sa qualité d’ancien président du Conseil général de la Guyane et ancien maire de la ville de Cayenne, qu'il me saluait au nom de tous nos compatriotes, sans distinction de rang nî de caste. Samuel Lubin, « vieux guyanais mêlé depuis quarante ans à la vie publique de ce pays », a bien voulu saluer en moi celui qui, répondant à leur très nombreux appels, est venu sc mettre à la disposition de ses concitoyens, le fils de ses œuvres, dont le passé répond de l'avenir. » C'est, en effet, par vous, peuple de Cayenne, que je fus reçu. Une délégation spontanée composée d’hommes dont les aspirations sont les vôtres, et votre propre présence à mon arrivée, m'ont montré qu'en dehors et au-dessus de tout groupement politique, mes compatriotes étaient de cœur avec moi.
Jean Galmot avait coutume de dire : «Mon comité, c'est le peuple. » Nulle parole n’est plus vraie. Seul le peuple a le droit de désigner celui auquel il entend confier ses des-
tjnépa* Issu moi-même de yo.tre sein, fils du peuple parvenu à la situation que j'occupe par mon labeur bonne te et persévérât* je suis eu harmonie avec vous, J 'estimé que c’est à vous, population grçyasmîs.e; que c'est à vous, mes compatriotes et frères de Guyane,, qu'il appartenait de nie réserver un bon ou rqauvais accueil, c^r vous seuls avez pouvoir et mission de choisir votre, représentant au Parlement, vous seuls possède» la faculté d’accorder ou de refuser votre loyale adhésion aux candidatures soumises b votre jugement. Beaucoup d'entre vous m'ont écrit ou m'ont dit que j’étais » l'ami du peuple ». C’est un titre dont je suis lier* J’ai toujours été, je resterai toujours l’ami et le défenseur du peuple ; car le peuple, c'est la loyauté ; le peuple c'est la reconnaissance affectueuse désintéressée ; Je peuple c’est le bon sens.
Par votre attitude de ce jour, vous avez voulu montrer a ceux qui croyaient pouvoir vous en imposer que vous êtes des hommes libres, des citoyens indépendants, des femmes de cœur, une populations qu'aucune menace, qu’aucune contrainte ne peut empêcher d'obéir aux élans de sa conscience. Vous avez prouvé également que vous êtes en parfait accord avec mes idées, avec mes opinions, avec mes actes. Laissez-moi vous en remercier.
Appelé par vous, pour travailler avec vous au relèvement de noire malheureuse Guyane, je mets à la disposition de mon pays natal toute mon activité, toute la force de ma jeunesse fervente, tous mes moyens d’action et tout mon filial dévouement.
La Gu y aime est en proie à une crise économique particulièrement grave. Elle offre ce spectacle paradoxal d’un pays pourvu d'inoubliables richesses naturelles, et cependant dénué de tout. Ses possibilités eu matières premières sont connues de vous tous. Richesses minières, richesses forestières, richesses agricoles latentes, aulanL d’éléments de prospérité qui attendent l'effort des bonnes voîouLés et le concours des capitaux métropolitains. C'est que la Guyane n'est pas connue de la métropole. C'est que jusqu'ici l'attention et la sollicitude de la France n'ont pas été attirées, comme il convient, sur notre pays, isolé hors du circuit des échanges franco-coloniaux.
Faire mieux connaître la Guyanne, La faire apprécier à sa réelle valeur. Montrer qû' elle a été une partie intégrante de la France, bien avant Nice, bien avant la Corse, la Savoie ou tel auLro département français. Rappeler qu'elle est le seul point de l'Amérique du Snd où flotte le drapeau français : la seule terre française de cet immense continent. Persuader la métropole que cette colonie est digne, au moins autant que toutes les autres, de son attention vigilanLe, L'amener à s'intéresser à sa mise en valeur, toujours retardée, en dressant un programme de travaux publics et d’outillage économique indispensables ; en l'exécutant progressivement, rationnellement, grâce aux ressources d'un emprunt plus important. Provoquer le percement des voies de communication nécessaires à la circulation intérieure des produits comme à leur acheminement vers l'extérieur, à la liaison des centres existants entre eux comme à l'exportation même ; et préparer en même temps la création de centres nouveaux de nature à favoriser l’essor de l'iiinterland. Telle est l'œuvre économique qui sollicite l'activité de votre représentant au Parlement,
Lne œuvre sociale de non moindre envergure s’offre également à son énergie. Les lois d assistance sociale, les lois de protection du travail, les lois sur la protection de Penfance et cî une façon générale toutes les réformes réalisées en matière sociale depuis trente ans, et qui sont 1 honneur de la Troisième République, sont inconnues dans ce pays, si français par ailleurs. 11 est temps qu’elles soient étendues à notre colonie.
Il est vrai qu’il faut accuser de cette situation l'anachronique régime du décret simple qui sévit encore en Guyane. Alors que les autres vieilles colonies, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, connaissent un régime législatif qui se rapproche assez du régime métropolitain, la Guyane est encore régie par les strictes dispositions du sénatus-consulte de 1854, voire même des ordonnances royales de 1828. Un effort sérieux vers l'assimilation législative devra être mené par votre représentant à la Chambre, pour obtenir une modification de ce régime d’un autre âge.
Voilà, mes chers compatriotes, quelques-uns des problèmes qui devront occuper l'activité et la volonté de votre député.
Soyez persuadé’que si votre choix vient à me confier le lourd honneur de défendre les intérêt; de mon pays au Parlement, je m'y consacrerai avec la loyauté et 1 energ.e que vous me connaissez, au-dessus de toute considération de personnes et de toute discussion stenle.
Seul l’intérêt de notre malheureux pays a toujours inspiré et — *3^ actes. Je m’efforcerai de faire donner à noire pauvre et chère Guyane, Cendnllon é ssee, lu place de premier plan qui lui revient dans la famille française.
Vive la Guyane française I Vive la France î
MONNERVILLE.