CHAPITRE II
ROSANILINE ET CONGÉNÈRES
L’histoire de la découverte de la rosaniline a été exposée dans le Rapport de 1807, et est trop connue aujourd’hui pour qu’il soit nécessaire d’y revenir. Son mode de préparation le plus usité est toujours celui qui consiste à oxyder ou plutôt à déshydrogéner par l’acide arsenique un mélange d’aniline et de toluidine1. De notables perfectionnements ont été apportés au procédé de fabrication primitivement employé, et ont permis de tirer parti de résidus autrefois sans valeur. Il en est résulté une réduction dans les prix de revient, et par conséquent dans les prix de vente de ce beau produit. D’un autre côté, on doit toujours regretter, dans celte préparation, l’emploi sur une grande échelle, d’un agent aussi dangereux que l’acide arsenique. Aussi a-t-on accueilli avec une grande faveur l’annonce de la découverte d’un nouveau procédé de fabrication du chlorhydrate de rosaniline, procédé dont le principe a été indiqué par M. Goupier*, et
1 Ln rosaniline est une triaminc dont la constitution a été dévoilée par les beaux travaux de M. llofmnnn. L’équation suivante rend compte de sa formation :
2C7Il°Az + C6H7Az + O5 = C-<»Hl‘lAzr> + 51l20.
Toluidine. Aniline. Rosaniline.
2 Voici» 'l’historique de cette découverte. Dès 1860, M. Laulh a obtenu de la
ROSANILINE ET CONGÉNÈRES, qui a été employé pendant quelque temps par MM. Meister Lucius et Brüning de Hôclist. Le rapporteur est en droit d’affirmer que l’auteur de ce procédé, M. Coupier, l’applique aujourd’hui dans son usine de Creil.
Nous nous proposons de décrire dans ce chapitre l’un et l’antre procédé de fabrication de la rosaniline, et nous ferons précéder cette description de quelques indications concernant la préparation des bases de la série aromatique, aniline et toluidine, qui sont les matières premières de cette fabrication. La préparation de ces bases se fait toujours par les méthodes connues, c’est-à-dire par la transformation des carbures d’hydrogène correspondants en composés nitrogénés, et par la réduction de ceux-ci au moyen du fer et de l’acide acétique. La méthode a été découverte par M. Zinin; le procédé de réduction est de M. Béchamp. Tout cela est exposé dans le Rapport de 1867. Nous n’y reviendrons pas, et nous nous contenterons d’indiquer quelques perfectionnements qui ont été introduits dans les procédés en usage pour la production des composés nitrogénés et des bases elles-mêmes. Le nombre de ces dernières s’est accru par la découverte des loluidines isomériques, notamment de la pseudo-toluidine qui joue un rôle dans l’industrie. Nous en traiterons, réservant pour d’autres parties de ce Rapport celle de la diphénylamine et de ses congénères, et celle de la phénylène-diamine, qui est employée aujourd’hui pour la fabrication du brun d’aniline.
fuchsine en chauffant un mélange d’aniline, de nitrobenzine et de chlorure stanneux. En 1801, MM. Laurent et Casthelaz ont pris un brevet pour l’obtention d'une matière rouge par l’action du fer sur la nitrobenzine en présence de l’acide chlorhydrique. Le brevet de M. Coupier, fondé sur une réaction analogue à celle qui a été indiquée par M. Lauth, est de 1800. M. Coupier a proposé de faire réagir la nitrobenzine commerciale sur l'aniline (lourde) en présence du fer et de l'acide chlorhydrique.