‹ Progrès de l'industrie des matières colorantes artificiellesChapitre 5 sur 71 · GOUDRONS DE BOIS · texte numérisé non relu

GOUDRONS DE BOIS

huiles, il faut signaler divers phénols et oxyphénols, dont voici l’énumération :

Phénol C6IIG O

Crésol C7IIS 0

Phlorol CsH100

Oxyphénol ou pyrocatéchine C6H6 0-

Méthyloxyphénol i C7},s Q2

Gaiol '

Uomopyrocatéchine C7IIS O2

Dérivé méthylé de l’homopyroeatéchine. . . CsH'°02

Le mélange de ces divers corps est connu depuis longtemps sous le nom de créosote. Le goudron qui les fournit est principalement obtenu par la distillation du bois de hêtre.

Le goudron de pin et de sapin est obtenu, dans certaines usines d’Allemagne et de Suisse, comme produit accessoire de la fabrication du gaz de l’éclairage, parla distillation des bois de pin et de sapin. On augmente le pouvoir éclairant de ce gaz en faisant passer les produits de la distillation, au sortir de la cornue, dans des tubes réfractaires chauffés au rouge. Les goudrons ainsi obtenus sont riches en huiles légères. La composition de ces goudrons de pin est analogue à celle des autres goudrons de bois. Fritzsche y a rencontré un carbure d’hydrogène solide, le rétène C18H18. Comme ils sont riches en toluène, on peut espérer y découvrir de l’anthracène.

On fabrique en Russie, par distillation de l’écorce de bouleau, un goudron vert qu’il est difficile de se procurer à l’état de pureté. L’huile légère qu’on obtient en le rectifiant ne paraît pas renfermer d’hydrocarbures benzéniques: elle contient un phénol particulier, auquel le cuir de Russie paraît devoir son odeur agréable.

Les goudrons de bois sont généralement employés comme enduits pour la conservation des bois. Leur production n’est

NATURE ET COMPOSITION DGS COUDRONS.

pas assez abondante pour qu’on puisse en retirer les hydrocarbures qu’ils renferment.

Mentionnons, en terminant, le goudron qui résulte de la distillation des fucus et algues desséchés et comprimés, opération qui est pratiquée par la British Seaxveed Company à Dalmuir, près Glaseow. Divers produits résultant de cette intéressante fabrication ont figuré à l’Exposition de Vienne.

Goudron de lignites.

Depuis que l’exploitation des pétroles a pris une si grande extension, l’industrie de la distillation des lignites, des schistes et surtout des tourbes, a perdu en importance. Les goudrons que l’on obtient dans ces diverses opérations offrent une composition assez semblable.

Lorsqu’on les soumet à la distillation, ils fournissent des huiles légères (photogène) en proportion relativement considérable, des huiles lourdes, et, à la fin, des huiles tenant beaucoup de paraffine en dissolution (huiles paraffineuses) ; le dernier produit est la paraffine. La présence de ce corps oblige à recevoir les produits dans des appareils de condensation pouvant être chauffés. En soumettant ces diverses huiles à des traitements chimiques et à des rectifications, on en extrait des produits propres à l’éclairage (photogène, huile solaire) et au graissage. Les huiles légères renferment, indépendamment des carbures benzéniques, des hydrocarbures saturés de la série grasse. La naphtaline y fait généralement défaut et est remplacée par la paraffine. C’est grâce à la présence de ce produit dans les goudrons provenant de la distillation des lignites que cette industrie a pu se maintenir florissante dans certaines localités, particulièrement dans la province de Saxe-Thuringe, enlre'les villes de Halle, Weissenfeîs et Zeitz. On y exploite

tïOUIWON DM BO(îllKAI).

des amas ou des bancs d'une lignite pulvérulente, d’un brun clair, et qui renferme jusqu’à 11 p. 100 d’hydrogène. On sépare avec soin celte lignite ( Schmierkohle ou Schwefelkohle ) d’un produit plus foncé ( Feuerkohle ) qui l’accompagne. Exposée à la flamme d’une bougie, elle fond comme la cire à cacheter. L’alcool en extrait une résine fusible à 70 degrés. Chauffée au rouge sombre dans des cornues de fer, cette lignite fournit près de 10 p. 100 d’un goudron peu coloré et léger, qui renferme une si forte proportion de paraffine, qu’il conserve, même en été, une consistance butyreuse. La production de ce goudron, en 1871, dans les diverses usines de la province, s’est élevée à 704,349 quintaux. Le docteur B. Hübner a notablement amélioré l’exploitation de ce goudron, en réduisant le nombre des rectifications et en distillant sur de la chaux le goudron préalablement traité par l’acide sulfurique. Les produits de cette belle industrie, photogène, huile solaire, huile paraffinée et paraffine, figuraient à l’Exposition de Vienne.

La paraffine obtenue présente, suivant son degré de pureté, des qualités différentes. L’une est dure, fusible de 45 à 00 degrés. Elle sert à la fabrication des bougies. L’autre est molle et très-fusible (52 à 45 degrés): on l’emploie dans la fabrication des allumettes, et aussi pour la mélanger à la cire et à l’acide stéarique, dont elle empêche la cristallisation.

Goudron de boghead.

La distillation du boghead s’effectue toujours sur une grande échelle en Angleterre, parles soins d’une puissante compagnie qui a pris le nom du créateur de cette industrie ( Young’s Paraffin, Light and Minerai Oil Company). On exploite le schiste bitumineux connu sous le nom de boghead soit en vue de

NATURE ET COMPOSITION DES GOUDRONS

la préparation d’un gaz Irès-éclairant, soit pour obtenir des goudrons propres à la fabrication des huiles d’éclairage. Dans le second cas, la distillation doit être effectuée à une tempéra ture de beaucoup inférieure à celle qui sert pour la production du gaz (400 à 450 degrés). On se sert fréquemment, pour opérer cette distillation, de cornues chauffées dans un bain de plomb fondu; on peut aussi distiller le boghead dans un courant de vapeur d’eau surchauffée. On augmente ainsi le rendement en huiles légères, et l’on en améliore la qualité. Le résidu de la distillation, composé de charbon et de matières minérales, possède des propriétés désinfectantes et absorbantes qui le font rechercher comme succédané du charbon animal.

Le goudron de boghead renferme une proportion notable d’huiles légères, propres à l’éclairage; mais les traitements qu’on est obligé de faire subir aux huiles brutes, et qui sont analogues à ceux que nous décrirons plus loin à propos du goudron de houille, diminuent notablementle rendement. 100 parties de boghead fournissent environ 40 parties de goudron et 12 kilogrammes d’huiles légères propres à l’éclairage. Pour porter ce rendement à 18 pour 100, on soumet les huiles brutes à un traitement préalable à l’acide sulfurique, puis à la chaux hydratée, et on rectifie ensuite.

Les huiles légères de boghead renferment un grand nombre d’hydrocarbures appartenant à diverses séries. On y rencontre les hydrocarbures homologues de l’éthylène, deshydrures delà série C"U2"+“ et des carbures benzéniques. On emploie ces huiles légères pour l’éclairage ou pour l’extraction de la benzine par les procédés qui seront décrits pins loin. Quand les huiles légères ont passé à la distillation, il est nécessaire de maintenir les serpentins à une température suffisante pour éviter la solidification de la paraffine. Les huiles paraffineuses épurées par un traitement convenable à l’acide sulfurique, puis à la chaux,

GOUDRON DE HOUILLE

laissent déposer de la paraffine lorsqu’on les maintient à une basse température.

Goudron de houille.

Le goudron de houille est produit aujourd’hui en quantités immenses, soit qu’il résulte de la fabrication du gaz, dont il constitue un produit accessoire autrefois sans valeur, soit qu’on l’obtienne dans la fabrication du coke métallurgique. Cette fabrication se fait aujourd’hui sur une grande échelle, grâce aux indications fournies par MM. Powels et Dubochet et par M. Knab. On se sert degrandsfours disposés de manière que le goudron puisse être recueilli et que les gaz produits dans l’opération puissent servir au chauffage de ces fours à coke. Les plus employés aujourd’hui sont les fours dits belges, généralement accouplés au nombre de vingt-cinq. Le coke métallurgique ainsi produit est de bonne qualité.

Le charbon de terre fournit par la distillation de 4 à 5 pour 100 de goudron. En raison de l’extension qu’a prise de nos jours cette opération, la production et l’exploitation du goudron ont pris un développement considérable.

L’Angleterre seule en produit de 120,000 à 150,000 tonnes. La Belgique 10,000 tonnes ; la France de 30,000 cà 55,000 tonnes. La Compagnie parisienne de l’éclairage au gaz en réunit environ 25,000 tonnes par an. M. Dehaynin en distille 14,000 tonnes. Avant la création des nouvelles industries qui tirent tant de richesses de ce produit autrefois gênant, le prix du goudron ne dépassait pas 6 à 10 francs les 1,000 kilogrammes. Aujourd’hui, il vaut de 60 à 90 francs la tonne.

La composition du goudron a été l’objet d’un grand nombre de travaux, et cette composition varie suivant la nature du charbon qui a été soumis à la distillation et aussi suivant le

NATURE ET COMPOSITION DES GOUDRONS

procédé employé. Ainsi, le goudron obtenu dans la fabrication du coke métallurgique renferme moins de benzine et plus de loluène que l’autre. 11 est pauvre en phénol et contient une proportion assez notable d’un phénol supérieur. Faisant abstraction de ces différences, nous indiquerons ici d’ur.e manière générale la composition du goudron de bouille, en distinguant immédiatement les produits suivant leur degré de volatilité, distinction importante au point de vue delà fabrication.

Le goudron de houille renferme des carbures d’hydrogène appartenant à diverses séries, des phénols, des bases diverses.

Voici l’énumération des carbures d’hydrogène qu'on a retirés des premiers produits de la distillation;

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