La démission de la morale
cilite la passion coupable de sa maîtresse ne le fait que guidée par son honneur de nourrice.
L'honneur pourra peut-être devenir un jour, d'après la déllnition de Faguet, « le roi des combats pacifiques, le roi des rivalités salutaires, le roi des émulations sacrées h la conquSte toujours à faire, jamais faite et toujours espérée de la souveraine vertu qui est le souverain bien », Mais ce jour paraît encore bien éloigné.
D'ici li, l'honneur continuera h différencier les groupes sociaux et à mettre des obstacles à leur union. Car, qu'estce que l'honneur ?
« C'est ce qui nous distingue, prétend Faguel, d'être jugé par nous inférieurs h nous, w
Or, précisément, cet esprit d'orgueil qui fait naître et nourrit ensuite l'honneur ne nous promet rien qui vaille.
Parqué dans des professions et des groupements, il ne fera que les opposer violemment en leur faisant épouser un égoïsme collectif souvent aussi féroc« que celui des individus.
Citons parmi les autres morales, celle de M. Lévy-Bruhl, connue sous le nom de la Morale-Science des mœurs.
A côté de la morale établie, ce philosophe constitue une science des mœurs. Celle-ci ne détruit point le sysl&me de morale, mais s'efforce de la remplacer et il voudrait y ajouter avec le temps un art de la moralité, art rationnel et qui modifiera « par des procédés rationnels, la réalité morale donnée, comme la mécanique et la médecine interviennent en vue de ces mfmes intérâls dans les « phénomènes physiques et biologiques ».
h" Et cet art rationnel sera substitué â des pratiques pins ou moins empiriques et illusoires h.
Le point de départ de l'auteur de la Moraîe-Sctenee rfes mœurs est ingénieux. En s'emparant des mœurs qui nous enlourent, il voudrait les classer et les ramener k des lois générales.
Une objection s'impose ; les mœurs sont d'une variété désespérante, souvent contradictoires et toujours tr&s difliciles h saisir. Elles varient facilement, non seulement dans l'espace, mais dans le temps. Or, il devient difficile de bâtir sur l'eau courante.
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D'autre pari, la ijiorale consiste surtout dans un élan vers le mieux, dans la tendance à se dépasser. Or, la Morah- ■Science des mœurs ne fait que paralyser noire élan ou, ^i l'on préfère, notre idéalisme en nous ordonnant d'agir selon les conceptions du moment, celles de frontières géographiques ou de données statistiques vagues. Quant aux données sociologiques, elles le sont encore davantage, la sociologie comme science restant encore à l'état de tâtonnement.
D'après la judicieuse remarque de M. Victor Delbos, « la science objective des mœurs ne peut produire aucune règle défînie qui prescrive à la volonté des fins à choisir ». Elle ne peut non plus expliquer une u volonté voulante ».
Emile Faguet en a tiré une autre conséquence inquiétante. Il constate que d'après la morale- science de mœurs, l'homme original serait immoral et la liberté elle-même deviendrait une immoralité.
Il ne s'agirait en somme que d'une morale de milieu. Cette morale serait en outre une morale de paralysie, car elle empêcherait tout progrès.
H L'art de la moralité » paraît obvier à ces inconvénients. Mais cet art constitue une sorte d'addition qui transforme en même temps l'idée directrice de cette morale, en ajoutant à la Morale-Science de mœurs une morale théorique.
M. Lévy-Bruhl a du reste entrevu lui-même les lacunes que présente sa théorie. Il assimile avec beaucoup de force son art moral rationnel à la conscience commune et, de ce fait, son art incarne non seulement la réalité, mais il prélend aussi la modifier.
Il restera quand ra^me une lacune difficile à franchir entre les mœurs et l'arl. Il y manque un pont.
Il n'y aurait peut-être qu'à metire à sa place le sentiment du bonheur lout-puissant qui a fait ses preuves à Iravcrs les siècles et qui a sa morale et sa philosophie.
La morale du bonheur pourrait de la sorte compléter la Mornle-Science des mœurs.
TABLE DES HÀTIËRES du Tome I