scène vn
Abmand, Madame Pebbichon, puis Henbiette.
Armand (apercevant madame Perrichon qui entre de la gauche.) Ah ! madame Perrichon !
Madame Perrichon. Comment ! vous êtes seul, monsieur ? Je croyais que vous deviez accompagner ces messieurs ?
Armand. Je suis déjà venu ici l'année dernière, et j'ai demandé à monsieur Perrichon la permission de me mettre à vos ordres.12
Madame Perrichon. Ah ! monsieur ! (A part.) C'est tout
à fait un homme du monde ! . . . {Haut.) Vous aimez beaucoup la Suisse ?
Armand. Oh ! il faut bien aller quelque part !
Madame Perrichon. Oh ! moi, je ne voudrais pas habiter ce pays-là ... il y a trop de précipices et de montagnes . . . Ma famille est de la Beauce.
Armand. Ah ! je comprends.
Madame Perrichon. Près d'Etampes . . .
Armand (à part). Nous devons avoir un correspondant a Etampes ; ce serait un lien. {Haut.) Vous ne connaissez pas monsieur Pingley, à Etampes ?
Madame Perrichon. Pingley ! . . . c'est mon cousin ! Vous le connaissez ?
Armand. Beaucoup. {A part.) Je ne l'ai jamais vu !
Madame Perrichon. Quel homme charmant !
Armand. Ah! oui!
Madame Perrichon. Cest un bien grand malheur qu'il ait son infirmité !
Armand. Certainement . . . c'est un bien grand malheur !
Madame Perrichon. Sourd à quarante-sept ans !
Armand (h part). Tiens! il est sourd notre correspondant! C'est donc pour ça qu'il ne répond jamais à nos lettres.
Madame Perrichon. Est-ce singulier! c'est un ami de Pingley qui sauve mon mari ! ... H y a de bien grands hasards dans le monde.
Armand. Souvent aussi on attribue au hasard des péripéties dont il est parfaitement innocent.
Madame Perrichon. Ah ! oui . . . souvent aussi on attribue. {A part.) Qu'est-ce qu'il veut dire ?
Armand. Ainsi, madame, Dotre rencontre en chemin de fer, puis à Lyon, puis à Genève, à Chamouny, ici même, vous mettez tout cela sur le compte du hasard ?
Madame Perrichon. En voyage, on se retrouve . . .
Armand. Certainement . . . surtout quand on se cherche.
Madame Perrichon. Comment?
Armand. Oui, madame, il ne m'est pas permis de jouer plus longtemps la comédie du hasard; je vous dois la vérité, pour vous, pour mademoiselle votre fille.
Madame Perrichon. Ma fille ?
Armand. Me pardonnerez-vous ? Le jour où je la vis, j'ai été touché, charmé . . . J'ai appris que vous partiez pour la Suisse ... et je suis parti.
Madame Perrichon. Mais alors, vous nous suivez ? . . .
Armand. Pas à pas . . . Que voulez-vous ? . . . j'aime . . .
Madame Perrichon. Monsieur!
Armand. Oh ! rassurez-vous ! j'aime avec tout le respect, toute la discrétion qu'on doit à une jeune fille dont on serait heu-, reux de faire sa femme.
Madame Perrichon {perdant la tête, à part). Une demande en mariage ! Et Perrichon qui n'est pas là ! {Haut.) Certainement, monsieur ... je suis charmée . . . non, flattée ! . . . parce que vos manières . . . votre éducation . . . Pingley ... le service que vous nous avez rendu . . . mais monsieur Perrichon est sorti . . . pour la mer de Glace ... et aussitôt qu'il rentrera.
Henriette {entrant vivement). Maman! . . . {S'arrêtant.) Ah ! tu causais avec monsieur Armand ?
Madame Perrichon {troublée). Nous causions, c'est-à-dire, oui! nous parlions de Pingley! Monsieur connaît Pingley; n'est-ce pas ?
Armand. Certainement ! je connais Pingley !
Henriette. Oh ! quel bonheur !
Madame Perrichon {à Henriette). Ah! comme tu es coiffée ! ... et ta robe ! ton col ! {Bas.) Tiens-toi donc droite !
Henriette {étonnée). Qu'est-ce qu'il y a ? {Cris et tumulte au dehors.)
Madame Perrichon et Henriette. Ah ! mon Dieu !
Armand. Ces cris ! . . .