SCÈNE m
Armand, puis Henriette.
Armand (seul). Je n'y comprends plus rien ... je suis abasourdi!
Henriette (entrant par la droite, au fond). Ah! monsieur Armand !
Armand. Mademoiselle Henriette !
Henriette. Avez-vous causé avec papa ?
Armand. Oui, mademoiselle.
Henriette. Eh bien ?
Armand. Je viens d'acquérir la preuve de sa parfaite antipathie.
Henriette. Que dites-vous là ? C'est impossible !
Armand. H a été jusqu'à me reprocher de l'avoir sauvé au Montanvert . . . J'ai cru qu'il allait m'ofirir cent francs de récompense.
Henriette. Cent francs ! Par exemple !
Armand. Il dit que c'est le prix ! . . .
Henriette. Mais c'est horrible ! . . . c'est de l'ingratitude ! . . .
Armand. J'ai senti que ma présence le froissait, le blessait ... et je n'ai plus, mademoiselle, qu'à vous faire mes adieux.
Henriette (vivement). Mais, pas du tout! restez !
Armand. A quoi bon ? c'est à Daniel qu'il réserve votre main.
Henriette. Monsieur Daniel ! . . . mais je ne veux pas !
Armand {avec joie). Ah!
Henriette (se reprenant). Ma mère ne veut pas! elle ne partage pas les sentiments de papa ; elle est reconnaissante, elle ; elle vous aime . . . Tout à l'heure elle me disait encore : Monsieur Armand est un honnête homme ... un homme de cœur, et ce que j'ai de plus cher au monde, je le lui donnerai . . .
Armand. Mais, ce qu'elle a de plus cher . . . c'est vous !
Henriette (naïvement). Je le crois.
Armand. Ah ! mademoiselle, que je vous remercie !
Henriette. Mais, c'est maman qu'il faut remercier !
Armand. Et vous, mademoiselle, me permettez-vous d'espérer que vous aurez pour moi la même bienveillance ?
Henriette (embarrassée). Moi, monsieur ? . . .
Armand. Oh ! parlez ! je vous en supplie . . .
Henriette (baissant les yeux). Monsieur, lorsqu'une demoiselle est bien élevée, elle pense toujours comme sa maman. (Elle se sauve.)