‹ Project de reconstruction territoriale et dynastique de l'empire du Brésil aux dépens desChapitre 1 sur 1 · REPUBLIQUES AMERICAINES · texte numérisé non relu

REPUBLIQUES AMERICAINES

g-uisent leur impuissance sous le masque d'un respect scrupuleux aux traités et conventions.

Veut-on des preuves qu'il s'agit ici du Brésil et non point du Paraguay? Elles sont simples et évidentes. Depuis l'expédition mexicaine , il n y a pas eu dans le Sud-Âmérique d'affaire qui ait fait autant de bruit en Europe que celle du Paraguay. Or, de tous les pays du continent méridional, c'est celui sur lequel les étrangers ont groupé le moins d'intérêts matériels. Serait-ce que l'intérêt moral et juridique engagé dans les événements ait excité une attention sympathique? Mais notre siècle n'a pas coutume de montrer tant de délicatesse. Il est bien plus exact de dire que cette guerre excite l'attention, parce que de son issue dépend le sort du Brésil, qui réagit à son tour puissamment sur le commerce et sur les gouvernements d'outre Atlantique.

A cette preuve s'en ajoute une seconde d'ordre politique. L'empereur du Brésil am'ait dit qu'il abdiquerait la couronne s'il ne parvenait à^ renverser le gouvernement du maréchal Lopez. Si cette parole n'est pas sortie positivement des lèvres de Dom Pedro II, elle n'en exprime pas moins le fond de sa politique vis-à-vis du Paraguay. Elle explique la sympathie que cette question éveille dans un certain parti européen, qui verrait avec satisfaction l'avènement d'un de ses représentants dynastiques sur un trône d'Amérique, si la guerre aboutissait au triomphe du jeune général en chef de l'expédition brésilienne.

Cette transformation des Etats de la Plata, à laquelle nous faisons allusion, comment s'opérerait-elle? Sous quelle initiative? Dans quel sentiment? En vue de quel objet?

Elle se ferait par l'initiative du Brésil, sous sa haute influence, et tout naturellement dans son. intérêt prépondérant; intérêt de tous points opposé à celui des pays qui en seraient les instruments, et finalement, les victimes. La trans-

formation des pays de la Plata ne se ferait point dans leur propre intérêt, mais disons- nous, dans celui du Brésil, dont elle précipiterait la dissolution pour préparer sa reconstructiqn ultérieure. Ils transfuseraient leur sang dans les veines de l'Empire agonisant, pour le ressusciter à la vie, au prix de leur propre existence. Ils ne pourraient eux-mêmes échapper au dépérissement et à la ruine, et cela par deux raisons capitales :

Parce que TEmpire n'est pas constitué de manière à donner aux nations de la Plata les éléments de culture et de prospérité qui lui font défaut à lui-même . L'ex-colonie du Portugal ne s'est émancipée que dix ans après les colonies espagnoles ses voisines ; ce fait domine toujours la situation. Que faut-il aux Républiques de la Plata pour leur développement? Il leur faut une population intelligente et laborieuse, il leur faut des capitaux , de l'industrie, des arts, des sciences, des. manufactures, des machines, les habitudes, les dh'ections de pays plus avancés et plus cultivés. Mais voilà précisément ce dont le Brésil a faute, non moins que ses voisins.

Seconde raison : L'Emph'ene pourrait pas servir davantage les. Républiques avoisinantes dans leurs intérêts de paix inté-v rîi^wpe, d'intégrité nationale, d'administration du peuple parle peuple^ de fédéralisation effective; il ne pourrait pas leur donner l'égalité civile à laquelle nous savons qu'elles aspirent. Tout cela suppose l'abolition de l'esclavage, et de plus, la liberté fluviale pour le commerce du monde entier, et non pas seulement pour le commerce des négociants riverains. En tout ce qui concerne ces grands intérêts, faire ses propres affaires, est pour le Brésil défaire celles d'autrui; rendre service à ses voisins^ ce serait pour lui se ruiner, et détruire sa propre existence.

Tel est l'antagonisme persistant qu'on découvre au fond de l'étrange alliance entre l'Empire Noir et la Confédération Argentine.

Le secret qui explique toute cette gnerre n'est rien moins que la nécessité de reconstruire TEmpire du Brésil avec de nouveaux territoires, habitables par de nouvelles, populations européennes, gouvernées par de nouveaux princes.

La suppression de la traite des nègres^ Tabolition de l'esclavage civil, l'urgente obligation de peupler avec des race§ d'outre- Atlantique de vastes déserts, que la liberté fluviale, devenue de droit commun, rendrait accessibles désormais au monde entier, et enfin, la nécessité de trouver un successeur capable et énergique à Dom Pedro II, qui usé déjà par un climat malsain, ne tardera pas à laisser le trône vacant; — voilà un ensemble de circonstances qui ont poussé l'Empire jusqu'au bord de l'abîme, et qui l'y précipiteront, à mops qu'on n'ait promptement recours à des remèdes énergiques. C'est de cela qu'il s'agit et non point d'autre chose. AuxBépubliques de la Plata qui inaugurèrent la révolution de l'indépendance, incombe un rôle de victimes ; rôle que leur impose fatalement le manque d'unité. A ^es d'être les ma-

tériaux d'une reconstruction qui présuppose leur propre destruction.

En effet, les deux conditions nécessaires pour la restauration de l'Empire, ne sont autres que la suppression de mainte République américaine, et la réapparition des Bourbons dont la domination dans ces lointains parages avait pris fin au commencement du siècle. C'est dire, en d'autres termes, que l'œuvre de reconstruction suppose au ["préalable une conquête y puis la contre révolution.

En supposant que l'Amérique républicaine tombe à ce point d'abjection qu'elle laisse le Brésil réactionnaire tailler à sa convenance la carte du continent, et détruire pièce à pièce l'édifice de la révolution , est-ce que l'Empire est de force à mener à bonne fin cet énormej changement ? Quels sont ses moyens d'action? Les éléments dont il dispose sont-ils plus nombreux, sont-ils plus puissants que les obstacles et les résistances que ne peuvent manquer de lui opposer les nécessités même de la situation ?

Pour accomplir la tâche qu'il se propose, le Brédl compté sur trois circonstances :

^ r La âdbleflse des alliés qu'il exploite, et dont il fidt let instruments, malgré eux, de son agrandissement;

2"* L^infériorité relative du Paraguay ;

3° La supériorité relative de l'Empire.

Voyons si ces motifs d'espoir ne (sont pas autant d'illusions que se fait la réaction, trompée par de spécieuses apparences. Voyons si la politique du Brésil, fondée sur cette base mouvante, peut aboutir à autre chose qu'à une dôoeptiou coûteuse, qui, après une catastrophe, la laissera dans une situation pire qu'auparavant.

 la Plata, les institutions sont débiles, mais non point les hommes. De plus, il est des nécessités qui dominent les hommes et les choses.

Le Brésil ne fait point erreur, en comptant comme son plus grand élément de supériorité les divisions qui rongent la Bépublique argentine. C'est à elles qu'il doit tous les succès obtenus contre le Paraguay. C'est à cette même cause qu'en tous temps elle a dû son entrée dans les aflbires platéennes : antérieurement à 1776^ (date à laquelle cessa la suprématie du Brésil par l'établissement de la vice-royatUé de Buenos- Ayres) ; en 1817; en 1821 ; en 1852; en 1855, et à la date présente.

Si le Brésil a envahi la Plata, ce n'est point grâce à (ses canons, mais aux dissensions qui aâSBiiblissant le pouvoir de la République argentine, lui enlevèrent tout moyen de résistance et l'obligèrent même à introduire au cœur du pays son ennemi intime, qui peut ainsi la détruire plus commodément.

Le vrai triomphe de la politique impériale ne consiste point dans la chute du gouvernement de Lopez ; son triomphe, elle le tient déjà dans une certaine mesure par l'abandon du principe centraliste. Tant que ce principe d'unité argentine restera enseveli dans la tombe de fiivadavia, le Brésil, avec ou sans escadres, maintiendra sa domination sur le fleuve et les affluents de la Plata.

Loin de se chagriner au sujet des achats d'armes qu'on attribue au gouvernement argentin, Tempire pourrait sans aucun risque lui faire cadeau de toute sa division cuirassée. Il restera le tranquille suzerain dés pays de la Plata, pourvu que ses alliés maintiennent les institutions qui équivalent pour lui à la possession de maint navire blindé.

Les institutions que nous appellerons brésiliennes, en considération des services qu'elles rendent, sont :

V Luniié indmsibk de la pi^ovinee de Buenoê-Ayres yl^xx^lle a pow coûséquence logique et nécessaire:

2° Lunilé divisible ci divisée de la Confédération argentine en 14 sousmnitês provinciales souveraines. Résultat non moins Bârtofel:

3" Av^'sion de BuenoS'Âyres pour toute idée tendant à reconstruire ronité argentine, l'unité^ seul moyen de sous^traire la ^uJjlique à la domination brésilienne ;

4** L'obligation de croire, mais sans oser Tavouer, qu*il peut exister une cause de Bucnos-Ayres distincte de la cause nationale ; causes qui non-seulemoct sont distinctes, mais qui peuvent être même hostiles \

5^ Une manière d'être ami de Buenos-AyrcÈ qui équivaut à être l^ennemi de la République argentine;

6"" En un mot, prendre pour la cause de Buenos-Ayrée, ce

qui en {>ratiqu6 .nest autre chose que la cause du Brésil contre Buenos-Ayres et contre la République ai^ntine.

La division qui, grâce à la loi constitutionnelle, débilite et accable les forces de la Confédération est la cause pretnîèfe, qtli a pour résultat inéluctable, Tinfluence prépondé* rante et toute prés^ite de TEmpire au cœur même de la ïtèpublique déchirée par des factions rivales. Nous qui avons toujours protesté contre les prémisses, pouvio»s-nous ne pas condamner la conséquence ? Et quant à nos adversaires, ils ont été plus logiques encore, pour ainsi dire. Ils ont voulu la conséquence, parce qu'ils ont voulu les prémisses. Auteurs responsables de la division eatfe Argentins, auraient-ils pu s'empêcher d'être les alliés et les souteneurs du Brésil dans le pays qu'eux-mêmes avaient livré aux factions ?

Si l'auteur se trompe en appréciant ainsi les effets de la loi organique, Terreur remonte en tout cas à Rivadavia, qui, en 1826 déjà, protestait contre le pacte, par la crainte qu'un jour il ne contribuât à livrer au Brésil les pays de la Plata. Maintenant que les ^faits dont nous sommes témoins donnent aux prévisions de ce grand citoyen la plus complète confirmation, nous sommes moins que jamais portés à croire qu'il se soit trompé dans sa conception fondamentale.

En effet, les événements actuels démontrent sans conteste que la prépondérance de Buenbs-Ayres sur la République Argentine, édifice si laborieusement construit pendant soixante années , entrera comme un pan de mur dans la façade du palais impérial que les hommes d'État à Rio-de- Janeiro, élèvent en ce moment par la main des Argentins eux-mêmes.

Le Brésil même n'hésite pas à avouer que pour la mise à exécution de ses desseins, il a eu pour alliés les organisateurs et les représentants d'un ordre de choses qui a été

constitué à gon profit, et non point à celui de Buenos-Âyres, comme l'imaginaient ses auteurs.

N'eût été la destruction du pouvoir argentin, le général Mitre ne se serait pas vu contraint de chercher la coûteuse et périlleuse coopération d'un Empire éti-anger, pour demander satisfaction d'une offense, réelle ou supposée, et la demander à qui? — A une seule ex-province de la Confédération Argentine, formée de quatorze provinces dont chacune est aussi grande que le Paraguay !

Néaumoina , ces divisions intérieures de la Confédération Argentine ne sont pour le Brésil qu'un chanceux élément de pouvoir. Quand on se fie à l'obscurité comme à up coçaplice indispensable, on est bien embarassé aux premières clattés du jour. L'Enipire à compté sur une maladie, ^ais Iqs ,pays jeunes et bien dqués pî^r la nature ne sont pas malades longtemps ; ils se guérissent d'eux-mtoes. En 1817, les ;riTalités entre Platéons étaient infiniment pires qu'elle ne le 8<int aujourd'hui ; elles se compliquaient alors des circonstances les plus funestes. Les Espagnols avaient rétfibU leur pouvoir dans ,1e midi, et San Marfm, en traversant les Andes pour les «basBer des pays du Pacifique, laissait sans appra le gouvernement argentin, qui n'avait qu'une ombre de ponvoir. Les Espagnpls occupaient encore les provinces du Haut-Pérou, la Bolivie d'aujourd'hui. L'armée de Belgrano, ail lieu de les contenir^ s'égarait et se dispersait en cherchant à. appiyer le gouvernement national de Pneyredon, méconna-parles Stontotureu. Cette situation, comme on aunût

pu le prévoir, livra au Brésil Montevideo. Mais les nouveaux Etats ne tardèrent pas à reprendre possession d'eux-mêmes, et finirent par rejeter Tempire hors de la Plata.

La maladie qui sévissait en 1817 sur les provinces argentines est encore la même qui a permis à Tempire de les envahii' encore. Mais l'intensité morbide étant moindre , la guérison, c'est-à-dire la centralisation, énergie vitale du pays, se fera moins longtemps attendre, et la santé reviendra plus vigoureuse qu'elle ne Tétait.

Cette cure , il n'est pas nécessaire que ladministration l'opère , et si le gouvernement était incapable de l'accomplir, il ne faudrait pas désespérer pour cela. La centralisation, source de santé et d'énergie se fera par la force même des choses, par la vie nationale. Car toute institution vive et vigoureuse, qui est autre chose qu'une abstraction, s'accomplit par une action spontanée , et l'unité naiionale est une de ces nécessités naturelles.

La vie d'un homme n'est pas plus l'œuvre du médecin, que la vie nationale ne dépend de son pouvoir exécutif. Le gouvernement n'est pas le producteur, mais tout au contraire le produit de la nation. Tout corps politique, par le fait seul de son existence, est doué de facultés par lesquelles il se développe, avec, sans, ou malgré ses administrateurs; ainsi qu'il arrive aux adolescents qui croissent et grandissent malgré les désordres par lesquels ils altèrent leur santé.

La centralisation, autrement dit, une autorité forte, condition vitale de tout Etat, viendra pour la Bépublique Argentine, comme lui est venue l'indépendance, par la nature même des choses. Toute société a besoin d'un gouvernement central pour organiser la vie commune^ c'est-à-dire, la vie collective. La civilisation politique d'un pays ré^e dans l'institution de son gouvernement, machine arithmétique,

par laquelle la valeur de chaque homme se multiplie par la valeur de tous ses concitoyens.

En vertu de la loi naturelle qui préside-au développement du centralisme argentin, le fractionnement, sa vieille infirmité n'est plus ce qu'elle était autrefois. Il existe un noyau, qui, bien que faible encore, est un gouvernement central, dont la simple existence, quelque imparfaite qu'elle soit, est un hommage rendu par le séparatisme provincial à l'unité nationale. La fédération d'aujourd'hui n'est plus ce qu elle était du temps de Rosas; elle implique maintenant l'union, bien plus que la séparation. Les mêmes hommes qui en 1820, attaquèrent, eu haine d'un parti, le centralisme de la République, ceux-là mêmes sentent aujourd'hui la nécessité de sortir de la lettre séparatiste, pour sauver le principe de l'unité nationale, en qui réside le pouvoir vital du pays. Leur jurisprudence est meilleure que leur Code.

Le pays a déjà commencé à sanctionner la centralisation par les mains de son défunt représentant. Après avoir honoré d'un culte pieux la tombe de Rivadavia, on adoptera ses idées d'unité nationale. La nécessité d'éloigner le Brésil du Rio de la Plata obligera les neveux de ce grand Argentin à recourir au centralisme , comme il en donna l'exemple dans l'année 1827 pour chasser le Brésil de la Bande- Orientale.

Cette fois-ci le pays a suivi la direction de Belgrano, qui vint finir dans le Paraguay. Demain il suivra Rivadavia, qui marcha jusqu'à Ytuzaingo : Bolivar et Sucre eussent aussi pris la même route, n'eût été la jalousie qui divisa ces libérateurs de l'Amérique.

Entre Belgrano et Rivadavia, les deux nobles guides de la jeunesse argentine, nous croyons que le choix le plus sûr est celui du dernier, auquel une existence plus longue permit de mieux connaître les besoins et les ressources de la moderne Amérique.

Tout conspire aujourd'hui en faveur du rétablissement de Tunité nationale argentine. Il est nécessaire de sauver dès maintenant sa liberté extérieure , la seule liberté réelle qu'ait connue le pays depuis son affranchissement de TEspagne. Cette liberté, ou pour mieux dire cette autonomie, est compromise par Talliance qui a transformé la République en feudataire de l'Empire. Pour dépouiller le Paraguay de sa liberté, Mitre a engagé ceHe de son pays dans un Montrfe-îPiArf brésilien.

Avec les nécessités de la politique extérieure, conspirent au même degré les exigences de la paix intérieure, qui ne pourra jamais exister sans un gouvernement capable de la protéger. On en voit d'ailleurs de nombreux exemples tant en Europe qu'en Amérique. Toutes les confédérations tendent aujourd'hui à se transformer en nations plus ou moins centralisées.

I/Italie abandonne l'idée . fédéraliste pour l'idée unitaire.

L'Allemagne n'a pas tardé à suivre son exemple, et les Etats- Unis en ont appelé à l'arrêt des batailles pour transformer leur gouvernement dans le sens d'une plus grande centralisa» tion.

Par quelle raison les Etats-Unis se font-ils toujours plus unitaires? — La voici : A mesure qu'ils deviennent une grande puissance, ils s'aperçoivent que tous les autres grands pouvoirs, dans la société desquels ils vivent, doivent à leur centralisation la force dont ils pourraient se servir un jour pour compromettre l'existence de la République dont ils menaçaient l'existence dans la dernière guerre. La mer qui sépare rAmcrique de l'Europe, n'empêche pas les Etats- Unis de vivre dans la société européenne; c'est même la mer qui les rapproche , puisque grâce à l'Océan, la distance est moindre entre les flottes de l'Angleterre et des Etats-Unis, qu'entre une armée de la France et les armées de la Russie ou de l'empire d'Autriche.

La République Argentine a plus de motifs encore que le» Etats-Unis à chercher dans - l'unité du pouvoir nationa la force nécessaire pour se mettre au niveau de ses voisrae qui sont tous des Etats unitaires. Si elle se e<»Bkdanmait à une fédération mal entendue, elle ferait Taffitire de ses boffît ainis tout autour d'elle qui ne lui demandent pas autre chose. Encastrée entre le Chili, la BoUvie, le Paraguay, le ftféël et l'Etat Oriental, tous pays unitaires, la République Argentine a eu l'inconcevable idée de se donner pour loi folidamehtale un système de fractionnement, qui débilite et neutralise ses grandes ressources et en fait un Etat pliis faible qu'aucun de ceux qui Tentourent.

Quand le sentiment militaire et centraliste de la dernière révolution des Etats-Unis aura abouti à la transformation en ca^tale de la ville de New-York, transformation doflt an

parie dé^ comme d'un fait nature et aéceabaire, Bi£nio» Ayres cessera probablement d'invoquer toujours l'exemple de New-York pour justifier son attitude d'état autonome. ImitauE son modèle moderne , elle prendra enfin le rôle que lui assigne l'histoire. Fataletoent elle sauyora l'indépendance nationale par la concentration dans seS mains de tout le pouvoir social et politique'. Dans l'opinion de Eivadavia il suffirait de la simple transformation de Buenos-Ayres en capitale pour affranchir la Confédération do l'influence prépondérante du Brésil. Du coup seraient résolus trois problèmes qui intéressent l'existence de cette cité. D'abord celui de la paix intérieure, — puis celui de l'importance locale de la cité platéenne, — et enfin celui de l'autonomie nationale, compromise aujourd'hui par une alliance funeste à ses intérêts bien entendus.

Cet événement ne tardera pas à se produire par la nécessité interne qui oblige ce pays à se sauver lui-même et à vivre d'une vie civihsée vraiment digne de lui. Aveugle ou bien faible d'intelligence serait l'argentin qui désespérait que sa patrie ne vienne à triompher, comme elle l'a déjà fait tant de fois, des plans préparés pour sa ruine et désolation,

Quand même l'Empire Noir prendrait pour alliés des présidents républicains, il ne ferait que prendre l'ombre pour la réalité du pouvoir. Les présidents ressemblent en cette seule chose aux médecins : c'est qu'ils ne font eux-mêmes ni la santé, ni la maladie. Mais ils en diffèrent en ceci : qu'ils n'ont pas le pouvoir de tuer leurs malades, ni par mégarde, ni de propos délibéré. C'est en sa jeunesse, c'est dans la vitalité de ses Etats que le Sud-Amérique met ses espérances de guérison. Ses présidents, qui président et ne gouvernent pas, ressemblent aux médecins des lycées qui sont les meilleurs docteurs connus, car c'est dans leur clientèle qu'il y a le plus de cures. La raison en est bien

mmple : les jeunes gens n'ont pas été guéris, ils se sont guéris.

On a remarqué que de tous les chrétienSy les moins &natiques, sont les présidents de Républiques américaines. Ce sont eux pourtant qui invoquent le plus fréquemment le nom de l'Étemel dans leurs messages. Sans doute, la conscience leur rappelle que si ce sont eux qui président, c'est Dieu qui gouverne et administre les Républiques de l'Amérique du Sud.

Cette tendance vers la centralisation des Provinqes Argentines , ce changement inévitable, qui résulte de] la force ni&aie.des choses, dépossédera tôt ou tard le Brésil du grand mojifÉai.d'action sur lequel il table pour réaliser Tabsorption qu'il médite.

Toutefois il existe un autre obstacle à ses projets ambitieux, c!est Je ^changement produit dans toute l'Amérique du Sud par :1a >p&volution initiale. Le monde entier a remplacé TEsfSLgofi datis sa jouissance jusque-là exclusive du sol américain, et dans son intérêt à le conserver et le défendre. L'ind^peil4aïlQe de lagrande Colombie forme mamtpoaut.p&rtie intégralité du pçitrimoine commun à toutes les nutioUB eiyûiisées.

La révolution d'Amérique et le changement qu'elle a effectué dans ,1a conditjoû et dans la compositiou de ses populatiQ.us.aôté,au Brésil la possibilité de continuer la vieille poli* tique .du Portugal, qui consistait à améliorer la Bituation de Sî^î&Ç&^de colonie aux dépens et au détriment des colonies espagnoles mieux situées qu'elle.

Les pays dans lesquels les Lusitaniens se heurtaient jadis

aux Castillans dans le Sud-Amérique , opposent aujourd'hui aux ambitions Brésiliennes un monde d'hommes libres venus de toutes les nations. La main de la liberté les a rassemblés ; ils ont pris la place de l'Espagne pour défendre l'indépendance nationale qui ouvre carrière à leurs nobles entreprises industrielles. Où le Portugal ne rencontrait jadis que des colonies, il rencontre aujourd'hui des États indépendants peuplés d'Américains, d'Anglais, de Français, d'Allemands, d'ItaJiens> d'Espagnols plus civilisés, non-seulement que les Brésiliens, mais encore que les Portugais, et autant intéressés à la liberté de leur patrie que les indigènes eux-mêmes. — Si ces étrangers ne composent pas la majorité de la population, ils en forment au moins la partie la plus riche, la plus éclairée, la plus influente ; leurs biens et leurs personnes jouissent de la double protection du pays dans lequel ils résident, et du pays auquel ils ont appartenu.

C'est là ce que ne voient point les hommes d'État brésiliens ni leurs conseillers d'Europe, quand ils veulent exhumer dans le Nouveau- Continent la politique portugaise, et la ressusciter dans le dernier tiers du XIX' siècle. Ils oublient que depuis la révolution Ubératrice, la conquête entière ou partielle de ces Républiques est devenue un anachronisme. Pour le Brésil en particulier , ce serait pis qu'un anachronisme, ce serait un suicide.

VaiAes et puériles sont les acquisitions qui se font par l'achat d'un homme, d'un parti ou d'une influence occulte. Ces solutions ne résolvent rien ; ces moyens d'agrandissement se dissipent; l'homme qu'on achète, on le tue moralement, parce qu'on le corrompt et le déshonoré — l'eût-on acheté avec des honneurs. La vanité des présidents ne cédera pas toujours à l'appât puéril des croix et des décorations impériales, ils s'apercevront que pour un soldat de l'Amérique républicaine , ce ne peut être ni honneur ni gloire de porter

des insignes que ne portèrent jamais ni Washington, ni Bolivar, ni Belgrano, ni Lincoln. L'Empire abuse de leur candeur, quand il les orne de crachats et d'écharpes qu'il se garderait bien d'offrir à la majestueuse simplicité des Grant, des Seward, des Summer, qui certes n'ont pas moins mérité de la civilisation américaine que les présidents Melgarejo, et Sarmiento, Flores et Mitre.

Ce ne sont pas les armées de ces Républiques, ce ne sont pas non plus leurs gouvernements , ni leurs généraux, ni leurs écrivains qui font obstacle. Us n'empêchent point l'œuvre de déblaiement qui doit précéder à la construction du nouvel édifice impérial. Ce sont bien plutôt les intérêts nombreux, les conditions toutes modernes d'une politique libre, franche, ouverte et autonome. En ouvrant seulement leurs portes toutes larges au monde civilisé, ces Républiques se transforment en citadelles, que les conquérants rétrogrades de toute race et de toute origine trouveront inexpugnables.

Le progrès de ces nouveaux Etats sont inévitables et assurés, même contre les inepties et les attentats de leurs gouverneurs. Car ce sont des lois naturelles qui président à leur développement fatal autant que spontané : le courant du siècle porte les nations en dépit de leurs gouvernements, quand môme ils passeraient leur vie à dormir ou à s'entrecombattre.

Néanmoins le Brésil ne méconnaît pas seulement son époque quand il copie servilement la vieille politique du Portugal conquérant, mais il oublie encore jusqu'aux conditions que lui impose son propre sol. Contre cet obstacle invincible viendront échouer les entreprises lointaines qui ont pour but de reconstruire un grand empilée avec les fragments des Républiques voisines.

YII

On peut dire que le Brésil n'a pas de voisins et n'a que des antipodes. En effet, ses voisins immédiats sont ses antipodes, non-seulement en intérêts, en gouvernement et en origine, mais encore en situation astronomique et géographique, pour ainsi dire, eu égard aux distances qui séparent leurs diverses capitales. Si le temps est de l'argent pour les entreprises du commerce, l'espace est de Tor et du sang pour les entreprises guerrières. — La guerre, disons-nous, car la simple amitié de ses alentours est pour le Brésil un objet de luxe.

On sait que l'Empire touche par ses frontières à tous les états de l'Amérique du Sud, excepté le Chili. Néanmoins le gouvernement impérial est tellement éloigné de ses grands amis les présidents des républiques que le plus rapproché, celui de l'État Oriental de l'Uruguay, est à six jours de vapeur du Rio-de-Janeiro. Celui de la République argentine est plus loin encore. Celui du Paraguay est à quatorze jours, plus que la distance de Liverpool à New-York. Celui de Chili, à vingt jours de vapeur. Celui de la Bolivie, à trente-

liifl-

L'insuccès de cette guerre (ici insuccès veut dire la simple prolongation) a détruit un autre prestige du Brésil. Ce prestige est celui d'une forte supériorité en diplomatie que les Républiques, éblouies par un brillant appareil monarchique, attribuaient au cabinet de San-Cristoval.

Ce qu'il y a de pire dans cette aflfedre du Paraguay, c'est qu'elle est indéfinie et son issue obscure. Cette incertitude du résultat final, n'est-ce pas la meilleure preuve que la politique inspiratrice est dépourvue de principe, ou, ce qui revient au même, est dépourvue de prévision? Si la guerre d'Abyssinie a sauvegardé le prestige de l'Angleterre en Orient, celle du Paraguay peut détruire d une façon irréparable la prépondérance du Brésil dans le Sud-Amérique.

Nous avons un instrument au moyen duquel nous pourrons juger exactement cette campagne, et la politique dont elle est lexpression ; C'est le programme éorit et publié ; c'est le traité d'alliance conclu Je 1«' mai 1W5, Pour constater 1-é-

chec il suffit de comparer ce qu'on se proposait avec ce qu'on a obtenu. Entreprenons brièvement cet examen. Il nous permettra d'apprécier la capacité politique du Brésil dans la question la plus difficile qu'il ait eu à résoudre depuis son affi'anchissement du Portugal.

D une politique fautive ne peut sortir une guerre bien conduite. Donnez-moi une bonne politique, a-t-on dit, et je vous donnerai de bonnes finances. On en pourrait dire autant de la stratégie. Dans cette expédition du Paraguay, la politique a fait tort à la campagne en lui donnant pour objectif un problème impossible et des moyens d'action, aussi équivoques et incertains qu'était leur but d'arrivée.

Parlons d'abord du but ostensible : la liberté qu on venait apporter aux populations. Nous parlerons plus tard du but occulte : la conquête. Porter au Paraguay la liberté, c'était supposer que le peuple de ce pays se sentait opprimé par un gouvernement tyrannique, et qu'il suffirait d'indiquer commfe but de la guerre le renversement de l'oppresseur, pour que les populations accueillissent favorablement l'armée envahissante. Tout le plan stratégique a été édifié sur cette hypothèse que les événements n'ont pas tardé à démentir de la façon la plus complète.

Aux offres d'une liberté intérieure dont il ne se sentait pas privé, le peuple a répondu en soutenant son gouvernement avec d'autant plus d'ardeur qu'il le voyait plus aifeibh, et qu'il voyait l'ennemi avancer dans le pays et toute insurrection assurée de l'impunité. Par cette conduite, il a prouvé que son obéissance n'était point celle de l'esclave , mais celle d'une nation libre qui ne veut point obéir à l'étranger (1).

(1) « On a^affaire à un peuple neuf; il a tout le courage, et il aura tout Tenthou miasme qu*on rencontre chez les hommes que n'ont point usé les passions politiques, » dîiaît Napoléon I*'' en parlant de TE^pagn?.

Le Paraguay croit défendre, son indépendance et il lutte pour elle. C'est Tunique liberté que comprennent les nations jeunes. Pour elles, être libre, c'est ne pas dépendre de l'étranger. Les républiques de la Grèce antique ne l'entendaient pas autrement. Au dire de Renan, Sparte était moins libre dans l'acception moderne de ce mot que la Pei-se, la plus despotisée des monarchies Asiatiques (1). Elles sont rares les Républiques du Sud Amérique qui comprennent la liberté d'une autre manière.

Au moins ces jeunes nationalités comprennent mieux la liberté que le Brésil qui appelle affirauchir un pays, le dépouiller de son gouvernement national pour lui imposer de force une administration bâtarde. Elles le comprennent mieux que les alliés qui se croient libres après avoir engagé leur indépendance et après s'être asservis à la couronne impériale.

Quand on se trompe sur un point capital, on se trompe du tout au tout. On s'est donc fourvoyé dans l'objet de la guerre, dans le plan et dans la direction de la campagne, et dans la prévision des résultats possibles. Oii le Brésil espérait trouver le salut, il est tombé dans un abîme.

(I) «e Ëuteudou8-uuus 8U1' ce qui coiistituait la liberté dans les vieilles cites grecques. La libertë, c'était Tindëpendance de la cît^, mais ce n*ët^it nullisment la liberté de Tindividu , le droit de Tindividu de se développer à sa guise^ en dehors de Tesprit de 1^ cité. L'individu qui voulait se développt r cl^B la sorte s'expatriait... »

Ernest KE^A^^

ïx

On calculait que la campagne durerait trois mois; elle dure déjà depuis plus de quatre ans. Se tromper de 3 à 50 mois, c'était se tromper de 2 milliards et demi, et condamner à la mort 50,000 hommes. On ne dira certes point qu'on prolonge l'expédition pour le seul plaisir de dépenser un million par jour. Les finances anglaises elles-mêmes ne pourraient pas longtemps subvenir à semblable prodiga- Uté.

Le gouvernement brésilien s'imagina que s'emparer de la capitale, c'était prendre possession du pays et terminer la guerre. Mais nous avons vu la Asuncion occupée par les alliés, et Lopez, maître de tout le pays, sauf de la capitale, qui est en quelque sorte en dehors du Paraguay propre.

Pour cacher cette mystification, les hommes d'Etat en inventent deux autres. Ils prétendent que la Asuncion est le pays tout entier, et que tout le reste ne se compose que de montagnes aussi inacessibles que Tétait pour Maître Renard les raisins verts.

Ne pouvant terminer la guerre, on la donne comme terminée, à l'instar du médecin, qui congédie son malade quand il ne vient pas à bout de le guérir. Ne réussissant pas à s emparer du Paraguay que tout le monde connaît, on s'est mis en devoir de construire un Paraguay spécial, et un gou" vernement paraguayen tout exprès, manigancé à l'effet de bâcler une sorte de traite de paix, au moyen duquel on pourra donner à la question une e»p|èce de solution, et se retirer avec une espèce d'honneur.

Et pour persuader au monde que c'est arrivé, on a pris un excellent moyen, celui d'isoler hermétiquement par un pro cédé renouvelé du docteur FranciaJe territoire envahi. Mais la présence d'un ministre américain auprès du gouvernement légitime a frustré cette tentative.

Si la guerre ne peut aboutir, c'est qu'elle a été mal engagée. Là poîrSque nTait donné pour objectif la destruction d'une tyi*annie, et tout au contraire, il lui feut détruire 1 indépendance d'une nation, la liberté unique, qu'un pays ne peut recevoir de l'étranger, parce qu'elle est aussi îa seule liberté que l'ctrànger puisse détruire trt enlever.

On avait donc le })rojet éd grati&er tous les Paraguayens de la liberté, mais le programme a été écourté et l'on M contente de donner le gouvernement à quelques-uns. Et quels ont été les favorisés? Ceux qui étaient déjà dans l'administration, puisque tous ceux qui conspiraient en faveur du Brésil étaient membres ou agents principaux du gouvernement existant. Ce qui prouve, entre parenthèse, qu6 ce n'était ni la misère, ni l'oppression qin les poussait à se faire conspiratears. Croyant plus digne et plus patriotique de tenir le pouvoir, des mains armées de l'envahisseur, plutôt tjU'e du paraguayen Lopez, ces libéraux donnent la mesure de leur ioteUigence en matière de Ebertè.

On s'était flatté que la complicité de deux présidents faibles

et débiles sufômt poui* garantir l'impumté de Tat^entat contre réKistOTkoe d'une petite République- Et voilà qu'avant la conswnmation de l'œuvre on se heurte à la protestation énergique-^ de qui? — Des États-Unis, nîplus ni moins, de la ^'a!Mjo République, qui, dans le Nouveau-Monde est mie s(Mi:e de cour de cassation pour tous les conftits dans lesquels le droit républicain se trouve en cause. Le gouvernement de Washington défend et reconnait comme représentant de la liberté paraguayenne ce même Lopez que l'Empire du Brésfl, juge certainement incompétent , condamne à mort comme tyran de la République.

La double «rreut relative à l'objet dô la guerre ^ à la direction de la campagne, a eu pour suite, la formation d'une armée amphibie, destinée à être inserviable le jour où Texpé^ dition changerait de théâtre, et se porterait de la firontière à ^intérieur.

Jusqu'à présent, l'Empire a pu obtenir des avantages chèrement achetés sur une petite armée que quatre années d'héroïque résistance ont fort amoindrie. Mais la position du Paraguay n'est pas devenue pire pour cela.

Une armée peu nombreuse est plus maniable et coûte meilleur marché qu'une grande. L'Amérique s'est émancipée de l'Espagne, grâce à de petites troupes. Celles d'Ayacucho ne comptaient que 8,000 hommes. San Martin et Belgrano n'ont jamais commandé plus de 10,000 soldats. La lourde armée d'invasion à mille lieues de son .centre d'opérations, est une cehiture de fer autour du corps d'un naufragé. Le firésil a moins à souffrir de l'ennemi que de sa propre armée.

Far une imprévoyance issue des imprévoyances antérieures, le gouvernement de Rio-de-laneiro n'a pas rertreint ses dépenses, espérant, comme il Ta déclaré dans le traité du i^ mai 1865, que le Paraguay les rembourserait avec son territoiie oa son autonomie. Il a oublié que les Etats qui

se respectent ne font pas payer aux vaincus les guerres d'honneur. Envahir un peuple, lui tuer 50,000 hommes, détruire ses défenses, son armée, sa marine, ses arsenaux, ruiner sa fortune^ puis lui passer le compte des frais de bourreau, le Brésil peut le tenir pour un acte digne et moral, mais il est douteux qu'il soit capable de l'accomplir, tant que le prétendu débiteur lui tient tête avec son épée invaincue.

Toutefois, l'imprévoyance a dépassé toutes les limites quand le cabinet de San Cristoval a supposé que l'expédition pourrait se terminer par de simples traités conclus avec n'importe quel gouvernement. Il n'a pas prévu que tôt ou tard la guerre prendrait un caractère de lutte pour la liberté, et qu'en se faisant populaire, elle deviendrait interminable comme le sont toutes les luttes d'indépendance. Ni traités ni conventions, ne lui donneront fin, mais une de ces paix de fait, qui sans être écrites ni stipulées, sont l'œuvre exclusive des événements. C'est ce qui est arrivé à l'Amérique après ses démêlés avec l'Espagne.

Toutes ces erreurs ont lem* inévitable conséquence, et le Brésil s'est fait à lui-même une situation trois fois impossible : il ne peut suivre la campagne sur son nouveau théâtre, vu la manière d'être de son armée bâtarde ; — il ne peut conclure par un traité une guerre qui est interminable en tant que nationale ; — enfin, il ne peut pas imiter l'exemple de TEspagne dans le Pacifique, et celui de l'Angleterre en Abyssinie, il ne peut se retirer brusquement, laissant en suspens la question de paix ou de guerre; car en rentrant purement et simplement dans ses foyers, il ne peut éluder l'adversaire qui habite comme lui l'Amérique. Le Paraguay est cloué à l'empire comme la banderille incendiah'e aux flancs du taureau. Et l'armée d'invasion, en se retirant, ne peut manquer d'abandonner les deux provinces frontières de Matto

Grosso et du Rio Grande, qui accepteront alors Falliance du Paraguay ou deviendront sa conquête (1).

Dans cette aflFaire qui, pour Tempire, est une question de vie ou de mort, ne pas vaincre, équivaut pour le Brésil à être vaincu et irrévocablement perdu.

(l) L*auteur ne parle ici que du Br^ail^ car il y aurait injustice ft traiter ses aUi^s autrement qu'en victimes.

Quand elles se prolongent démesurément, les invasions lointaines ne font pas que ruiner les finances seulement, elles ruinent encore Tadministration du pays, amènent des changements organiques. En un mot, elles sont suivies d'une révolution. De cette, aventure pourra résulter pour le Brésil ce qui est résulté pour l'Espagne de son entreprise du Pacifique. Les Bourbons ont été déclarés déchus du trône par les mêmes équipages qu'ils avaient envoyés à Callao, par des motifs analogues à ceux qui ont inspiré l'Empereur Dom Pedro II.

Depuis Jules César jusqu'à l'amiral Topete, la logique ne s'est jamais démentie en matière d'expéditions distantes. La formule des changements qu'elles opèrent fatalement est tracée avec netteté dans l'histoire de l'Empire des empires.

f Quand les légions romaines, dit Montesquieu, traversèrent la mer et les Alpes, les soldats qu'il fallut laisser pendant de longues campagnes dans les pays soumis perdirent peu à peu l'esprit de citoyens. Dès que les généraux qui disposaient

de ces armées eurent le sentiment de leur propre force ils désapprirent à obéir. •

Il faut croire que c'est dans cette prévision et pour empêcher qu'aucun général brésilien ne tombât dans la tentation de se faire César, que Dom Pedro a cru prudent de nommer pour généralissime son futur successeur. Nulle autre ne peut être la signification de l'appel du comte d'Eu au commandement en chef qui ne semblait pas réservé pour un homme de cet acabit.

Le meilleur moyen d'accroître les chances, actuellement insuffisantes, de la princesse impériale, était de donner à son époux le moyen de mériter le trône par la reconstitution territoriale du pays, et par une campagne qui doit jôtre la guerre des Gaules de l'Empereur présomptif.

Néanmoins, ce moyen de prévenir une révolution peut êtne Je moyen d'en faire une autre. Le comte d'Eu est un Bourbon, Lui élever un trône sur les débris des républiques conquises qui, en 1810, s'émancipèrent delà domination de sa famille, cela peut ressembler à une restauration du gouveruement renversé par le soulèvement de mai, qui, il y a 60 années, fut le 89 des Argentins. On peut voir dans cette réapparition une contre-révolution monarchique, avec la circonstance humiliante que les Bourbons réapparaissent à la Plata au moment où la vieille Espagne rejette ces mêmes princes ; imitant la France sa voisine, qui, dans ses trois grandes révolatioM, 1789, 18aO> 1848, n'ft iatiH)duit chea elle la liberté qu'en mettant à la porte les trois BourboQs, Louis XVI, Charles X, et Louis-Philippe.

L*Amérique a applaudi la nation mexicaine qui n'a point

voulu pour wuvemu d, un jeune seigueur qui appartenant ï un (lesplus paufSftutQ empire^ de TEurope, lui apportait eu don 4e joyeuse avéuement l'appui moml de l'Autricbe, Tf^Uianoe. militaire de h France, et l'amitié de toutes les têtes oouîK)uu$e»t

Que dirait-elle maintenant de républiques qui accepteraient un voi> non pour s'élever, comme on le proposait au Mexique^ à la hauteur des autres monarchies, mais pour descendre au rôle de feudataire d'une ancienne colonie du Portugais sous la souveraineté d'un Bourbon détrôné et proscrit? Et le candidat en questiœiqui, par ses qualités personnelles, peut être brillant et illustre, au lieu d'apporter en dot le prestige et l'appoî de son grand pays natal, n'apporterait-il pas à son nouveau royaume la haine et le mauvais vouloir de la France ?

Et comme les Bourbons nés sous un beau ciel ne consentiraient pas à habiter des climats, torrides autant que ceux de Madagascar, de la Guinée ou d'Angola, — dans lesquels ils dégénéreraient bientôt, en môme temps que les sujets d'origine européenne qu'ils auraient attirés à leur suite<— la conséquence de leur intronisation serait la reconstruction de Tempire dans des territoires tempérés. Mais cette condition ne pourrait se réaliser qu'en supprimant plusieurs de ces républiques platéennes , coupables de posséder les superbes contrées dont on a besoin si on veut s'octroyer une autre dynastie.

Cette suppression plus ou moins avouée d'une république ne peut s'accomplir que par la conquête. Tel est le caractère de la guerre qu'on ne fait officiellement qu'au Paraguay, mais en réalité à tout le continent.

C'est fort habile de personnifier en Lopez la cause de la guerre. Mais une guerre personnelle peut-elle valoir davantage qu'un gouvernement personnel et une politique personnelle? Et l'Amérique n'est point assez aveugle pour ne pas s'apercevoir que derrière la personne de Lopez, on attaque et on met en péril six grands principes que nous allons énumérer :

P Le principe républicain qui représente ici Tordre établi;

2^ La liberté fluviale et, par suite, la liberté du commerce extérieur, seul capable de peupler et de civiliser l'intérieur du pays ;

S^ La g^arantie la plus efficace de cette liberté commerciale, à savoir : Texistence d'un Paraguay indépendant, riverain des affluents de la Plata, et dont l'existence dépend de cette liberté même ;

4*^ L'équilibre politique de deux systèmes de gouvernement et de deux nationalités rivales ;

5« L'égalité civile, autrement dit, une démocratie répudiant l'esclavage ;

6° Le maintien de Téquilibre américain, qui serait menacé par la reconstruction d'un empire, aux dépens de plusieurs républiques, |et à l'avantage d'une dynastie européenne en quête d'aventure.

Il est d ailleurs impossible que les Etats-Unis, d'ordinaire si clairvoyants et perspicaces, méconnaissent leurs intérêts les plus évidents et laissent une dynastie d'Europe s'implanter dans le Sud-Amérique. Par la disposition de leur territoire situé entre les deux Océans, les Etats du littoral atlantique ne peuvent communiquer avec ceux du Pacifique qu'en longeant les côtes du Brésil et des Républiques sudaméricaines. Que l'Empire soit aux mains d'un puissant pouvoir maritime d'Europe, il aura à sa merci les intérêts commerciaux de la grande République Américaine, le jour que surgirait un conflit.

Le sort des Etats hispano-américains du Chili et du Pérou serait plus désastreux encore, puisque leur intercourse avec l'Europe serait aux ordres du pouvoir européen possesseur du Brésil, qui tient la clef du Pacifique.

En eflFet , il ne s'agit pas seulement d'un prince isolé ou d'un simple cadet de dynastie à la recherche d'une position sociale. L'empereur n'a pas d'héritiers mâles. L'époux de la gprincesse est un Orléans; le fils devant porter le nom du

père et non de la mère, le prince qui succédera à la régente ne sera pas un Bragance, mais un Orléans.

Que ce changement prenne place avec le comte d'Eu ou seulement avec son fils, la succession est irrévocablement destinée aux Orléans. La dynastie future devra être orléaniste, bien qu elle ait reçu son héritage de la main des Bragance. C'est d'un changement de dynastie qu'il s'agit et non d un changement d'empereur. C'est une maison en place d'une autre. Ce n'est pas seulement un prince qui succède à un autre, c'est la substitution sur le trône du Brésil de la famille française des Orléans à la famille portugaise des Bragance. Le changement est déjà réalisé virtuellement par la présence dans la maison régnante de deux Orléans, un desquels est prince impérial en tant qu'époux de la princesse héritière. L'idée a dépassé l'état de projet. Le changement est entré dans le monde des réalités, du jour que le comte d'Eu a pris le commandement des armées impériales contre une armée républicaine. Vainement a-t-on prétendu atténuer l'im^ portance du fait^ en assimilant la position du comte d'Eu à celle du prince Albert. Sa position n'est point celle qu'occupa le mari de la reine Victoria qui n'accepta pas de commandement actif dans l'armée anglaise, et qui ne s'ingéra pas dans l'administration et dans la vie politique du pays sur lequel régnait son auguste épouse.

On'' peut donc dire que la nomination du comte d'Eu le constitue de fait vice-empereur, en attendant que la force de circonstances longuement préparées le fasse empereur de droit. C'est une mesure considérable et qui équivaut jusqu'à un certain pointa un projet d'abdication immédiate en faveur du seul prince de la famille qui soit capable de ceindre la couronne. Il n'y aurait aucune exagération à dire que, dores et déjà, le trône du Brésil appartient aux Orléans, et que ce qui en Espagne n'est que le désir d'un partie est presque une réalité au Brésil.

L^iatérêt eoropéen de œt événement n'est pas aujourd'hui manifeste à tous les yeux, mais îl ne tardera pas à se révéler, car les changements qu'il implique sont en intime relation avec les affaires de l'Ancien Monde.

L'action d^ l'Amérique en Europe, son influence sur les partis politiques ne sont pas à naître. Il y a eu réaction des États-Uîiis sur la première révolution française et dans la récente transformation de l'Italie ; c'est à la Hâta que Garibaldîa trouvé le prestig^e qui l'a accompagné en Sicile. Aujourd'hui même, où les Fénîans d'Irlande ont-ils établi la hase de leurs opérations, si ce n'est aux États-Unis?

Si le parti politique représenté par la famille susdite occupait quelques jouj!s un grand trône en Europe, il se sea*virait du Brésil comme d'un iévier pour établir sa prédominaace daûs toute l'Amérique républicaine da Sud, et il le ferait avec une facilité dont aucun .pouvoir eur<^)éeu n'a joui jusqu'à pj^ent.

Des aujourd'hui môme, le Brésil doit à ce parti une influence qu'il n*a jamais eue par lui-même , ni sous la domination du Portugal, ni sous celle de ses empereurs. Dès aujourdTiui, il dispose de Texpérience, des conseils, des lumières et des relations que possèdent les Orléans et leurs nombreux amis, dont l'action se fait sentir de mille manières, par les rektiaas sociales, par la presse et par la diplomatie. Elle se fera sentir demain dans les parlements; elle se montre dès aujoard'àtri daas les moyens financiers mis à la disposition du Brésil, moyais qui lui <^nt peimis de se lancer et de «persister dans une eaatreprise tout à fait tKsproportionnée a nx ressources dMn trésor die tpodsièmô ordre.

Par tout ce qui précède, il est permis de conclum que le souverain actuel de l'Empire a cessé de s'appartenir, et n'est plus qu'un instrument dont joue un certain pai^ti européen ; à la façon des présidents de la Plata, qui sont à leur tour les

marionnettes dont on tire les fils du cabinet de San Cristoval. Cela peut surprendre les républicains du Sud- Amérique, peu familiarisés avec les combinaisons de longue haleine; mais la famille qui a colloque ses princes dans une maison impériale n'est point oublieuse de ces visions de grandeur future, visions qui déjà commencent à prendre corps.

Ainsi les Républiques platéennes auront peut-être à subir du trône brésilien la désastreuse influence qu'elles redoutaient du mexicain. Le Brésil est bien plus dangereux pour elles, par la simple raison que son empire a déjà droit de citoyenneté, et est entré dans la famille politique américaine. L'action monarchiste de l'Europe se ferait sentir désormais sur cette partie du continent, peuplée de 24 millions d'habitants, appartenant à la race espagnole. Cette action serait transmise par les gouvernants d'un pays, dit portugais, mais africain par son climat, et la majeure partie de sa population ; pays habité par 2 millions à peine d'individus, européens d'origine, dont toutes les lois et les mœurs se sont moulées sur une institution primordiale, celle de l'esclavage. Et ce pays, le plus arriéré du Sud-Amérique, serait désormais le noyau, le centre d'initiative autour duquel se grouperaient, humbles et dociles, les populations plus nombreuses et incomparablement mieux douées des Républiques platéennes?

On parle, il est vrai, delà reconstruction d'une vice-royauté de Buenos- Ayres en même temps que d'une refonte de l'Empire. Point ne serait impossible qu'un projet de ce genre n'ait été concerté entre les promoteurs de l'alliance.

« La reconstruction de la vice-royauté, » — cette expression peut signifier deux choses. Ou l'organisation d'une confédération républicaine, composée de tous les pays qui formèrent jadis la vice-royauté de Buenos-Ayres, à savoir la République Argentine, le Bolivie, le Paraguay, la Bande-Orientale. Ou la formation d'une monarchie composée de ces mêmes pays espagnols, qui serait placée sous la protection du Brésil par une alliance offensive et défensive, fondamentale et perpétuelle, dont on a ébauché déjà les linéaments principaux.

Toutefois, ni l'un txi.lautre projet ne peuvent être réalisés et ce, par une raison décisive. La vice-royauté de Buenos- Ayres fut jadis instituée far l'Espagne pour contenir les usurpations du Portugal dans les pays de la Plata. Est-ce

que le Brésil dépenserait maintenant son sang et son or pour reconstruire une monarchie qui fut érigée pour lui servir de barrière?

La vice-royauté fut dissoute par des influences de clocher. Les exigences imprévoyantes de Buenos- Ayres amenèrent la dissolution de Taggrégat argentin, dont les débris forment aujourd'hui la Bolivie, le Paraguay, la Bande-Orientale. Peuton compter maintenant que Buenos-Ayres se fera le bras du Brésil pour accomplir ime restauration qui aurait pour résultat infaillible la diminution de Tascendant provincial et antiargentin de Buenos-Ayres?

Il est encore moins rationnel, le projet qui consiste à faire coopérer l'Empire Noir à la réunion de tous les pays qu'il convoite en une Confédération vaste et puissante ; qui porterait doublement tort à la monarchie : d'abord en rendant impossibles d'ambitieuses annexions ; ensuite en éteignant le prestige impérial par le spectacle d'une Répubhque grande, libre et prospère.

— Et si, dans ce même ordre d'idées, on tentait la fusion des Etats d'origine portugaise et américaine? Ce serait une chimère, plus irrationnelle encore |que Y Union Ibérique^ car la théorie espagnole tient au moins compte des nécessités qu'impose la géographie. Des pays qui pèchent par leur extension illimitée ne gagneraient rien à fusionner leurs vastes plaines, que cette adjonction rendrait plus désertes encore. En Europe, l'Union Ibérique est l'absorption par l'Espagne du Portugal, qui ne s'en soucie aucunement. — En Amérique, ce serait l'absorption des républiques d'origine espagnole par un Empire d'origine portugaise. Ce serait l'engloutissement du principal par l'accessoire*, des vaches grasses par les vaches maigres, de l'élément le plus pur par le plus altéré. Ce serait gain pour le Brésil, ruine pour les Etats annexés.

Toutes ces idées de reconstruction monarchique eussent été de saison en 1864, alors qu'il s'agissait de monarchiser le Mexique, et probablement elles datent de cette époque. Alors s'éleva la question qui tient en campagne encore aujourd'hui les pays de la Plata; alors le monde s'était pris à croire que la scission imminente des Etats- Unis , favorisée parles gouvernements d'Europe, tendait à résoudre dans le sens absolutiste tous les problèmes gouvernementaux du Sud- Amérique. Aussi les idées monarchistes de Belgrano et de San-Martin reprirent une certaine faveur. On croyait presque à la coopération désintéressée de l'Europe, grâce à la générosité déployée par la France qui s'employait à faire monter sur le trône du Mexique, non point un prince français, mais un prince autrichien.

Mais la restauration de l'intégrité territoriale des Etats- Unis rejeta toutes ces visions dans le néant, et fît reprendre la solution républicaine du problème des gouvernements à donner définitivement aux peuples américains d'origine espagnole. A partir de ce moment fut biflfé le plan de reconstruction monarchique sous le patronage du Brésil. On peut affirmer que ce projet avorta lo jour même que l'empire mexicain mourut de mort violente. Sans doute, les deux entreprises n'eurent pas même origine et leur connexion n'est que la filiation de faits similaires, néanmoins il est vrai de dire que dans la bataille de Petersburg, le général Grant tua deux aigles du même coup.

Ceux qui, avec tant d'insistance, conseillaient à l'empereur Napoléon de se retirer du Mexique sont bien éloignés de donner à Dom Pedro le même avis ; bien qu'une campagne sanglante, qui déjà dure depuis plus de quatre années se présente aujourd'hui comme devant être plus coûteuse et plus stérile encore que la Mexicaine.

Si les politiciens de la Plata pouvaient se rendre compte de leur conduite, ils ne s'obstineraient pas à poursuivre la réali-

sation d*un projet qui, quelque spécieuses qu'aient été ses origines, a cessé d'être raisonnable. Si ces hommes d'État s'appartenaient à eux-mêmes, ils abandonneraient ce projet dignement, loyalement et librement, avec la même bonne foi et la même franchise que les Belgrano, les Rivadavia et les Bolivar, qui, répudièrent leurs velléités monarchiques pour rendre leurs entières sympathies à la République, dès qu'ils la virent triomphante par la force même des choses.

Les imitateurs de Belgrano et de Rivadavia ne doivent pas non plus oublier ceci : Ces grands hommes n'avaient recours à la monarchie que comme à un instrument dont ils comptaient se servir pour faire triompher l'indépendance de la patrie, au moment où la fortune inconstante des armes ne semblait pas leur laisser d'autre alternative. Mais, la dynastie, telle que la voudraient rétablir les alliés, ne pourrait que compromettre la nationalité et l'initiative des Argentins ; elle livrerait leur pays au Brésil, qui, avec ses débris, construirait une monarchie, étrangère trois fois, par la race, par le sol et par l'idiome. Le grand Empire Noir engloutirait les Républiques de la Plata, comme la Russie a fait sa proie de la République polonaise.^- Que rÉtat du Mexique soit absorbé dans la plus grande RépubHque du monde, ce serait un heureux malheur pour un pays condamné à disparaître comme nationalité. Mais disparaître pour n'être plus que l'obscure annexe d'une [exçolonie portugaise de la zone torride, c'est mourir trois fois : dans sa race, dans son honneur et sa liberté.

Il faut que Dom Pedro soit bien persuadé que son empire, tel qu'il est actuellement organisé, ne peut plus longtemps subsister, pour qu'il se résigne à lui chercher de nouvelles conditions d'existence au prix d'une guerre si terrible et prolongée avec tant d'obstination. Nous savions déjà qu'il demandait à la guerre des territoires habitables par les émigrants d'Europe. Nous découvrons aujourd'hui qu'il est également en quête d'une dynastie nouvelle.

S'il en était autrement, pourquoi cette ténacité ? Avant l'occupation d'Humaïta, le Brésil rejetait toute oflFre de médiation, alléguant que son honneur compromis ne lui permettait de signer aucun traité de paix, jusqu'à ce qu'un succès quelconque eût donné satisfaction à son honneur. Plus tard, après avoir eu la chance inespérée d'occuper Humaïta et toute la frontière, jusqu'à l'Asuncion, capitale du Paraguay, il ne veut pas davantage écouter les propositions de paix, sous prétexte que Lopez a disparu avec ses Paraguayens.

Mais ce Lopez, qui n'existe pas quand il s'agit do faire la

paix , revient à Texisteuce quand il s'agit de le combattre à la tête de 30,000 hommes, commandés par Théritier môme de la couronne impériale.

Si cette deuxième campagne a les mêmes résultats que la première, si elle oblige à en faire une troisième, on sera bien obligé de conclure que la guerre est impuissante à faire ce qu'on lui demande : la reconstruction du Brésil. Si cette résurrection finit par se montrer impossible, la viabilité môme de l'Empire est forcément mise en question.

La décrépitude de l'État brésilien rencontre des incrédules obstinés tant en Europe qu'en Amérique. Mais autre est la logique des passions, autre la logique qui gouverne le monde. Certains détestent l'impérialisme dans l'Ancien Monde et le favorisent dans le Nouveau. Il en est qui croient volontiers à la fin prochaine en France du gouvernement personnel, et qui donneront pour raison de leur croyance qu'une monarchie entourée d'autres monarchies n'est pas dans son élément naturel. Mais si on leur dit que le Brésil peut succomber avant peu, ils opposent une incrédulité te* nace; ils prétendent qu'un Empire ne saurait être mieux situé qu'assiégé de Républiques.

Ainsi raisonnent les passions. Mais si la logique des événements amenait un jour la dissolution d'un Empire, qui est une anomalie dans le Nouveau Monde, la ruine du Brésil s'ensuivrait-eUe comme une inévitable conséquence? Non certes, l'existence d'un pays ne dépend pas de l'existence de son gouvernement ; tout au contraire , c'est la forme du gouvernement qui doit s'adapter aux conditions naturelles du pays.

Si le pouvoir exécutif est fait pour le pays et non pas le pays pour l'exécutif, nous pouvons compter que le Brésil se

fera un nouveau gouvernement, quand Tancien gouvernement se sera montré impuissant à se faire un Brésil, à sa façon. C'est la volonté du pays qui constitue l'administration nationale, mais à condition que cette volonté ne soit que le produit des circonstances ambiantes et l'expression môme de la nature des choses.

Eôt-ce que le Brésil peut résoudre le problème de sa civilisation politique et sociale sans passer par la conquête et par une dynastie nouvelle? Non-seulement il en possède les moyens, mais encore il ne peut empêcher cette solution unique du problème.

Deux voies de salut s'ouvrent devant le Brésil démocratique, et aussi devant l'Empire lui-même, devant le Gouvernement, devrions-nous plutôt dire : une d'elles est la couquête, mais, entendons-nous bien, non pas la conquête d'un sol étranger, mais celle du climat. L'autre voie de salut est encore la reconstruction du gouvernement, mais d'un gouvernement adapté à la manière d'être du pays , et non plus l'adaptation du pays à une dynastie. Si le Brésil tropical ne convient pas aux races perfectionnées de l'Europe, pourquoi ne pas adapter le gouvernement aux races qui conviennent à ce pays? Pas besoin d'en inventer la formule; c'est tout simplement celle du gouvernement naturel , celle du gouvernement américain, celle du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

La jeunesse brésilienne qui voyage dans le monde plus civilisé aurait retiré bien peu de fruit de ses études, si elle ne s'était pas aperçue de la sympathie et de l'admiration qu'excite partout la grandeur des Etats-Unis. Devant un pareil fait, il serait inexplicable que le Brésil, abandonnant ce grand modèle issu de son propre sol américain , allât chercher des types de gouvernement dans les temps et les pays qui appartiennent au passé.

Approprier le climat aux nécessités d'un peuple par les conquêtes de l'industrie sur la nature, et d'un autre côté, approprier les conditions extérieures d'un peuple aux nécessités de son climat, tel est le double élément qui, doit entrer dans la solution du problème qu'imposent au Brésil ses conditions sociales et géographiques. Il est plus digne de transformer le sol qui contient les cendres de ses pères, que d'abandonner sa patrie, pour envahir les foyers d'autrui. La région équatoriale appartient à la race portugaise par droit de découverte, puisque ce fut un portugais, Vasco de Gama, qui traversa l'Equateur. Ne serait-ce que pour consacrer leur gloire, les Brésihens, Portugais de race, devraient avoir l'orgueil de rester dans leurs frontières.

L'ennemi du Brésil n'est point le Paraguay, ni l'État Oriental , ni l'abolitionisme, ni le système républicain ; son grand ennemi, c'est la chaleur torride. Cet adversaire peut-il être vaincu? Est-il possible d'acclimater l'homme d'Europe sur ce sol tropical? En tant que civilisé, le peuple brésihen est-il viable sur le terrain qu'il occupe? Tels sont les termes du grand problème dont ce pays doit demander la solution au progrès social, puisque dans les temps passés sa politique n'a pu aboutir en faisant appel aux trois grands crimes de la guerre, de la conquête et de l'esclavage.

Ce problème est à moitié résolu déjà par la seule présence de la race portugaise dans le Brésil. La race anglo-saxonne a déjà trouvé l'autre partie de la solution dans les pays équatoriaux qui obéissent à sa domination intelligente.

îl est un pouvoîi* plus puissant que ne fut celui de Charléô- Quint; et qui, à meilleur titre que lui, peut se vanter que le soleil ne se couche jamais sur son empire. Pour lui, ni zone torride, ni zone glaciale ; ni pôle ni antipode. Ce pouvoir est celui du génie industriel dans notre XIX« siècle. Collaborateur de la Providence, ce génie a su vaincre le perpétuel hiver de la Eussie et Téternel été de l'Equateur. Le froid, la chaleur, Tair, la vapeur, Télectricité, le gaz et l'eau ont été vaincus et soumis ; ils sont devenus les nobles esclaves de rhomme; sans larmes ni humiliation ils lassistent dans tous les travaux nécessaires à la vie. Voilà les esclaves que le Brésil n'aura pas besom d'aller chercher en Afrique, voilà les esclaves qu'il ne trouvera pas dans le Paraguay.

Combien d'inventions, combien de conquêtes n'aurait-il pas réalisées dans cet ordre de choses, avec l'or gaspiQé pour la conquête de territoires tempérés et qu'il n'a point conquis !

Au lieu de demander à l'industrie européenne des machines de guerre pour détruire des villes civilisées, le Brésil n'auraitil pas mieux fait de lui demander ces machines de production et de construction, au moyen desquelles les Etats modernes s'agrandissent sans crime ni déshonneur !

Transformer un homme en machine agricole fut, dans une ère déjà écoulée, le triomphe de la barbarie; mais faire de la machine un serviteur docile, qui transporte des fardeaux, qui éclaire les rues, qui transmet la pensée à travers les espaces, qui, selon les besoins, réchauflfe ou rafraîchit , et en définitive qui affranchit le nègre de son sort cruel, tant dans les travaux du foyer que dans ceux des champs et des mines, voilà un triomphe splendide de la civilisation sur la matière, voilà un triomphe qui ne coûte ni sang, ni larmes, ni victimes.

Ces conquêtes sont déjà un fait accompli, dans Tlnde an-

glaise, dans TÂfrique anglaise, en Australie, partout où l'on voit à ToBuvre la race saxonne> si respectueuse du droit, et si peu respectueuse des secrets de la nature.

Plusieurs de ces inventions ont été introduites dans TAmérique tropicale, sans en excepter le Brésil lui-même.

Quand les Portugais explorèrent ce pays enflammé, ils ne disposaient ni des bateaux à vapeur, ni des locomotives, ni de Félectricité, ni des mille découvertes mécaniques qui aujourd'hui sont à la disposition de leurs neveux. Il était tout simple qu'ils accommodassent leur politique et leur législatioa à la manière d'être du Brésil, à cette époque. S'ils gouvernaient actuellement ce même pays, ils y feraient sans doute ce qu'ils viennent d'accomplir dans leurs colonies, ils aboliraient Tesclavage, monstraeuse machine agricole. Estce que l'Empire pense avoir accompli tout son devoir en abolissant la traite seulement? Tant que l'esclavage subsistera, on pourra dire que pour être esclave au Brésil il sufSt d'être né Brésilien. Un pays qui réserve cet infâme privilège à l'homme qui est né sur son sol et qui en exempte l'homme né en Afrique, entend son intérêt bien entendu au rebours du genre humain. Comme la charité, Imiquité commence par soi-même.

Telle est la direction que nous voudrions voir prendre, sous tous les gouvernements, à la politique intérieure et extérieure de Rio-de-Janeiro. Former ce désir n'est point une preuve d*inimitié. Nous le disons sincèrement, pour nous autres Américains, la grandeur du Brésil est indispensable à notre grandeur continentale. Nous la désirons pour son intérêt et pour le nôtre, car nous sommes convaincu que, pour des pays réunis par la géographie, le commerce et la civilisation, il n'est pas de calamité qui ne soit réciproque, il n'est pas de prospérité qui ne soit commune.

Toute autre politique, exhumée des archives portugaises et datant de la conquête, est indigne de notre temps et indigne de nous. A cette politique du passé, provenant d'é^ poques, de pays qui ne sont plus, de gouvernements arriérés ; & cette politique d'origine anti*américaine , appartiennent encore les chimères que poursuit l'Empire, quand il se croit appelé dans le Sud* Amérique au rôle, que tiennent ou ont tenu les Etats-Unis dans le Nord-Amérique, et la France en Europe, Rome dans le monde ancien i

Un pays qui n'a cessé d'être colonie portugaise que dix années après les Républiques espagnoles, ce pays ne peut prétendre à être l'initiateur de ses initiateurs.

Pour qu'il fût la France du Sud-Amérique , il lui faudrait les capitaux, la population, les arts, les industries, les sciences , et toutes les connaissances utiles que possède la nation Française, qui, grâce à sa marine marchande, est plus rapprochée du Sud-Amérique que ne l'est le Brésil luimême.

Pour jouer dans l'Amérique du Sud le rôle des États-Unis dans l'Amérique du Nord, il faudrait que les Étal s- Unis n'y fussent pas plus ancrés que ne l'est le Brésil lui-môme, grâce à la flotte qu'ils possèdent et dont il est dépourvu. Il faudrait encore que les États-Unis n'eussent point l'honneur d'être l'école de démocratie républicaine qui gouverne le monde nouveau. Où ils ne sont point présents par leur commerce, ils le sont par l'exemple de leurs institutions.

L'Empire montre qu'il connaît bien peu la situation, quand il oublie que la race anglo-saxonne déploie déjà dans le monde austral la même initiative qu'elle a mise en œuvre dans l'hémisphère nord. En eflPet, l'Amérique du Sud n'est pas la seule partie de l'hémisphère septentrional qui soit habitée. Il existe aussi une Asie et une Afrique méridionales. A lextrémité sud de ces trois continents, flottent les bannières anglo-saxonnes qui ont jeté leur ombre sur le berceau des États-Unis, et qui aujourd'hui protègent l'acclimatation de la liberté en Austrahe, en Tasmanie, dans la Nouvelle-Zélande, aux îles Falkland, au territoire de Bonne- Espérance. Autour du globe, ces hommes de race anglaise plantent une pépinière de civilisation «t de richesse, ils étendent une zone d'espérance pour l'avenir du monde entier. Déjà ils ^tourent ces Républiques du Sud-Amérique qui s'imaginent encore u'avoir pas de plus puissante voisins que le Brésil

Ces pays nouveaux sont unis les uns aux autres par des mers magnifiques, qui, au lieu de les séparer, les rapprochent davantage que si leurs habitants appartenaient à uu continent unique.

Les isthmes de Suez et de Panama pourraient disparaître, l'Amérique du Sud ne resterait pas pour cela perdue et solitaire au fond d'un monde désert. L'Australie, la cinquième partie du monde, est la dernière et brillante manifestation de la civilisation britannique qui à ses débuts déjà, rivalise avec les splendeurs des États-Unis par ses libres institutions, par ses richesses immenses, par son industrie puissante et par sa population toujours en progrès. Plus jeune de douze années que San Francisco de Californie, Melbourne compte peu de rivales en Europe pouvant lui disputer les brillants avantages qui distinguent partout les établissements britanniques. Et, bien que son autonomie ne soit pas absolue, son avenir n'en est que mieux assuré; pour être encore une colonie, elle n'en est pas moins un État colonial qui se gouverne lui-même sous l'autorité nominale de la libre Angleterre. Il suffit que de pareils pays existent au sud de l'Equateur, sous un beau ciel et sous im cKmat fortifiant, pour que le Brésil, loin de prendre l'initiative à laquelle il prétend dans l'hémisphère méridional, reste pour longtemps encore relégué dans une position très-secondaire (1).

(1) « n est vraiment intéressant de voir sur cette jeune terre la pure démocratie mise à l'œuvre, Tëcole de la vie politique ouverte à tous, dégagée des préjuges comme des obstacles des anciens continoLts : mais elle est donc là abandonnée à elle-mâme ; elle y fait tout ce dont elle est capable ; elle n'a eu rien à détruire, elle a eu tout à créer ; il n'y a peut-être pas au monde, en ce moment, un seul autre point où l'expérience soit moins gênée et par suite plus concluante. Il semble que la race anglo-saxonne ait laissé de l'autre côté de la ligne tout ce qui l'arrêtait encore en Europe, pour prendre résolument ici la voie du progrès. Cette franche hardiesse a engendré des merveilles ; elle a fait une Europe libre et propôre dans l'hémia-

phôre du Sud ; elle a cr^^ noa plus une colonie, maie un monde nouveau, que Ton serait tenté de croire enfanté en quelques années tout police, tout libéral, tout prospère. » Australie, parle comte de Beauvoir, 1869.

Le Chancelier actuel de TEchiquier anglais, M. Lowe, s'est formé homme d'Etat au Parlement de Sydney.

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Le Brésil sera d'autant moins la Rome du Nouvean Monde, que Buenos -Ayres s'efforcera d'en être l'Athènes; ainsi qu'elle s'en vante déjà. Et pourquoi non? Il peut bien exister à la Plata, une Athènes sans Phidias, sans Praxitèle, sans Aristote ni Platon. Nous le voyons bien dans la moderne Athènes, qui ne perdrait pas beaucoup à s'appeler à son tour la Buenos-Ayres de l'Orient. — Est-ce que leurs origines ne sont point parallèles? L'une a cessé d'être colonie turque presque au moment où l'autre a cessé d'être une colonie de la ■ Turquie de l'Occident, > comme George Canning appelait l'Espagne.

Que le Brésil soit la Rome de l'Amérique latine, c'est une assertion à laquelle il est plus difficile de donner assentiment. Mais acceptons pour un moment ce titre, dont on se gratifie avec complaisance. L'Empire Noir est unitaire comme le fut le peuple romain. La République Argentine est fédérale , comme le fut la Grèce. Ces similitudes ne sont pas déniables. Quel fut le résultat du conflit qui

décida de leurs destinées? Avec tous ses avantages de race, de civilisation et de science militaire, la Grèce n'en fut pas moins vaincue et soumise par les Romains^ ses inférieurs en culture. L'histoire de tous les âges a mis cette vérité hors de doute : toutes les fois qu'une fédération existe à côté d'un État centralisé ayant des intérêts hostiles, la fédération est absorbée ou exploitée. Mais les ressemblances ne s'arrêtent pas là.

Divisés et affaiblis par leur manque d'unité, les Hellènes appelèrent les Romains contre le tyran Philippe, contre Lopez de Macédoine , comme on dirait en style brésilien. La destruction de Philippe , due principalement à la valeur des Grecs, les remplit d'une satisfaction imbécile, suivant une expression de Montesquieu ; mais ils ne tardèrent pas à reconnaître qu'ils avaient triomphé au profit des Romains, et qu'ils s'étaient donné, non pas des alliés, mais des seigneurs et dominateurs dans la personne de leurs prétendus compagnons d'armes. La ruine de Philippe par la main des Grecs mit en possession de tout l'Orient les Romains qui employèrent le tyran vaincu à soumettre leurs anciens alliés.

Ces lieux communs, fragments de l'histoire ancienne, appartiennent à l'éducation classique de tous les empereurs. Dom Pedro nous montre qu'il a su tirer profit des études de sa jeunesse pour fixer sa politique vis-à-vis du Paraguay et de la fédération Argentine, ces Athéniens et ces MacédouiensdelaPlata.

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Heureusement n'est pas Borne qui veut Têtre. Si la politique actuelle du cabinet de Berlin est, malgré plusieurs circonstances atténuantes^ considérée comme un scandaleux anachronisme, la répétition dans TAmérique démocratique de la politique des Paul Emile et des Bismark ne serait-elle pas honnie et repoussée comme impertinente?

Si Rome domina tons les peuples de son temps, ce ne fut point parce que son territoire était le plus vaste, mais parce que sa conduite fut la plus forte et la plus habile. Elle commença par être petite, elle finit par être grande. Et loin d^être la cause de sa prépondérance, son agrandissement fut la cause de sa ruine. Telle est la moralité qui ressort de son histoire.

Par une raison analogue, on s* explique que Timmense Brésil ait pu sortir du petit Portugal. Le contraire serait moins compréhensible. —Une race peu nombreuse, comme celle du Portugal^ mais énergique et illustre par ses victoires, peut bien conquérir un peuple des Tropiques. DifiScilement elle en serait conquise*

Les guelres des Romains étaient productives et lucratives pour leur trésor. Selon la morale du temps, la conquête, le butin, la confiscation, le brigandage, la course, la piraterie, lasservissement du vaincu, étaient moyens licites d'acquisition. Dans la morale légale et économique de nos jom's ils équivaudraient à ce que sont Tachât, la fabrication, la donation, rhérédité, le droit du premier occupant.

Le peuple qui aujourd'hui prétendrait imiter les procédés Romains serait par les nations honnêtes mis au bagne, pour ainsi dire. Si de nos jours un souverain se permettait de s'écrier comme l'empereur Julien, apostrophant ses soldats : « Vous voulez des richesses? Eh bien, voici le pays des Persans! • ce cynisme serait châtié par un universel anathème.

Si, malgré sa civilisation supérieure, Rome a reçu de la main des Barbares le châtiment provoqué par sa politique immorale, les empires faits ou contrefaits sur son modèle, et qui n'ont pas les mômes titres au respect du monde, n'échapperont pas non plus au traitement qu'elle a subi de ses voisins irrités ; quand même leur civihsation, inférieure en apparence, ferait supposer qu'ils sont incapables de se défendre.

Que le Brésil ne l'oublie donc pas : Si Rome asservit tous les peuples qui l'entouraient , ce fut parce qu'elle n'attaqua jamais un nouvel ennemi avant d'avoir détruit les premiers. Et si elle succomba à la fin, ce fut parce que tous l'attaquèrent en même temps.

Et si FEmph-e Noir a appris l'histoire Romaine, ses voisins apprendront dans Thistoire des Germains, peuple libre, comment des Républiques molestées , opprimées et envahies , brisent au nom de la paix du monde, l'Empire qui la trouble.

Parisj juiu 1869.

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