ACADEMIE DES BEAUX ARTS A MONTREAL
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Lecture publique faite à Montréal le 5
Février 1873, sous le patronage de
l'Institut des Artisans Canadiens, par l'Abbé P. J. Verbist, Curé de
Ste. Petronille de Beaulieu.
Messieurs,
Lorsque l'hiver dernier, le gouvernement local ce cette belle Province me fit l'honneur de me renvoyer en Belgique, en France et en Allemagne, dans le but surtout d’attirer une immigration choisie, je me suis principalement appliqué à indiquer au trop plein de !a population de ces pays, une nouvelle patrie, riche d'avenir, où chacun trouverait un champ libre, ouvert à l’agriculture et à l'industrie, au commerce et aux arts ; J'étais certain d’avancs de diriger les populations vers une contrée sagement gouvernée et exempte d'un grand nombre des défectuosités inhérentes au régime républicain,
Lans l’accomplissemfent de cette délicate mission, comme je le constate dars mon rapport officiel, qui figure parmi les annexes du rapport général de l’Honorable Commissaire d'Agriculture, je m’adressais de préférence et avant tout aux classes superieures de la société, parce qu’il y a chez moi une conviction profonde, que l’exerple, en matière d’'émigration comme en toutes choses, pour être vraiment efflcace, contagieux et capable d’entraiaer les masses, doit venir de haut, Je me disais à moi-méme : Si je parviens à faire partager mes convictions par les hommes les plus influents des pays que je parcours, ma cause est indubitablement gagnée : ceux-ci, par leur exemple, par leurs conseils et par leurs écrits, achèveront la besogne qus je ne puis qu'ébaucher. J’eus ls bonheur de faire comprendre Ja Province de Québec, comme je la comprends et comme je l’apprécie moi-même, par quelques personnes de distinction, tant ea France qu’en Belgique, et j'attends aujourd'hui avec confian-
ce les résultats de leur détermination personnelle : ces résultats se traduiront, sans aucun doute, par l’arrivée, d’annés en année plus nombreuse, de colons aussi intelligents que laborieux et honnêtes, qui contribueront tous, j'ose l’espérer, à la prospérité du pays.
A la suite d’une propagande active qui s’est faite pendant cette campagne de 1877, un nombre assez considérable de Français et de Belges sont venus se fixer dans la province, ‘“ Environ un quart de ces “ émigrants, dit l’Hon. M. Archambault, “ sont employés aux travaux agricoles :
“il y a parmi eux quantité de cultivateurs “ de haute capacité, qui disposent de ‘“ moyens pécuaiaires très considérables, “et d’habiles jardiniers, pour lesquels ‘“ nous avons réussi à trouver d’excellen- “tes posilions parmi les cultivateurs à ‘“ l'aise, 1ls sont satisfaits en générai, et ‘“ ceux qui les emploient le sont aussi. Les ‘“ journaliers, les terrassiers et les mineurs ‘“ forment un autre quart. Le reste, c’est- ‘“ à-dire la moitié, se compose d'ouvriers ‘“ de divers métiers. Au premier rang en “ nombre figurent les récaniciens, cons- “ tructeurs d'engins 2 vapeur, les fondeurs ‘“ en fer et en cuivre ; puis viennent les ‘“ fabricants d'outils et de machines, les ‘“ ébénistes, les menuisiers, les charpen, ‘« tiers, les maçons, les plâtriers et autres, 4 tous des ouvriers consommés, habitués ‘“ aux travaux les plus fins et les plus dif- ‘“ ficiles, que les directeurs d'usines se dis- “ putent, à l’arrivée de chaque navire, et ‘“ qui peuvent à juste titre être considérés “ comme une précieuse acquisition pour ‘« l’industrie. ”
Vous le voyez, Messieurs, }appel fait aux classes ouvrières et industrielles en
Europe, a trouvé de l'écho. Parmi les industries nouvelleset d'importation récente, j» me plais à citer au début de cette lecture, l'industria rubanière, que, comme vous le savez d’ailleurs tous, MM. LeMétayer-Massalin & Cie., sont en voie d'établir à St, Hyacinthe.
fuit Ja fortune de ia Normandie, pourrait bien, en franchissant l'océan, devénir une source de prospérité nouvela pour cette Province ; non seulement elle procurera du travail et de l'occupation à bon nombre de femmes, d'énfants et même de vieillards pendant toute la saison morte, si peu utiliste jusqu'ici, mas elle offre de plus l'immense avantage d'être un travail facile, propre et lucraiif, qui s'exerce à l'om-
bre du foyer domestique, el qui partant,
n'expose pas la j-unesse à la corruption, comme ce n'est milheureusement que !rop souvent ie cas dans les ateliers et les fabriques des grands centres industrixls. La
Province peut donc considérer la présen- |
ca de MM. LeMétayer et sex associes com-
me une véritable bonne fortune et s’en fé- |
liciter hautement. Je me p-rmettrai d'ajouter que M. Masselin est un agronome distingué, et que sous ce rapport encore, il est appelé à rendre des services considérabl-8 à son pays d'adoption.
Il n'y a pas bisn longtemps, (c'était au moment de s'embarquer pour le Canada), qu’il me faisait la communication suivante : «Je ferai en sorte de remplir et d’uti- « liser mes loisirs in iustriels par la cultucreet le développement de la science agri- « co:8, trop peu connue encore au Canada.
« Je désire, ainsi que l'ont désira mes ho- «norab.8s collègues des sociétès savantes « de la mère-patrie, arriver par ce moyen » à souder quelques anneaux de plus à la « chaîne des relations a’outre-ocean et fai- «re apprécier le Canada si peu étudié etsi « peu connu par les Français. »
Si j'ai tenu, MM. à vous parler tout d’abord de cette industrie, c’est parcequ'il est à ma connaissance que la ville de Montréal, embrassant du premier coup d'œil les immenses avantages qu'elle procurera si elle vient 82 fixer définitivement, ne lut a pas marchandé son admiration ; c'est parceque Montréal a fait à cet habile industriel l’accueii qu’il mérite, en souscrivant une grande parti du capital nécessaire à son entreprise, C’est surtout, parceque je veux rendre hommage à l'Institut qui m’accorde si généreusement l’hos-
La rubanerie, qui a.
: pitalité, et dont les les membres, je l’espére du moins, ne trouveront pas déplacés, | ces quelques mots que je viens de consa- | crer à une branche qui leur est particuliè. rement chère.
| Muis, Messieurs, j'ai hâte de passer du | domaine de l’industrie dans celui des arts, qui constituent à eux seuls le motif de ma | présence parmi vous, S'il convient de | payer un juste tribut d'admiration à l'in.
| dustrie etau commerce, ces sources tou.
jours fécondes de la richesse publique, | qui développent #: puissimment les res- | sources nalurelles des pays qui les exploi- | tent avec intelligence et courage, nous ne devons pas oublier non plus, que les arts, s'inspirant fidèlement de nos habitudes,de nos mœurs et de nos croyances, sont les plus précieuses manifestations de l'esprit humain, parce qu'ils constituent, pour ainsi dire, l'unique moyen qui permette | aux peuples les plus éloignés par le temps et par l’espace, d'échanger leurs sentiments et de se communiquer leurs émotions. Nous ne devons pas oublier que c'est au moyen des arts qu’un peuple fixe la souvenir des événements glorieux de son histoire ; qu'ils sont l’imuge qui retiète toujours filèlement le degré de civilisation de chaque siècle et de chaque pays en particulier, et à cæÆ titres, ils méritent de notre part quelque chose de plus qu'une almiration stérile; il nous faut les protéger, ies encourager dans la mesure des moyens dont nous pouvons disposer.
Vous vous étonnez peut-être, Messieurs, que, moi profane, qui ne suis nullement artiste, qui n'ai pas la prétention de l'être, je pousse l'audace jusqu'à pénétrer dans | le sanctuaire des arts ! que ja vienne me | constituer ici le défenseur public des ar- |tistes et de leur avenir ? Si le désir sincère de contribuer, pour une faible part du moins, au bonheur matériel et moral d'une nation qui me sert de seconte patrie, ne vous semble pas suffisamment légitimer cette lémérité de ma part, je me permeltrai de revendiquer pour le clergé tout entier, une large part des efforts qui se sont produits à toutes les époques uu christianisme, pour pousser les peuples dans ls voies de la civilisation : Ç’a toujours été le rôle du prêtre, de répanire auiour de lui les semences d’une instruction salutaire !
| de découvrir daas la sphère de sou activité
retiète eation ys en ent de qu'une protée des
sieurs, ement l'être, dans 18 me es arincère rt du | d'une ie, ne itimer nettrai entier, it protianisns ls été le de lui ltaire !
ctivité
les aptitudes aux lettres et aux arts, et de |
piloter partout les jeunes talents qu'ilren- | contre sur son chemin, Que de célébrités dans toutes les carrières libérales, qui ne sont parvenus à s'élever à la hauteur des.
plus grands génies, que parce qu'ils ont!
eu le bonheur d'avoir uu curé, ami des arts, capable de discerner le souflle qui inspirait leurs jeunes intelligences, et assez généreux pour. les aider à prendre leur essort !
Mais MM. je suis venu à vous avec une mission bien déterminée, comme dépositaire d’un projet qui con:erne plus spécialement la ville de Montréal, pro;et qui m'a été confié pendant la campagne d’immégration de l’année dernière, et qui ne tend à autre chose qu'à doter Montréal d'une Academie des Beaux-Arts avec ex-| position permanente ou Musée, Je viens franchement tendre la main à M. l'Abbé Chabert, qui depuis plusieurs années poursuit le même but, avec un dévouement et des connaissances que personne ne saurait lui contester sérieusement. C’est bien l’homme de la situation. Oui, MM. si le nrojet se réalise, le Canada est à la veille d’avoir son école spéciale, à l'instar de nos | écoles célèbres d'Europe,qui laisseront une trace ineffaçable dans l'historre de l’art Le jour ne serait donc pas loin où l’on aurait (toujours dans la langue des Arts) l’école canadienne, comme on dit l'école italienne, l'école française, l'école belge ou flamande, l’école espagnole et
même l'école angluise ; car l'Angleterre aussi, possède aujourd’hui son école pro-| fondément original ; toutes ces écoles, en un mot, devenues si célèbres et si fe-! condes en maîtres, dont les noms immortels commandent le respéct, excitent d’ad-| miration generale ! Toutes ces écoles dont je vous parle, ont conquis depuis longtemps lerang que la postérité leur conservera, A leur suite je vois déjà les Etats- Unis entrer en lice : Je decouvre une école américaine qui s'affirme à son tour; car encore qu'elle soit la dernière venue, qu’elle n'ait fait preuve jusqu’à présent d’une originalité bien particulière et que dapuis son berceau elle se soit péniblement traînée a la remorque de l’école anglaise, on ne saurait cependant nier son existence : elle existe et l’on est obligé de compter avec elle,
Il est grandement temps, ce semble, MM.
que votre jeune pays, si plein de sève,
d'ardeur et de foi fasse, luiaussi, un pas en avant dans la carrière des arts ; qu'il suive résolument cette marche ascension-
inelle de l'esprit humain qui s'aflirme si
puissamment à notre évoque, et c'est à Montréal que l'élan doit être donné ; c’est ici même que l'école des Arts, l’Institut des Artisans, les artistes et les amis des arts doiveut se donner la main (car l'union de tous serà nécessaire) pour élever aux arts le temple désiré où puisse se développer librement le germe de l'inspiration personnelle sous la main et par limitation des maitres qui sont prêis à venir donner un enseignement vigoureux et fécond, dont l’heureuse influence ne tardera pas à se faire sentir, Acceptez l'«ffre qu'on vous fait, et avec cette intelligence, avec les” dispositions heureuses et ce goût pour les arts, que Je reconnais volontiers au Canadien, j'aflirme sans crainte de me tromper, que sous le rapport des arts aussi,le Cara.
da n'aura bientôt rien à envier à l'Europe.
Ils'agit seulement de s'eflirmer : de quelque côté que viendra l'initiative, tous les esprits distingués y applaudiront et se
lrallieront francherfent autour du même
drapeau, le‘drapeau des arts !
Il appartenait à la ville d'Anvers, de voir éclore dans son sein le projet que je suis fier de vous apporter. Anvers, cetle ville si riche en souvenirs arustiques; Anvers, la patrie de tant de maitres immortels des temps passés ; le berçrau de tant de génies modernes ;—c’est bien là, dans la vieille ville flamande, que doivent se récruter les éléments d'une école forte et puissante, qui ouvrira aux jeunes généralions un monde nouveau, à la conquête duquel elles pourront librement s’elancer par l'étude approfondie des arts, dans toutes ses branches.
Volontiers je compare la ville d'Anvers à celle de Montréal: elles offrent plus d’un trait de ressemblance. Anvers aussi, est un important port de wer, qui doit en grande partie ses richesses et son 1éveloppement rapide à sa situation avantageuse sur le bord d’un grand flauve, comme Montréal est incontestablement redevable d' sa supériorité au SL, Laurent, Si Avvers figure au premier rang des villes commerciales et industrielles, elle est encore la métropole des Arts belges, Plusieurs d’entre vous,ont sans doute eu l’oc-
casion d'admirer les merveilles contenues dans ses Musées et dans ses églises; son Institut de Commerce et son Académie rovale des Beaux-Arts, Ceux ]là savent, que l'esprit mercantile du peuple s'y allie
parfaitement avec l'amour et le culte des!
Arts.
Voici MM. dans le budget de la ville d'Anvers pour 1873, le chapitre qu'elle consacre aux Beaux-Arts. Je copie textuellement :
« Académie des Beaux-Arts, Musée des Académiciens et Musée des Maitres anciens :
lo. La dotation de l’Académie s'élève à 78,960 franss, (ce qui peut se traduire par autant de piastres. lorsqu'il s'agit du Canada, eu égard à la cherté de la maind'œuvre etc,) dont une moitié est supporté par la ville et l’autre par l'Etat. Cette somme est destinée à couvrir les dépenses ordinaires. Le chapitre des dépenses extraordinaires. consistant en encouragements aux élèves, représente la somme de 10,200 fe. 59 ce : ce qui fait un chitire tobal de 88,261 fr. 50c, -La villa accorde un supplément de 600 francs aux élèves les plus méritants.
20. 10,000 francs pour la Musée de l’Academie, soit 5000 francs pour la part contributuve supportée par la ville.
30. Musée des maîtres anciens.—-C'était pour la première fois en 1872, que la ville et l'Etat ont voté une dotation fixe de 10.- 000 francs chaque, pour achat d'objets d'art. Le produit des cartes d'entrée de ce musée est évalué à 12,000 francs; la vente des catalogues à 2,800 francs. Le total général des revenus pour 1873 est évalué à 79,947 fr. 90 ce. Cette somme est destinée à l’achat de tableaux, après déduction des frais généraux d’administration et d’une somme de 6,000 francs, consacrée à la restauration des tableaux. Si ces 8,000 francs ne sont pas dépensés, ils retournent à l'achat de tableaux. »
Voilà, Messieurs, ce que la ville d’Anvers fait chaque année pour l’encouragement des Beaux-Arts. Vous savez si elle a le droit d’être fière des succès obtenus ?
Si elle trouve des compensations à ses sacrifices, par la renommée de son écoie, où presque tous les promoteurs des arts à l'étranger viennent recruter les fondateurs et les professeurs d'écoles nouvelles ? C'est ainsi que (pour ne citer qu’un exemple de fraiche date) un peintre {ue je con-
nais et que j'estime particulièrement, Ferdinand Pauwels, fut appelé par le Grand Duc de Saxe-Weimar, pour y diriger l’Académie dont Charles Perrier rend le te.
moignage qua voici: « Weimar, qui a ét4 longtemps le foyer d'où rayonnait sur toute l'Allemagne la pensée des poëtes, tend à regagner dans les beaux-arts le rang qu'elle avait jadis conquis par les lettres... Le Grand Duc ne fait qu'obéir aux traditions de sa famille, en attirant chez lui les peintres les plus capables de fonder une école qui puisse rivaliser un jour avec celle de Munich, »
'est de cette même ville, c'est à dire d'Anvers, qu'on nous tend aujourd'hui la main, pour arriver au môême but, pour élever, à son tour, le niveau de l'art au Canada,
Michel Breuer, l’auteur du programme que j'aurai l’hor aeur de vous communiquer à l'instant, quoique d’origine allemande, a achevé son éducation artistique à Anvers, sous la direction habile du célèbre statuaire Joseph Geefs. Il s'est depuis lors fixé définitivement dans cette ville, où il occupe une position indépendante, grâce à ses talents, Il est, sans contredit, un pra ticien de premier ordre, Lors de mon passage à Anvers, je visitai ses ateliers en s0cieté de M. Kdw. Barnard, qui s’est chargé, avec beaucoup de bienveillance, d'emmener au pays quelques œŒuvres ou Copies des œuvres les plus remarquables de l’artiste ; entre autres, une statue équestre en plâtre, qui s’est malheureusement brisée pendant la traversée, un Christ'en croix, et quelques photographies, qui ne donnent d'ailleurs qu’une faible appréciation de l’auteur, membre de plusieurs sociétés savantes, et qui, à plusieurs reprises, a été honoré de commandes importantes par la municipalité d'Anvers et par différentes administrations publiques du pays.
Sa confiance de réussir dans le plan qu'il vous soumet par mon organe, est tellement profonde, qu’il s'est decidé à Le livrer à l'impression, après qu’il se fut assuré du concours éventuel de différents professeurs qui l’assisteraient dans l’accomplissement de cetie noble et impor.
tante mission.
Je ne vous présente pas le programme comme parfaitement adapté aux circonstances : pourvu que vous l’atmettiez en principe, on pourra ensuite y faire tels
ie AGE +
ne bip qui seraient jugés convenaes,
Vorsécouterez, j'en suis certain, la lecture de ce document avec un véritable plaisir : il est composé avec uns précision de détails vraiment remarquable, Je n'ai qu'à :e faire précéder d'une seule petite observation, c'est que ce projet était im primé, lorsque notre zélé agent à Paris, Monsieur Gustave Bossange, me donna l'assurance que l’Académie de Montréal venant à se fonder, il se fesait fort d'obtenir gratuitement du gouvernement français, la plus grande partie des modèles nécessaires, (J'ai appris ensuite que l’établissement de M. Chabert, a déjà reçu des preuves non-équivoques de la libéralitè du gouvernement français : ) ce qui diminuerait de beaucoup les dépenses présumées pour frais de premier établissement.
Ceci noté, voici le projet dans tous ses détails.