MARS
1 Avril,
Dans les
NovEMimü,
DUcemiuie,
Totaux. . .
Jours où le froid a été
de -1° au-dessous de 0° et au-delà.
Jours entre 4°
au-dessous de 0» et 0»
Jours entre 0“
et i» au-dessus de 0».
Jours où la chaleur a été de 4»
au-dessus de 0° et au-delà.
.Moyenne pour 1 année
8 jour
18 j°urs jjj;
4o jours —
139 jours *-
(Nota.) I/objet do oc tableau étant d'arriver b déterminer les dépenses de chauffage du Pénitencier , il n’y a pas eu lieu de s’occuper de la température des mois de mai , juin , juillet , août et septembre , pendant lesquels ecs dépenses seraient milles. — On <f6it même regarder qu’elles devraient être également milles pendant les mois d’avril et d’octobre, et si on a fait entrer ces deux mois dans le travail , ce u’est qu’aün de le rendre plus concluant.
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J’ai ensuite déterminé la dépense à faire, par chaque heure, pour arriver à chauffer les prisonniers dans leurs cellules, et les gardiens sur leurs galeries (en tenant compte de la situation de ces galeries dans le vide de la cour couverte , et de la difficulté apparente d’y procurer aux gardiens une chaleur suffisante), et puis, prenant pour base les résultats, depuis plus de quinze ans, de chauffages établis sur une grande échelle, et dans des conditions plus défavorables, je suis arrivé à trouver que, dans toute une année, la dépense serait, pour ce
pénitencier, de . 1 5,212 fr. 05 cent.
ce qui ne donnerait que 11 fr. 58 cent, par prisonnier, au lieu de 15fr. que j’ai annoncés.
Mais, après l’indication sommaire de tous ces calculs, je m’arrêterai un moment sur la question de savoir, si l’intérieur d’une prison a besoin d’être chauffé autant qu’on le croit généralement, et je reproduirai ici des réflexions que j’ai déjà exposées ailleurs :
«Personne, sans doute, ne prétendra que la chalenr apportée dans le logement du condamné doivç «lui faire éprouver une sensation de bien-être dans laquelle il se complairait en quelque sorte à ne rien «faire. — On veut seulement qu’il ne souffre pas, c’est le premier point; mais le second est de vouloir «qu’ayant plutôt un peu trop froid[que trop chaud, ce condamné trouve facilement moyen de se défendre » de cette légère sensation de froid , par l’action qu’il apportera à son travail , quelque soit ce travail.
«Ceci posé, nous devons examiner si les prisonniers' habitant le premier rang de cellules (où se trou- » vent tous les métiers exigeant l’emploi d’une plus grande force musculaire ) , doivent y recevoir une «température élevée. Elle ne me paraît pas leur être nécessaire, et loin de là, je crois qu’elle leur serait « nuisible ; car il arriverait alors que le travail les ferait bientôt transpirer , et qu’ils pourraient avoir à » souffrir d’être instantanément soumis à l’action de l’air extérieur, dans leurs préaux. D’ailleurs, les ouvriers «libres, les menuisiers, par exemple, sont souvent exposés à travailler, sans feu, dans un bâtiment en «construction, et en chauffant trop bien les prisonniers, on arriverait à celte conséquence bizarre de les «rendre (comparativement aux ouvriers libres) plus frileux, plus douillets, plus impropres enfin, après » leur libération , à se livrer durant l’hiver aux métiers qui leur auraient été enseignés.
«Les laisser dans une condition plus rapprochée (bien que meilleure encore) de celles qu’ils devront » avoir à leur rentrée dans la société , me semblerait donc plus rationnel.
« On doit sans doute regarder comme superflu , de suivre une à une les situations différentes qui me pa- « raîtraient devoir être faites aux prisonniers , dans les étages supérieurs, où la température serait rendue « plus chaude , à mesure qu’ils s’élèveraient, et que les ateliers, en diminuant de grandeur, ne serviraient » qu'à des industries qui échauffent moins l’ouvrier. — 11 me suffira de dire que, même dans le dernier rang, « où les ouvrages seraient plus minutieux, où le condamné aurait cependant de 10 à 12 degrés de chaleur, «il devrait encore demander à son travail, à l'activité qu’il y apporterait, un certain accroissement de » calorique , pour compléter cet état de bien-être que l’homme recherche toujours ; et il sera certain de «l’obtenir, s’il le veut, même en ne s’occupant que sur les genoux, soit comme cordonnier ou comme « tresseur de paille : car nous avons tous éprouvé , qu’avec une forte volonté et un ouvrage suivi, nous « sommes parvenus à écrire, ou à dessiner , sans souffrir du froid le plus rigoureux , quoique nous fussions » placés dans des appariements sans feu, et quelquefois même en plein air.
» Si nous fixions nos regards sur la situation en général de l’homme qui vit librement dans la société , je ne » sais si nous resterions convaincus de l’utilité de donner aux prisonniers une température douce , mais «factice et par cela seul moins saine (les temps de brouillards et de grande humidité exceptés ) que le « grand air dont le pénitencier serait environné.
«Pour moi, je l’avouerai, j’aurais bien delà peine à croire qu’il dût y avoir avantage pour leur santé, « à les enfermer dans des cellules, afin de les y échauffer, plutôt que de laisser tous les logements (presque sans » exception) ouverts sur la cour intérieure, tant que la gelée ne s’y ferait pas sentir; et peut-être, si l’on » prenait ce dernier parti , y aurait-il bien peu d’années qui ne se passassent tout entières , sans qu’on » fût obligé d’avoir recours aux fermetures pendant le jour, sans qu’on fût, par conséquent , obligé de faire » aucune dépense spéciale pour le chauffage.
t> De cette manière, ce service , loin de coûter des sommes énormes ( et je crois avoir démontré que dans
» aucun cas on n’aurait à le craindre ) , devrait présenter une économie importante , sur laquelle j’aimerais » mieux voir prendre l’argent nécessaire pour vêtir les hommes plus chaudement.
» Comparons un instant la situation atmosphérique qui serait faite à l’intérieur du pénitencier , et celle à •d laquelle seraient exposés les militaires placés en faction sur les murs d'enceinte , les soldats faisant cam- » pagne, qui, plus à plaindre encore que ces factionnaires, au lieu de trouver un corps-de-garde pour se ré- » chauffer après le froid et la pluie, passent les nuits au bivouac ; les marins, les postillons, tous les ouvrier» » de bâtiment occupés aux gros ouvrages , et ceux employés dans les champs aux cultures les plus pénibles. » Mais, tous ces hommes, qui font partie de la société , qui mériteraient plus d’attention et plus d’égard que le » condamné, ne pourraient pas être affranchis de leur vie laborieuse : il faut qu’ils en subissent toutes les » fatigues et la dureté ; heureux encore s’ils n’avaient qu’à se défendre du froid et si , sans avoir perdu la v liberté , ils étaient du moins abrités comme l’est forcément celui qu’on retient dans une prison !
d Avant 91 , c’était à d'autres souffrances que le prisonnier était en proie, dans ces cachots ou basses fosses v où tous les individus enfermés , pour quelque cause que ce fût , confondus pèle mêle , privés d’air , de » coucher, étaient exposés à l’humidité, à la vermine, à tous les fléaux qui ont disparu de nos jours. — Alors on a » senti le besoin d'une réforme; et, comme l’humanité était outragée, on est tombé, en faisant cette ré- » forme , dans un excès contraire, en traitant trop bien l’homme que la société est forcée de punir ; et c’est b parce qu’on a fait cette faute, que l’on veut aujourd’hui faire la prison moins douce au prisonnier : — c’est donc » une réaction , et dès-lors il faut sans doute se méfier d’en suivre aveuglément le mouvement ; mais au nombre » des mesures à adopter, je ne craindrais pas de placer celle qui ne procurerait pas au prisonnier le bien-être » d’un chauffage inutile à sa santé ; bien-être qui n’est pas donné à une foule innombrable d’hommes libres, dans u la société; bien-être qu’il n’avait pas avant son emprisonnement , qu’il ne retrouvera pas à sa sortie ; bien- » être enfin que n’ont pas les fidèles dans nos églises où ils vont prier , où les plus religieux restent isolés «pendant de longues heures, exposés au froid le plus intense, la tête nue sous des voûtes élevées, où ils » restent ainsi malgré l’âge qui glace leur corps, sans qu’aucun travail, aucun mouvement puisse les réchauf- » fer : c'est-à-dire (et je crois qu’il faudrait le reconnaître ) que là , dans ces temples ( qui sont cependant éri- » gés par les soins de l’État) il y a danger réel pour la santé de l’homme ; tandis qu’il n’y aurait aucun in- » convénient, je le crois du moins, à laisser des prisonniers travailler activement dans des logements ou- » verts à différents étages, autour d’une cour couverte, moins haute que bien des églises , et dont l’air, dans
* les jours de froid, serait, sinon échauffé, du moins dégourdi par le calorique dégagé de la machine à
• vapeur; — et s’il y avait quelques précautions à prendre , elles se réduiraient plutôt, je l’ai déjà dit, à » donner de bons vêtements aux condamnés, et à fermer et chauffer , par exception , les cellules occupées,
» par des valétudinaires. »