‹ Projets d'embellissemens de Paris et de travaux d'utilité publiqueChapitre 3 sur 40 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

D: grands travaux se sont exécutés pendant plusieurs années dans toute l'étendue de

la France, et outre les Directeurs- généraux , plusieurs Administrateurs particuliers

furent préposés à leur surveillance. Je fus chargé, en 1810, du service des Ponts et Chaussées du Département de la Seine, dont les dépenses annuelles s'élevaient à près de 9 millions. Le même décret instituait un autre Maitre des Requêtes à la tête des Bâtimens du Département et de quelques monumens spéciaux qui se construisaient sur les fonds du Ministère de l'intérieur. J'avoue qu'en apprenant ma nomination à la premiere de ces places, je regrettai beaucoup de n'avoir pas été choisi pour la seconde ; mais je changeai bientôt d'avis, lorsque je connus l'importance des travaux dont j'étais chargé ; €t le bien qu'on pouvait y faire; lorsque surtout j'entrai en relation avec les membres du Corps respectable des Ponts et Chaussées , auquel j'étais attaché. Mon administration Comprenait les routes, les ponts, les quais, le canal de Saint-Maur, le canal de lOureq, et le service ordinaire et extraordinaire des Eaux de Paris. Après l'examen de chacune des parties de ces travaux, je reconnus que dans ce qui regardait les routes, les ponts et les quais, il n'y avait guéres de changements à faire. Sans doute On avait eu tort de substituer la meulière aux pierres de taille dans quelques-uns des nouveaux quais. Sans doute les ponts de Besons et de Choisi ont été aussi mal construits que celui de la Cité à été mal CONÇU ; mais ces fautes tenaient moins à l'inadvertance de ceux qui les commirent , qu'au principe d'économie poussé trop loin qui dominait à cette époque dans le Corps des Ponts et Chaussées. Le canal de Saint-Maur est un monument admirable par sa simplicité et son importance ; le canal de l'Ourcq est une large rigole sans écluse , qui conduit trois rivières à 80 pieds au-dessus de la Seine , et qui pourra fournir à la ville de Paris 10,000 pouces d'eau pour le service de ses habitans, le lavage de ses rues, l'établissement de fontaines Mmonumentales, et d'un nombre considérable d'usines. Cette rigole a été disposée dans une section telle qu'elle Pourra servir aux bateaux pour remplacer le charroi assez considérable de tout le pays , depuis Chateau-Thierry jusqu'à Paris. On sentira le prix de cet ouvrage, lorsque l'on se raplus habitué en France à la petite navigation, si utile, si recherchée en Angleterre ; on rendra alors justice à l'ingénieur qui a concu et rédigé les plans de cette grande entreprise, eton lui pardonnera plus facilement les fautes qu'il a commises dans son exécution. La distribution des eaux dans l'intérieur de Paris , est la partie vraiment imparfaite de tous les Lrayaux quise sont exécutés dans cette grande ville; aucune attention n’a été donnée, depuis vingt-cinq ans, à cette branche importante de l'administration ; tout est à créer, et les changemens heureux qu'on peut y faire forment la partie principale des projets compris dans ce recueil. En eflt, lorsqu'on pense qu'il existe peu de villes en Angleterre ou en Amé-

rique où l'eau ne soit distribuée par des conduits, en abondance, dans les maisons ,

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on a lieu de s'étonner que la capitale de la France soit encore soumise à une armée de porteurs d'eau, qui trainent dans les rues leurs tonneaux comme des bêtes de somme, et qui rabaissent la dignité de Fhomme au-dessous d'un robinet. L'état de porteur d'eau est une honte en civilisation, et il faut l'absence de capitaux disponibles depuis vingtcinq ans pour toute entreprise utile , ou l'absence d'attention des administrateurs sur Ce point important, pour avoir laissé subsister cet étrange abus. On concoit d'autant moins cette négligence , qu'il y aurait un bénéfice considérable pour la ville de Paris, ou pour toute compagnie qui entreprendrait d'opérer ce changement. Les travaux nécessaires à la disuribution des eaux dans les rues de Paris, ne coûteraient pas plus de 9 à 10 millions, et en rapporteraient plus de 2 de revenus (1). Notre premier projet consiste donc à changer à la fois le système des conduites d'eau et des égouts, à développer dans tout Paris une ramification de tuyaux qui donne aux eaux tout leur jeu, et permette de les distribuer jusqu'au troisième étage dans les maisons.

Le second projet consiste dans l'établissement d'un Lavoir public au Gros - Caillou , pour mettre à profit les eaux chaudes et froides de la pompe, qui se perdent, et en même temps débarrasser la rivière des bateaux de blanchisseuses qui lencombrent et nuisent à la navigation. Ce projet a été en partie exécuté d'après mes plans, par M. Lecour, fermier actuel des pompes à feu, mais sur une échelle moins grande. Le succes a été complet.

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sième projet a rapport au moyen d'élever les eaux du bassin de Chaillot, dans le réservoir situé au-dessus, et de mettre à profit la chüte de ces mêmes eaux dans les bassins. Cette tentative ne serait qu'un essai, pOur l'opérer plus en grand sitôt qu'on pourrait disposer des eaux de l'Oureq. On peut calculer qu'il serait possible alors de se servir de la force de ces caux, au lieu de la pression de l'air, pour élever les eaux de la Seine et supprimer les dépenses de combustible.

Le quatrième projet consiste dans la construction de plusieurs Fontaines monumentales, servies par un même volume d'eau réparti à différentes hauteurs. Les fontaines élevées dans Paris, par suite du décret du 5 mai 1806, sont la honte du goût ; il nous a paru utile d'appeler l'attention des artistes et des administrateurs sur cel objet. La ville de Rome ne possède que 1500 pouces d'eau: mais ce volume habilement réparti dans plusieurs fontaines monumentales, parait être trois fois plus considérable.

Le cinquième projet a rapport à l'institution que l'on réclame depuis si Jlong-temps dans la capitale , et que les étrangers surtout sont étonnés de ne pas y trouver, je veux parler d'un marcher commode pour les piétons dans les rues , où autrement d'une espèce particulière de trottoir qui soit convenable au peu de largeur des rues

et à la nature des édifices. Le pavé de Paris est encore à peu près ce qu'il était sous

(Gi) Ce caleul a été Fait de trois manitres différentes, et rendue aux fontaines publiques, et le prix de cette même

qui se sont trouvées parfaitement en rapport. La première voie d'eau portée dans les maisons; la troisième en sachant D connaissant le nombre des porteurs d'eau dans Paris et le nombre des muisons et ce que les propriétaires dépen-

ce qu'ils gagnent par jour, terme moyen ; la seconde en sent, terme moyen, pour leur abonnement avec les por-

comparantle prix que conte à la ville de Parisune voied'eau teurs d'eau.

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Philippe-Auguste, et au sortir de maisons magnifiques en pierres de taille, on entre dans des rues incommodes: différent en cela de plusieurs autres pays, où les maisons des particuliers ont peu d'apparence à l'extérieur, mais où rien n'est épargné pour la commodité publique, et les moyens agréables et prompts de communication. Le dernier donne les plans d’une promenade pour les voitures légères et les gens à cheval, à portée de la capitale.

Ce recueil de Projets n'était point destiné à voir le jour; il avait été imprimé et

gravé en 1812, afin d'éviter d'en faire des copies à la main qui auraient été plus chères

et moins fidèles ; mais il n'en avait été tiré qu'un petit nombre d'exemplaires destinés à être distribués au Conseil des Ponts et Chaussées , lorsque la discussion se serait élevée sur quelques-uns de ces plans. Une erreur d'un ministre, à qui jen envoyai à cette époque un exemplaire (1), pensa m'être funeste, et le fut du moins à l'ouv age, qui fut saisi et renfermé pour ne plus reparaitre. En vain je voulus reproduire quelques-uns de ces projets ; la défaveur que cet événement leur avait attiré empêcha qu'ils fussent seulement examinés, jusqu'au changement de Gouvernement en 1814. M. le Comte de

Chabrol, Préfet de la Seine, nomma alors une Commis

sion, dont je faisais partie, pour s'occuper de ces améliorations ; et il n'est aucun doute que cette mesure aurait eu d'heureux résultats, sans les derniers événemens qui ont été si funestes à la France et si onéreux à la ville de Paris.

Tant qu'il me fut possible de conserver quelque espérance que ces travaux pourraient être exécutés par l'administration , je me serais fait un scrupule de les présenter au public; je pense aussi qu'un administrateur ne doit point publier ses pensées (2); mais aujourd'hui cet espoir n'existe plus, et les mêmes raisons qui m'ont fait entreprendre

ce travail, le désir d'être utile , me prescrivent de le faire connaitre. D'un côté, la ville

de Paris est hors d'état d

ci à long-temps d'entreprendre de semblables travaux sur ses

(1) À mou grand éfonnement je recus la lettre ci-jointe: livre et fis voir au Ministre la première page qu'il n'avait pas lue , et qui contenait l'avertissement que ce travail Paris, le 24 mars 1812. n'avait été imprimé que pour être distribué au Conseil ef

« J'ai parcouru, monsieur le Comte, avec beaucoup

d'intérêt l'ouvrage que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser , et qui était joint à votre lettre du 25 de ce mois.

» Un adminis{rateur ne doit point soumettre ses idées au public; il les soumet à son chef immédiat; elles arrivent par la hiérarchie jusqu'à S. M. l'Empereur, qui les adopte, les rejette ou les modifie. Alors la pensée et le bienfait qui en résulte appartiennent à Sa Majesté. Si vous n'étiez, M. le C

mte, qu'un simple particulier, je W'aurais que des éloges à donner à votre travail ; comme administrateur , c’est à regret que je suis obligé de blâmer la publicité que vous avez eu l'intention de lui donner. » Ma surprise fut grande; mais elle augmenta encore lorsque, deux heures après, je recus l’ordre de me rendre surle-champ chez le Mir

e, qui me lut unelettre de l'Empereur , contenant des réprimandes très-sé

veres sur ma hardiesse et mes prétentions. Pour toute réponse, j'ouvris le

n'avait jamais dû être publié. L'affaire fut alors réparée : mais l'ouvrage n'en fut pas moins saisi et transporté à l'hôtel

du Ministère, où il est resté jusqu'au mois d'avril 1814. cette époque , le nouveau Ministre, à qui je le fis redeman-

der, me le renvoya, en me mandant que la pensée appar-

tenait à celui qui la concevait. Le lecteur sera doute

sans étonné que l'on ait pu attacher autant d'importa autant de défaveur à une chose aussi simple.

(2) Il est cependant nécessaire de faire quelque distinction dans ce principe. Sans doute il est mal à un adminis-

trateur de publier des projets qui lui auraient été demandés

ce ou

par l'autorité, où qui lui auraient été fournis par ses subordonnés. Mais lorsque les projets qu'il a conçus lui-même , sorteut du cours ordinaire des travaux qu'il dirige ; lorsqu'’eu les faisant connaître il peut exciter ses concitoyens à se porter au-devant des sacrifices qu’ils exigent, à savoir gré d'avance au Gouvernement qui s’en occupe, il me semble

qu'il sert à la fois la société qui doit jouir un jour du

bienfait, et l'autorité qui en aura la reconnaissance.

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revenus, et de l'autre, on vient de supprimer la place qui me faisait espérer de contribuer à leur exécution , et d'avoir même quelque influence pour les faire adopter. C'est donc à l'opinion publique qu'il faut avoir recours, c'est au patriotisme des habitans de Paris qu'il fut en appeler pour leur propre intérét. Ces travaux sont tellement nécessaires . quils s'exécuteront certainement un jour, malgré les objections, malgré les difficultés, malgré les dépenses. Puissai-je par cet écrit hâter ce moment , et déterminer quelque corporation, quelque compagnie de capitalistes à les entreprendre ; ils seraient aussi profitables pour elles, qu'utiles à leurs concitoyens. Si cet événement heureux avait lieu, je me féliciterais fort d'y avoir eu quelque part, et il ne faudrait pas moins que cette satisfaction pour me consoler de la perte d’une place qui me metlait en relation habituelle avec des hommes aussi respectables qu'éclairés. Je puis aujourd'hui rendre au Corps des Ponts et Chaussées un hommage qu'on n'attribuera ni à la flatterie, ni à la partialité ; oui, je le dis avec plaisir et avec conviction, je ne crois pas qu'il existe une réunion d'hommes plus instruits , plus modestes et plus désintéressés. Outre les qualités qui les distinguent, la plupart sont administrateurs, ce que sont rarement les artistes, et beaucoup d'entre eux sont artistes, ce que sont plus rarement les ingénieurs de la guerre ou de la marine. À l'époque où les autres carrières offraient tant de moyens d'ambition et de fortune, il est peu d'exemples que ceux qui sont entrés dans ce Corps l’aient quitté pour suivre une destinée plus brillante. Une vie douce livrée à des travaux utiles, une considération méritée dans le pays qu'ils habitent, sont les seuls dédommagemens qu'ils cherchent et les seules récomperises auxquelles ils aspirent. Ils parviennent aussi presque tous à ce but, et en faisant leur

éloge, je me crois l'interprète de ceux qui les connaissent.

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