I. POINT
Poun av<nr une idée jusiie et complète de la fête que nous célébrons, il faut la considérer sous diflférens rapports; i.^ comme fête spéciale et principale du Saint-Esprit, et du plos grand prodige qu'il ait opéré dans les Apôtres. 2.^ Comme la fête de la naissance de l'Eglise et son anniversaire. 3.^ Comme la fête de notre propre sanctiGcation.
Le& saints pères lui donnent le nom de Fête du Saint - Esprit Celebranms adçenfum Fpirilûs sancfi , anmWrsaria solemnilafe. Huic solemms congregalîo , solèmnis leclio , huic $olemnls sermo débet ur. Ait sanctusAugustinus Serm. 3.** Pent Saint Bernard: hodie est festwiias spiritûs sancfi , quâ visibiliter apparuil invîsibilis , efc» ( Lisez le reste du premier sermon.) Oui, M. F., <:'est principalement en ce jour que l'Eglise prétend honorer le Saint-Esprit , qui a bien -voulu se rendre visible aux hommes. De même cpi'elle a instituée des fêles pour honorer le grand mystère deTincamation du Fils de Dieu, sa naissance , etc. elle en a voulu établir une pour honorer le grand mystère de la venue du Saint-Esprit, qui a daigné se communiquer aux
de la Pentecôte* /\65
hommes et répandre sur eux ses* dons d'une manière visible ; et quoiqu*en honorant le Fils, nous honorions le Saint-Esprit , elle a jugé à propos d'ordonner des fêtes particulières pour ces diflerens mystères. C'est donc aujourd'hui la fête spéciale de la troisième personne de la .très-sainte Trinité, de l'Esprit saint, et comme nous chantons dans le symbole à la messe , de l'Esprit vivifiant ,^ qui procède du Père et du Fils , qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils , qui a inspiré les prophètes , leur a révélé et fait écrire les divins oracles; c'est, dis-je , la fête de l'Esprit divin ^ égal en tout au Père et au Fils, et qui nous a été envoyé de leur part. Et qu'est-il venu faire, M. F. ? Il est venu opérer le plus éclatant de tous les prodiges dans la personne des Apôtres. Qui n'<»n sera pas saisi d'admiration ? Tous ceux qui se trouvèrent à Jérusalem, rassemblés de tous les pays du mondé , en furent étonnés :
Siupebant omnes et mirabaniur. ( On racontera quelque chose de la merveille du don des langues et des prédications des Apôtres. ) Mais ce qui rend cette fête doublement digne de notre estime et de notre admiration , c'est que c'est en ce jour que s'est faite la publication de la loi nouvelle. Elle se fit, dis-je, d'une manière solennelle , et commença dès-lors à obliger ceux à qui elle étoit annoncée.
Ce^t en ce j.our que cessa la loi ancienne ;
466 i^ur le saint Jour
ce fut la fin de la Pentecôte des Juifs. ( On donnera une idée de la fête de la Pentecôte des Juifs qu*ils célébroient cinquante jours après la Pâques , en mémoire de la publication de la loi ancienne, qui se fit cinquante jours après la sortie de l'Egypte, et pour la célébration de laquelle ils étoient à Jérusalem en ce jour. ) C'est en ce jour , dis-je , que l'Eglise chrétienne commença à être établie , que la synagogue fut détruite , et que Jésus-Christ entra en possession du royaume spirituel qu'il avoit mérité. C'est en ce jour qu'il réunit les Juifs et les Gentils , pour n'en faire plus qu'un même peuple. Il les rassembla tous dans une même bergerie, sous nn même pasteur visible, S. Pierre et ses sttccessenrs. ( On pourra dire quelque chose de la prédication de S. Pierre. )
Voilà , M. F. , la célèbre époque de l'origine
fie l'Eglise chrétienne ; c'en est ici l'ianniver-
saire. Faut-il être surpris si elle la célèbre avec
tant de magnificence , si elle témoigne tant
de joie, si elle invite ses enfans Si s^en souvenir
ttième les jours suivans , si elle Itii donne le
premier rang après la gi'ande fête de Pâques*
ÇuaprovférprofusisgavdiiSf etc.(y oyez]apré(z,ce.'>^
Ce n'est pas tout , M, F. , cette fîte ne mé^
rite pas seulement notre dévotion par les rai^^
sons que nous venons de vous développer. Une
titre considération qni nous regarde nous-
Imesy doit nous la rendre plus chère et nou
de la Pentecôte. 4^7
en faire encore mieux sentir l'excellence; c'est que c'est la fête de notre propre sanctification. 31 n*en est pas de la fête de la Pentecôte comme des autres fêtes que nous célébrons, même des plus solennelles. En les célébrant, nous ,]ious rappelons seulement ce qui s'est accompli autrefois. ( On donnera des exemples , Noël , Pâques , etc. etc. ) Ces mystères ne s'opèrent pas de nouveau ; mais celui de la Pentecôte se renouvelle réellement , quoique d'une manière moins sensible: Hœc manifesfatio ( spiritûs ) mque kodie fil rwhis\àî\X. S. Bernard. Le Saint-Esprit agit encore en nous comme dans les Apôtres , dit le même Saint , Ad pœniientiam sui componctionem cor dis ^ ad supplicaiionem pro venid , ad rtmis^ionem peccatorum , monet , moi>et , docet : monet memoriam , moçet voluntalem et sic impîet lofam domitm noslram , seu totam animam. (Après cette exposition, on fera raisonner les auditeurs sur la préférence qu'ails doivent donner à ceUe fête , la haute estime qu'ils en doivent avoir , soit qu'ils la comparent à celles des Juifs , ou à celles delà nouvelle loi, à celles des Saints et même à celles de Notre - Seigneur Jésus- Christ ; on fera sentir que c'est l'accomplissement de tous les mystères, Je sceau de la nouvelle alliance, le plus grand sujet de joie; et que c'est pour cela, que l'on termine par elle le temps pa^chal , qui est le terme et l'accomplissement des mystèiies de notre ré-
4Sff pour te saint Jour
demption. ) Est-ce là, dirart-on , tidée qae ton» en avez eud jusqu'ici ? Ne Tavez-Tous point regardée comme une autre fête de quelques Saints, de quelques Saintes? N'est-ce point pour cela^cpie vous voui êtes mis pea en peine de la passer saintement, aussi bien que les jours qui la suivent ? Concevez en ce jour l'^time qu^elle mérite , et instruisez^ vous des senti* mens de dévotion, dans lesquels vous- devez ta célébuer.
IL P O I N T
liSS sentimens de dévotion que l'a fête dis T» Pentecôte demande de tous les fidèles , doivent répondre à la grandeur de eette fête et aux merveilles qui s'y sont opérées; aux grâces que Dieu a accordées à son Eglise et à celles qu'il veut bien encore répandre sur nous. C'est la fête par excellence du Saint-Esprit; quel res»pcct ne mérite-t-elle donc pas de notre part? C'est la fête de la naissance de 1-Eglise et de notre propre sanctification ; quelle joie , quellercconnoissance et quel amour ne doit- elle pasnous inspirer ? Voilà , M. F. , les- sentimens dont vous devez être pénétrés dans ce grand jour et pendant touleToctave.!. ^Sentimens de respect, puisque c*(tsl la fête du Saint-Esprit ^ Dec dubîiim est quanta Imi'c diei rêver entia dehetur^ m spirUus îonctus, âxcellen/issuaû suL munerJi^
âe la Pentecôte. 469
miracutô consetravît. Mais en quoi devoiis-nou]^ marquer notre respect? Cest en reconnoissant cet Esprit divin pour vrai Dieu, consubstantiet au Père et au Fils , en Tadorant du plus pro* fond de nos cœurs , en le remerciant de sa bonté immense pour les homnves. .Et comme ce divin Esprit a été envoyé de Dieu le Père parle Fils, nous devons marquer notre recon- Boissance aux trois adorables personnes , nonseulement à l'Esprit saint qui s'est rendu visible, et est venu changer la face de la terre, mais encore au Père qui nous l'a envoyé par son Fils , et au Fils qui notrs l'a mérité. ( Ou dira aux auditeurs de s'entretenir pendant le jour et l'octave des effets merveilleux du Saint- Esprit, et de soa amour infini, en leur recommandant d'assister à la messe et au reste de l'office, avec plus de ferveur que jamais. On leur donnera des avis pour sanctifier tous les jours de la semaine, en assistant à là sainte messe*, lorsqu'ils le pourront commodément; en se rappelant au milieu de- leur travail la manière mei^eilleuse dont le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres ; le changement étonnant qu'il opéra en eux, et la surprise oii se trouvèrent les Juifs venus à Jérusalem ; qui s'en retournèrent dans leur pays , et y racontèrent les merveilles dont ils avoient été les témoins.
2.^ A ces sentimens de respect et d'une ttendirer dévxjtion envçrs le Saint-Esprit , noïis
J{ro Pour te saint Jour
devons joindre des sentimens d*ane sainte )o!e, de reconnoissance et d'amour pour les biens qoe l*£glise a reçus en ce jour et que nous en recevons nous-mêmes. Si on se réjouit \ la venue ctnn prince bienfaisant , si on doit remercier Dieu des moindres faveurs, qudle doit être notre joie en ce grand )onr , auquel le Dieu de toute sainteté est venu prendre possession de son Eglise, faire avec elle une alliance éternelle, sanctîBer le troupeau et ceox qui doivent le conduire, etc. Les Jui& avoient coutume, en célébrant leur Pentecôte, d'ofiîir à Dieu en reconnoissanc les prémices des fruits nonveaux. Cétoit des pains faits avec les pi'emi^rs fruits de la nouvelle moisson. Os rendoient grâces à Dieu de ce qu'il leur avoit donné la loi par le ministère de Moyse , sar deux tables de pierre, cinquante jours après leur première Pâques, c'est-à-dire, après la sortie d'Egypte. Combien plus devons-nous nous oflTrir spirituellement , donner les prémices d^ notre cceur à ce divin Espnt , qui est descendu pour graver la4oi nouvelle , cette loi de grâces et d'amour , non sur des tables de pien-e , mais dans le cœur des Apôtres et des autres fidèles , et qui use encore envers nous de la même libéralité. De-là enfin , sentimens d'amour , mais du plus parfait amour. Et comment ne pas aimer celui qui est^amour neme , qui n'est qu'amour , qui nin^ire et
de la Tentccôte* 4?^
ne produit que Tamour le plus pur, qui est enfin toujours bi-ûlant, et qui ne cherche qu'à se répandre. Oh ! M. F. , que de fruits abondans ne retirerez-vous pas de cette fête , si vous vous laissez aller à ces sentimens qui devroient être comme inséparables de la piété des fidèles en cette ^r^de solennité. (On moralisera, en reprenant chacun de ces sentimens de respect, etc. , et on en tirera des conclusions nature lles,/7tfr ex, de demander pardon d'avoir si mal célébré les années précédentes une fête des plus solennelles de l'Eglise ; de résolution de tenir une conduite toute contraire , surtout de s'abstenir des joies profanes et de la dissipation qui ne sont que trop communes les Jours de fêtes. )
On finira par une courte prière au Saint- Esprit. Exaucez 9 ô divin Esprit ! la prière que nous vous faisons et que nous ne cessons de vous répéter avec toute l'Eglise en ce jour ; venez , descendez parmi nous , comme vous descendîtes sur les Apôtres et les premiers fidèles ; remplissez nos cceurs de vos dons précieux, et embrâsez-Ies du feu de votre amour; renouvelez cette paroisse, et conununiquez au pasteur et aux ouailles les mêmes^ sentiment que vous communiquâtes à l'Eglise naissante, et restez avec nous, afin que, agissant toujours par vos saintes inspirations , nous nous rendions dignes de vous glorifier à [amaîs avec le Père et le Fils , dans k séjour de la gloirew
4^2 Pour le saint Jour
Second sujet. Sur Li Religion.
Le texte sera pris de ces paroles del'épîtrc: repleli sunt omnes , etc. ou dans révangile ; pareehius spiritus sanctus quem mîttet Paier.
Vi'EST au jour de la Pentecôte ^ M. F., c'est en cette grande fête que nous célébrons que s'est accomplie b promesse que le Sauveur avoit faite à ses Apôtres, de leur donner son Sainl- Esprit y qui les instruiroit de toute chose ^ qui leur enseigneroit toute vérité , et les mettroit en état d'en rendre un témoignage public à Jérusalem , dans toute la Judée , la Samarie , dans la Galilée, et jusqu'aux extrémités de la terre. A peine furent- ils remplis de TEsprit saint , qu'ils commencèrent à prêcher l'Evangile. Ce divin Esprit , qui en fit des hommes nouveaux , leur communiqua le don des langues, celui des miracles , des prophéties , et dans peu de temps ils donnèrent naissance à l'Eglise chrétienne , ils formèrent une société visible de personnes qui firent profession de croire en Jésus-Christ ressuscité , de pratiquer sa doc-
de la Pentecôte» 4?^
trîne ; }ls les réunirent tous sous la conduite d'un même pasteur. Elle se répandit insensiblement dans les differens royaumes ; et l'on "vit bientôt le monde entier faire profession de la religion chrétienne, dont vous avez, M. F. , le bonheur d'être les membres. Vous êtes bien persuadés qu'elle estla véritable,et je'vous crois tous prêts à la soutenir au prix de votre sang. ( Si on a fait Vinstniction sur les marques de la véritable Eglise , dont on a donné un plan pour le second dimanche ^près Pâques , on en fera ici mention.) Mais cotnme il importe extrêmement que vous soyez bien affermis dans la foi ; mais comme vous devez aussi être en état de rendre compte de votre croyance , j'ai ciTi devoir vous entretenir de l'é tablissement de notre sainte religion , tant pour votre consolation , que pour votre édiG cation. Mon dessein est de vous faire voir que la religion catholique que nous professons , que l'Eglise romaine, dont nous avons le bonheur d'être lés «lembres, est véritablement l'ouvrage de Dieu; par conséquent , que nous devons nous y attacher de plus en plus , et conformer notre conduite à la doctrine qui y est enseignée ; pour cela , nous considérerons cette religion et cette Eglise dans son origine , dans ses progrès et dans sa perpétuité. Qu'est-ce que cette religion, et comment a-t-elle été établie ? Premier poinlt. Comment $'est-elle soutenue et perpétuée juf
474 ToUr le saint Jour
qu*à présent? Second point. De l'un et de l'autre nons tirerons des conséquences aussi salutaires que consolantes.
Pour être pleinement convaincus que la religion que nous professons , que TEglise oà MOUS avons le bonheur de vivre, est véritablement Touvrage de Dieu, le fruit de la passion de Jésus-Christ , et de la descente du Saint- Esprit; voyons d'abord qu'est-ce que cette religion , quel en est le plan , quels en sont les dogmes , quelle en est la morale. ( On donnera ici un abrégé de toutes ces choses , sur quoi on demandera. ) Qui a pu former le plan d'une telle religion ? Sont- ce des hommes ?
Mais leur orgueil et leur amoui*- propre ne s*y seroient-iLs pas opposés , puisque la croyance des mystères incompréhensibles révolte en apparence leur raison, et que la morale qui en fait le fond , contredit leurs inclinations naturelles '( On ne trouve rien dans tous les sages du paganisme , dans tous les anciens philosophes qui puisse être comparé, ni à la haute idée que notre religion nous donne de Dieu , ni à la pureté de la morale, ni à la sagesse du gouvernement qui en forment la base et l'essence. Dieu seul en a donc été l'auteur. Il n'y a doac que lui qui ait pu Tinspirer , et c'est
de la Pentecôte^ 4^^
ce qu'il a fait en envoyant son Fils sur la terre , quis'y est rendu visible, en se revêtant de notre humanité; c'est ce qu'il a fait au jour de la Pentecôte, où les Apôtres éclairés des lumières de TElsprit saint en furent instruits parfaitement.
Mais quand même des hommes eussent été capables de former ce plan par leurs seules lumières naturelles, eussent-ils pu l'exécuter dans les circonstances où se trouvoit l'univers au temps de Jésus-Christ et des Apôtres ?
Qu'y faisoit-on alors ? Quelle en était la religion? Pai' qui étoient-ils gouvernés, et comment?
Deux religions partageoient alors l'univers ; le Judaïsme et l'idolâtrie. L'une établie de Dieu , l'autre l'effet de la corruption du cœur humain. La première renfermée dans la seule Palestine; La seconde étendue dans tout le reste de la terre. ( On donnera une idée de la religion des Juifs et de l'attachement qu'ils y avoient. ) Le monde étolt alors gouverné par les empereurs romains ; et c'étoit le siècle le plus fameux du grand empire, appelé le siècle d'Auguste; (c'étoit le nom de l'emr pereur d'alors ) il réunissoit tout ce que la gloire et la sagesse humaine ont de plus éclatant : mais rien n^égaloit son attachement pour les faux Dieux, à qui il se croyoit rcn redevable de l'empire du monde. Pai-tout
4^6 Tour le saint Jour
étoient élevés des temples aux fausses iàsi* Dites. Rome sur- tout , la capitale du grand empire , se distinguoit par ses superstitions. C'étoit le centre de Timpiété et de la religion payènne. Que de tristes réflexions présente à nos esprits ce court tableau des erreurs d'alors ? L'univers entier livré à Tidolatrie ^ plongé dans toute sorte de vice», à l'exception d'un pays assez peu considérable , je veux dire la Palestine, qui faisoit profession de reconnoîti'e et d'adorer le vrai Dieu, de pratiquer la loi qu'il avoit donnée à son peuple sur le Mont Sinaï ; encore s*étoit-il gli^é parmi eux une multitude de fausses traditions? Ils attendoient, il est vrai, le Messie, un libérateur, un sauveur. Les prophètes Vavoiedt prédit expressément; ils en avoient marqué les caractères , sa conception , le lieu de sa naissance, etc. Mais aveuglés pai* la fausse idée qu'ils s'en étoient formées, prévenus par ceux qui étoient dépositaires des saintes écritures, que ce Messie seroit un homme puissant, qui les délivreroit du )oug des romains, dont ils étoient devenus tributaires; ils n'avoient point voulu le recevoir ; la synagogue entière s'étoit soulevée contre lui , tous avoieni ■ demandé sa mort ; et ils étoient enfin venus à bout de le faire mourir sur une croix. D avoit à la vérité , ce Messie promis , quelques disciples dans Jérusalem , qu'il s'étoit attachés
de la Pentecôte* 4*^7
lendant le cours de ses prédications. Mais [ui étoient ces disciples ? Vous le savez 9 4. F* , et il D*est pas besoin de vous faire ie détail de leur ignorance , de leur foiblesse pt de toutes leurs imperfections. Tel étoit l*état de l'univers , lorsque la religion que nous professons , quQ rËglise,dont nous sommes les membres , commença a s^établir. Rien n*est plus constant que ce fait; toutes les histoires concourent à le démontrer. Or, je vous le demande, M. F., quel autre que Dieu, c'està-dire , un être souverainement puissant , jnmtre de tous les espi-its et de tous les cœurs, çt qui dispose des hommes à son gré : quel 9utre,.dis-je, qu'un Dieu a pu dans ces circonstances mettre en exécution le plan de la religion chrétienne, et venir à bout d'établir l'Eglise catholique, que nous voyons subsister? Ce ne sont ni les Juifs, ni les gentils, puisque les uns et les autres y étoient tout à. fait opposé3. Ce n'est pas, non plus, par rindustiie des disciples du Sauveur, par leur éloquence natai^lle , par leur crédit , ni par quelque violence qu'ils aient employée ; c'est donc l'ouvrage de Dieu seul: A Domino factum est istud, (Psal. 1 1 7. ) Et que peut-il y avoir de plus admirable? Quoi de plus consolant pour nous , que de nous rappeler la manière dont il l'a accompli : Est mirabiie ia ocuiis msim\ (Ps. 116.)
478 Fout le saint Jour
(On fera ici uue supposition, en rappelant «u peuple Vëtat où se trouvoit le monde avant rétablissement de l'Eglise. ) Qui de nous, dirat-on , s'il en eut été témoin , et que bientôt après il eut vu le changement qui se fit dans la Judée et dans l'empire romain , et de la manière qu'il s'opéra ; qui de nous , dis-je ^ eût pu n'y pas reconnoitre la vertu divine , la main de Dieu , et s'écrier avec le prophète roi, Dexfera Dominifecit virtuiem. ( Ibid. ) La droite du Seigneur a fait éclater sa force. Voyez en effet, M. F. , les obstacles qui étoient à surmonter, soit de la part des Gentils , soit de la paît des Juifs. Orgueil , impiété dans les uns , aveuglement et obstination dans les autres. Faire abandonner des religions où Ton avoit été élevé , que Ton avoit reçues de ses pères ; renoncer à ses passions et embrasser une religion qui captive et l'entendement et le cœur , qui mortifie tous les sens. ( Voyez la supposition dont se sert Bourdaloue dans sa dominicale , sixième dimanche après TEpiphanie, ) Bs ont été surmontés ces obstacles. Est-ce par une force humaine? Non, très- certainement Elle ne va pas jusques là , sur-tout si on examine les instrumens qui ont servi à ce changement étonnant. Ce ne furent ni les sages, ni les puissans du monde qui y furent employés ; mais les hommes les plus foibles , les plus grossiers, pêcheurs pour la plupart. ( Ou rapportera ce
de la Pentecôte* 479
cjui est dit des premières prédications de S. Pierre, et sur- tout cette plénitude de lumières, de sainteté et de force qui parut en eux. ) Il n'appartient qu'à Dieu d'instruire ainsi les hommes , de les encourager , de les changer , de les métamorphoser.
Et par combien de miracles ces premiers prédicateurs ne confirmèrent-ils pas la doctrine qu'ils prêchoient. Miracles de toute espèce.
L'ombre seule de S. Pierre en opéroit. ( Voyez les actes des Apôtres.) Au seul nom de Jésus, les malades étoient guéris , les morts ressuscitoient , etc. Aussi , M. F. , vit-on peu à peu l'Eglise chrétienne se former à Jéinisalem, malgré toutes les contradictions des prêtres de la synagogue , des magistrats et des anciens du peuple. Insensiblement la foi en Jésus-Christ ressuscité gagna la Judée , la Samarie , la Gallilée. De-là , elle se répandit hors de la Palestine , dans lés fameuses villes d'Antioche et de Corinthe. Elle parvint enfin jusqu'à la capitale de Tempfre romain , et ce fiit là que S. Pierre , le chef visible de l'Eglise , fixa son siège , après avoir demeuré quelques années à Antioche.
Que ne puis- je vous bien décrire celte fameuse victoire que la foi remporta sur les puissances de l'enfer , qui triomphoient depuis tant de siècles dans la superbe Rome ! Comment penser aux succès qu'y eurent les pré-
48 o Pour le saint Jour
4i cations des Apôtres , sans admirer et Temercier en même tempsla puissance et la boulé divine , des fruits qu'y produisit la divine parôle. Ne seroit-ce pas , dit S. Augustin , le plus grand de tous les miracles, que le monde se soit converti sans miracle ? Celui qui refuse de croire après de telles preuves , n'estil pas lui-même un prodige d'aveuglement ( Exemples tirés de l'ancien testament, par ex* la conquête de la terre promise et la prise de Jéricho , qui sont incontestablement l'ouvrage du Seigneur.)N'est-cc encore pas une chose plus prodigieuse qu'au son des douze trompettes ëvangéliques , je veux dire, les douze Apôtres , les temples de l'idolâtrie aient été renversés dans tout l'univers. H est évident que les hommes n'cmployent pas de tels moyens pour réussir dans leurs entreprises ; mais plutôt la force , rindustrie , le crédit , l'éloquence , etc. ( On conclura le premier point par engager les auditeurs à remercier Dieu d'avoir rendu la vérité de notre religion si évidemment .croyable , que Ton ne peut sans une extrême folie , se refuser de lui rendre rhomftnage de sa foi. ) Ne seroit-ce pas la dernière de toutes les imprudences de la révoquer en doute. ( On aura égard à la qualité des auditeurs ; on réfutera les prétextes des incrédules ; et pour cela , voyez les pensées de Bourdaloue et les méditations de Nepveu , aux 2 et 3 aoûL On
montrera
de là Pentecôte 4^i
montrera la sagesse et la prudence de ceux qai soumettent leur jugement au témoignage d*un Dieu qui s'explique si clairement , s*atta* chant fermement et constamment à TEglise catholique.
IL POINT
Ce que nous venons de dire , M. F. , de la naissance de l'Eglise et de la manière dont elle s'est répandue dans le monde, est déjà plus que suffisant pour nous convaincre qu'elle est l'ouvrage de Dieu : mais nous avons encore de quoi nous en convaincre plus pleinement dans la manière dont elle s'est soutenue et perpétuée jusqu'à présent. ( Ici on s'attachera à décrire les persécutions des trois premiers siècles , de la part des payens dans tout l'empire , ensuite on en viendra aux hérésies qui l'ont agitée de tout temps. )
Comment pensez^vous , M. F. y que farent traités ceux qui embrassèrent la foi de Jésus- Christ, prêchée par les Apôtres et leurs disciples? Comment les Apôtres eux-mêmes et tousles prédicateurs de l'Evangile ont-ils exercé leur ministère ? Ouvrons d^abord les actes des^ Apôtres. ( On citera ce qui en est rapporté surtout au chap. 8.® : Fada est persecutio magna in Eccîesiâ.Ce qu'endîtS.PauL (2. ad«Timoth. 3.) Quales persecutiones- sustinm. Par-tout on s'oppo" Tome IL X
483 Tour le saint Jour
soit k cette Eglise , Nam de sectd hâç notum est nobis quia uhique ei contradicitur^ ( i^ct 28. ) dirent à S. Paul les Juifs qui étoient à Rome.
Après avoir cité ce qui est dans récriture , on rapportera la multitude innombrable des martyrs dont les histoires font mention , les différens genres de supplices , la constance admirable des martyrs , et les effets merveilleux que leur constance opéroit : Sanguh martyrum semenchrisHanorum^ dit Tertulien. ( On en tirera une réflexion. ) Si toute la puissance des hommes n'a pu lui nuire ; si tous leurs efforts n*ont fait que contribuer à son accroissement; ce n'est donc pas l'ouvrage des hommes , mais de Dieu, qui a su se servir de ce qui auroit dû la détruire, pour l'étendre de plus en plus, et pour la cimenter plus solidement.
Cependant Dieu permit que les persécutions cessassent. L'empereur Constantin embrassa la foi chrétienne , catholique. On professa notre sainte religion avec une pleine liberté , dans toute l'étendue de l'empire; des temples sacrés furent élevés au vrai Dieu et à Jésus-Christ son Fils, sur les ruines des temples des faux dieux. Mais aux anciennes persécutions en succédèrent d'autres non moins à craindre. Ce fut de la part des hérétiques qui attaquèrent des points essentiels de cette religion , la trinité des personnes, la divinité de Jésus^ Christ, celle du Saint-Esprit, etc. Us firent entier
de la Pentecôte* 483
dans leur parti les princes , les rois \ les empereurs. Encore dans ces derniers siècles , ils n'ont rien oublié pour en sapper jusqu*aux fondemens.
Vous dirai-je sans douleur jusqu'oïl ils ont porté leur fureur contre l'Eglise romaine. On les a vus renverser les temples sacrés élevés au vrai Dieu , fouler aux pieds la divine Eucharistie, abolir le saint sacrifice de la messe , l'usage de la confession , profaner les reliques des saints , etc. Combien de provinces où ils ont porté le fer et le feu. Que n'ont-ils pas fait pour séduire les vrais fidèles ? Ils leur ont prêché une morale toute conforme aux inclinations de la nature. En affectant le. nom de réforme, ils ont enseigné des maximes toutes contraires à celles de Jésus-Christ. Or , M. F. , Dieu auroit-il pu être l'auteur de telles religions, et en arrêtant, comme il le fait, les progrès de l'hérésie , en étendant la foi catholique parmi les infidèles , par le seul glaive de sa pa^ rôle ^ tandis que de faux docteurs , un Luther , un Calvin s'efibrcoient de l'abolir dans l'Aile* magne , dans la France et dans l'Angleterre ; peut-on douter que la conservation et la perpétuité de la religion catholique , ne soitjun effet de la toute -puissance divine?
Remarquez , je vous prie , de quelles armes ces hérétiques se sont servis pour établir leurs sectes pernicieuses. Comparez -les avec celles
•484 ToUr h saint Jour
qu'employèrent les Apôtres. Rapprocha leur doctrine et leur vie, de la doctrine et de la vie de ceux que Dieu destina à fobder son Eglise. Ne verrons -nous pas manifestement que ces hérétiques n'ont été conduits que par l'esprit derreur et de mensonge , et que la vérité ne se rencontre nulle part que dans notre sainte religion. Dieu Ta conservée jusqu'à présent aa milieu de tant d'ennemis , et il là conservera toujours. Jésus-Christ son chef invisible lui a promis la perpétuité ; elle seule a le privilège -d'enseigner la sainte doctrine , et lès portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre «lie. Eccc ego vobiscum sum , etc. portœ inferi nom prue^alebunt^ etc.
Les hérésies se succéderoiit les unes aux autres ; mais aucune ne ti^îompherade l'Eglise de Jésus-Christ En un mol , M. F. , le Sainl- Elsprit sera toujours avec les premiers pasteurs qui nous gouvernent, et jamais il ne laissera périr son ouvrage. Ecce ego, etc. Ego rogabo . Pat rem , et alium paractetum dabit vobis, ut maneat -vobiscum in œternum.
Cette promesse et cette prière de Jésus-Christ auront infailliblement leur effet jusqu'à la con- 'sommation des siècles. Quelle conclusion , chrétiens , à tirer d'ici ? Car il est temps de finir. Je les réduis à quatre et les comprends en quatre mots , qui seront autant d'instructions pour vous et pour moi. Reconnoissance> étonnement, réflexion, résolution. Appliquez-
de la pentecôie. 485
vous. Reconnoissance , et envers qui ? Ponvons- Tignorer , Seigneur , et ne seroit-ce pas la plus monstrueuse ingratitude , si jamais nous venions à méconnoître le plus grand de vos bienfaits ? Soyez-en donc éternellement béni , ô mon Dieu ! c'est vous , et vous seul qui avez foi'mé cette Eglise, où nous avons le bonheur de vivre ; vous qui Tavez animée de votre Esprit , qui lui avez révélé vos vérités , qui lui avez confié votre loi , etc. Hélas ! que serionsnous devenus, et dans quelles ténèbres serionsnous plongés , si vous ne nous eussiez pas fait naître dans cette Eglise ?
Etonnemenf, Et de quoi : ne le voyez- vous pas, M. F. ? n'est- il pas bien étonnant que la parole de Dieu , dès la naissance du christianisme, ait converti le monde entier, et que maintenant elle ne vous convertisse pas. (Voyez la fin du sermon de Bourdaloue déjà cité. )
Réflexion, Que chacun se dise à soi-même , que me sert-il d'être dans la véritable Eglise , si j e n'en pratique pas les maximes , par exemple , si je ne fais point de Pâques ? De quel avantage sera-t-il pour moi que ma religion ait triomphé de toutes les puissances du siècle et die l'enfer y si elle ne triomphe pas de mes passions , et si ma conduite n'est pas conforme à la foi que je professe? Ma religion ne sera^-t-ellè pas le plus juste sujet de ma con damnation ?
Enfin , résolution. Puisque les vérités évangé-
i(86 Tour le saint Jour
liques prêchées par les Apôtres et leurs-succès seurs ont eu tant d'efficace et de force sur les premiers fklèles , si en les a vus mener la vie la plus sainte ^ et attirer à la foi, par l'édification de leurs moeurs , les juifs et les idolâtres; s'ik n*étoient qu'un cœur et qu'une ame; s'ils renoQçoient à l'afiection des biens de la terre ; s'ils s'en dépouiUoient pour soulager leurs frères , s'ils persévéroient dans la. prière , dans ta fréquentation de la divine eucharistie , dans Tassiduité à entendre la parole de Dieu ; si enfin on les voyoit soutenir cette même religion, que je professe, aux dépens deletw propre vie, confesser Jésus-Christ devant les tyrans , endurer des tourmens inouïs avec une patience à toute épreuve : pourquoi ces mêmes vérite's qui me- sont annoncées , et que je crois fermement , ont-elles si peu de force sur mon cœur ? Pourquoi ma vie est-elle si contraire à celle des premiers chrétiens , à celle de tant de martyrs, et même de plusieurs fidèles qui vivent à présent, et qui, au milieu du monde, honorent leur religion par la sainteté de leur vie ? Quelle confusion pour moi !
Ah ! Seigneur , c*en est fait ; je forme à ce moment la résolution de vivre en vrai chrétien , en vrai catholique. Votre vie , divin Jésus , dont on m'a fait le récit dans tant d'instructions ; vos maximes qu*on m'a annoncées si souvent , seront les seules règles de ma cou-
de la Pentecôte» 487
duite. J'ai besoin pour cela de votre grâce; envoyez-moi à cet effet votre Esprit de force qui m'aide à me vaincre moi-même , et à persévérer jusqu'à la mort , dans l'observation de vos divins commandemens , afin qu'après avoir été un digne membre de VEglise militante , je mérite de vous être réuni dans l'Eglise triomphante. Amen.
On pourroit aussi parler du don de la foi i.
montrer dans un premier point que la foi a été l'effet de la descente du Saint-Esprit et de la prédication des Apôtres , et dajas le second nos obligations à cet égard»
FIN Ji/ Tome^ second.