XXVII
Quoique la troisième table des principes tirés de la nature de i entendement même suivant une méthode critique montre en soi une perfection supérieure à toute autre qu’on ait jamais tentée ou qui puisse l’être dogmatiquement sur les choses mêmes, en ce qu’elle présente toutes les propositions fondamentales d’un caractère synthétiques priori, et d'après un seul principe, celui de la faculté de juger en général, faculté qui constitue l’essence de l’expérience au regard de I entendement, en sorte qu’on peut être assuré qu’il n’y a pas d’autres propositions de ce genre (satisfaction que la méthode dogmatique ne peut jamais procurer) ; ce n’est pas là cependant son plusgrand mérite, tant s’en faut.
Il faut faire attention à l’argument qui établit a priori la possibilité de cette expérience, et ramène en même temps tous ces principes à une condition qui ne doit jamais être perdue de vue. à moins d’être mal entendue et étendue dans l’usage au delà du sens primitif que l’entendement veut y donner, à savoir qu’ils ne contiennent que les conditions de l’expérience possible eu général, comme soumise à des lois
a priori. Je ne dis pas que des choses en soi contiennent une grandeur, que leur réalité ait un degré, leur existence une liaison des accidents en une substance, etc. ; car personne ne peut le prouver, parce qu’une, pareille synthèse par simples notions, où tout rapport a une intuition sensible d’une part, et toute liaison d’une semblable intuition en une expérience possible d’autre part font défaut, est absolument impossible. La limitation essentielle des notions est donc dans ce principe, que toutes choses, comme objets de l’expérience seulement, sont nécessairement soumises aux notions ci-dessus.
De là une autre preuve spécifiquement propre, à sa voir que ces principes ne se rapportent pas précisément aux phénomènes et à leur rapport, mais à la possibilité de l’expérience, dont les phénomènes constituent seulement la matière et non la forme, c’est-à- dire à des propositions sy nthétiques d’une valeur objective et universelle; en quoi des jugements d’expérience se distinguent précisément des simples jugements de perception. Ce qui a lieu par le double fait, que les phénomènes, comme simples intuitions qui occupent une portion d' espace et de temps, sont soumis à la notion de quantité qui en relie synthétiquement le divers suivant des règles a priori , et que la perception contenant, outre l’intuition, une sensation entre laquelle et zéro ou sa complète extinction, et la transition par amoindrissement existant toujours par cette raison, le réel des phénomènes doit avoir un degré, non pas en ce sens qu’il occupe lui-même une partie de l’espace ou du
temps (1), mais par la raison cependant que le passage du temps ou de l’espace vide à ce degré n’est possible que dans le temps. D’où il suit que la sensation, tout en n’étant jamais connue a priori , comme qualité de l’intuition erfÇpirique, en quoi elle se distingue spécitiquement des autres sensations, peut néanmoins être distinguée intensivement dans une expérience possible en général, comme quantité de la perception, d’avec toute autre de même espèce, ce qui rend possible et détermine par dessus tout l’application de la mathématique à la nature par rapporté l’intuition sensible qui nous la donne.
Mais le lecteur doit surtout faire attention à la preuve des principes qui portent le nom d’analogies de l’expérience. Car cette preuve ne concernant pas la production des intuitions, comme les principes de l’application de la mathématique à la physique en général, mais la liaison de leur existence en une expérience, et cette expérience ne pouvant être que la détermination de l’existence dans le temps d’après des lois nécessaires sous lesquelles seules elle vaut objectivement, par con-
(1) La chaleur, la lumière, etc., sont aussi étendus dans un petit espace (quant au degré) que dans un grand ; de même les représentations internes, la douleur, la conscience en général, ne sont pas plus petites quant au degré, pour durer moins ou davantage, fca quantité est donc ici en un seul point et en un seul instant aussi grande que dans un espace ou un temps quelconque, même le plus grand. Des degrés sont donc plus grands, non dans l’intuition , mais d'après la simple sensation, ou bien encore suivant l’étendue du degré, et ne peuvent s’estimer comme grandeurs que par le rapport de 1 à 0, c’est-à-dire parce que chacun d’eux peut décroître dans un certain temps jusqu'à disparaître, décroître de zéro pai une infinité de moments jusqu’à une sensation déterminée.
Quantitas qualitatis est gradus.)
séquent est une expérience ; cette peuve, disons-nous, n’a pas pour but l’unité synthétique dans la liaison des choses en soi , mais celle des perceptions, et môme des perceptions considérées non par rapport à la matière, mais par rapport à leur détermination*dans le temps et à la relation de l’existence dans cette détermination, suivant des lois universelles. Ces lois universelles contiennent doncla nécessité de la détermination del’existence dans le temps en général (par conséquent suivant une règle de l’entendement « priori), si la détermination empirique doit être d’une valeur objective dans le temps relatif, c’est-à-dire une expérience. Ce que je dirai de plus ici, dans des prolégomènes, n’aura d’autre but que de recommander au lecteur assujetti par une longue habitude, de regarder une expérience comme un simple assemblage empirique de perceptions; et, comme il ne pense pas que cet assemblage va bien plus loin que les perceptions, c’est-à-dire quelle donne aux jugements empiriques l’universalité, mais qu’elle a besoin pour cela d’une unité intellectuelle pure, qui précède a priori, de bien faire attention à ce qui distingue l’expérience d’un simple agrégat, et de juger la preuve de ce point de vue.