CARACTÈRE PROPRE DE TOUTE CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE
Des sources de la métaphysique.
Quand on veut présenter une connaissance comme science, il faut avant tout pouvoir déterminer avec précision ce qu’elle a de propre , et qui la distingue de toute autre connaissance; autrement les limites de toutes les sciences se confondent, et aucune d’elles ne peut être traitée, quant à sa nature, d’une manière fondamentale.
Or, ce côté distinctif peut consister dans ce qu’il y a de propre soit à Y objet, soit aux sources de la connaissance, soit encore à la manière de connaître, ou dans quelques-unes de ces choses, ou dans toutes. C’est là-dessus que repose avant tout l’idée de la science possible et de son domaine.
Et d’abord, en ce qui regarde les sources d’une connaissance métaphysique, il est évident, par la notion même de cette connaissance, qu’elles ne peuvent être empiriques. Ses principes (dont font partie non seulement les propositions qui les constituent, mais encore les notions fondamentales) ne doivent donc jamais
INTRODUCTION
être pris de l’expérience. Cette connaissance, en effet, doit être non pas physique, mais métaphysique, c’està-dire dépasser l’expérience. Par conséquent, ni l’expérience externe, qui est la source de la physique, ni l’interne, qui est le fondement de la psychologie empirique, ne peuvent lui servir de base. Elle est donc une connaissance a priori , ou d’entendement pur et de raison pure.
Mais il n’y aurait rien jusque-là qui la distinguât des mathématiques pures. Elle pourra donc s’appeler une connaissance philosophique pure . Je renvoie pour la signification de cette expression à la partie de la Critique de la raison pure (1) où j’ai donné, d’une manière claire et satisfaisante, la différence de ces deux sortes d’usage et la raison. — Voilà ce que j’avais à dire des sources de la connaissance métaphysique.