XL1II
Ma plus grande préoccupation dans la Critique a toujours été non seulement de distinguer avec soin les espèces de connaissances, mais aussi de pouvoir seulement assigner à chacune d’elles les notions de source commune qui lui conviennent, afin de savoir par là non seulement d’où elles proviennent, et d’en pouvoir déterminer l’usage avec certitude, mais aussi pour avoir l’avantage encore inattendu jusqu’ici, quoique précieux, de connaître parfaitement, par conséquent par principes, le nombre, la classification et les espèces des notions a priori. Sans cela tout en métaphysique n’est que pure rhapsodie, où personne ne sait jamais si ce qu’il possède suffit, ou s'il ne manquerait pas encore quelque chose, et en quoi. On ne peut certainement avoir cet avantage que dans la philosophie pure ; c’en est même l’essence.
Comme j’avais trouvé l’origine des catégories dans les quatre fonctions logiques de tous les jugements de l’entendement, il était bien naturel de chercher l’origine des Idées dans les trois fonctions des raisonnements rationnels; car dès qu’une fois des notions
POSSIBILITÉ D’üNE MÉTAPHYSIQUE. 125
rationnelles pures (des Idées transcendantales) sont données, elles ne peuvent (à moins qu’on ne veuille les considérer comme innées), être trouvées que dans la même opération rationnelle qui, en tant qu’elle concerne simplement la forme, représente le côté logique des raisonnements rationnels, mais qui, en tant qu’elle représente les jugements intellectuels comme déterminés a priori par rapport à une forme ou à une autre, constituent les notions transcendantales de la raison pure.
La diflérence formelle des raisonnements rationnels rend nécessaire leur division en catégoriques, hypothétiques et disjonctifs. Les notions rationnelles qui trouvent là leur fondement contiennent donc : 1° l’Idée du sujet parfait (substantiel) ; 2° l’Idée -de la série complète des conditions ; 3° la détermination de toutes les notions dans l’Idée d'un complet ensemble du possible (1). La première Idée était psychologique, la seconde cosmologique , la troisième théologique, et comme toutes trois prêtent à une dialectique, et cependant chacune d’elles à sa manière, la division de toute la dialectique de la raison pure opère eu con-
(1) Dans le jugement disjouctif nous considérons toute la possibilité, par rapport à une certaine notion, comme divisée. Le principe ontologique de la détermination universelle d’une chose en général (de tous les prédicats opposés possibles il en est un qui convient à chaque chose), qui est en même temps le principe de tous les jugements disjonctifs, suppose l’ensemble de toute la possibilité, ensemble où la possibilité de chaque chose en général est regardée comme déterminée. Ceci peut servir jusqu’à un certain point ù expliquer le principe précédent, à savoir : que l’acte de la raison dans les raisonnements rationnels est le même quant à la forme que celle qui lui sert à produire l'Idée d’un ensemble de toute réalité, Idée qui contient le positif de tous les prédicuts opposés entre eux.
séquence comme il suit : le Paralogisme, l’Antinomie et l’idéal de la raison pure. Par cette dérivation nous sommes parfaitement sûrs que toutes les prétentions de la raison pure se trouvent ici pleinement représentées, qu’il n’en est aucune qui n’y trouve sa place, parce que la faculté de raisonner elle-même, d’où elles tirent toute leur origine, est par là complètement parcourue.