‹ Prolégomènes a toute métaphysique future qui aura le droit de se présenter comme scienceChapitre 48 sur 83 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

Ce Même pensant (l’âme), comme dernier sujet de la pensée, qui ne peut même pas être représenté comme étant à son tour le prédicat d’une autre chose, peut donc s’appeler substance ; mais cette notion n’en est pas moins entièrement vide, sans aucune conséquence possible, si l’on en peut démontrer la permanence comme ce qui féconde expérimentalement la notion de substance.

Or la permanence ne peut jamais être déduite de la notion d’une substance comme chose en soi, mais seulement en faveur de l’expérience. C’est ce qui a été suffisamment prouvé dans la première analogie de l’expérience ( Critique , p. 122), et si l’on ne veut pas se rendre à cette preuve, on n’a qu’à voir si l’on réussira dans la tentative de prouver par la notion d’un sujet qui lui-même n’existe pas comme prédicat d’une autre chose, que son existence est absolument permanente, et qu’il ne peut subsister ou périr ni par soimême ni par quelque autre cause naturelle. Ces propositions synthétiques a priori ne peuvent jamais être prouvées en elles-mêmes, mais uniquement par rapport aux choses, comme objet d’une expérience possible.

possibilité d’une métaphysique.

§ XLVIH.

Si donc nous voulons conclure de la notion de l’àme comme substance à sa permanence, ce raisonnement ne peut lui convenir qu a l’égard de l’expérience possible, et non en tant qu’elle est une chose en soi et en dehors de toute expérience possible. Or la condition subjective de toute notre expérience possibleest la vie : la permanence de l’âme ne peut donc être conclue que pendant la vie, puisque la mort de l’homme est la fin de toute expérience; ce qui concerne l’âme comme objet d’elle-même, le contraire n’étant pas prouvé, est précisément ce qui est en question.

La permanence de l’âme ne peut être prouvée que dans la vie de l’homme (permanence dont la preuve nous sera facilement accordée), mais elle ne saurait être établie pour le temps qui doit suivre la mort (ce qui est précisément l’objet de notre recherche), et cela par la raison générale que la notion de substance, en tant qu’elle doit être considérée comme nécessairement liée à la notion de permanence, ne le peut être que suivant un principe de l’expérience possible, et par conséquent dans l’intérêt de cette expérience seulement (1).

(1) C’est une chose remarquable , que les métaphysiciens aient toujours passé si légèrement sur le principe de la permanence des substances, sans jamais en rechercher la preuve ; c’est sans doute parce que aussitôt qu’ils commençaient par la notion de substance, ils se trouvaient destitués de toute preuve. Le sens commun, qui s’était bien aperçu que sans cette supposition il n’est pas possible de lier des perceptions dans une expérience, répara ce défaut par un postulat; car il ne pouvait ja-

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