‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 39 sur 98 · XXXII · texte numérisé non relu

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Ainsi donc on a enfin quelque chose de déterminé et à quoi Ton peut s attacher dans toutes les recherches métaphysiques qui ont été faites jusqu'ici assez témérairement, mais toujours aveuglément sur toutes choses sans distinction. Les penseurs dogmatiques n*ont jamais fait attention que le but de leurs efforts devait être fixé aussi près d'eux, ni ceux-là mêmes qui, fiers de leur soi-disant saine raison, n avaient pas pour but d arriver par des notions légitimes et naturelles, il est vrai, mais destinées à un usage purement empirique, et par des principes de la raison pure, à des connaissances dont ils ne connaissaient ni ne pouvaient connaître les limites déterminées, parce qu'ils n'avaient pas réfléchi ou ne pouvaient pas réfléchir sur la nature et même sur la possibilité d'un pareil entendement pur.

Plusieurs naturalistes de la raison pure (j'entends par là ceux qui croient pouvoir se prononcer sans aucune science des choses métaphysiques) ont pu prétendre qu'ils avaient déjà, et depuis longtemps, grâce à l'esprit de divination de leur saine raison, non seulement pressenti, mais aussi su et vu ce qui a été exposé ici avec tant de formalité, ou s'ils aiment mieux, avec tant de détail et d'appareil pédantesque,à savoir, c< que nous ne pouvons jamais, avec toute notre raison, sortir du champ de lexpérience. » Mais si, quand on les interroge discrètement sur leurs principes rationnels, ils sont forcés d'avouer qu'il y en a plusieurs qu'ils n'ont pa& tirés de Texpérienee, qui ont par con-

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séquent une valeur indépendante de Texpérience et a priori^ comment et par quelles raisons veulent-ils donc renfermer les dogmatiques ainsi qu'eux-mêmes dans ces limites, eux qui font usage de ces notions et de ces principes en dehors de toute expérience possible, si ce n est par cela même qulls les connaissent indépendamment de Texpérience? Et même cet adepte de la saine raison n'est pas bien sûr, malgré toute sa prétendue sagesse, acquise à si bon marché, de ne point passer à son insu du champ de l'expérience, dans celui des chirmères. Aussi y est-il d'ordinaire profondément engagé, quoique par un langage populaire il donne une certaine couleur à ses vaines assertions, puisque tout n'est pour lui que simple vraisemblance, conjectures rationnelles ou analogies.

§ xxxin.

Déjà dès les temps les plus reculés delà philosophie des scrutateurs de la raison pure avaient conçu en dehors des êtres sensibles ou des phénomènes {phœnomena) qui constituent le monde sensible, des êtres intelligibles particuliers [noumena) qui doivent composer un monde intelligible; et comme ils tenaient le phénomène et l'apparence [Scheim) pour identiques (ce qui était bien pardonnable à un âge encore grossier), ils n'accordèrent de réalité qu'aux êtres intelligibles.

Dans le fait, si nous considérons les objets des sens, ce qui est permis, comme de simples phénomènes, nous reconnaissons par là toutefois qu'une chose en soi leur sert de fondement, quoique nous

lOt PROLÉGOMÉNBS A iA MÉTAPHYSIQUB.

ne sachions pas ce qu'elle est, mais que nous n'^n connaissions que le phénomène, c'est-à^ire la ma-r nière dont nos sens sont affectés par ce quelque chose d'inconnu. L'entendement donc, par cela qu'il ad* met des phénomènes, reconnaît également l'existence de choses en soi, et à ce titre on peut dire que la représentation d'êtres qui sont la base des phénomènes, d'êtres purement intellectuels par conséquent, est non seulement légitime, mais encore inévitable.

Notre déduction critique n'exclut point de pareilles choses {noumena), mais elle restreint plutôt les principes de l'esthétique à ce point, de ne pas s'étendre à tout, ce qui convertirait toute chose en simple phénomène, mais de n'avoir de valeur l^itime que pour des objets d'une expérience possible. Les êtres intelligibles sont donc reconnus, mais avec la restriction expresse, et qui ne souffre pas d'exception, que nous ne savons absolument rien de positif de ces êtres intelligibles purs, que nous n'en pouvons rien savoir, parce que nos concepts intellectuels purs, ainsi que nos intuitions pures, ne se rapporteut qu'aux objets de l'expérience possible, aux seuls êtres sensibles par conséquent, et qu'aussitôt qu'on en sort, ces notions n'ont plus la moindre valeur.

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