‹ Promenade au Canada et aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 2 sur 22 · V AVANT=PROPOS · texte numérisé non relu

V AVANT=PROPOS

rait être l'objet d'un livre, celui qui veut profiter sérieusement de son séjour en Amérique ne peut se dispenser de prendre, füt-ce sur des feuilles volantes, quelques noles qui lui en rappelleront les incidents principaux. Qu'il est bon ensuite, je le dis par expérience, de passer les onze ou douze jours de la traversée de retour à classer ces feuillets épars, à leur donner une forme, une suite, à voyager de nouveau au milieu de ses notes de voyage!

Le cahier de notes que j'ai rédigé de la sorte sur l’une des tables d’acajou du fumoir du Péreire n'était pas desliné à sortir du carton où dorment mes souvenirs de voyage. L’hospilalité qui a été obligeamment accordée à ces pages dans le Contemporain m'en a fait décider autrement, et c'est le texte mème des articles parus dans cette Revue que je publie aujourd’hui.

J'ai cherché uniquement à être vrai, à ne dire que ce que j'avais vu, à traduire mes impressions et nrn celles des autres, el à prouver que celui à qui ses occupations

* ne laissent que peu de temps pour v.. ager peut néanmoins rapporter quelques souvenirs d’une simple promenade un peu lointaine.

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LA TRAVERSÉE, — Du 5 AU 17 AOÛT 1876. — A BORD pu STEAMER Canada, DE LA COMPAGNIE GÉNÉRALE TRANSATLANTIQUE.

6 août.

Un poëte a dit :

Que voyager est un métier facile!

Je dis: métier; d'autres diraient : plaisir...

C'est en effet un plaisir dont rien ne peut donner une idée que de filer ainsi, le plus tranquillement du monde, sur une mer si calme qu'elle en paraît endormie. Voici un jour et demi que nous avons quitté le Havre, et cette impression que laissent toujours les derniers adieux, la dernière séparation, les derniers coups de mouchoir adiessés aux amis qui sont venus à l’extrémité de la jetée nous voir partir, cette impression commence à s'efficer. Déjà chacun s’est arrimé de son mieux dans sa cabine, che mbre garnie qu’on ne loue pas au mois, mais que l’on est toujoars sûr d'occuper pendant au moins onze jours ; déjà quelques

passagers ont installé sur le pont différents jeux : c’est une sorte de jeu de bague, c'est un autre jeu, anglais je crois, qui consiste à envoyer, au moyen d’une longue latte, un palet dans une espèce de marelle. L'air est frais, élastique, léger ; c’est le vrai grand air de l'Océan.

A une heure, ce matin, nous sommes arrivés À Plymouth. Nous y avons pris trois passagers, laissé trois autres, embarqué et débarqué quelques caisses. Tout ce manége, au clair de la lune, élait étrange. Le petit vapeur venant s’accrocher au flanc de notre énorme steamer semblait un coquillage parasite c\erchant à vivre aux dépens d'un rocher. Dans le fond de l4 baie, nous apercevions les rangées de lumières de Plymouth; tout autour, de hautes falaises brunes, tantôt nues, tantôt boisées.

Le cap Lizard doublé, nous arrivons en face de la grande île Sorlingue, dont le phare et les maisons se dessinent en blanc sur la teinte foncée des falaises volcaniques et sur l’azur du ciel. Tout autour de l’île apparaissent, comme autant de dents énormes, les récifs que tant de naufrages, hélas! ont rendus célèbres.

A midi, plus rien que le ciel et la mer, et cela pour dix jours!

10 août.

Le vent va fraichissant de plus en plus, et le tangageaugmente. Nous traversons de temps en temps d’impénétrables bouchons de brouillard. L'avant du bateau pique en plein dans le vent d'ouest. Il à fallu couvrir de toiles et assujettir avec de forts crampons et des cordes les boxes de trois superbes étalons flamands qu’un éleveur américain est venu acheter à Courtray et dont une sorte de gaucho a la surveillance pendant le voyage.

Plusieurs fois des sautes de vent se produisent, et le vent d'ouest devient plein sud-ouest. Alors l’aspect de la mer est curieux : les grosses vagues viennent toujours de l’ouest, pendant que de petites vagues, formées et poussées par le sorouet, les strient comme des hachures,

Cependant, par intervalles, la mer se calme et le vent s’adoucit. Les pauvres émigrants qui demeurent à l’avant du navire organisent alors, au son d’un accordéon poitrinaire, des danses sur le pont. Il y a de tout parmi ces malheureux; d'abord, de nombreux types du vice à l’état chronique et du plus parfait abrutissement., Le pla part des femmes sont dégoûtantes; presque

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