‹ Promenade autour du mondeChapitre 52 sur 102 · LETTRE CXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXVI

En rae de U NouTelle-HoUâiid*.

Il est tellement vrai ^qu'un moment de plaisir éloigne de l'âme du navigateur jusqu'au souvenir des chagrins passes y qu'aujourd'hui que nous arrivons dans une nouvelle colonie y où nous ne man-> querons pas de satisfaire notre impatiente curiosité^ nous n'osons plus nous plaindre des motifs qui nous ont éloignes d'O- Taïti ^ etijue nous nous fëU* citons ati contraire de voir arriver plus rapidement le moment heureux qui doit nous £ûre revoir notre patrie.

Nous voici devant la Nouvelle^Hollande. Désor*** mais chaque pas va nous rapprocher d'Europe^; encore une pénible traversée, et nous revoyons l'Océan Atlantique.

La côte qui se dessine devant nous, quoique boisée par intervalle, est bien loin de répondre à l'idée que nous nous en étions faite d'après des descriptions exagérées. Les premiers plans surtout, scmt d'une extrême aridité, et coupés par de petites àpseç qui doivent présenter d'excel-

lens abris aux embarcations. Un peu au- dessus ^ une végétation assez vive se montre de dîstmce en distance^ tandis que dans un léger lointain des montagnes grisâtres, où brillent des feux allumés sans doute par les Sauvages, couronnent ce paysage d'un assez bel effet.

Quel chagrin que la nuit s'avance ! encore une

heure de jour, et nous entrons dans la rivière

Impossible,' mon ami. La brise mollit, et nous sommes contraints de louvoyer jusqu'à demain matin.

Des ports a notre droite, des ports à notre gauche; la rivière de Sydney, où brille un fanal, devant nous ; il me semble impossible que nous manquions le mouillage , puisque notre commandant a fait la géographie de la côte.

Il est sept heures du matin, nous louvoyons encore, et je crains bien de ne pas voir aujourd'hui le port Jackson. Quel fâcheux contre-temps!

Mais le vent cesse tout-à-coup, la mer devient clapoteuse comme après une violente tempcte; de pâles éclairs sillonnent la nue qui se promène avec rapidité sur les mornes, enveloppés déjà dans une nuit obscure; cette masse énorme de vapeur vésiculaire se détache de terre; et, à une petite élévation , s'arrête immobile ; d'autres nuages cuivrés se précipitent sur elle; ils tournent

AUTOUR DU MONDE. ^Sj

en tourbillons, se ramassent, varient leurs formes, leurs couleurs. L'œîl y aperçoit des globes , des gerbes, des fantômes; on veut y indiquer un objet, il a disparu. Des feux rapides les déchirent", le tonnerre y mugit sourdement; on dirait que tous les élémens confondus se déclarent dans les airs une guerre a outrance. Le navire immobile attend prudemment l'issue de la lutte dont il est témoin ; les voiles sont carguées. Bientôt la mer bouillonne autour de lui; elle s'agite, s'élève, gronde; et ballottés par elle, nous sommes jetés à une trentaine de lieues de cette terre où nous nous étions flattés d'arriver quelques^ jours plus tôt.

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