‹ Promenade de Paris à Bagnères-de-LuchonChapitre 1 sur 26 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

JjE i5 de mai 1819, je partis de Paris pour Bagnères-de-Luchon , à pied , ayant dans ma poche une chemise de percale et une paire de chaussettes de fil ; du reste muni d'un grand parapluie ei d'un petit porte - feuille. Le long de la route , j'écrivis les lettres suivantes au marquis de C. , mon heaufrère. En les publiant au j ourd'hui , j' ai cru devoir les accompagner de quelques notices historiques ; j'ai précisé des dates, des nombres, des noms, afin que le lecteur, au défaut d'agrément, y trouvât quelque instruction. J'aurais pu distinguer ces appendices par une place particulière , et même par des caractères différens. J'ai tout fondu ensemble, mais aussi je laisse chacun parfaitement libre de faire telle part qu'il voudra à l'impresaion du moment, à la rêverie de la promenade , à la méditation du cabinet, enfin à la dépouille de la bibliothèque. Je ne protesterai contre aucune répartition. J'ai observé avec un grand dégagement de prévention , j'ai exposé mes remarques avec une indépendance absolue de jugement. Gela sauve la conscience , mais ne met pas

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à Tahri de l'erreur. Je trouverai donc tout simple que ceux que j'aurai traités trop sévèrement , en appellent à ma religion mieux éclairée; comme aussi je pardonnerai à la modestie des individus ou des peuples qui se trouveront trop loués, tous les reproches qui me seront adressés à ce sujet.

Ce n'est pas dans une course aussi rapide que je me flatte de laisser, après moi, une trace lumineuse sur les régions que j'ai parcourues. Je ne prétends qu'indiquer des objets, qu'avec plus de lumières et de temps, d'autres voyageurs mettront en un jour complet. Toutefois persuadé que le public juge un ouvrage sans trop tenir compte des complimens que lui adresse l'auteur, et de tous ses actes de modestie , je serai sobre de ces petites démarches. Mais il est un objet sur lequel je réclame son équité.

Comme , pendant de trop longues années , on a été accoutumé à voir dépenser beaucoup de patriotisme dans des éloges redondans et emphatiques de la belle France (qu'on dévorait), il serait possible que je parusse un esprit contempteur de mon pays, parce que Je n'y loue pas tout, et toujours. Je n'aurais pas pris tant de soins de le connaître, si je ne l'aimais pas. Il est vrai que je voudrais qu'aux supériorités qu'il possède, il joignît

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!os supériorités qui lui manquent , et qu'il pourrait avoir. Mais je ne pense pas que ce soit là une jMCuve (rindifférence et de mépris. Il a été dit : Celui-là n'est pas bon , qui ne veut pas devenir meilleur. Je crois qu on peut dire également : Celui-là n'aime pas , qui ne veut pas rendre meilleur ce qu il aime. Je sais que bien des gens repousT seront cet axiome ; qu'ils s'en lientiront au vieux proverbe : que l'amour est aveugle , et que celui-là seul aime, qui croit parfait ce qu'il aime. Eb bien' je l'accorde ; mais pour la multitude seulement. C'est-à-dire que t. ut le monde indistinctement doit aimer son pays; les aveugles, aveuglément; les autres d'un amour éclairé; sans jamais toutefois rien aimer au-dessus.

Au reste, quoique nous puissions, il n'y a pas de doute, faire d'heureux emprunts aux étrangers pour le perfectionnement de plusieurs branches de la prospérité publique, et même pour l'ornement et l'embellissement de notre pays ; cependant il nous serait facile , sans avoir recours au dehors, de faire des pas imnjenses vers l'aruélioration de toutes choses , si nous voulions nou»; appliquer davantage à transporter dans nos provinces les plus arriérées , les bonnes méthodes tVagriculture et d'industrie, les recherches de goùl

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et de propreté qui existent dans quelques autres. Souvent il y aurait échange, et par conséquent profit de part et d'autre, et double bénéfice pour la chose publique. Ce sont ces richesses indigènes que j'ai surtout cherché à connaître, non-seulement dans cette course , mais dans beaucoup d'autres qui l'ont précédée, et que j'ai faites de la même manière.

Mais je m'aperçois que le ton sérieux que prend cette préface pourrait induire le public en erreur» en le disposant à croire qu'il va trouver ici un ouvrage profond. Comme il aurait trop à décompter, mon intérêt non moins que ma conscience m'obligent à l'avertir que cette lecture ne lui offrira rien que de très-superficiel. Et afin de ne le surprendre en aucun genre, je fais précéder ma relation d'une table des matières , pour que chacun sache d'avance dans quelles contrées il va s'engager, et aperçoive de loin les gîtes où il pourra trouver à se remettre des fatigues endurées à "me suivre.

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