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Cathédrale de Montréal (Canada.
surtout normande, Le bagage d'un voyageur s'appelle butin, ce qui se dit également en Normandie et ailleurs, et convient particuliérement aux descendants des anciens Seandinaves. J'ai demandé quel bateau à vapeur je devais prendre pour aller à Québec, on m'a répondu : Ne prenez pas celui, c'est le plus méchant. Nous disons encore un méchant bateau, mais non ce bateau est méchant. Nous disons un méchant vers, quand par hasard il s'en fait de tels; mais nous ne dirions pas comme le
Misanthrope :
J'en pourrais, par malheur, faire d'aussi méchants,
Pour retrouver vivantes dans la langue les traditions du grand siècle, il faut aller au Canada.
Ayant eu soin de ne pas prendre le plus méchant des bateaux à vapeur, je suis parti pour Québec avant que la saison soit plus avancée, sauf à m'’arrêter encore à
Montréal en revenant.
Sur ce bateau est un ouvrier de Québec qui me traite avec une déférence presque affectueuse, en ma qualité de Français de la vieille France, et mr'assure
qu'on suit toujours avec intérêt ce qui se passe chez
nous. Des Canadiens vivants ont encore vu des vieillards qui attendaient notre retour, et disaient : Quand viendront nos gens? Aujourd'hui, la pensée de redevenir Français n’est plus dans aucun esprit; mais il reste tou- Jours un certain attachement de souvenir et d'imagination pour la France.
Aux premiers rayons du jour, je suis au pied du cap Diamant et de ces grands rochers qui forment comme le soubassement de Québec, et en font une position si lorte. IIS me frappent par une singulicre ressemblance avec la montagne du Roule, qui domine Cherbourg.
La situation de Québec est magnifique. Au pied des rochers que la ville couronne, la riviére Saint-Charles vient se jeter dans le Saint-Laurent; en face sont de beaux villages, de blanches maisons semées au milieu des arbres ; de légères embarcations et de 2ros navires Yoguent sur le fleuve majestueux : la vue les suit jusqu'au moment où ils tournent derrière ce promontoire sombre et grandiose qui s'appelle le cap Tourmente, et la ville domine cet ensemble pittoresque d'eaux, de rochers, de villages, au-dessus desquels elle est sus-
pendue.
Avant tout, je suis allé voir le champ de bataille où
s’est décidé le sort de Québec, du Canada et de la
Vue de Québec.
France en Amérique. Il y a eu un temps où les Francais dominaient par une ligne de forts les points les plus importants d’une étendue de douze cents lieues, depuis Terre-Neuve jusqu'au Mississipi. Alors le lae Ontario
s'appelait lac Frontenac ou Saint-Louis; le lac Erié,
lac de Conti; le lac Huron, lac d'Orléans ; le lac Michigan, lac Dauphin; le lae Supérieur, lac de Tracy ou de Condé; la rivière des Illinois, rivière Seignelay; le Mississipi, rivière Saint-Louis ou rivière Colbert, En voyant une carte d'Amérique gravée en 1688, je croyais voir une carte de France. Tout cela composait la Nouvelle-France , et de tout cela il ne nous reste rien. Dans le pays que nous possédions étaient ces régions de l’ouest vers lesquelles se précipite aujourd'hui l'activité américaine, et qui seront un jour la portion la plus riche et la plus peuplée des États-Unis. Je ne sais, du reste, si nous eussions pu conserver ce vaste empire,
Pendant que la France lançait dans les profondeurs imexplorées du nouveau continent ses missionnaires et ses guerriers, l'Angleterre établissait sur le littoral des colonies agricoles et marchandes, et s'avancait d'un pas lent, mais sûr, vers l'intérieur du pays. Surtout depuis l’affranchissement de ces colonies, comment nos établissements auraient-ils pu subsister sur cette longue ligne, séparés par elles de la mer? Les États-Unis pouvaient-ils nous abandonner le Mississipi et laisser
lier l'artère principale de leur ecommerce sans étouf-
fer !? Ce que nous avions à faire, c'était de défendre et de garder le Canada; or c’est ce que nous ne fimes point : presque jamais on ne comprit en France l'importance de cette colonie. Dès 1629, le Canada fut momentanément occupé par les Anglais. Le conseil de Louis XIIT tenait si peu à cet établissement, qu'il proposait de n’en pas demander la restitution; mais Richelieu, avec ce grand instinet de nationalité qui fut le génie de sa politique, ne partagea point cet avis et revendiqua une possession qu’on voulait livrer à l'Angleterre. Il fit armer six vaisseaux pour aider à la réclamation, et trois ans après l'Angleterre rendait le Canada à la France. Sous Louis XV, il n'y avait plus de Richelieu, et Voltaire, dont l'esprit était plus français que le cœur, écrivait : « Dans ce temps-là, on, se disputait quelques arpents de neige au Canada. » On à vu ce que c’était que ces arpents de neige, et qu'il y
allait pour nous de possessions plus vastes que l'Europe?,
1. Peut-être aurions-nous pu nous étendre à l'ouest et atteindre l'océan Pacifique et la Californie, Turgot soumit au roi un plan pour peupler rapidement ces vastes contrées qu'on aurait appelées la France équinoxiale : il fut traité de visionnaire,
2. Les provinces anglaises d'Amérique occupent aujourd'hui à elles
seules une étendue de près d'un demi-million de milles carrés, presque
dans lesquelles étaient comprises les meilleures terres des États-Unis. Plus fidèle à la France, le paysan canadien n'a point pardonné à Ja politique de ce temps, et, personnifiant dans un nom cette politique désastreuse, accuse encore aujourd’hui la Pompadour.
Tandis que, plein de ces souvenirs glorieux et tristes tout ensemble, J'errais à travers les rues de Québec, J'ai levé les yeux. Devant moi était un obélisque de granit sur lequel j'ai lu : Montcalm. Une autre face de l’obélisque porte le nom de Wolfe. On sait que, dans la bataille livrée devant Québec, les généraux des deux armées Succombérent le même jour, l’un enseveli dans son triomphe, l’autre dans son héroïque défaite. Il est bien à l'Angleterre d’avoir consacré dans un commun hommage la mémoire de Wolfe et la mémoire de Montcalm. Une inscription d’une noble simplicité se lit au-dessous de leurs noms : Mortem virtus, Communem famam historia, Mmonumentum posteritas dedit. — Leur courage leur donna la mort, l'histoire une gloire commune, la postérité ce monument.
le double de la surface de l'Europe. Une très-petite partie de ce terrain
immense est cultivée.
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