Properce, ii,U. — 2. IiL, m, l, 11. — 3. /d., n
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charmant qu'on pourrait mettre en face de la Vendeuse d'Amours ?
Mais c'est Ovide surtout qui parait avoir le plus profité des poètes d'Alexandrie; aussi est-ce lui dont les vers rappellent le plus souvent les peintures pompéiennes. 11 serait aisé, parmi ces peintures, d'en choisir un certain nombre qui pourraient servir pour ainsi dire d'illustrations à ses ouvrages, tant le poète et le peintre se ressemblent par moments. C'est tout à fait de la même manière qu'ils représentent lo délivrée par Mercure, Hercule filant chez Omphale, Paris qui grave le nom d'Œnone sur l'écorce des arbres, Europe, « qui tient la corne du taureau d'une main, appuie l'autre sur son dos, tandis que le vent agite et gonfle ses vêtements ». J'ai mentionné plus haut le tableau où l'inconsolable Polyphème reçoit une lettre de Galatée, qui lui est apportée par^un Amour monté sur un dauphin. Cette bizarre invention fait songer tout de suite aux Héroïdes d'Ovide. Ce sont des épîtrcs amoureuses qui supposent non seulement qu'on savait écrire et qu'on écrivait beaucoup du temps de la guerre de Troie, mais qu'on avait alors le, moyen de faire porter ses lettres, même quand on les adressait à des gens dont on ignorait la demeure ou qu'on était relégué dans quelque île déserte. Voilà des habitudes qui ne conviennent guère à des époques si lointaines. Pour comprendre que des femmes écrivent des lettres si longues, où l'on trouve des pensées si brillante? et tant de connaissance du cœur humain, il faut admettre qu'on a pris la peine de les bien élever. Aussi le poète dit-il en termes exprès qu'elles ont eu des maîtres « et qu'on leur a enseigné les arts qui sont l'ornement de l'enfance* ». En réalité, elles ne sont que des contemporains de Corinne, qui ont fréquenté la bonne société et appris les usages de la galanterie dans 1. Ovide, Met., ix, 7
VAj't d'aimer. C'est le système ordinaire d'Ovide de rajeunir par tous les moyens cette vieille mythologie, et les dieux n'y échappent pas plus que les héros. Us perdent tout à fait chez lui cet air antique qui les rendait vénérables ; il en fait des hommes, et des hommes qui ressemblent à ceux parmi lesquels il passait sa vie. Hercule n'est plus qu'un athlète ordinaire qui se bat contre Achéloiis à la façon de ceux qu'on montre au peuple dans les jeux publics*. Quand Minerve défie Arachné, elle se met au travail comme une bonne ouvrière, retroussant sa robe pour être moins gênée et faisant courir sa navette entre les fils « avec une ardeur qui lui fait oublier sa peine* ». Le ménage de Jupiter manque entièrement de gravité, et Junon est sans cesse occupée à surveiller son mari, qui lui donne de grands sujets d'être jalouse. Cette habitude de représenter tout à fait les dieux comme les hommes et de donner un air moderne à l'antique mythologie pour la rendre vivante, nous l'avons aussi remarquée dans les peintures de Pompéi. C'est la preuve qu'elle existait déjà • chez les poètes d'Alexandrie. Mais Ovide est allé beaucoup plus loin que ses maîtres. Il mêle à tout une sorte de bonne humeur et de verve bouffonne qui n'est pas dans le génie des Alexandrins. En les imitant, il les a profondément modifiés. M. Rohde, dans son livre sur l'origine du roman grec, fait remarquer que, s'il leur doit le fond de ses ouvrages, il se distingue d'eux par l'exécution ^. Les Alexandrins étaient en général des gens méticuleux et compassés, des critiques autant que des poètes, fort sévères pour les autres et pour eux, qui, voulant plaire aux gens du monde, soignaient beaucoup leurs vers, qui polissaient et ciselaient leurs phrases, cherchaient à mettre de l'esprit ou de la science partout, et par consé-
1. Ovide, Met., ix, 36. — 2. Ovide, Met., vi, 51. — 3. E. Rohde, Uer griechische Roman, p. 125.
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quent ne produisaient guère. C'était véritablement un de leurs élèves que cet Helvius Ginna , l'ami de Catulle, qui mit neuf ans à achever un poème et le rendit si obscur, à force de le travailler, qu'il eut tout de suite des commentateurs, et que c'était une gloire de le comprendre. Ovide n'était pas un de ces regratteurs de syllabes, un de ces délicats qui ne se contentent jamais. Il avait l'imagination vive et la main rapide; c'était son plaisir et son talent d'improviser. Il charma cette société non seulement en suivant ses goûts et en flattant ses caprices, mais en l'éblouissant sans cesse d'ouvrages, nouveaux. On peut dire de lui aussi qu'il remplace ces « tableaux d'appartement » de l'école alexandrine, si soignés, si léchés, par des fresques hardies, pleines de négligences et de défauts choquants, mais où l'on trouve une fécondité de ressources, une richesse de détails, une rapidité d'exécution qui séduisent les plus difficiles. — C'est une ressemblance de plus avec les peintres de Pompéi.
Mais ces peintres et ces poètes ne se ressemblent pas toujours. Il y a aussi quelques diflërences entre eux qu'il faut signaler avec soin, car elles achèvent de les faire bien connaître. Je ne veux pas parler seulement de celles qui sont la conséquence des conditions diverses de leurs arts : ils n'y pouvaient pas échapper, et elles se reproduisent partout. Quand Horace dit que la poésie est comme la peinture, il n'entend pas exprimer une vérité absolue et qui ne souffre pas d'exception. Il savait bien, ce fin critique, que, si leur but est semblable, elles suivent des routes différentes pour y arriver. La peinture, qui travaille directement pour les yeux, est bien forcée de donner aux personnages de belles attitudes. Elle ne peut rien l)résenter au regard qui le choque, car l'image ne s'effaçant pas, l'impression durerait et deviendrait plus fâcheuse par sa durée même. Le poète au contraire, qui
s'adresse à l'imagination et peint d'un trait, peut se permettre des fantaisies qu'on ne pardonnerait pas au peintre. Je n'en veux prendre qu'un exemple. La légende racontait qu'Io avait été changée en vache ; c'est sous cette forme qu'elle est poursuivie par la colère de Junon, qui la met sous la garde vigilante d'Argus, le berger aux cent yeux. Ovide accepte la légende comme elle est, il n'y change et n'y cache rien ; au contraire, elle l'amuse et il s'y complaît ; ce qu'elle a de bizarre est précisément ce qu'il développe avec le plus de complaisance. Il dépeint la malheureuse lo qui n'a pas encore conscience de sa métamorphose : « Elle veut implorer son gardien et lui tendre les bras ; mais elle ne se trouve plus de bras qu'elle puisse tendre vers lui *. Elle essaye de parler, et ses paroles sont des mugissements qui lui font peur. Elle s'approche d'une fontaine où, dans des temps plus heureux, elle avait coutume de se mirer; mais, dès qu'elle aperçoit ses cornes, elle s'enfuit épouvantée devant son image. » Tout cela est dit finement, avec un ton d'ironie fort agréable ; sans compter que le père d'Io lui-même, malgré sa douleur, ne se refuse pas une réflexion comique : « Et moi, dit-il, qui te cherchais un époux, qui songeais à me donner un gendre et des petits-fils ; c'est dans mon troupeau qu'il faut te choisir un mari, c'est dansmontroupeauquejeme trouverai des petits-enfants!» Un peintre ne pourrait pas se permettre ces plaisanteries. Il lui serait difficile d'exciter notre compassion pour une vache, de nous intéresser à son malheur, de nous faire souhaiter son salut. lo restera donc pour lui, en dépit de Junon, une belle jeune fille captive, surveillée par un méchant geôlier, qui lève les yeux, qui tend les bras au
l. Ovide, ikt., i, C-29.
Illa etiam supplex Argo quum bracliia vellel Tendere, non habuitquae brachia tenderet Argo.
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ciel pour appeler un libérateur. C'est tout au plus si les artistes les plus scrupuleux, et qui veulent à tout prix respecter la tradition, dessineront sur son front charmant deux petites cornes, à moitié dissimulées par les cheveux : ce souvenir est le seul que laissera dans un tableau la métamorphose de la fille d'Inachus. Il en est de même pour son gardien : les cent yeux que la légende lui donne égayent beaucoup Ovide, qui le félicite de pouvoir se tourner comme il voudra sans perdre jamais du regard sa victime :
Ante oculos lo, quamvis aversus, habebat.
Supposons que le peintre veuille rester fidèle à la tradition, il ne fera jamais qu'une figure grotesque. Il s'en lire en représentant Argus comme un berger ordinaire, et en se contentant de lui mettre sur l'épaule une peau de léopard, dont les taches seront chargées de figurer, pour un spectateur complaisant, les cent yeux de la légende. Voilà comment le peintre rencontre des difficultés qui n'existent pas pour le poète, ce qui l'oblige quelquefois à traiter les mêmes sujets d'une manière dillérente.
Ces différences, je le répète, étaient inévitables : car elles tenaient aux conditions mêmes des deux arts, qui ne peuvent pas être changées ; il est donc inutile d'y insister davantage. Mais il y en a une autre qui est plus importante et qui sépare profondément les peintres de Pompéi des poètes latins. Les autres arts que la Grèce a donnés à Rome semblent avoir fait quelque effort pour s'acclimater dans leur nouvelle patrie ; ils en ont pris de quelque façon les qualités et le caractère : la peinture n'est jamais devenue romaine. Ce n'est pas qu'elle ait eu à se plaindre plus que les autres de l'accueil qu'elle a reçu des Romains. Depuis le jour où Paul-Émile fît venir d'Athènes Métrodore pour peindre les tableaux qui de-
valent orner son triomphe et le chargea d'élever ses enfants, les grands artistes trouvèrent à Rome la considération et la fortune. On y payait aussi cher les belles peintures que les statues des maîtres ; si l'on était fort empressé à remplir les places ou les portiques des images en marbre ou en airain des dieux et des grands hommes, on ne l'était pas moins à décorer de fresques les monuments publics ou privés, et l'exemple de Pompéi nous montre combien ce goût était devenu commun. Ce qui prouve que la peinture n'était pas sans honneur à Rome, même dans les temps les plus anciens, c'est qu'elle est un des premiers arts que les Romains aient eux-mêmes pratiqués. Avant l'époque des guerres puniques, un patricien, un homme qui appartenait à une race antique et illustre, ne dédaigna pas de se faire l'élève des artistes grecs et de décorer un temple de sa main . Son talent lui donna tant de renommée qu'on ne l'appela plus que Fabius le Peintre [Fabius Pictor) et que sa famille en garda le nom. A partir de ce moment, dans la liste des peintres qui se rendirent célèbres, les Romains ne manquent pas, et parmi ceux dont Pline nous a conservé le souvenir, il y en a un qui était si fier de son pays qu'il ne quittait jamais la toge, même quand il avait à monter sur quelque échafaudage S à peu près comme on prétend que BufTon se mettait en habit de cérémonie quand il composait son grand ouvrage. Mais qu'il portât la toge ou le pallium, l'artiste restait grec. En s'établissant en Italie, la peinture grecque ne changea pas de méthode ; elle ne modifia en rien ses habitudes, elle ne chercha ses inspirations que dans les souvenirs de son ancienne patrie. Letronne a raison de dire « que ce fut une plante qui se développ.a partout comme sur le sol natal, sans pres-