LA NEUVAINE A SAINTE- GENEVIÈVE
llj PROMENADES DANS PARIS
défense de Verger fut celle d'un fou : une réponse enlre vingt : « Le témoignage de Madame, objecta-t-il à la déposition de la loueuse de chaises, témoin au procès, est nul dans ses conséquences. Il n'est pas permis, d'après la Doctrine de N.-S. Jésus-Christ, de rien percevoir dans les églises; or j'ai remis dix centimes à Madame pour pénétrer dans la nef : c'est une simonie, j'espère que Madame s'en souviendra et que cela profitera à son âme ! » (*)
Pénétrons dans l'église qui vit s'accomplir ce crime, admirons l'élégant jubé qu'édifia Pierre Biard en 1609, saluons la châsse où repose ce qui reste des reliques de sainte Geneviève, brûlées pendant la Révolution en place de Grève. — Le député Fayau eut la délicate pensée d'envoyer au Pape le compte rendu de cette belle cérémonie. — Entrons dans le petit cloître du seizième siècle, contigu à l'église, qu'éclairent de merveilleux vitraux, chefs-d'œuvre de Pinaigrier ; puis sortons par la rue Clovis et, en longeant la façade gothique de l'ancien réfectoire des Genovéfains qui, sous la Révolution, fut un club où Babœuf prêcha sa doctrine, gagnons la rue d'Ulm : une plaque de marbre noir y rappelle que c'est là, dans un misérable logement transformé en laboratoire, que le grand Pasteur commença ses immortels travaux ; mais n'abandonnons pas ce vieux quartier Latin, sans faire un détour par la rue Lhomond pour
(1) Causes célèbres . — Procès Verger.
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Extrait du Plan du Quartier Saint-Benoît, de 1774, P^' JsMot
aller voir une des maisons les plus ignorées du vieux Paris.
La façade grise et rébarbative du numéro 27 éloignerait plutôt les visiteurs; sonnez cependant : une clef tourne lentement dans la serrure, la vieille porte roule sur ses gonds et une souriante et douce figure apparaît : une Sœur en petit bonnet plissé ; vous entrez sous le vestibule voûté conduisant à une petite cour aux pavés moussus, vous vous retournez, et alors c'est un enchantement : une flore de pierres surgit, un bijou d'art du dix-huitième siècle, c'est l'hôtel Sainte-Aure (i).
La Dubarry posa ses blanches mains sur les jolis fers forgés de ce délicieux balcon, car elle habita dans sa prime jeunesse — bien malgré elle et par mesure administrative — ce charmant et aimable logis où de pieuses femmes aujourd'hui passent une vie de prière et de charité ; elles vaquent sans bruit à leurs coutumières occupations, circulent à pas menus et semblent parfaitement ignorer la présence du rêveur qui vient s'emplir les yeux de cette gracieuse vision. — « Ce doit être un monsieur dans l'architecture », a murmuré la Sœur supérieure !
Gomme on est loin de Paris ! quelle paix infinie ! Des cloches conventuelles tintent doucement, l'air en apporte l'écho assourdi, on entend s'égrener les carillons des
(1) C'est aujourd'hui une institution laïque, mais l'accueil fait aux visiteurs par les Dames qui dirigent cet établissement, est demeuré plein de bonne grâce.
horloges, on perçoit des rires d'enfants... et le Panthéon profile son imposante silhouette violacée sur les nuages roses du couchant.
Le crépuscule tombe, étendant ses ombres douces, vagues, imprécises sur ce décor de rêve... C'est l'heure exquise des évocations...
Décidément les jolies Parisiennes avaient raison : c'est désolant de ne pas connaître Paris !