‹ Promenades en NorvègeChapitre 50 sur 72 · IMPROVISE DOCTEUR · texte numérisé non relu

IMPROVISE DOCTEUR

APRÈS avoir pris mon café, comme je me préparais à partu*, la: directrice du sanatorium s'approcha de jnoi et me dit à brûlepourpoint :

« — Monsieur, yotre cocher nous a dit que vous êtes docteur. ^>

Me souvenant que j'avais prié mon compagnon de me donner ce titre, je répondis:

« — En effet, IMadame, je suis docteur. »

« — Qnel bonheur! Il y a ici une dame grayement indisposée; depuis huit jours elle doit garder le lit. Elle yous prie instamment de la voir. »

<< — Mais, Madame, vous avez dû remarquer que je ne suis pas? Norvégien, et yous savez que la loi défend aux doctpiu's étrangers d'exercer leur ministère en Norvège. Veuillez donc prier cette dame de faire appeler un médecin du paysj »

« — Le médecin le plus proche habite malheureusement à Veblungsnès, à 50 kilomètres d'ici. »

<< — Désolé, Madame, désolé! mais je ne puis pas! »

1)1. i IIUISTIANIA A TUONUlUr.M. \IA 1;(>\|SI)M.|..\.

Ll je jiic iiR'ls à giigiKT ma vuiliiri". An moiuciil où clic allait s'ébrauler, la bouue danu' revint cl me dit en pleurant prescjue:

«. — . Je Aous en supi^lie, ayez pilir de cette nialheiireiisc el daij^nez lui ix)rter au moins un mot de consolation. Elle est si nerveuse ciuelle me fait ])eur. ;»

Ceu élail trop. Puistpie j'élais réputé docteur, mon iiilransigeajiee

STATION DE RELAIS D'aASOREN, AU GUDERANDSDAL.

allait faille taxer de cruauté 1" honorable corporation des médecins. Je pouvais bien donner un bon conseil, un vieux missionnaire a vu de près tant de misères!

« — Soit, Madame, jii'ai la voir, mais à condition quelle ne me demandera pas dordonnance ; je ne pourrais en donner sans enfreindre la loi. »■

J!>K l'ROMI.NADKS ZS NOIlVÈGi:.

Chu^ minulcs aprùs, j'ôlais au clicvcl de ,1a malade. Le cas n'était pas désespéré, pas même grave. La plaignante était tout simplement descendue trop brusquenu-nl des liantes montagnes où elle avait passé l'été; ralmosj)hère plus dense de la vallée J'avait rendue nerveuse. De plus elle m'avoua ((u'étanl en Iranspiralion, elle avait pris de lu glace; il en élait résulté des troubles gastri(pies. Quant au reste, ni lièvre ni antre dérangement sérieux. Je lui prescrivis un remède élémentaire, de la diète et du courage. Elle me promit de faire apl)cler le médecin du district, si le lendemain elle ne se portait pas mieux, et, .comblé de ses remercîments, je me hâtai de gagner le large. Bien entendu, mon cocher reçut une sérieuse réprimande pour son bavardage, et je pris la résolution de ne jamais plus me faire appeler docteur. Quant à la malade, j'appris dans la suite que, dès le lendemain, elle avait reparu ii la table d'hôte.

AU ROMSDAL

SI j'étais poète, je décrirais les merveilles du fameux Romsdal jusqu'au fjord.

Les effroyables bonds qu'exécute à ma gauche la Rauma, par exemple au Slettafos; les montagnes aux flancs perpendiculaires qui surgissent sur tout notre parcours et nous laissent parfois à peine un étroit passage; les cimes du Romsdalshorn et des 'Vengetinderne, qui perceïit les nues et lancent souvent, avec un vacarme infernal, des blocs de pierre ou d'énormes avalanches dans le lit de la Rauma; les crêtes crénelées des Troldtinderne, au pied desquelles nous passons en tremblant; les pics fantastiques du Kongcn (Roi), de la Dronningeii (Keine), du JBispcii (Fvêque) et des Sœstrene (Sœurs), que nous saluons au fond de la vallée latérale Isterdal; et ces cascades, descen- <lnnt comme un léger voile de soie pour se dissoudre en un brouillard feint par le soleil de toutes les nuances de l'arc-en-ciel, ou se

I)i: CIIUISTIAMA A TRONDIIJl-M, VIA HOMSDALKN.

prétipilaiil (rabîmo en al)înu' avec un I)riiil (iiii lail lii'ssaillir: voilà (•(.rlos (le quoi inspirer nos grands peinlres noivégiens, ([ui trempent 1( ur pinceau dans les couleurs du soleil de minuit et dans les ombres

LA CASCADE SLtTTAFOS AU ROMSDAL (voir p. 1^8;.

du Troldfjord; voilà de quoi faire vibrer Jes cordes de notre poète national Bjœrnstjerne 3jœrnsen, de notre compositeur Grieg; mais ne demandez pas à un missionnaire de vous le décrire. Il passe, il admire et il prie le bon Dieu, qui a créé toutes ces merveilles, de

200 PROMENADES ON NOH VlJilC.

tlaif^iU'i- MOUS nilircr ;"i Lui. leur nulcur; il le \)r\v (rajoulci' à celle ?;i'fice iKilurcllc (|iii nous \'a\[ (Icvincr, sentir noire (!i-é;ileui\ s:i grâce sinMiiilurelle (|ui nous le liiil espéi-er el ;iiniei\ el nous le Fera voir, posséder à jamais.

Oh! ((ue le ciel doit èlre beau. |)uis(|ue celle vallée (U; larnies est déjà si ,ina^niri(|ue !

.larrivai au hoi'd du i^)nis(laJsrjor{l, où je passai la iiuil, el le leiideinain malin un i)aleau me Iransporlail à Molde, slalioii des grands sleaniers (|ui jelieiil Bergen à Troiidlijeiii, el chei-Jicu naturel du Moldel'jord.

Dès ([uAalesund aura un missionnaire en résidence i)ermanente, j'6tal)lirai une station annexe à Molde: lanl de touristes catholiques s y arrêtent' .chaque été!

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