‹ Promenades japonaisesChapitre 31 sur 37 · A VIS · texte numérisé non relu

A VIS

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A l'entrée du temple principal, il y a une vaste place entourée d'avenues en étoile comme à Versailles. Ces larges chemins percés à travers la futaie immense se perdent dans la forêt et laissent entrevoir çà et là les toits crochus des temples brillants et les tours chinoises dont les cinq étages superposés ne peuvent atteindre la moitié des grands arbres qui les abritent.

Après avoir passé sous un immense tori-i en pierre, nous entrons dans une première cour.

Quelques marches nous amènent dans une seconde cour entourée d'arbres colossaux et meublée de lanternes de pierre, dons que faisaient au tombeau d'Yeyas les grands seigneurs au moment où ils entraient en possession de leurs fiefs. Cet usage avait été établi par Yemitsou, le constructeur des beaux temples que nous allons voir. Ce Shiogoun se préoccupait beaucoup des rapports qui devaient exister entre lui et les seigneurs ; ainsi sa malle de voyage était ornée des armoiries de tous les nobles du Japon ; à côté de chaque mon était écrit en petits caractères la distance de la seigneurie à la capitale et la quantité de riz que produisait le domaine féodal. De cette manière le shiogoun ne pouvait s'habiller,

Le grand tori-i de Nikko.

lorsqu'il parcourait le pays, sans être parfaitement au courant des res-

sources des grands qui l'entouraient et des facilités qu'il pouvait avoir à faire rentrer les impôts. Cette fameuse malle existe encore : « — - Elle doit être à nous ! »

comme dit Bilboquet ; car elle fait partie de notre collection.

La cour se termine par des balustrades de pierre qui dominent les profondeurs.

On monte encore et l'on s'engage dans une succession decours, déterrasses, de jardins, de temples et de futaies, superpositions indéfinies qui vous ménagent une surprise à chaque pas et vous font passer par un crescendo de beautés accumulées, par une savante combinaison des splendeurs de la nature et des chefs-d'œuvres des architectes japonais.

A travers cet entassement de merveilles, le visiteur éprouve une sorte de vertige, il y a un moment où l'on se demande quand va finir la série des étonnements, quand va finir la série des ascensions ; il semble que c'est au ciel que tout cela va aboutir et les pèlerins impressionnés peuvent de bonne foi se croire en route pour le paradis.

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