‹ Promenades litte?raires, 2 se?rChapitre 2 sur 23 · VIEUX DE LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

VIEUX DE LA MONTAGNE

Etre toujours so/, parlant pour chacun sincèrement^ comme à lui-même.

Examen du Haschischin, (du ?) avec le Bouffon et les femmes.

Tristesse de Hassan ben Sabbah, escomptant l'espérance et la mort des autres pour une chose d'un jour et se le disant. — Constatant son métier, symbole des rois.

La jeune fille cachée sous la neige par les pasteurs et^ ingrate, trouvant avec justice qu'ils sentent mauvais et sont grossiers, — une fois libre.

Le roi du Haschisch sera celui dont l'armure sera revêtue^ avec le rôle, par Hassan, lorsque la mort^ après le don de rherbe sainte, sera venue. . .

[Second feuillet.) LE VIEUX DE LA MONTAGNE

ii'e scène.

Oh ! la neige !.. .

Mourir !.. ,

(Le vent passe.)

— Ho!,..

— Sont-elles ?

— Sauve-moi !... Oh !...

— Adieu !...

— Ho !... dans Tombre !... dans les...

— Une corde ! Ah ! le bois cède... vite...

— Là... secours !.. . Ah !... A moi !

— En haut, les yeux I... mes cordes tournent aux sapins!...

Je lui ai également entendu parler d'un livrequ'iî n'eut pas le temps d'annoncer publiquement, et qui se serait appelé le Sermon sur la Montagne. Il cherchait à introniser dans cette étude des effets littéraires nouveaux. De ses paroles, il me reste la vision d'une route crépusculaire, où Jésus s'avance, lumineux dans la nuit venante... et les choses montrées,non par des descriptions directes, par la notation des entours. .. et rien de précisément circonscrit... On voit que Jésus passe, comxnent ? — Par l'influence qui de lui s'émane... Et puis?, — Ah! il parlait bas, las, déjà étreint par la Mort...

Un jour, déjà malade, et sur sa fin, au printemps de 1889, il me conta, en quelques traits, une nouvelle, dont voici le strict squelette :

c( Le 3Iirage, — En Afrique. Les sables, et, sans doute^ les rivages de la mer Rouge. Un chef

UN CARNET DE NOTES

de parti arabe, contre les Anglais. Il connaît admirablement le mécanisme des mirages, et, en fuyant les envahisseurs, ordonne sa fuite pour que, réverbérée par les sables, l'image de sa propre armée, cachée sous les dunes, se dresse imaginaire et crue réelle, à bonne distance. Les Anglais s'avancent; les Arabes attendent; les Anglais tirent, les Arabes tombent; les Anglais se ruent à la curée : tout a disparu. Et pendant des jours et pendant des lieues de pays, la même duperie raille Fennemi effrayé d'un incompréhensible sortilège et se demandant comment, si rapides que soient leurs chevaux, les Arabes peuvent si instantanément disparaître, — en enlevant leurs morts! Cette lutte contre des fantômes épuise les Anglais, qui vont toujours, imprudents et entêtés, enfin sont cernés par les cavaliers, grâce à un suprême stratagème, et massacrés, — sans avoir compris, mais dans les yeux la vague horreur d'une épouvantable et démoniaque ironie. >)

Les premiers vers imprimés de Villiers de Tlsîe» Adam ne sont pas, ainsi qu'il est admis, le recueil typographié à Lyon par Scheuring, — mais bien la plaquette (trois fois plus que rare) dont voici le titre :

Deux Essais de Poésie^ par le comte Villiers de FIsIe-Adam ; Paris, imp, de L, Tinterlin et C'^^ ^ rue Neuve-deS'Bons-E7}fants, i858, in-8^ de i6 pages.

Deux essais : Tun, le second, Zaïra, fut reproduit dans les Premières Poésies^ avec, vers la fin, quelques corrections. L'autre, dédaigné à tout jamais par le poète, le méritait. C'est, précédée d'une notice indiquant que les calomnies anglaises ont indigné son patriotisme, une ode, bizarrement intitulée : Ballade. Ça et là, des vers d'une assez énergique éloquence, des vers d'un Tyrtée, vraiment supérieur — dans cet emploi déprécié — à ceux qui en ont reçu patente, et aussi de curieuses expressions, comme : les cris des canons tout en-rhumés de rouille. Parlant aux Anglais, il dit du drapeau :

Fouillez ses nobles plis pour y trouver des taches, Vous n'y trouverez que des trous ! —

Si Napoléon allait se lever « de son grand lit de pierre », si avec lui les vieilles légions...

... Puis^ que leurs canons verts,

Dans l'ombre illuminés d'une joie effroyable,

Hurlassent, haletants, leur salve formidable,

UN CARNET DE NOTES

Leur cri tout enrhumé de rouille et seul capable D'ébranler les échos tonnants de Funivers ! —

Finalement, des considérations sur la fragilité d'un trône :

Sapin couvert d'hermines blanches,

Il a spectre et lauriers pour branches !...

Il est formé de quatre planches, ^

Absolument comme un cercueil.

Une autre trouvaille ; c'est une brochure scientifique de 4 pages in-4o, lithographiée (Paris, lith, Michel, passage du Caire, 1869) •

Nouvelle Application de la vapeur à la navigation. Signé : Philippe-Auguste Villiers^ comte de risle-Adani.

La signature senible, supplément d'authenticité, reproduire Técriture même de Villiers, sa claire écriture posée, mais c'est une illusion. La brochure est de son père.

Il s'agit d'un système de propulseurs destinés à remplacer, avec bien moins et même pas du tout de déperdition de forces, Thélice. Faute de notions scientifiques suffisantes, sans doute, cela m*a paru obscur : la langue en est très rigoureuse, dénote de réelles études techniques.

UEve future, travail terrible et dont Villiers parlait comme d'une descente aux enfers. Chaque fois qu'il se mettait à la page interrompue, c'était, pour recréer l'atmosphère si spéciale, un effort surhumain de volonté, et de mémoire, et de logique, pour renouer sans cesse les uns aux autres les fils du surnaturel et de la science positive. Il voulait, en efïet, donner l'illusion de l'exactitude et se préoccupait — on en a la preuve dans une préface inédite — du jugement des électriciens eux-mêmes; mais pour l'allégement de son volume, il s'abstint de tout chiffre, de toute notation chimique.

L'affabulation fut également très lalDorieuse. L'œuvre passa par plusieurs titres. Ils se succèdent ainsi sur les divers manuscrits : i*' VAndréide paradoxale d Edison; F Eue nouvelle ; l'Eve j^nture. — De même, les noms des personnages subissent des variations : Alicia Glary s'appelle d'abord Evelyn Habal, puis Miss Hadaly, deux noms réservés, finalement, l'un pour la Femme qui sert de prétexte à la création de l'Andréide, l'autre à Andréide elle-même; lord Ewald apparaît sous les dénominations de : lord Lyonel,

UN CARNET DE NOTES

lord Lyonnel, lord Angel, lord Aiigel**, lord Edward.

DdiVi^ l' Eve futur e ^NïWievs ne raille pas la science; il la nie encore moins. Mais au lieu d'accepter comme des merveilles les progrès physiques de la science appliquée, il en montre la vanité en en montrant les bornes. Il dépasse exprès, et de tout un infini, le possible de la science, sans pourtant violer les vraisemblances de demain. A ce propos, M. Huysmans avait trouvé un dénouement bien meilleur que celui de Villiers, et qui concluait à la suprématie éternelle de la vie, à la supériorité de la chair brute sur la machine la plus « intelligente » : Lord Ewald regagne TEcosse avec son andréide, vit avec elle, se grise d'artificiel; mais un soir il aperçoit la jambe nue d'une fille de ferme, et il veut cette fille, et il brise sa mécanique.

Villiers a dû figurer sur les premières listes de l'Académie Goncourt. Un soir du printemps 1889, comme nous avions dîné ensemble, il me quitta vers dix heures, ayant rendez-vous au Figaro avec Edmond de Concourt, qui ne le connaissait pas encore.

Dans les années qui suivirent la guerre de 1870, Viliiers mena une vie très misérable. Il est à peu près certain qu'il fut moniteur de boxe dans un gymnase. Il me fit un jour une allusion précise à cela, en me parlant de sa santé. Des coups de poing reçus dans la poitrine et Festomacj il gardait une triste impression, et des traces.

Sa liaison tant critiquée, affirmée par le mariage, la veille de sa mort, lui avait au moins donné un domicile fixe, un intérieur, médiocre, mais sûr. Il ne perdait plus ses manuscrits, comme le tome II à'Isis, oublié dans une chambre d'hôtel. Mais, après sa mort, quel pillage ! Que d'amis emportèrent, en souvenir, des pages de son écriture !

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