LES TRADUCTEURS I7I
la réflexion. Avec les idées nouvelles, les traducteurs apportaient aussi un instrument quasi nouveau, indispensable à les mettre en valeur, une lanî^ue plus riche, plus souple, quoi([ue un peu oratoire, pleine de mots et de tours nouveaux, qui obligeait aussi à l'elFort intellectuel. C'est à ce moment que fut créée, au moins dans sa beauté latente, la langue admirable du dix-septième siècle, qui fait que quand on la connaît un peu, on a presque envie de rougir de la sienne. Depuis déjà quelque temps, on ne sépare plus l'étude du seizième siècle de celle du dix-septième, mais le livre de M. Villey, en attirant l'altention sur les traducteurs, va permettre de souder encore plus étroitement ces deux é[)oques, dont la seconde n'est vraiment que l'épanouissement des promesses de la première. J'avais df'Jà publié quelques notes sur la préparation du romantisme par les traductions de l'anglais au dix-huitième siècle. Le livre de M. Villey fait voir comment se prépara le siècle qui restera toujours, du point de vue de l'art d'écrire et peut-être de la pensée, le grand siècle. D'aucuns' penseront que c'est là une œuvre qui, pour être plus lointaine, n'en est que plus importante.