III. — RÉFORMES DANS l'kNSEIGNEMENT
Votre Commission a la conviction profonde qu'un des meilleurs moyens de lutter contre la syphilis et d'en diminuer la dissémination, c'est d'apprendre aux jeunes générations médicales, mieux qu'on ne le fait aujourd'hui, à connaître cette grande maladie, à la dépister sous ses formes diverses, à la traiter, à la guérir.
Or, il faut bien en convenir, dans l'état de choses actuel, la syphihs est peu connue des médecins. Elle n'est réellement connue que de ceux, en petit nombre, qui ont été attachés comme internes, comme externes ou comme stagiaires, aux quelques services spéciaux de la capitale ou des grandes villes de pro-
(\) V. Prophylaxie internationale des maladies vénériennes, parMM. Crocq (de Bruxelles) et Rollet (de Lyon), 1869, p. 56; — Progrds médical, 1887, II" 12, p. 232; n° 18, p. 367; n° 21, p. 431. '
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vince. Combien d'étudiants achèvent leurs éludes et passent leur thèse sans avoir mis le pied dans ces hôpitaux spéciaux autrement que pour une ou quelques visites de curiosité ! Dans les examens de l'École, combien il est rare que les candidats soient interrogés sur la syphilis ! On évite même cet ordre de questions (( spéciales », pour ne pas embarrasser les élèves, voire les bons élèves, qui peuvent avoir fait des études consciencieuses dans les hôpitaux généraux sans avoir eu l'occasion ou le loisir d'apprendre la syphilis.
Conséquence : le plus grand nombre des étudiants se lancent dans la pratique en n'emportant des bancs de l'école que des connaissances superficielles, élémentaires, rudimentaires , sur les affections vénériennes en général et la syphilis en particulier.
Et alors, conséquence de la conséquence, les erreurs pullulent en pratique. C'est là ce qui explique comment on a vu (et les exemples n'en seraient que trop faciles et trop nombreux à citer) des médecins se méprendre sur le chancre, le confondre avec ceci ou cela ; — se méprendre sur la plaque muqueuse ou telle autre manifestation spécifique ; — confier des enfants dûment syphilitiques à des nourrices saines, ou inversement ; — juger la syphilis guérie après quelques. mois, voire quelques semaines de traitement ; — accorder la liberté du mariage à des sujets sjphihtiques non guéris ; d'où ces faits si communs de femmes mariées infectées dans le mariage, de fausses couches multiples, d'enfants qui ne naissent que pour mourir ou infecter leurs nourrices, etc.
A coup sûr, et la contradiction n'est pas à craindre sur ce point, quantité de ces déplorables erreurs auraient pu être évitées par une éducation plus complète — disons mieux, moins rudimentaire — sur l'importante maladie qui comporte à la fois et tant de dangers individuels et tant de conséquences sociales.
Aussi votre Commission a-t-elle pris à tâche de rechercher quels pourraient être les moyens capables de développer parmi les jeunes généralions médicales les connaissances syphiliographiques qui sont indispensables aux praticiens, en utilisant dans ce but toutes les ressources hospitalières dont nous pouvons disposer.
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lill ces mo3'ens, elle a cru les trouver dans une série de mesures, de réformes ou d'innovations que je dois maintenant vous ■soumettre.
Exposons d'abord notre programme, quitte à lui donner plus tard ou dans la discussion qui peut s'ouvrir ici, les commentaires ou les explications qui pourraient être nécessaires.
Les mesures qu'a adoptées votre Commission (1) sont les suivantes :
■1° Ouvrir librement tous les services de vénériens ou de vénériennes (je dis tous les services, veuillez le remarquer dès à présent) à tout étudiant en médecine justifiant de seize inscriptions.
2° Exiger de tout aspirant au doctoi'at, avant le dépôt d' sa thèse, un certificat de stage de trois mois dans un service de vénériens ou de vénériennes.
3° Attribuer au concours^ et au concours exclusivement, le recrutement du personnel médical chargé du traitement des vénériennes à Saint-Lazare ou dans Basile hospitalier qui sera substitué à Saint- Lazare; — et de tout ce personnel intégralement, c est-à-dire des chefs de service, des élèves internes et des élèves externes.
4° Attribuer au concours, et au concours exclusivement^ le recru- ■tement du personnel médical chargé de la surveillance des filles inscrites au Dispensaire de salubrité publique.
o° Composition des services de Saint-Lazare {ou de t asile hospitalier qui lui sera substitué) suivant leplan desservices de l'Assistance publique; — et utilisation de ces services pour lestage spécial imposé aux étudiants en médecine dans les hôpitaux spéciaux.
6" Les jurys des divers concours dont il vient d'être question pourraient être composés de la manière suivante :
(1) Il ne sera pas sans intérêt de dire que le rapport il; la sous-commission préfectorale de 1885, où figuraient le médecin en chef du Dispensaire et deux médecins de Saint-Lazare, concluait de môme : 1* à la transformalion de Saint-Lazare en un hôpital ouvert au public médical, et 2* au recrutement par voie de concours de tout le personnel des divers services médicaux des prostituées.
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1" Pour la nomination des médecins en chef :
Un membre de l'Académie de médecine;
Un représenlant de l'Ecole (professeur ou agrégé);
Trois médecins des hôpitaux spéciaux f Saint-Louis, Lourcine, Midi, Saint- Lazare).
2" Pour la nomination des médecins du Dispensaire, comme pour celle des élèves internes ou externes:
Quatre médecins du Dispensaire, présidés par un membre de r Académie (1).
Ou votre commission se trompe fort, Messieurs, ou cet ensemble de mesures aurait pour résultat de créer un véritable mouvement scientifique autour de la sj'philis, mouvement salutaire et fécond, qui aurait pour conséquence forcée de disséminer et de vulgariser l'étude de la maladie.
Voyez plutôt.
D'abord, le stage spécial que nous réclamons constituerait une garantie d'une certaine éducation spéciale. Certes on n'apprend pas la syphilis en trois mois ; mais en trois mois on peut en apprendre assez pour en connaître les grandes lignes, les symptômes majeurs, ceux qui se présentent le plus souvent en pratique, pour en connaître le traitement général, les dangers individuels ou héréditaires, les risques de contagion et de dissémination, etc. Et c'est là l'essentiel en l'espèce. De sorte qu'à nos yeux — et aux vôtres, nous l'espérons du moins — ce stage spécial serait pour les élèves^ pour les malades et pour tout le monde, un temps bien employé, étant donnée la fréquence avec laquelle les afîections syphilitiques se pnisentent et s'imposent au praticien.
« Soit ! dira-t-on peut-être ; rien de mieux en principe. Mais venez à la pratique. Aurez-vous les moyens d'organiser ce stage spécial? Aurez-vous des services en nombre suffisant pour que tous les
(1) Xo serait-il pas à clé.-iirer aussi qu'un programme relatif à la détermination des matières devant faire le sujet de ces divers Concours fût élaboré par une Commission spéciale? Nous nous bornons à signaler ce point, qui est affaire d'organisation ultérieure.