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LES DAMES DE -LA GRANDE-RUE

(Bertiie Morisot)

Pour Madame Rouart, née Julie Manet.

Une porte s’ouvre sur le vestibule. Des joues rondes et roses de petite fille, un tablier blanc à pois: c’est vous, Julie, l’enfant chérie; Julie! Votre maman vient de vous faire poser, vous courez vers vos jeux. Treillages bleus sur le mur, arbustes : un jardinet dans Paris. Des cerises sur la crédence de la salle à manger, des fruits dans une coupe de cristal. Une bonne, les cheveux un peu en désordre, blonde, et point laide, coud près de la véranda... Mais vous connaissez mieux que moi l’œuvre de madame votre mère, et vous grandîtes dans ce décor parisien, entre l’avenue Victor-Hugo et l’avenue du Bois, qui avait à peine cessé d’être l’avenue de 1’ « Impératrice », quand vos parents construisirent leur hôtel, rue de Villejust.

Depuis l’Arc de Triomphe jusqu’à la place où

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s’élève aujourd’hui un monstrueux monument de bronze, rocher de Guernesey et un poète dessus, vous souvient-il de ces vieilles masures, ateliers d’artistes, de carrossiers ; des hangars du gardemeuble Bedel, du côté impair de l’avenue d’Eylau, (alors celui du terre-plein auquel on accédait par des marches, et qui était au niveau du quartier des Bassins). Du côté pair, le vôtre, des jardins et des parcs : des villas et des maisons de famille. C’était, pour madame votre mère, encore un peu du vieux Passy.

Plus loin, à partir de l’église Saint-Honoré, entre l’avenue d’Eylau (aujourd’hui Victor-Hugo) et la rue de la Pompe, un vaste terrain en contrebas, et non bâti, fut longtemps le domaine d’une tribu de vagabonds; il y avait là des montagnes russes, une sorte de Magic City très primitive ; un singulier personnage y vivait dans sa cabane, un Levantin, disait-on, et qui, vêtu de fourrures, un bonnet d’astrakan sur sa tête aux longues mèches sales, faisait traîner par des béliers sa voiturette, attelage aussi célèbre, au Bois, que ceux de madame Rattazzi. Ce quartier assez « louche » était celui des acrobates, des employés de l’Hippodrome, alors situé entre l’avenue Bugeaud et l’avenue Malakoff.

Je passais par là chaque matin en me rendant d’Auteuil à la classe ; je croisais parfois mademoiselle Morisot, une boîte d’aquarelle et un

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« bloc » sous le bras : mademoiselle Morisot dont, me parlait mon institutrice, la bonne mademoiselle Eugénie Fossard, grande autorité parmi « ces Dames de Passjr ». Car « mademoiselle Berthe », votre mère, en était une alors ; elle logeait avec votre grand’mère et vos tantes dans la rue Guichard, plein coeur du vieux Passy. Combien elle me faisait peur, madame votre mère, avec sa mise « étrange », toujours en noir et blanc, ses yeux sombres et ardents, son anguleux visage maigre, pâle, sa parole brève, saccadée, nerveuse, et sa façon de rire quand je lui demandais à voir ce qu’elle cachait dans « son bloc » !

— Avez-vous bien travaillé? me disait-elle, — pour détourner mes questions. — Mademoiselle Eugénie est-elle contente? Et ces demoiselles de la villa Fodor, les avez-vous vues ces temps-ci ?

Les demoiselles Carré, c’étaient d’autres « Dames de Passy », de la province de Paris ; bref de ce quartier qui n’était ni la ville, ni la banlieue, et dont encore aujourd’hui les boutiques, en certaines rues autour de Notre-Dame-de-Grâces, ont l’aspect, les « articles » même qu’on fabriquait avant 1870 et l’odeur... l’odeur des ruisseaux que le baron Haussmann négligeait d’assainir.

La villa Fodor ! La cour, les plates-bandes, la statue de sa fontaine de zinc, les jardins en déclive jusqu’à la rue Raynouard et au parc Delessert ; le bassin, le jet d’eau : paysage urbain de

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mademoiselle Berthe Morisot, royaume de ces; dames X et Z., chez lesquelles je rencontrai k grande artiste, alors « une » amateur, « une personne distinguée ! une originale mais très genre ! * disait-on. « Très g^enre » signifiait « à la mode ». éléaante, « qui a du chic ».

Valenline et Marguerite, les amies de votre maman, furent parmi ses premiers modèles â lourd chignon blond dans un filet, et soûlent d’une tringle horizontale dont les deux extrémités étaient des boules noires ; la taille sous les seins le corsage tuyauté et ouvert en coeur. Autour dt soi, un velours qui pend sur le dos : le « Suivezmoi jeune homme », « très genre », à la ville! fodor.

Il est des objets peints par mademoiselle Morisot dont elle perpétuera, en les poétisant, la couleur et la forme : cachepots en faïence de Gier moderne ; dedans, un « caoutchouc » aux grosses! feuilles bêles; chaises dorées, fauteuils crapauds capitonnés, à glands ; et ces housses blanches dont l’artiste recouvrait presque toujours des meubles hideux faits en bois de palissandre.

Il y avait donc une Société locale autour de la villa Fodor, des familles qui ne dépassaient guère l’extrémité de la grande rue de Passy, ou, si elles avaient affaire « dans Paris », prenaient le train

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j de ceinture. Leur existence était circonscrite entre le Ranelagh, la Muette et le Trocadéro; elles se , visitaient beaucoup, s’invitaient à des goûters où chaque dame apportait son ouvrage, des gâteaux de chez Petit et les potins d’une gazette « mondaine » assez bourgeoise et provinciale, j’imagine, quoique plusieurs artistes y prissent part, dont ! mademoiselle Charlotte, la tille du sculpteur Vital- Dubray, ensuite madame Albert Besnard. Je me !a rappelle dans la splendeur de ses dix-huit ans, j ses manches retroussées sur des bras de déesse, Modelant un buste de Sémiramis, en présence de M. Le Khédive. Les dames de la villa, les lames de Passy faisaient cercle dans l’atelier de a jeune statuaire, où l’on allait répéter La Cigüe , :omédie d’Émile Augier, mise en scène par Got, m autre voisin, solitaire du hameau Boulainilliers.

Berthe Morisot, l’arrière petite-nièce de Fragoîard, n est-ce pas Madame? a grandi dans les ilégances modestes de ce vieux Passy, entre des >avillons des xvne et xvme siècles et ces maisons i un ou deux étages, blanches et couvertes en uiles, qu ont fait tour à -vtour disparaître les mmeubles qui les remplacent toutes, ou presque, aujourd’hui. Déjà des cubes de pierre de taille accumulaient près des échafaudages, quand, erlain jour de 1867, mademoiselle Marguerite, ne ramenant par la rue Franklin, du cimetière

où. nous avions porté des fleurs, présenta le touf petit garçon que j’étais à « mademoiselle Berthe » qui, assise sur un pliant, peignait au pastel e ' plein air.

— Monsieur Manet est là, à la fenêtre d monsieur X..., dit-elle.

J’entendais pour la première fois, sans dout< le nom de votre oncle Édouard. Vous connaiss< son « Exposition universelle de 67 », vue du Tr< cadéro. Manet devait être en train de faire ur étude pour ce tableau si amusant, avec figures d second empire, les pantalons rouges des lignant et, je crois m’en souvenir, des ouvriers maçon. Le point de vue devait être l’endroit où, aujouij d’hui, tant de voyageurs des tramways de Pass attendent que la receveuse en bonnet de polit ait aiguillé la voiture sur d’autres rails, quarj finit le trolley. C’étaient alors de vastes jardin I encore des « pavillons » des « folies » Louis X et Louis XVI ; des charmilles et des glycines sus pendaient leurs grappes à de bas murs chancq lants.

Je rencontrai bien souvent ensuite mademo selle Berthe à la villa Fodor, où je jouais so ' disant, mais désirais surtout voir votre mère, c: les pinceaux et les couleurs m’attiraient déjà plu que les parties' de volant ou de crochet. Elle ; devant moi un charmant portrait de mademoselle Marguerite, en robe rose pâle; toute la toi ï

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était pâle ; Berthe Morisot était déjà elle-même, supprimait de la nature les ombres et les demiteintes. La jeune demoiselle, « plantée comme un piquet », disait-on, avait l’air, sur son sofa, d’une poupée Huret; les dames de la Grande-Rue riaient derrière le dos de l’artiste qui, heureusement, était « une personne bien charmante », malgré « les drôles de choses qu’elle peignait avec tant de nervosité ». D’ailleurs elle ne devait point être si contente que cela de son ouvrage, puisqu’elle barbouillait et l’effaçait après la séance... ît mademoiselle Marguerite posa des mois durant, sans que cette esquisse semblât prendre corps.

On n’a pas idée de ça! mettre dans un portrait an piano lilas, des rideaux de mousseline, un ïacrutchouc au lieu d’un bouquet ! » — remarquait l’une — à quoi la maman, une précieuse, limable et minaudant : « Je ne suis pas de votre ivis, chère, tout ce que touche mademoiselle Berthe, elle lui donne du genre ! »...<*

: Les demoiselles Carré s’habillaient au goût de Berthe Morisot ; il me semble ne revoir dans mes souvenirs que des jupes claires, des mousselines,

! les jaconas à pois, des taffetas légers comme dans | es aquarelles de la grande artiste.

Il est toute une série d’objets d’ivoire, de ûacre, reliures d’album, coffrets, baguiers, houppes i poudre de riz, miroirs, petites brosses sur une ■ able de toilette drapée de blanc sur transparent

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rose ; des cornets en verre avec des arums dedans des psychés en laqué crème dans une chambr en cretonne à semis pompadour ; il est des par fums de Pivert, pommades aux violettes d< Parme, ou savons au « suc de laitue », que je n< puis voir, ou sentir, sans penser à la villa Fodor aux tableaux de Berthe Morisot.

Toutes ces choses étaient « genre » et trè nouvelles dans le Passy des dames Carré. Ui nuage de poudre sur la peau, une touche de noi sous les yeux, n’étaient point jugés « fard » e mademoiselle Morisot en conseillait l’adjuvant ses modèles.

Ne croyez pas, chère Madame, que je fusse s monstrueux que d’avoir noté ces détails à l’âg que j’avais sous l’Empire... la villa Fodor, la ru Guichard et leurs habitantes ont peu changé d coutumes et de goûts ; longtemps même après l’œuvre entière de Berthe Morisot, datée de Passj de la rue de Yillejust, de Guernesey ou du Mes nil, reste la même : une, pareille, en dépit de l’in fluence que Renoir exerça tardivement sur so admiratrice. Vos armoires sont pleines encor d’études légères et délicates, savamment touchée du bout d’un pinceau qu’elle seule sut teni comme un crayon à se faire les cils. Elle toucha sa toile comme la peau d’un visage, traitait ur meule, un peuplier de banlieue, comme ur bouche, ou une écharpe de tulle.

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Rue Guichard. — C’est au printemps, peut-être un « jour de Longchamp », les voitures roulent dans la Grande-Rue ; les fenêtres sont ouvertes ; les jalousies, lamelles mi-closes, au midi sur la cour, laissent filtrer un rayon rose; au nord, la fenêtre ouverte sur la rue répand une lumière froide, que réchauffe le reflet des maisons d’en face, avec leurs balcons de fer, leurs cinq étages et leurs toits de zinc, si chers à Gustave Caillebotte. Un appartement bourgeois, mais dans cet appartement, une chambre de jeune fille est l’atelier d’une grande artiste. Des housses, des rideaux blancs, des porte-feuilles, des chapeaux de paille « bergeronnette », un sac de gaze verte à prendre les papillons, une cage avec des perruches, fouillis d’accessoires fragiles ; et point de bric à brac, nul objet d’art, mais quelques études, au mur tendu d’un papier gris moiré, pékiné, et, en belle place, un paysage de Corot, un frotaillis d’argent.

Je n’en avais point encore vu « des Corot » ; des lèvres minces de mademoiselle Morisot, ce nom de Corot, pour frapper mon oreille, prononcé comme par un enfant qui sucerait une boule de sucre de pomme, sortait d’une bouche friande.

— Monsieur Corot vient de me donner cela!

Mademoiselle Morisot penche la tête, à drcfite et à gauche, cligne des yeux, redresse sa taille prise dans un « canezou » à grelots de soie,

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regarde l’esquisse qu’elle a choisie parmi les dernières études de son maître, et qui doit la ravir, quoique mademoiselle Morisot garde toujours sa t ravissante expression ennuyée, dégoûtée, sinon un peu colère.

Elle n’a rien « de sa main », à me montrer; elle efface tout ce qu’elle fait, en ce moment; « la peinture à l’huile est trop difficile ! » Ce matin encore, désespérée, elle a jeté dans l’eau du lac, au Bois de Boulogne, une étude de cygnes, qu’elle suivait en barque; voulant me faire un petit cadeau, elle cherche dans ses cartons quelque aquarelle. En vain.

Elle m’offrira donc des langues de chai, spécialité du pâtissier Petit et des fineltes à la pistache, mais point de peinture : non ! elle n’a « rien de joli ! » Ce mot, comme le nom de Corot, il fallait l’entendre comme mâché, savouré par elle....

Mais, vous savez comment, Madame, car elle vous appela Julie, l’un de tous les plus « jolis » vocables de la tendresse maternelle; il y avait un peu en elle d’une Marceline Desbordes Valmore: Sous sa froideur éloigneuse, elle était tout élan, amour, passion.

Nous aimerions savoir quels furent les rapports des deux rivales, élèves d’Edouard Manet : Berths

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Morisot et Eva Gonzalez. Celle-ci, moins douée, mais dont on parlait davantage, car elle exposait au Salon et vivait dans le monde littéraire et journaliste de Paris. Toutes deux avaient quelque chose d’espagnol en elles; ou bien était-ce que Manet les espagnol]’ sât, quand il les faisait poser? L’une et l’autre dames aux cheveux noirs, aux yeux noirs, aux fines mules, sont inséparables, pour nous, ne fût-ce qu’à cause de l’œuvre de de leur maître, où elles figurent si Souvent, surtout madame Morisot, qui fut pour une bonne part « l’élément Goya », dans les toiles de votre oncle.

L’apparition du « Balcon », au Salon des Champs-Elysées, provoqua combien de discussions chez ces dames de la villa Fodor ! « l’enlaidissement » de mademoiselle Berthe, que nous trouvons si belle aujourd’hui, dans sa robe blanche derrière les barreaux vert-véronèse du «Balcon». Et la « femme à l’éventail », la « femme au soulier rose », la « femme au manchon » les cheveux à la chien sur le front, les yeux profondément enfoncés dans le bistre!...

Tandis qu’Eva Gonzalez, bonne copiste, peignait lourdement comme M. Manet, avant 70, Berthe Morisot, dès ses débuts, avait conquis sa liberté. Je croirais qu’elle suggéra peut-être à Claude Monet et à Sisley, qu’un paysage parisien ou des environs de Paris, un jardin, un pont de che-

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nain de fer, des coquelicots dans l’avoine pâle de Seine-et-Oise, étaient des motifs picturaux et il semble qu’elle ait parfois prêté ses modèles, pour les figurines à chapeaux de paille et à jupes claires, qui remplacent enfin les paysans, -les bûcheronnes, dans le paysage « impressionniste ». Berthe Morisot fut la bonne fée de l’impression- i nisme, qui est un art féminin, comme de faire des bouquets ou de la « frivolité » ! ^

Au rebours des personnes de son sexe, qui se guindent à la facture mâle et ne songent qu’à faire oublier qu’elles sont femmes, Berthe Morisot a senti les limites de son art, traitant la peinture! en aquarelliste, en pastelliste, dessinaillant. « jetant », comme on disait à la villa Fodor, n’appuyant pas, frôlant la toile ou le papier. Sa maîtrise garda, jusqu’à la fin de sa vie, la saveur de la jeunesse, les colorations du premier printemps, l’odeur du serynga et des lilas blancs sous la pluie. Déjà parvenue à la maturité du talent, copie-t-elle un plafond de Boucher, au Louvre “e C’est une transcription qu’elle en fait, un pan-; neau bleu-rose et blanc, pour décorer son atelier* salon de la rue de Villejust, qu’elle a voulu non pas au nord, mais en plein midi, à lambris blancs Louis XVI; la lumière y est égalisée par des stores crèmes; il n’y a pas un coin sombre; les jonquilles, les tulipes, les pivoines dans des vases,; se détachent sur du clair, avec la transparence

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les chairs, le modelé plat, le « ton local » sans heurts des objets et des visages qui font face à une fenêtre. Un tel éclairage passe pour « décolorant »; je ne crois pas qu’avant Berthe Morisot, rncun artiste ait, de propos délibéré, toujours peint « quand il n’y a pas d’effet », c’est-à-dire în supprimant les oppositions d’ombre et de iemi-teinte, et choisissant, pour détacher dessus me figure, une même « valeur » claire.

Berthe Morisot a bien plus influencé son beau- ’rère, qu’elle ne s’est soumise aux habitudes tralitionnelles d’Edouard Manet.

Quand elle épouse Eugène, et cesse d’être la « demoiselle de Passy », c’est le paysagiste qui ïhoisit de passer des étés en Angleterre, à Guerïesey ; puis la famille va sur des plages nornandes, à Fécamp, au Tréport. Berthe Morisot rouvedes motifs inédits qu’allait plus tard exploier le néo-impressionnisme : la villa modeste, le îhalet en bois découpé de Vuillard, un décor que ml peintre ne s’était encore avisé de reproduire : in casino, une tente sur le galet; le poteau indilateur et le drapeau qu’on lève quand les nageurs leuvent sans péril se mettre à l’eau; les ajoncs l’un jardinet maigre, la guérite d’osier. Enfin le louveau pittoresque qu’apportent les Parisiens dans les « trous pas chers », remplace celui que

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respectaient, depuis Delacroix, les Alphonse Ivarr, les Dumas, les Isabey et tant d’artistes à béret qui, l’été, se revêtent d’une vareuse de pêcheur et jouent au loup de mer.

Plus tard, c’est le château du Megnil, près Meulan, d’où l’on découvre cette aimable vallée de la Seine où Pissaro, Manet, Sisley, et ensuite Bonnard, ont souvent planté leur chevalet. Berthe Morisot mène là une vie de famille, toujours peignant, mais comme une autre femme de son milieu aurait brodé, fait de la tapisserie ou des confitures, nullement artiste dans ses usages, elle l’artiste entre les artistes, loin du bruit, des expositions, ignorée comme personne. On n’imagine guère une existence plus conforme aux traditions domestiques de la bourgeoisie parisienne. Julie Manet, vous aujourd’hui madame Rouart, vous les perpétuez, ces coutumes abolies. Vous qui naquîtes au centre de ce que la dernière époque française aura produit de plus « neuf » et de plus « avancé », vous prouvez qu’on peut n’être point rebelle aux modes et aux excitations du monde, en restant chez soi, et presque sans rien y changer. Votre mère avait souci de se garer des interviews, des indiscrétions de presse, toujours une inconnue, une dame de Passy dans le Paris moderne. Et telle je vous trouve, vous madame, la tille de cette artiste d’ « avant-garde », vous êtes la gardienne de centaines de petits chefs-

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d’œuvre que se disputent les spéculateurs, et pieuse comme ces messieurs Rouart, dont vous portez le nom, vous fermez votre porte, de peur que vos trésors ne passent la frontière, comme nos fruits dont la peinture de Berthe Morisot est l’un des plus délicats. Nous devons les conserver, comme les portraits de Perronneau, comme l’Embarquement pour C'y t hère, comme nos Fragonard et nos Saint Aubin.

Trente ans après, vous me recevez dgns le salonatelier de la rue de Villejust, où je n’étais plus allé depuis le soir où Mallarmé nous fil la lecture de ce Ten O' clock qu’il avait traduit et que Whistler écoutait entouré de sa petite cour de littérateurs, disciples de Mallarmé, de quelques peintres, dont Renoir. Whistler me demanda : « Croyez-vous que la langue soit tout à fait claire pour les peintres ? » Je ne pus pas l’en assurer.

Qu’importait-il, quoiqu’il se fût fixé à Paris, où on lui faisait fête, où il avait des élèves, mais où il était en exil?

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DÉCORATION DE LA CATHÉDRALE DE YiCH

par M. José-Maria Sert

Si nombreuses que soient les peintures décoratives dans l’histoire de l’art, et quoique les plus illustres génies s’y soient essayés, nous sommes rarement convaincus de leur complète réussite en tant que parure des édifices. D’abord est-il beaucoup de monuments auxquels ce mode de décor ait en vérité ajouté de la richesse él de la beauté — ou dont nous sentions qu’ils ne pouvaient s’en passer? Les palais et les églises de l’Italie, par leurs proportions mêmes et leur allure, s’en accommodent et s’en honorent. Mais de tant d’exemples proposés par le passé, quelle théorie, quelle conclusion faut-il tirer? Plus les dates se rapprochent de nous, et plus nos hésitations augmentent. Dans l’école moderne, il nous arrive couramment de déplorer, plus que d’approuver qu’on n’ait point laissé la pierre ou le marbre nus, comme les briques dans la cathédrale de Westminster.

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On frémit en comptant les conditions à remplir, les qualités que doit posséder l’ambitieux qui, dépassant les limites du cadre doré d’un simple tableau, pour couvrir des murailles, se hisse jusqu’au toit et fait appel à notre attention, veut la retefiir du haut en bas d’une salle. L’éçhec guette je téméraire qui ne craindra pas de se mesurer avec les maîtres de la Renaissance et du dix-huitième siècle français; la redite, le pastiche.

Quand je dis « peinture décorative », j’entends celle faisant partie intégrante de l’architecture, et non pas les toiles de Salon, qui sont des tableaux de chevalet agrandis, ni les ornements entrelacés d’arabesques dont l’humanité s’est plu, depuis l’antiquité la plus lointaine, à embellir ses temples et ses maisons. Le « tableau agrandi », comportant un sujet déterminé, représentant des hommes ou des dieux dans leurs occupations héroïques ou familières, et nous dominant d’une frise ou d’une coupole : voilà qui devient odieux, insupportable, dès que cela n'est pas sublime ou exquis.

Peut-être, tout compte fait, nos mœurs requièrent-elles un style décoratif nouveau, plus moderne. Whistler le croyait et sa Chambre des Paons prétendait être une révolution; mais cette révolution, les Japonais l’avaient faite avant lui. D’autre part, si le japonisme ou la fleur stylisée

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ont amplement pourvu aux besoins de nos appartements, il arrive encore que l’on construise des églises, des galeries, des mairies et d’autres bâtiments publics, pour lesquels l’État entend que les peintres par lui désignés, continuent la tradition. Que devront donc imaginer ces malheureux?

Sans remonter à Ingres, à Delacroix et à Chassériau, inégaux dans leurs tentatives, mais intéressants par la qualité même de leur esthétique, combien citera-t-on de maîtres à ranger parmi les décorateurs proprement dits? Le charmant et si original Parisien Baudry, dans quelques parties dù foyer de l'Opéra; Puvis de Chavannes, quand il consent à oublier le Salon des Champs-É lysées ! Ce poète ne fit guère bon ménage avec le constructeur. Enfin, nommons MM. Albert Besnard et Maurice Denis, auxquels peu de chances furent jusqu’ici données de collaborer avec l’architecte.

Si les mots « grand effort » n’avaient, été tant galvaudés, je les emploierais à propos de l’œuvre considérable, mûrement réfléchie, composée, voulue et en voie d’être achevée, par M. J.-M. Sert pour la cathédrale de Vich. On ne construit plus de cathédrales que dans la province de Barcelone !

Ce jeune homme eut la rare bonne fortune de se voir offrir l’occasion, improbable de nos jours, ou, tout au moins, exceptionnelle pour lui, décorateur-né et catholique érudit, de couvrir de sa brosse toutes les parois d’une église nue, simple

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de lignes, noble d’allure. Nous qui savions ce dont il est capable, et ce qu’il préparait dans sa singulière retraite d’étranger, à Paris, de curieux fréquentant chaque soir les théâtres, ce fut une joie d’apprendre, l’année dernière, que son projet était accepté par la commission de ses juges ecclésiastiques; qu’il allait enfin réaliser, en couleur, les étonnants projets que son fusain avait cherchés, ses mille croquis semés en prodigue sur le plancher et les meubles de l’atelier. Ses amis, pour s’y faufiler, durent parfois marcher sur des monceaux de feuillets dont beaucoup sont perdus, effacés, et qui à eux seuls auraient assuré la réputation future de M. Sert, s’il les avait plus tard classés et réunis. Alors on aurait vu ce qu’est la genèse d’un grand ouvrage de cet ordre.

M. Sert est, avant tout, presque uniquement même, préoccupé de l’effet décoratif de la peinture; il semble à peine admettre que celle-ci ait d’autre but que de rendre les murs somptueux. Il n’est pas un amateur passionné de tableaux, et tant chez les anciens que chez les modernes, son culte est réservé aux décorateurs. Il a étudié Tintoret, Véronèse et Tiepolo à Venise, et il en parle avec une rare éloquence, pour les avoir analysés, au point de vue du professionnel où ces maîtres artisans se plaçaient eux-mêmes. Quant à la valeur purement picturale d’un Manet, d’un Cézanne, même d’un Chardin ou d’un Vélasquez,

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e crois qu’il leur préférera une belle étoffe de jênes ou de Florence. La couleur, les lignes, les volumes, les proportions, les mouvements de ’être humain et des animaux (dont il tire souvent m parti si curieux), toute la nature se présente i lui sous l’aspect décoratif et arabesque.

On se rappelle la salle à manger Les Vendanges jue- feu Bing lui avait commandée pour son javillon à l’Exposition universelle de 1900. H. Sert, tout jeune alors, s’était livré sur les oetits panneaux de la pièce à une débauche l’entrelacs où le nu des gamins vendangeurs se nêïait à d’énormes grappes de raisins, à des ’euilles contournées, le tout en camaïeu gris et >r. Depuis, on sut qu’il avait de magnifiques isquisses, qu’il cherchait des demeures à revêtir le ses brillantes compositions, mais il ne voulait ■ien montrer, et l’on avait fini par douter qu’il léveloppât ses merveilleux dons.

La première fois qu’il m’entretint de ses rêves, le « sa Cathédrale », j’avoue que je demeurai sbahi, et, le confesserai -je? un peu sceptique. Accoutumé à l’entendre faire des théories, si aulessus des préoccupations actuelles, je tremblais le crainte qu’il ne devînt une manière de Cheîavard, un causeur, un esthéticien trop difficile xiur lui-même, dégoûté avant presque de commen- ;er, voyant la Beauté partout en idéaliste, loin le la réalité. Ce chercheur d’effets trop compliqués.

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les- rendrait-il jamais avec la maîtrise que son orgueil admet, seule, comme excuse à l’emploi des couleurs et des lignés, en tant qu’expression de ses idées?

Comme je suis heureux de m’être trompé ! El quelle joie me donne aujourd’hui le résultat don le Salon d’Automne révèle une partie.

C’est, dans cette collection de tâtonnements l’espérance, l’aurore d’urr génie, la déconcertant» présence, parmi nous, d’un être jeune, qui sqit qui pense et qui... réalise !

Je ne crois pas que Sert ait jamais reçu d<| leçons dans un atelier. Il était destiné à s'occupe* dans l’industrie de son père, de tapis, de tissus! en somme à exercer ses aptitudes d' ornemaniste | 11 quitta l’Espagne et voyagea. Londres, Munich! Dresde, le retinrent quelque temps. Dans sel Vendanges, l’influence allemande est assez visible non pas Bœcklin, mais un certain style très « i effet », tant soit peu emphatique, qui fut à 1: mode il y a vingt ans, de l’autre côté du Rhin, l Vienne surtout, et que les magazines comm» Jugend continuèrent, après, d’exploiter pour leurs ingénieuses illustrations. En soi-même ce styh trop lourd et ronflant, dernier souvenir d’Albrech Dürer et de Mackart combinés, n’avait rien qu l’imposât très partiçulièrementà notre approbation Mais on ne s’étonnera pas que son semblant d< force et de nouveauté ait arrêté un jeune Espa-

gnol. qui fuit sa province catalane et s’en vâ courir après la gloire. Quels progrès M. Sert a faits depuis lors ! Quel développement !

Puisqu’il est d’usage, dans un compte rendu de Salon, de dire ce à quoi ressemblent les œuvres décrites, afin de prévenir, pour ou contre elles, les rares lecteurs d’un tel article; et puisque aussi bien, la comparaison avec des œuvres connues renseigne mieux que ne fait une description, sur de nouvelles venues, on se laissa tenter de nommer Michel-Ange ou lintoret, à

I propos de l’exposition de M. Sert.

Le très dangereux programme que le peintre s’est imposé, amènera ces illustfes noms sur quelques langues naïves. On a dit qu’il y a de l’espagqpl, de la colonne torse, de la « Gloire à rayons d’or des églises jésuites. », dans ses panneaux. Mais je me refuse, quant à moi, d’y distinguer rien de spécialement national. C’est à la fois très classique d’ordonnance, très romantique et très nouveau. Un moderne seul pouvait faire cela : un moderne qui a tout vu, puisque le chemin de fer et l’automobile nous défendent d’ètre sédentaires; un moderne qui s’est attardé à Venise, qui adore le rococo du xvme siècle, les panaches, les racourcis, les draperies de Tiepolo ; un moderne qui est souvent passé sous les plafonds de Delacroix et fut hanté par la noblesse de J. -F. Millet. Voici des noms pour faire plaisir à ceux qui en

demandent; mais ces noms risqueraient d’égarer, plutôt qu’ils n’instruiraient le lecteur retenu loin du Salon d’Automne. — L’œuvre de M. Sert ne ressemble pas plus à Tiepolo ni à Michel-Ange, que les femmes d’Anglada à des Parisiennes, ou les modèles de Zuloaga à ceux de Goya — et sa technique est toute moderne, comme celle de ces derniers, mais bien plus saine. Cette technique, elle fut l’objet de ses recherches les plus douloureuses, et il ne pouvait en être autrement. En effet, songez aux difficultés qu’offre à un jeune homme de ce siècle-ci, l’exécution d’un travail si en dehors de tout ce que nous semblons appelés à faire, et pour quoi rien ne nous a préparés dans notre superficielle et incomplète éducation. La fresque? Il ne pouvait y songer pour plusieurs raisons. La détrempe? Elle n’a pas de solidité. II fallait donc se résoudre à accepter la peinture à l’huile. Mais alors, quelle matière, quelle exécution ? Entre cet « Espéranto » que l’on enseigne couramment dans les écoles, à l’usage des gens honorés d’une commandé officielle; entre le lavis d’un Besnard et 'les taches délicates d’un Yuillard, il s’agissait de trouver une pâte robuste et malléable à la fois, bonne à étaler sur lès centaines de mètres carrés d’une toile peinte ici, et marouflée à Yich. Les expériences ont coûté beaucoup de sacrifices, mais il est à peu près certain maintenant que l’effet au total sera excellent.

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La première idée de M. Sert fut de faire un camaïeu jaune, qui donnerait une harmonie dorée. Il y renonça et se mit résolument à jouer de la polychromie, avec prédominance d’ocres, de rouges sombres et de bleus. La lourdeur volontaire qu’on pourrait reprocher à certaines parties de l’œuvre, vues de près dans l’atelier, disparaît si l’on se recule. D’ailleurs, un des moindres mérites de M. Sert n’est-il point d’avoir mis du brun, de la sévérité dans sa gamme de couleurs? Nous sommes si fatigués des colorations grêles ou trop aiguës, de toutes ces taches papillotantes dont abusent les impressionnistes fous de lumière et d’étrangetés à tout prix, que ce nous est un repos et un régal, de suivre cette arabesque logiquement agencée, sobre de couleurs, pleine de sens, quoique ne versant jamais dans la littérature, et possédant les qualités picturales requises pour une œuvre qui n’est pas une suite de tableaux, mais une décoration — et combien lu mi neuse quoique leJManc y soit, au plus, de l’ocre 1

Ce point étant acquis, toute sécurité nous était garantie quant à la trouvaille du sujet et de la composition.

Le thème d’ensemble est la représentation du Monde Bienheureux. A cause des piliers et des corniches entre lesquelles se placent les surfaces que M. Sert décore en totalité, et qui en partie touchent le sol, en partie sont à mi-hauteur,

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et enfin là-haut dans les voûtes — il divise ce1 thème en trois zones : en bas, ce qui a rapport!1 à la vie terrestre; tout en haut, ce qui a trait à!( la vie céleste; et entre les deux, les moments de l’Histoire Sainte où le ciel a été en contact avec là» terre, par l’entremise des messages, c’est-àdire des Anges. A droite, des scènes du Nouveau1 Testament; à gauche, celles de l’Ancien Testament. Les trois points principaux coïncident avec ceux du monument :

1° Le maître-autel, vé'rs quoi toute l’attention! doit converger. De cet autel jaillit un arbre qui; étend ses rameaux de l’un à l’autre côtés du chœur, et qui fournit le « leit motiv » des frises dont s’encadrent les compositions à figures, de telle sorte que, de quelque coin de la cathédrale où vous vous arrêtiez, votre attention sera conduite! vers le maître-autel.

2° Le panneau le plus grand fait face au chœur/ là où, dans les églises, se dresse l’orgue, au-i dessus de la porte d’entrée. Ce panneau occupe ^ tout le revers de la façade, et coupant les trois nefs perpendiculairement, forme triptyque. Ici nous voyons l’ascension des Hommes vers le Ciel. Trois cortèges : celui des Docteurs qui ont cherché Dieu par la Vérité; celui des Saints et des Héros, qui l’ont cherché par la Bonté; enfin celui' des Hommes, qui l’ont cherché par la Beauté.

3° La coupole du transept (la plus haute de

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édifice). Là M. Sert peindra la Trinité bénissant i Création. Il a voulu ainsi que l’aboutissant de oute l’Histoire fût une Bénédiction.

Ce sujet général donne lieu à des divisions qui oïncident avec les parties saillantes ou renrantes de l’architecture. Le chœur forme comme ;n petit édifice dans la cathédrale: et le sujet de

décoration est encore un petit ensemble et une ■artie du grand. C’est l’adoration des Mages et es Bergers : les puissants et les humbles appor- 3nt tous les fruits du monde. A gauche, l’hommage e l’Orient; à droite, celui de l’Occidenl.

Ce simple énoncé suffit à renseigner le lecteur ur l’esprit distingué et rare auquel nous avons fîaire .

Les extraordinaires cartons que M. Sert a essinés et redessinés, puis mis au carreau et eportés sur la toile, nous avaient depuis long- Çfcnps émerveillés. Il est très rare qu’un artiste lit réussi à habiller aussi somptueusement des jymboles et à leur donner une forme plastique ussi unie à la fois et variée. Point de cette dieuse humanité; point de ces gestes mélodramatiques, que l’on donne si volontiers à une père qui allaite son enfant, ou à un ouvrier uvant un verre de vin; point de ces déformations rbitraires où se sont perdus, par. crainte de la analité, les meilleurs d’entre nous. Les mouveîents disent bien ce qu’ils veulent exprimer, à

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savoir des arabesques et des volumes. La grande intelligence de l’artiste l’aida à se convaincre que ces sujets sacrés devaient, pour être lus de loin, être écrits en arabesques. 11 les a distribués comme un enlumineur gothique, dans les branches de cet arbre qui déploie ses rameaux sur toutes les murailles de la cathédrale. La ponception générale, la donnée ornementale de l’œuvre, est une des plus fortes et des plus ingénieuses que je sache. On peut tout attendre d’un homme qui a inventé, pensé, exécuté en si peu de temps — et combien honnêtement aussi 1 — une pareille œuvre plastique.

Si l’on prenait encore au sérieux ce qui est sérieux, cette manifestation aurait un énorme retentissement; elle serait saluée avec respect par tous ceux qui tiennent un pinceau ou une plume. La puissance du cerveau, l’art, la science, la volonté, l’acharnement requis pour la mettre sur pied, ne frapperont peut-être pas un vaudevilliste dont les trois actes sont annoncés, racontés, portés aux nues trois jours durant sur trois colonnes des journaux. Une grandiose entreprise comme celleci, inspire de l’horreur aux pauvres essouflés, dont les bras tombent de fatigue quand ils ont accordé un bleu avee un jaune sur un bout de toile; elle rend méfiants les visiteurs d’expositions qu’une déjà longue série d’années habitua aux esquisses, aux intentions, aux notes. La « sensi-

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bilité » de M. Sert n’est pas à la portée du premier venu.

Je regrette, oserai-je avancer, qu’un solitaire courageux et désintéressé ait livré à la foule les premiers fragments d’un ensemble impossible à juger hors de l’église pour laquelle il a été conçu. L’hospitalité du Salon d’Automne était tentante, mais plutôt comme une épreuve et un renseignement pour l’auteur, que comme une présentation de sa personnalité. Je ne suis pas allé voir cette exposition.

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