PROPOS 1»F, TA PLI
Victor Hugo reçoit un toi nombre do demandes de secours qu'il lui est matériellomont impossible do les accueillir toutes. Il envoie,, tous les ans, une grosse somme à l'administration do l'Assistance publique.
J'ai souvenir d'une comtesse, quêteuse obstinée, qui s'installa dans l'antichambre, déclarant qu'elle ne partirait pas avant que le poète eût accédé à sa demande. Cela n'aurait rien été si cette obstination n'eût été accompagnée de récriminations et de plaintes. Victor Hugo envoya à cette turbulente damo vingt francs enveloppés dans un billet où on lisait ces quatre vers :
Voici mon louis, comtesse, Quoiqu'on puisse, en vérité, Manquer à la charité Qui manque de politesse.
Le nombre de demandes de secDurs écrites que reçoit le Maître semble croître tous les jours. Il y en a de fort touchantes, auxquelles il ne résiste
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pas. Quant aux visites intéressées, aux quêtes religieuses, à la mendicité à domicile, on s'en gare autant que l'on peut. Pourtant, il y a des habiles et des impudents qui forcent la consigne.
Un soir de grande réception, on annonce le marquis de Fualdès y Sacramento, grand d'Espagne, ou quelque chose d'approchant.
Entre un petit vieux monsieur d'une tenue irréprochable, dont l'habit noir se constelle de décorations étrangères. Il salue les femmes et s'assied au coin de la cheminée , en face de Victor Hugo. Le poète s'informe du motif de cette visite. Alors, dans un espagnol très pur et très élégant :
— Seilor, dit le marquis, j'attends de l'argent d'Espagne, et je vous serais très reconnaissant si vous pouviez, en attendant, me faire la grâce d'une pièce de cinq francs.
— Comment donc ! monsieur le marquis, dit le poète en lui serrant la main.
Le marquis remercia d'un air digne, et sortit la tête haute, comme il était entré.
En vérité, cela valait un louis. Mais l'hidalgo se serait peut-être offensé d'une aumône; la vraie bonne grâce consistait â ne pas lui donner plus qu'il n'avait demandé.
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27Î PROPOS DK TAP.L. K DK VICTOH HUGO
Une autre fois, le forceur de jjortes fut un sim})le curé de campagne.
11 arriva, suant, essouttlé, malpropre, dans l'antichambre de l'avenue d'Eylau, et demanda à quêter.
On voulut le renvoyer ; il ne partit pas. Dans la maison, on traitait d'ailleurs, les ecclésiastiques avec une grande politesse, comme on doit traiter ses ennemis.
Le bonhomme parla, prêcha et sut intéresser les servantes à sa cause. Il finit par entrer, se confondit en excuses, et s^assit sur le bord de la chaise qu'on lui présenta. 11 exposa le motif de sa quête, qui était absurde. Mais il était si malpropre, si râpé, si persistant, qu'on ne savait comment le renvoyer. Il nous raconta ses affaires ; il n'avait rien de caché pour nous. Avec une rare habileté, il ne dit pas un mot du dogme, ni de l'Église, et parla à un point de vue humanitaire, simplement.
On ne pouvait pas renvoyer un pareilbonhomme. Le Maître inscrivit son nom sur sa liste ; la mère de ses petits-enfants doubla l'aumône. Comme je n'avais pas d'argent sur moi, je reconduisis le curé jusqu'à la porte — pour le brosser.