AU LECTEUR , SALUT
Les philosophes et iiiriscoDSultes ont cela assez familier, de décrire I'dd contraire par Tautre, en baillant par icelui plus sûre et solide connoissance, que s'ils laissoieot Tombre d'icelui pour de prime face traiter leur supposé sujet ; comme quand ils veulent proprement décbiflflrer Tertu, ils peignent vice de toutes ses couleurs; ou liberté, santé, ftroid. Us discourent par leurs opposites , servitude , maladie, chaud; qui donne au susmentionné contraire la grâce plus naturelle et trop mieux dispo* Bée. Au moyen de quoi , puisque les propos d'aucuns rustiques (que Je nomme paysans, vilains, ou ignobles) nous sont en main, il ne sera, me semble, hors de propos, Caire un bref et sommaire discours du nom et imposition d'icelui; ce que je ferai A beaucoup moindre diflBcullé, prenant ce que lui est (comme l'on dit) en diamètre contraire, qui est noblesse, non celle de laquelle se sentent et disent être embellis et armés un tas de logiciens et alchimistes, mais de celle primitive et premier commencement, qu'on appelle de race. Et pour répéter les choses de plus haut, en ce bon vieux temps qu'aucuns appellent l'âge doré, n'y avoit différence aucune entre les hommes en prééminence , hautesse , ou autre point d'honneur; ains éloient égaux, non partiaux ou divisés , usant d'une telle tranquille et louable communauté, que â la postérité n'a laissé que les regrets et souhaits d'un pareil siècle. Ne se souciant de dtner, sinon quand la faim les conlraignoit d'aller où au gland , ou fraises, ou bien sécher au soleil la chair de quelque bélc par eux prise â course , et de la peau en
1 Les dlTcnef éditions ie».Propo$ nutiquet ottnni des différences notables; cdles de Parts iMs, et de Lyon IM9, ne renferment qae treize chapitres ; la réimpression d'ÉloI Gibier ^Orléans, sans date), qae M. Gnstave Brunet, critique aussi tendit qn'éelairé, a signalée la premier anx bibliographes {Bulletin du bibliophile, «S4i, p. 47»), contient déjà le commencement dn chapitre xiv etflnltaTeo la chanson de maître Huguet. On a cm devoir reproduire ici l'édition publiée à Paris en ikm par Etienne Groollean ; pins complète qoe les précédentes , revue et augmentée par railaar lol-méoie, cette édition a toute l'autorité d'oa texte original.
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accoutroienl celui qui le plus en avoit métier. VWoient an jour la journée, le premier A la porte pasaqit fai|S difif^ronce , ne se faisoient prier à laver leurs mains , encore moins i se seoir à table , aussitôt buvolent en leur bonnet comme en leur main ; coucboient indifféremment tous en une caverne, comme font aujourd'hui ces Égyptiens sopbisiiqués , et là purgeoient leur ventre et cxcrçoient les œuvres de nature, les uns devant les autres, faqs faire \p^ éfriin^es, avep^Mpf e^oufqs. Par pp fpoyen ëtoient pour lors inconnues noblesse, paysanterie, liberté, servitude et autres de semblable farine, invasions de droit naturel. Mais en cette paisible et humble façon de vivre, non guéve demeurèrent : à raison que, eux en plus grand nombre percrus et augmentés, commencèrent espèces de querelles sourdre * entre eux : comme jamais ne demeurons longtemps fermes ni constants en notre heur. Par ce que possible Marion rioit plus volontiers A Robin qu'à Gautier, dont commença la manière de se battre pour la vaisselle, coutume qui a toujours duré. Ou que Tun avoit meilleure peau que l'autre, et parce qu'il étoil plus ancien, devoit lui appartenir ; ou par aventure l'un avoit mangé le gland tandis qu'un autre li branioit, choses qui les provoquoient tellement à guerre et dissension, qu'ordinairement se combaltoient A beaux coups de poing, de bâton, de pierre, s'entre-lratnoient par les cheveux à écorche-cul , c'étoit pitié ; car d'autres façons de se battre , longtemps après ne les eurent : par quoi, qui avoit la maehoÎK d'un âqe étoil bien armé. Bn ces combats les plus forts avoient Vîivantage, au moyen auquel les foibles étoient contraints faire entre éteax aux cavernes, et se séparer pour le mieux : car la trop grande familiarité eommençoit déjà être envieuse. Autres se retiroient plus loin feqls avec la seule, pour s'acquérir privémcnt, ne remettant plus rien A la tus mentionnée communauté. Au moyen de quoi ceci fut tant démené, et avee le temps tellement continué , que les plus forts commencèrent A subjuguer et mettre en crainte les plus petits et abaissés, prenant une merveilleuse superintendance sur eux. Quoi voyant, élurent un d'entr'eux par commune voix, plus robuste, plus sage, et haut à la main , pour leur conducteur, leur souverain maître, en qui ils sussent se répéter de leurs négoces privés (car jà commençoicnt républiques et affaires politiques à se administrer), et recourir si aucun schisme ou différend t^levoient entre eux. Quel maître ou supérieur commença à les gendarmer, les leurrer, les veiller, mettre aux champs, au monde, tellement que se voyant plus rustres et plus galants que les autres, non contents de leurs propres ijmiles, usurpoient sur }e territoire cl voisinage prochain pHf copiifipcUes ppifrses. Et en ces (pieu s^if) |)ien dressée? escarmoucbet f'eptfcpfeoqiepl, pqmffie voye^ qi^'oq fai| i|ux barres , et le pris (de quoi es| descendu de la prison, le prisonnier, le geôlier et la suite) étoit retenu en perpétuel servage, comme un coquin, un maraud, un beiftre. Alait •fin que oc maître gouverneur fàt reconnu comme principal et p|i]|
I Sortir, naître.
AU LfifiVEim. 2|{
M^ipt, lui éènaàswtd , par «offliiiun avis, dMenn partie ée soa botio ou cooqiusat, em sigae 4c r^Aonnoiisaiice, par oe moyen ae rendant à lui iri-* buiainM. ToHiefois, Yoyani qoe le profit particulier commençoit à avoir Kea, à d^auauiia raiâsfaek cette rente op devoir: cardetaRt qu'entrer en bataille , pronettoit au mieux faisant ou plus hardi aiaailteur, plus robuste €oo|baUant, icelai qui plus virement étoonoit son ennemi* et quoi? eelte exceptioB on iauBUBité des devoirs susdits dos pour la supériorité. Lors y avoit presse, qui premier seroit au rang, qui le premier feroit brèche, le prem*'^ ^ renseigne. Far ce moyen, tendant tous à un même but, et d'une pareille émulation, )e plus souvent demeuroient vainqueurs Mi, quand pour leur bien Ait rien ne leur eût ét^ proposé , ils se fussent attendue tes uns aux autres, au grand intérêt de leur propre salut. Cette esemptjop ils appeiér^nt noblesse (comme la première chose qui leur vint à la bouche, bi mode d'adoncques dimposer à signifier), à cause que par leur hardiesse et b^iuque adresse aux armes (postpesant* toute praipte de mort), ils aequéroient ce q(;e aux autres, qui avoient tourné le dos, gagné le haut, qe s'étant rais au hasard, étoit vilainement dénié. Au moyen de quoi ces anciens Carthaginiens autant d'anneaux donnoient ^ leurs soldais (geus sagement reconnoissant les bienfaits) qu'ils eussent été en de batailles, et ce en signe de perpétuelle noblesse. Les Romains, ces vaillants eonquéveurs,d'autapt de couronnes leur homme d'armes honoroieot (récompense digne du mérite) qu'H eét été à de journées , par ce moyen eonnblis. Quoi! Les |lacédones avoient cette loi révéremment observée- Qui n'aura en la bataille occis quelqu'un des ennemis, soit en Heu publie lié, bil|é, et ftuebé en un poteau en signe d'ignofoilité ". Lei Germajna ou iHeipands plus tdt n'étoient mariés (chose autrement vUaioe) q^*i^ »'eiiBsent présenté la tête de leur ennemi à leur roi. Aux banqueta des ^pytbes op offroit une pteipe tasse de vin A la compagnie, et p'étoit loisible jk cebii qui n'avoii tué son ennemi au conflit, la prendre, commes'ileâtélé vilaine^ immérité de cet honneur. Aux Bibles, Mardochée, Bébreu , fut anobli par Artaxerxés ; et pour les causes mêmes, Joseph fait BoUe pfT Pharaon. Four lesqueiies raisons, tendant à une pareille fin d'une ambition honorable, crurent en grand et excessif nombre, tellement qu'ils (di9lingua9l le populaire) se appelèrent désormais nobles. Le reste, qui Umi »^ point pérerop^re que la manière de fuir est de partir de bonne beure, dirent appelés plébéiens, paysans, vilains, rustiques. A ces no^ Ues souvinrent bistoriograpbes de leurs batailles, faits et gestes, lesquels Aleundre le firaod étant au monument d'Achille, appeloit trompettes ou proetoeura d-lpqneur, et oqt été tellement ingrats vers nos rustiques, que lr#iiao^ aeiileiReii^ les hauts et excellents actes de ces puissants magnâtes, 9MN9«rebe^^ priis^, n'ont youlu s'abaisser jusques, au moins, à dire qu'il en fut en leurs siècles ; la raison étant prompte, que, comme dit
I Mettant de côté, mèprigant.
8 Ignobiiit^, pour ignoroioie.
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Callimacbus , verla lans richesse est iDconnue. Toutofois, anenns ayant le jugement plus sûr, et regardant de meilleur œil, bien avertis de la commodité produite des champs, et félicité d'iceux, n'ont dédaigné i en traiter assez amplement. Caton, ce prudent et grave Romain, en a écrit et établi lois, tellement qu'il affermoit un laboureur être homme de bien. M. Gicero dit que rien ne peut être plus commode à l'homme libre qu'agriculture, ce qu'il expérimentoit assez en son Tusculan. Virgile, qui non moins aima les champs, que d'en écrire, appelle le laboureur, et celui qui habile les champs, fortuné; Horace, heureux. Végéee, autrement gentil compagnon, et bien instruit A la guerre, veut l'homme de guerre être nourri aux champs, et étoient nourris anciennement les enfants des princes aux champs, non en cette délicatesse des villes. Aglaîus, ce pauvre Arcadien, ne fut^il jugé par l'oracle d'ApoHo, si cela fait foi, l'heureux de tout le pays ? Quoi i et combien d'empereurs ont laissé l'administration des magniflques et superbes empires, leurs pompes, hautesses et triomphes, pour se retirer aux champs, pour avoir l'aise et commodité d'iceux, et illec, jugeant cette façon de vivre beaucoup plus sûre, passer en tranquilliié le demeurant de leurs ans? Comme Périclés, ce grave Athénien, Scipion l'Africain, Dioclétian, l'empereur romain, Caton le Censeur, le consul M. Curius. Avecques ce, tant et innumérables philosophes envieux du bien et félicité de nos rustiques , ont , pour à l'aise philosopher, choisi leurs études aux champs, comme les stoïques, druides, Platon en son académie, Sénéque, ce sage philosophe , et autres infinis. Au contraire, combien de paysans bons laboureurs ont été appelés de leur eharrue pour prendre l'administration de républiques fortes et puissantes, toutefois sans eux ruinées, mal ordonnées , et, ce que l'on dit, A l'ancre? Ce vaillant charrieur * Q. Cincinnatus en fera ample témoignage. Autant Atile Calatin , bon et excellent vigneron ; Fabrice, gentil jardinier ; Atile Régule , desquels la mémoire tant durera, que seront en vigueur charrue, soc, coullre % fouet et timon , pelles et râteaux. Que si nous regardons en quoi principalement étoit la richesse de l'antiquité, nous ne trouverons que bœurs, vaches, moutons, oisons et autres avoirs, tellement que Servins, roi des Romains, fit insculper ' en la première monnoie romaine des bœufs et moutons, dont encore sont les moulons à la grand' lame. Mais, néanmoins que ceci demanderoit plus ample discours que les oreilles d'un délicat (possible) souhaiteroient, toutefois, pource que ce n'est le principal négoce, j'ai induit ce peu pour montrer, au moins essayer l'origine de nos rustiques par leur contraire. Contente-toi donc, ami lecteur, de ce peu que je t'offre, chose (sous ton jugement) soit indisposée et de mauvaise grâce : toutefois, en observant l'honneur et droit d'écrire, choses basses et humbles ne requièrent style élevé, ni grand*
1 Qal condoit la charme, a La couteau de la ohaime.
9 Graver.