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La perte des branchies externes, Fapparition des pattes postérieures et antérieures , sont des phénomènes de croissance faciles h saisir, mais soumis à de grandes différences individuelles, qui ont fait qu'ils ne se sont' pas succédé dans nos divers bocaux dans un ordre parallèle à celui indiqué par la taille. Il y a certainement des influences d'un ordre secondaire qui agissent sur ces phénomènes. Toutefois , nous devons insister sur ce point que c'est toujours dans le vase violet qu'est apparue la première petite grenouille à l'état parfait.
Un autre fait important à noter est celui du développement normal , quoique légèrement ralenti, dans l'obscurité. F. William Edwards, dans son livre célèbre sur l'influence des agents physiques sur la vie, avait nié que le développement pût s'effectuer en l'absence de la lumière; on trouve encore aujourd'hui l'écho de cette opinion dans plusieurs ouvrages élémentaires. Nous avons vu cependant que Mac-Donnell et Higginbottom étaient arrivés à des résultats diamétralement opposés. Selon eux, le temps de croissance ne serait pas sensiblement influencé par l'obscurité. La vérité semble, d'après nos recherches, se trouver entre ces deux opinions, très rapprochée de la dernière. L'obscurité n'empêche nullement le développement, mais le ralentit. A égalité d'âge, les têtards se soht montrés plus petits dans le vase obscur que d^ns celui
exposé à la lumière blanche. En outre, la mortalité est un peu plus considérable dans le premier de ces vases que dans le dernier.
Si maintenant nous introduisons dans nos boxîaux , en lieu et place des œufs de grenouille , des œufs appartenant aux autres animaux que nous avons mentionnés plus haut, nous arriverons aux mêmes résultats généraux. J'ai repris ces recherches sur des espèces marines à la station zoologique de Naples où Tabondance de Teau et celle du matériel de travail sont considérables (voir page 112). Des œufs de Sepia (seiche) et de Loligo (calmar) furent soumis aux couleurs simples, et les jeunes en sortirent plus tôt dans les vases violet et bleu que dans les vases jaune et rouge.
Du reste, M, Serrano Fatigati, dans une note présentée à FAcadémie des sciences à la fin de 1879, a confirmé mes premiers résultats en opérant sur les infusoires. Je rapporterai ici ses propres conclusions :
« l'' La lumière violette active le développement des organismes inférieurs;
« T La lumière verte le retarde ;
« 3® La production d'acide carbonique est toujours plus grande dans la lumière violette et plus petite dans la lumière verte (1), etc. »
(t) Serrano Fatigati, Comptes rendus de V Académie des sciences, U LXXXIX, 1«' déc. 1879.
Il ressort donc de cet ensemble de recherches que , contrairement à ce qui a lieu chez les plantes, certaines lumières simples sont plus propices au développement des animaux que la lumière composée du soleil. Ce fait principal, sur lequel M. Béclard parait avoir le premier appelé l'attention du monde savant, mérite d*étre soumis aune critique sévère, et je dois relever dès maintenant le désaccord qui règne entre les conclusions de M. Béclard et les miennes relativement à la gradation des couleurs au point de vue qui nous occupe. Nous avons donné plus haut l'échelle de M. Béclard. La nôtre en diffère surtout en ce qu'elle place la lumière rouge beaucoup au-dessous des lumières jaune et blanche et très près de la lumière verte qui , dans tous les cas, s'est montrée défavorable.
Voici notre groupement des couleurs dans les conditions que nous avons indiquées :
Violet. Jaune. Rouge.
Bleu. Blanc. Vert.
La lumière jaune et la blanche se touchent de très près. Les jeunes se sont montrés parfois plus gros et plus robustes dans le vase blanc que dans le jaune; mais dans la plupart des cas, c'est le contraire qui est vrai.
Les conditions d'existence, le mode de nutrition surtout, diffèrent tellement des animaux aux Végé-
taux , dans les espèces du moins qui ont été mises en expérience jusqu*ici, que nous ne. devons pas nous étonner d'arriver à des résultats contraires dans la recherche que nous poursuivons.
Ainsi, l'obscurité est nécessairement mortelle pour le végétal, puisqu'elle arrête la fonction chlorophyllienne.
M. Bert, en opérant sur vingt-cinq espèces de végétaux aussi bien cryptogames que phanérogames de familles très diverses, les a plantés les uns sous un verre blanc ordinaire, les autres sous un verre blanc dépoli , un verre noir, un rouge , un jaune, un bleu; et il est arrivé à cette conclusion générale : « Qu'en définitive toutes les couleurs prises isolément sont mauvaises pour les plantes; que leur réunion, suivant les proportions qui constituent la lumière blanche , est nécessaire pour la santé des végétaux; et qu'enfin, les jardiniers devront renoncer à l'emploi de verres ou abris colorés pour serres et châssis. » M. Draper, dans une expérience élégante rapportée par M. Jamin (i), prit sept tubes de verre , renfermant de l'eau chargée d'acide carbonique et une feuille de graminée, puis il fit tomber sur chacun d'eux l'une des sept couleurs du spectre. Au bout de quelque temps, il se dégagea de l'oxygène dans les tubes recevant les
(I) Jarain, la Photochimie (Revue scient, 1866-67).
rayons jaunes et rouges ; il n'y avait rien dans les autres. Les rayons rouges et jaunes, ces derniers constituant la région la plus lumineuse du spectre, sont donc les seuls qui donnent aux plantes la propriété de renouveler Toxygéne de l'air. Cette expérience élémentaire a été reprise sous bien des formes diverses et avec toute la rigueur scientifique ; -elle a constamment donné les mêmes résultats (1). Si nous nous reportons maintenant aux expériences de Béclard (2), de Selmi et Piacentini (3), -de Pott (4), de Moleschott et Fubini (5), sur l'action -de la lumière , et en particulier des lumières colorées, sur la respiration pulmonaire et cutanée chez •les animaux, nous constaterons certains désaccords
(1) Voy. Jul. Sachs, Physiologie végétale, traduction française par Marc Micheli, 1868, p. 25, et Jul. Sachs, Werkungen des farbigen Lichts auf Pflanzen. (Bot y Zeitung^ 1864).
(2) Béclard, lac. cit.
(3) Selmi et Piacentini, DelV influenza dei raggi colorati sulla respirazione, {Hendiconti delV Instituto lombarde, 2« série, vol. 111, p. 51-63, 1870.)
(4) Robert Potl, Vergleichende Untersuchung ûber die Mengenverhàitnisse der durch Hespiration und Perspiration amgeschiedenen Kohlensaure bei verschiedenen Thierspecies in gleichen Zeitraumen, nebst einigen Versuchen ûber Kohlensaure Amscheidung desselben Thieres unter verschiedenen physiologischen Bedingungene (Habilitationschrift, léna, 1876).
(5) Moleschott et Fubini, SulV influenza délia luce mista e cromatica nelV esalazione di acido carbonico per Vorganismo animale. Torino, 1879.
dans les résultats obtenus qui atténuent beaucoup leur valeur. Moleschott a montré en 1855 que la lumière blanche, comparée à Tobscurité, favorisait dans des limites assez larges la quantité d'acide carbonique dégagé par des grenouilles en un temps donné. Il trouve en même temps que l'augmentation de la quantité d'acide carbonique était d'autant plus grande que l'intensité de la lumière était ellemême plus considérable, c'est-à-dire que les grenouilles, pour les mêmes unités de poids et de temps, exhalent depuis 1/12 jusqu'à 1/4 d'acide carbonique de plus lorsqu'elles respirent sous l'influence de la lumière que dans l'obscurité, tant que lés degrés de température sont égaux ou ne diffè-
RAPPORT ENTRE LA. QUANTITÉ D'ACIDE CARBONIQUE EXHALA ET LA NATURE DE LA LUMIÈRE D'APRÈS SELMI ET PIACENTINI (1).
LUMIÈRE