‹ Propos scientifiques [microforme]Chapitre 4 sur 24 · CE RU · texte numérisé non relu

CE RU

Lorsqu'il s’agit d’un viaduc au-dessus d’une vallée, la construction de piliers en maçonnerie ne présente pas de difficultés particulières. Il n’en est pas de même de l'installation d’une masse de pierres et de béton sur le lit d’un fleuve, surtout d’un fleuve profond et rapide comme le Saint- Laurent.

Il faut, en effet, trouver des moyens qui permettent aux ouvriers d'avoir accès, à pieds secs, sur le fond de la rivière, et de creuser ce fond jusqu’au niveau du roc solide. La méthode employée est celle des caissons, ce qui constitue une application importante et ingénieuse de l’air comprimé.

L'installation d’un caisson sur le lit d’une rivière n’est rien autre chose que la répétition en grand de la modeste expérience de la cloche à plongeur, exécutée dans tous les cours de physique. Si l’on

enfonce une cloche en verre dans l’eau d’un vase

quelconque, on constate que l’air de la cloche empêche l’eau d’y pé étrer ; il ne peut y avoir de l’eau et de l’air au même endroit de l’espace en

même temps, et si la cloche est maintenue sur le

fond du vase, celui-ci s’assèche complètement.

Les caissons employés pour la construction des piliers des ponts sont d'immenses boîtes, à parois de bois très épaisses et très résistantes, ouvertes à la partie inférieure, séparées à l’intérieur en plusieurs parties par de nombreux compartiments, et que l’on enfonce dans l’eau, au moyen de lourdes pierres, jusque sur le lit de la rivière. Pour cette opération, il faut que l’air du caisson puisse sortir par une ouverture pratiquée à la partie supérieure, et que l’eau pénètre à l’intérieur jusqu’au même niveau que celui du fleuve. Si maintenant on ferme le caisson et qu’on projette à l’intérieur, au moyen de pompes de compression, un puissant jet d’air comprimé, toute l’eau du caisson sera chassée par un tuyau approprié, et il suffira, pour qu’il reste vide d’eau, de maintenir constamment l’air à une pression convenable. Dès lors, les ouvriers pourront s’introduire dans le caisson et, travaillant dans l’air comprimé, euser à leur aise le lit du fleuve.

Pour pénétrer dans le caisson, sans qu'il s’échappe de l’air comprimé, on a imaginé des espèces de cheminées divisées, par des planchers mobiles, en de nombreuses sections dans lesquelles les ou-

vriers passent successivement jusqu'au fond du caisson.

A mesure que l’on creuse le lit de la rivière, le caisson s'enfonce et l’on construit en même temps le pilier en maçonnerie sur sa paroi supérieure, de façon que le sommet du pilier soit toujours en dehors de l’eau. On poursuit cette opération du creusage jusqu’à ce qu’on ait trouvé un fond solide. Il ne reste plus qu’à remplir tous les compartiments du caisson d’une masse de béton, laquelle, une fois solidifiée, constitue la base du pilier.

Le pilier nord du pont de Québec s'appuie sur un fond de roc solide ; pour le pilier sud, on a dû creuser plus de 75 à 80 pieds au-dessous du lit du Leuve, et le fond qu’on a trouvé, réputé très solide, n'est pas le roc, mais un mélange de sab! et de gravier que les Anglais appellent du hardpan.

Notons, en passant, que le travail des ouvriers dans l’air comprimé est très pénible et ne peut se prolonger longtemps. Le passage de l'air à la pression ordinaire dans l’air comprimé exige des

précautions particulières ; les ouvriers ressentent

souvent des douleurs aiguës dans les oreilles, et,

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LE PONT DE QUÉBEC 23 a —"— — lors d’un changement trop brusque de pression, il y a danger d’hémorragies pulmonaires.

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