‹ Propos sur les beautés du temps présentChapitre 43 sur 48 · PROPOS SUR LES BEAC · texte numérisé non relu

PROPOS SUR LES BEAC

propres; nous savons aujourd'hui, ayant goûté à toutes les nourritures exotiques qu'ils nous ont servies, quels aliments nous conviennent et où nous en approvisionner : la terre de France est assez féconde et assez riche pour nous nourrir tous. Nos estomacs sont fatigués des cuisines cosmopolites.

Puis, serait-ce là rétrograder ? Et quand, jusqu'à un certain point, ce le serait ! Le voyageur qui a pris la mauvaise route, celle qui, non seulement l'éloigné de son but mais le conduit à sa perte, rougiia-t-il de revenir sur ses pas ? N'ayons plus de ces fausses hontes, ayons le courage de ne pas aller plus avant. Lâcheté, crierontils encore. C'est qu'ils ne parlent pas la même langue que nous, c'est qu'ils n'ont pas les mêmes idéaux que nous, c'est qu'ils ne sont pas de notre race. Je sais! il y a ceux qui sont de notre race et dans les veines de qui court le même sang qui court dans les nôtres, et qui, malgré cela, parlent comme eux, s'accordent avec eux, pour nous pousser à aller

sans cesse de l'avant, si inévitable et si profond que soit l'abîme qui se creuse au bout du chemin. Quand donc nos frères égarés rouvriront-ils les yeux à la lumière ? Quand donc se rendront-ils compte qu'ils font métier de dupes, qu'ils ont assez donné ou, pour parler plus net, qu'on leur a assez pris, que ce n'est point hors de nous, mais en nous, dans ce qui nous reste encore des fortes et saines vertus de notre race, dans ce qui subsiste encore au fond de nos cœurs de notre morale, au fond de nos intelligences de notre sens particulier delà beauté, que nous trouverons les possibilités de cette renaissance de l'âme française qui importe si grandement au maintien, dans le monde, de la vraie civilisation.

Auprès des héros et des maîtres du passé, autour des chefs-d'œuvre de nos penseurs, de nos artistes, de nos architectes, autour des vieilles pierres où survit lumineuse l'âme des aïeux dont est faite la nôtre, le devoir de l'élite est de se serrer étroitement. Pratiquons plus

fervemment et plus ouvertement que jamais la religion des ancêtres; excluons de notre communion tous ceux qui voudraient en altérer les rites.

Car il ne s'agit pas seulement de défendre contre les barbares menaçants les maisons de l'idéal que sont nos églises de pierre; il est d'autres églises contre lesquelles ils s'acharnent déjà et qu'ils finiraient bien par abattre si nous n'y prenions garde : nos traditions morales, notre conception de la famille, de l'amour, du devoir, nos arts faits de sage harmonie, de mesure, de vérité, de clarté, auxquels ils substituent depuis quelque temps leurs arts de désordre, de clinquant, de mensonge, notre littérature et notre théâtre où l'audace n'était jamais de l'impudeur, où la réalité n'était jamais cynique, qui vivaient d'observation scrupuleuse et de probité et qu'ils ont remplacés par une littérature et un théâtre de mauvais lieux dont le coup de poing est toute la psychologie, le geste sexuel toute l'intrigue.

Mais ce n'est point par une loi que ces

TES DU TEMPS PRESE\Ï

églises-là seront sauvées. Nos traditions, nos disciplines françaises, toute notre culture, il appartient à tous, à chacun dans sa sphère et selon ses moyens, de les sauver. Le nombre des bons Français, qui ont mis leur nom au bas de la pétition de Maurice Barrés montre à quelle lassitude on en est arrivé en France de se voir dépouiller et opprimer. L'opinion française, à la formation de laquelle nous assistons, a de grandes choses à accomplir : qu'elle ne tarde point; demain le mal serait peut-être irréparable.

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