XXII
Quoique la plupart des syphiiides soient consécutives, il en est cependant, telles que la roséole, qui accompagnent des symptômes primitifs, entre autres la blennorrhagie, dans beaucoup de cas.
On doit aussi considérer comme primitives les affections cutanées qu’on voit chez les enfans qui contractent la syphilis au passage.
On donne généralement comme caractères des éruptions syphilitiques la marche lente de l’inilammation, la tendance à la forme circulaire , la nature des squames, qui sont minces, sèches et grisâtres, celle des croûtes dures et noires, et, par-dessus tout, une teinte particulière, que l’on a comparée à celle du cuivre; mais, il faut le dire, ce n’est que par la vue d’un grand nombre d’affections syphilitiques qu’on prend l’habitude de les reconnaître; et le signe, pour ainsi dire, pathognomonique que l’on trouve dans la couleur de l’éruption n’est peut-être pas bjen exprimé par l’épithète de cuivreuse. Il est des maladies dont le caractère ne peut pas se traduire par des mots ; c’est principalement le cas de celles-ci.
Les syphilides, comme tous les autres symptômes consécutifs, ne se font voir souvent que plusieurs mois et même plusieurs années après les accidens primitifs, isans que la santé en ait été altérée dans l’espace de la première à la seconde maladie.
Tous les symptômes primitifs peuvent produire la syphilis consécutivement; mais l’observation est en opposition avec l’opinion de M. Carmichael, qu’il y a des éruptions qui suivent plus particulièrement certaines lésions primitives.
Les syphilides sont souvent accompagnées d’autres symptômes : l’iritis est une des complications les plus fréquentes; en outre, il n’est pas rare de voir, en même temps qu’elles une maladie de peau simple. Dans ce cas, le diagnostic est quelquefois très-difficile , et demande beaucoup d’attention.
Dans l’état actuel de la science, il est, je crois, impossible d’expliquer les affections consécutives sans reconnaître la présence du virus syphilitique; les auteurs qui l’ont nié n’ont donné, jusqu’à présent, aucune théorie qui ne fût ébranlée par l’observation : ainsi, la sympathie que l’on peut admettre quand un symptôme primitif s’accompagne d’une affection secondaire, peut-elle rendre raison des maladies qui surviennent après plusieurs années? Est-ce à elle qu’il faut rapporter les lésions du tissu fibreux ou des os, à propos d’une ulcération à la verge? Pourquoi, d’ailleurs, ne voit-on pas d’accidens semblables à la suite d’une lésion des parties génitales produite autrement que par le coït?
Quelques écrivains prétendent qu’il n’existe pas de symptômes consécutifs ; que les maladies qu’on observe après une première infection n’ont avec elle aucun rapport, et qu’elles se voient également chez les gens dont la santé n’a jamais été altérée. Une semblable opinion n’a pas besoin d’être réfutée, et elle donnerait, ce me semble, à penser que ces auteurs n’ont jamais vu de malades.
D’autres ont dit que les accidens qui suivent malheureusement si souvent les symptômes primitifs ne doivent être attribués qu’à l’usage du mercure ; et ils ont appelé ces maladies mercurielless. S’il en était ainsi, on ne devrait les voir que chez ceux qui ont fait des traiteraens par le mercure, et cela n’a pas lieu : d’abord on les voit bien plus souvent chez les malades qui ne l’ont jamais employé ; ensuite, les gens qui, par état, manient beaucoup ce métal, devraient en subir les conséquences ; et cependant on ne voit chez eux que des tremblemens, des paralysies, quelquefois des salivations, mais jamais d’affections cutanées, jamais d’ulpères à la gorge, de périostoses ou d’exostoses.
La plupart des malades que j’ai eu occasion de voir, pendant deux ans passés comme interne à Saint-Louis et aux Vénériens, ou n’avaient pas fait de traitement par le mercure, ou la dose en avait été si minime , qu’il eût été absurde d’y rattacher leur maladie. Je ne prétends pas dire que l’usage du mercure mette toujours à l’abri des maladies secondaires; l’expérience serait là pour me démentir; mais je pense que dans-beaucoup de cas il peut les prévenir, et je crois surtout pouvoir afBriner que jamais il ne produira d’accidens fâcheux , si son emploi est modéré, et s’il est administré par une main prudente. Je ne dirai pas non plus que le mercure est un spécifique ; car, pour qu’il en fût ainsi, il faudrait qu’il réussît toujours, et cela n’est pas. Y a-t-il d’ailleurs un seul médicament qui jouisse de ce privilège? Je demande seulement qu’on accorde que c’est le moyen le plus précieux , et souvent le seul, de guérir une syphilis, soit primitive, soit consécutive.
J’ai la plus grande confiance dans les faits de guérison sans mercure obtenus et rapportés par quelques auteurs modernes, dont le talent consciencieux ne peut pas être inis en doîite. Je crois qtve souvent ce traitement seul peut suffire ; mais je crois aussi qu’il faut tenir compte des malades qu’ils observenjt, la plupart militaires qui sont presque tous dans les mêmes circonstances-; tandis que dans la pratique civile on a affaire à des sexes, à des âges, à des temp;éraraens différens, qui doivent nécessairement faire varier et les traitemens'et leurs conséquences.
On a multiplié à l’infini les différens modes d’administration du mercure ; souvent on a attaché ses succès ou ses insuccès à ses préparations. C’est plutôt, en général, l’opportunité de ce médicament et sa quantité qu’il faut considérer.
Parmi les combinaisons du mercure avec d’autres corps, il n’en est peut-être pas qui produisent des effets plus satisfaisons que celles avec l’iode; ainsi j’ai vu le proto et le deuto-iodure de mercure, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, réussir merveilleusement entre les mains de M. Biett ; je l’ai moi-même employé plusieurs fois avec un grand succès.
J’ai vu des affections syphilitiques consécutives être guéries ou considérablement amendées par l’emploi long-temps prolongé de l’opium : je crois ce moyen très-bon, surtout quand on a à traiter des sujets épuisés par la maladie ou fatigués par plusieurs traitemens.
Quoiqu’on général il ne faille pas accorder une grande confiance à
l’efficacité des sudorifiques, il est cependant certain que , dans quelques circonstances, ils rendent de grands services, employés seuls ou avec un traitement mercuriel.
Enfin, je crois que la combinaison de ces divers moyens avec les antiphlogistiques sera toujours très-utile, sinon indispensable, et que l’on guérira plus facilement et plus promptement les affections syphilitiques, même graves, lorsqu’on ne voudra pas employer une seule médication à l’exclusion de toute autre.