INTRODUCTION
Il est devenu d'observation courante que les Sciences biologiques, dans leur évolution actuelle à la poursuite des problèmes fondamentaux de la vie, s’assimilent de plus en plus à leurs sœurs aînées les Sciences physiques et chimiques. De même que l'Anatomie générale de Bichat avait fait place à l’Anatomie microscopique de Virchow, la Physiologie générale, quittant en partie les voies classiques de Flourens et de Paul Bert, s’est transformée en une Physiologie moléculaire où l'organe a cédé le pas, non plus même à la cellule, mais à des éléments encore plus fondamentaux. Depuis longtemps la Chimie biologique est devenue une science distincte; les travaux de Chimie-physique accomplis par des physiologistes purs ne se comptent plus, et on doit à ceux-ci des chapitres entiers nouveaux de cette science. Les mémoires de Biologie générale même, qu'il s’y agisse de parthénogenèse ou de tropismes, ne parlent plus que d'ions et de molécules ; et il est singulièrement frappant de voir à leur tour les histologistes, comme Prenant dans la préface de son admirable Traité, faire appel à la Physique et à Ja Chimie pour pousser leurs investigations au delà du noyau et du cytoplasme. Toutes les sciences de la vie commencent, sous les phénomènes qu’elles étudiaient précédemment, à pressentir et à poursuivre les forces et les propriétés moléculaires.
Invasion de spéculalions théoriques, disent quelques-uns qui voient cette évolulion avec chagrin : étudier la molécule, l'ion ou l'atome, ce n'est pas très loin de faire de la métaphysique, c’est nager en pleine hypothèse, loin de toute réalité expérimentale ; il n’est rien de plus irréel que la molécule, simple donnée conventionnelle, pure abstraction issue d’un esprit philosophique en mal de « boucher un trou » dans sa conception du monde. — Ceux qui parlent ainsi font erreur ; ils n’ont pas compris. À beaucoup de points de vue les molécules sont des abstractions, mais elles ne sont quelque chose d'irréel que si on Îles envisage au point de vue étroit de leur morphologie conventionnelle de pierres élémentaires plus ou moins insécables qui constituent l'édifice de la matière ; elles deviennent quelque chose de parfaitement tan-
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gible — j'allais dire concret — si on les considère comme des ensembles de propriétés : les molécules ne sont que des groupements de propriétés ramenées à l'unité du support par une extrapolation ; c’est la limite d’extrapolation, elle, qui est conventionnelle, les propriétés qu’on extrapole ne le sont pas : et il ne viendra à l’esprit de personne de penser qu’un poids, une quantité de chaleur ou une couleur, sont de pures hypothèses indépendantes de toute réalité expérimentale. L'étiquette est arbitraire, mais ce qu'elle recouvre ne Fest pas : la molécule ne doit pas être pour nous autre chose qu'un coefficient spécifique à introduire dans les variations des fonctions quantitatives d’un corps ; et en envisageant les choses à ce point de vue, elle reste parfaitement dans le domaine du réel. Etudier les propriétés moléculaires d'un corps, c’est chercher à dégager du fatras des faits expérimentaux le minimum de données indispensables pour lui constituer, d’une manière absolument générale, le coefficient caractéristique cherché. C’est la seule manière d'en faire l'analyse la plus fondamentale, d’en disséquer les éléments les plus intimes. Etudier les propriétés de la molécule d’an corps, étudier un ion ou étudier un atome, ce n’est rien d'autre que d'étudier des différentielles successives d’une intégrale que nous présente la Nature : on ne trouve pas dans la différentielle autre chose que ce que la Nature a mis dans l'intégrale.
Dans cette évolution des Sciences biologiques, à la poursuite des propriétés moléculaires, vers les Sciences plus exactes qui leur ont tracé le chemin, il semble que la Physique pure ait été beaucoup moins mise à contribution que la Chimie, et dans l'intérieur de la Physique même, les méthodes de l'Optique physique entre autres moins utilisées que celles touchant à la Chimie-physique. Et cependant l'exemple même de’ la Physique actuelle aurait pu suffire à montrer quels puissants moyens d'investigation possède l'Optique vis-à-vis des structures fondamentales de la matière : tout le monde a présent à l'esprit quels résultats inattendus nous a dévoilés l'Electro-optique dans le domaine de l’électron. Pour parler de choses moins récentes, et pour rester dans le territoire de la science classique d’hier, il suffit de rappeler combien les propriétés optiques nous ont apporté de renseignements sur la construction intime des corps : la constitution des corps cristallins, qui relève de la lumière polarisée, celle des colloïdes qui dérive de l'ultramicroscope, celle des solutions qu'ont révélée en partie les réfractomètres, et enfin celle d’un certain nombre de corps complexes, depuis des astres jusqu'à des albumines, dont la spectroscopie a disséqué les molécules.
Cependant la Physique biologique n'est pas née d'aujourd'hui, et les