CHAPITRE IT
Etude des spectrogrammes
1) Matériel. — Nous avons pris comme matériel trois sortes de muscles :
1° Fléchisseurs abdominaux et muscles de la pince de l'Écrevisse (Astacus leptodactylus Escholotz);
2° Gastrocnémiens, muscles de la cuisse, mylohyoïdien de la Grenouille (Rana esculenta) ;
3° Adducteur postérieur de la moule (Mytilus edulis).
Tous ces muscles ont été examinés frais, dès leur enlèvement de l’animal, soit vivant, soit tué par hémorragie ou destruction des centres nerveux, de sorte que les spectres correspondent aux spectres normaux des auteurs et non aux spectres réduits ou modifiés. Tous ces muscles sont en état relâché et non contractés.
2) Discussion des procédés d'élimination. — L'introduction d’un paquet de fibres musculaires devant la fente d'un spectroscope produit un assombrissement général du spectre, déjà indiqué sans interprétation par quelques auteurs (Hénocque) ; il me parait dû sans aucun doute, non à une faible absorption portant sur la totalité du spectre, mais à une diminution d’intensité du faisceau lumineux par les pertes énormes que produisent la diffraction et les réflexions latérales au niveau du muscle. Le paquet de fibres présente, en effet, aux rayons incidents un grand nombre de surfaces d’hétérogénéités à variations plus ou moins brusques d'indices de réfraction, sans compter les divers colloïdes à gros grains qui forment sa substance intime et qui diffusent, eux aussi, énergiquement la lumière. L'examen ultra-microscopique, dont il sera question plus loin, permet d’ailleurs d’avoir une idée très nette de tous ces phénomènes de perte.
La connaissance de cet assombrissement indépendant de l’absorption nous conduit logiquement à admettre que. toutes les fois que nous verrons dans un spectre musculaire brut une bande sombre coïncidant
EN
exactement comme position avec une bande donnée par la source seule, mais avec un renforcement même notable sur celle-ci, nous n’aurons aucun droit de considérer ce renforcement comme résultant de l’existence d’une bande propre du muscle.
Seul, le cas où les bandes en coïncidence del’arc et du muscle seraient hétérogènes et montreraient des variations intrinsèques d’intensité non disposées dans la même sériation, permettrait d'admettre que le musele a sa part propre dans la formation de la bande ; il resterait alors à déterminer, par une élimination facilement concevable, quelles portions de la bande de l’are sont réellement renforcées par l'absorption du muscle.
Le même raisonnement peut également s'appliquer dans la comparaison des spectrogrammes du sang avec ceux des muscles, sous cette réserve toutefois que nous employons en général le sang sur une épaisseur exagérée par rapport à celle qui mériterait la proportion des liquides contenus dans les interstices des fibres et qu'il s’établit de ce fait une légère compensation; nous rachetons en partie, sans aucune précision d’ailleurs, par l’exagération de l'absorption du sang, un assombrissement qui peut tendre vers celui des pertes de lumière dans le muscle. Les deux spectrogrammes sont donc plus directement comparables, et avec moins de précaution que dans le cas de l'arc.
On doit également tenir compte de l’assombrissement général du spectre musculaire dans la disparition des raies d'émission de l'arc : on ne peut considérer avec certitude une raie disparue par absorption, que lorsque d’autres raies voisines moins intenses du spectre de l'arc ont subsisté après sa disparition.
Ce travail d'élimination, par toutes les précautions qu'il exige est extrémement minutieux, doit être fait sur le négatif lui-même, et est assez pénible pour l'opérateur. Il y à intérêt dans beaucoup de cas à opérer conjointement avec plusieurs sortes de plaques.
3) Comparaison des spectrogrammes. — Les comparaisons des Spectres ont été faites sur négatif, par superposition directe des deux clichés à comparer. Un certain nombre de raies importantes (raie D, diverses raies de Cd, etc.) permettait une superposition rigoureuse, gélatine contre gélatine. Des tirages en positif sur divers papiers (surtout gélatino-bromure C de Lumière) étaient examinés corrélativement.
Ce procédé de superposition des négatifs est le seul qui rende les comparaisons possibles sans des mesures extrêmement minutieuses sur chaque spectrogramme, et c’est peut-être un des plus précis.
4) Notations. — Nous avons conservé dans tous les tableaux pré-
liminaires et dans la discussion de l'élimination, une notation des bandes et des raies d’après leurs distances en millimètres à la raie D mesurées sur les spectrogrammes. Il était absolument inutile de faire de longues transformations en longueurs d’onde pour des éléments à l’élimination desquels la discussion devait fatalement conduire. La notation en longueurs d’onde n’a été introduite à côté de la première qu’une fois les éliminations faites, et c’est elle qu'on trouvera dans les spectres purs définitifs.
Pour éviter les confusions, les notations en millimètres seront indiquées en z/aliques, les notations en #2 en caractères gras.
Plus de deux cents spectrogrammes ont été faits pour l'établissement de ce travail.