‹ Propriétés optiques des MusclesChapitre 85 sur 142 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Etude des organes contractiles au point de vue de la dépolarisation

Les phénomènes de dépolarisation prennent une importance assez considérable par le fait des liaisons qu'on a voulu établir entre l’anisotropie et la contractilité des organes de mouvement. Comme on l'a vu plus haut l’anisotropie de ces organes est loin d’être évidente, et, ainsi qu’on peut s'en rendre compte par notre aperçu rapide des théories de la dépolarisation, pareille démonstration ne peut pas reposer uniquement sur le simple éclairement d'un corps entre nicols croisés : cette condition est bien nécessaire mais elle n’est pas suffisante.

Nous sommes donc amenés à reprendre l'étude de l’éclairement des organes de mouvement, et à l’examiner à un nouveau point de vue, de façon à en éliminer les erreurs systématiques.

Il n’est pas inutile à ce propos d’insister sur certains détails de technique, et en particulier sur ceux qui se rapportent à l'étude des faibles biréfringences (et faibles éclairements par dépolarisation).

Technique

10 Quartz teinte sensible. — La méthode ordinaire qui consiste à étudier la biréfringence d'un corps par son simple éclairement sur champ obscur, entre nicols croisés, est suffisante pour les objets usuels à biréfringence relativement forte, mais se montre nettement insuffisante dès qu'il s'agit d'examiner un corps à très faible éclairement. Dans ce cas, la différence de marche des ondes lumineuses, voisine de zéro, n’est pas assez grande pour faire dépasser à la teinte du corps la région du gris de fer de l'échelle de Newton; l'observateur se trouve donc obligé de distinguer un corps gris très foncé sur un fond noir (ou même gris

également), ce qui représente les plus mauvaises conditions au point de vue de la précision pour une diagnose délicate. Ce travail est en même temps très fatigant pour l'observateur.

Comme on l’a reconnu depuis longtemps la sensibilité peut être beaucoup augmentée par l’usage du quartz teinte sensible. Cela revient à ajouter une nouvelle différence de marche connue, constante et égale pour tous les points du champ du microscope, aux différences de marche déjà existantes ; la différence de teintes à observer peut ainsi être reportée dans une autre région de l’échelle des teintes d'interférence. Ô

Je rappelle qu'on emploie le plus souvent à cet usage une lame de quartz parallèle à l'axe donnant entre nicols croisés, quand son axe est à 45° des fils du réticule, /e violet pourpre no 1 du 2e ordre; cette teinte de fond est en effet une de celles sur lesquelles les variations de teintes d’un objet sont le plus sensibles (d'où le nom quartz teinte sensible) : une même différence de marche qui, sans quartz, mettrait l’objet dans la région du gris de fer, peut, après interposition de ce quartz, le transporter dans la région du bleu indigo ou du rouge orangé; or l’œil est infiniment plus sensible à la perception d'un objet bleu ou orange sur fond violet qu'à celle d’un objet gris sur fond noir. On arrive de la sorte, avec un peu d'entraînement, à observer des réactions au quartz d'objets qui paraissent n’en donner aucune lorsqu'ils sont simplement entre nicols croisés; ce procédé permet donc de pousser beaucoup plus loin les diagnoses et les analyses.

La technique usuelle consiste à regarder une première fois l’objet avec le quart d’axe parallèle à celui-ci par exemple, puis une seconde fois avec le quartz retourné, devenu perpendiculaire à sa position primitive. On observe ainsi deux modifications inverses de la teinte de l'objet, ce qui peut augmenter la sensibilité, et permet en tout cas un contrôle de la réaction : si l'objet ne donne de modification de teintes que pour une seule position du quartz, ou en donne deux de même sens, il est bien évident que l’éclairement observé n'a rien de commun avec les vibrations elliptiques qui doivent être étudiées.

2 Biréfringence des lamelles — Une cause d'erreur assez fâcheuse dans l'emploi de cette méthode tient à ce que les lamelles couvre-objet, soit par vice de fabrication, soit par une déformation permanente due au lutage de la préparation, présentent quelquefois des traces de biréfringence. La conséquence en est que la teinte de fond obtenue avec uu quartz ne sera plus la même dans les deux positions du quartz par rapport à l’objet, ce qui peut parfois apporter un trouble dans la comparaison : on n’a plus en effet dans ce cas à comparer les différences entre

un corps bleu et un corps rouge sur un fond violet, mais, par exemple, celles entre un corps pourpre sur fond indigo et un corps violet sur fond rouge, ce qui est beaucaup plus complexe dans le cas d'objets petits et délicats.

L'emploi de luls élastiques, dont nous parlerons plus loin, permet quelquefois d’atténuer cet inconvénient, mais ne suffit pas toujours à l’enrayer complètement.

3° Compensaleur.— Une autre méthode que nous avons essayée avec succès dans les cas délicats de faibles éclairements, permet de tourner complètement les difficultés pouvant provenir de la biréfringence des lamelles. Elle est basée sur l'emploi du quartz compensateur en biseau (lame dont le plan de symétrie est parallèle à l’axe optique)

Le procédé consiste à amener l’objet dans la région violet n° 1 du compensaleur, puis on fait subir à celui-ci un léger mouvement de va-et-vient produisant une oscillation de l’objet entre deux teintes très voisines, l'une en deça. l’autre au delà de la teinte sensible. Si la vibration elliptique de l'objet est de même sens que celle du quartz, les ditférences de marche de ces deux corps vont s'ajouter, et l’objet va paraître d’une teinte /rès légèrement supérieure à celle du quartz; cette augmentation de sa teinte le rendra par exemple violet quand il sera dans le rouge du compensateur, et bleu quand il sera dans l’indigo ; c'est-à-dire que dans ie premier cas il semblera plus foncé que le fond, et dans le deuxième plus clair En passant donc de la position I à la position IT, on verra l’objet, de foncé par rapport au fond, devenir clair par rapport à celui-ci, et inversement dans le mouvement contraire. Cette « différence variable » des teintes est parfois plus nette que la « différence invariable » du quartz teinte sensible ordinaire. Il n'y a plus à s'occuper ici de la teinte propre et absolue du fond : on examine directement la différentielle, ce qui permet de négliger la constante due à la biréfringence de la lamelle (1).

40 Biquartz. — Au lieu d'employer la région violet de 2° ordre du compensateur, il peut paraître utile dans certaines circonstances (par exemple pour des objets qui ne sont pas incolores) de se servir des régions blanches au voisinage du noir absolu Les bords des biseaux usuels n'étant jamais assez minces pour arriver jusqu’au noir, j'ai employé la méthode de Wright qui consiste à croiser le compensateur a vec un quartz parallèle; on obtient de la sorte dans la région des teintes où la compensation de

!. Bien entendu le phénomène serait inverse ‘l'objet plus clair en deça du violet, plus foncé au-delà) si le quartz an lieu d’être parallèle à l’objet, lui élait croisé Il y a évidemment avantage à faire deux observations successives avec le compensateur dans ces deux positions par rapport à l’objet.

ce dernier quartz est parfaile, c'est-à-dire où l'épaisseur des deux quartz est la même, le noir absolu bordé des teintes grises-blanches connues. Ces deux zônes blanches de teintes identiques ont des axes optiques reclangulaires : en effet, les deux quartz étant croisés, leurs biréfringences se retranchent l'une de l'autre: d’un côté de la bande noire. la teinte blanche est obtenue en soustrayant du quartz le compensateur plus épais que lui, de l’autre côté en soustrayant du même quartz le compensaleur moins épais que lui. La différence est donc du premier côté négative, du second positive; dans le premier, l’axe résultant du système est celui du compensateur, dans le second, celui du quartz. — Le gros avantage de ces propriétés opposées des deux zônes blanches est qu’en transportant l'objet biréfringent de l’une à l'autre, on obtient deux images complémentaires, l’une blanche avec les détails isotropes noirs par exemple, et l'autre noire avec les mêmes détails en blanc : somme toute, en employant les termes de la photographie, une image « positive » et une image « négative ».

A part la disposition spéciale des quartz que nous venons de signaler, l'emploi de ce procédé des zônes blanches est absolument le même que celui du violet signalé antérieurement (1) (2).

5 Montage des préparations. — L'existence de traces d’une hiréfringence des lamelles par vice de fabrication exige, bieu entendu, un essai et un triage de chaque verre avant l'usage ; cette biréfringence initiale est d’ailleurs rare. Il n'én est pas de même de la biréfringence accidentelle causée par le lutage.

Nous avons indiqué plus haut une méthode optique (compensateur) permettant de faire des observations malgré cette biréfringence des lamelles. [lest cependant parfois nécessaire d'employer d’autres procédés pour lesquels cette propriété des verres pourrait être gènante. On peut évidemment s’en préserver en ne lutant pas du tout la préparation. Cela offre de gros inconvénients ; quelques-uns des liquides à

1. Ces divers procédés d'investigation que nous venons de signaler paraissent se ranger dans l'ordre suivant au point de vue de leur sensibilité :

49 examen entre nicols croisés;

2 quartz teinte sensible ;

30 compensateur :

40 biquartz

Il pourrait y avoir intérêt, dans une observation quelconque, à les employer successivement de façon à obtenir une sorte d'évaluation grossière de l'intensité de la réaction.

2. Le compensateur gradué dont nous donnons la description plus loin peut bien entendu s’employer dans les mêmes cas que le compensaseur ordinaire ou le biquartz.

employer sont volatiles, et le sont suffisamment pour que la préparation s’assèche pendant l'examen.

En outre dans beaucoup de circonstances, quand la viscosité du liquide sous la lamelle est inférieure à celle de l'huile à immersion employée, l'objectif à immersion empêche la lamelle de suivre les mouvements de la préparation lorsqu'on bouge celle-ci. D'où difficulté de prendre des repères efficaces (1). On peut employer par contre des luts élastiques, qui sont déformés par la lamelle au lieu de la déformer euxmêmes, et qui permettent à celle-ci de reprendre sa position d'équilibre tout en isolant le liquide qui baigne la préparation. Un pareil lut doit d’un part être assez visqueux pour empêcher la lamelle couvre-objet de se déplacer par rapport à la lame sous l’action de l’objectif à immersion, et d'autre part avoir un coefficient de rigidité assez faible pour ne pas résister aux déformations de la lamelle.

Je me suis assez bien trouvé, en guise de lut de ce genre, d’un mélange à chaud de gutta-percha (des bâtons de gutta employés pour l’isolement des fils électriques dans les installations usuelles) avec de la paraffine à 350 et de la glycérine en proportions suffisantes pour donner un liquide visqueux vers 35° Ce lut, appliqué à chaud à l’état liquide se refroidit en pâte molle et reste dans cet état pendant plusieurs jours. L'inconvénient de ce lut est d’être légèrement soluble dans quelquesuns des liquides de nos séries, ce qui fait qu’au bout de quelques jours les préparations prennent une teinte brune qui peut parfois les rendre inutilisables. En outre, il durcit au bout de quelques jours et la biréfringence des lamelles peut apparaître tout de même. Il est évident d’ailleurs que toutes les préparations lutées ou non doivent être employées fraîches peu de temps après leur fabrication. Beaucoup de liquides s’altèrent au bout de quelques semaines, parfois moins, au contact de l’air (créosote) ou de l'objet, celui-ci brunit ou jaunit et les phénomènes de dispersion qui en résultent finissent par empêcher les observations.

6° Séries. — Les préparations des expériences suivantes ont été cons. titués selon trois méthodes qui se complètent :

1° Séries de préparation montées chacune dans un liquide différent et comparées entre elles ;

2 Une même préparation passée successivement à travers les liquides de la série — dans l’un et l’autre sens — et examinée dans ses

1. Dans le cas où le liquide sous lamelle est peu volatile, on peut tourner la difficulté en ne lutant qu'un seul angle de la lamelle. C'est suffisant pour l'immobiliser, sans y amener de déformations appréciables.

divers états. Dans ce cas un ou plusieurs points de la préparation étaient rigoureusement répérés et suivis pendant toute l'opération ;

3° Une méthode mixte entre les deux : la série totale des liquides est fractionnée en plusieurs groupes (1) se complétant les uns avec les autres et chacune de ces séries élémentaires est parcourue par un objet.

La deuxième méthode est évidemment la plus rigoureuse et nous ne nous sommes guère servis des deux autres qu’à titre de contrôle ou d’aperçus préliminaires pour déterminer la zône de l'indice d’extinction.

Etude des organes contractiles

L'importance et l'intérêt de la théorie d’Engelmann nous ont poussé à sortir du domaine strict des fibres musculaires, et à examiner, au point de vue des réactions en lumière polarisée, divers autres organes contractiles : cils vibratiles, flagelles, etc.

Nous avons étudié les éléments suivants :

1° Cils vibratiles épithéliaux {cils de branchies de Moule);

2° Palettes natatoires des Cténophores ;

30 Flagelles de Spermatozoïdes ;

4e Muscles lisses ;

5° Muscles striés ;

6° Organes contractiles de Protozoaires.

Cils vibratiles

Matériel. — Cils de branchies de Moule (extrémité et bords des filaments branchiaux).

19 Variation de la teinte avec l'épaisseur. — L'observation est très difficile à effectuer. On doit d'abord attendre le ralentissement ou l'immobilisation des cils, par la mort ou l’anesthésie, puis chercher dans

4. Par exemple groupe À de n = 1,34 à n = 1,50. groupe B de n — 1,47 à n — 1,517.

groupe CG de n = 1,55 à n = 1,60, etc.

la préparation des cils dont l’axe longitudinal horizontal soit rectiligne sur une grande longueur, de façon à éliminer l'influence des courbures gauches. Il ne faut évidemment pas songer à mesurer verticalement

Fig. 25. — Bord de filament branchial de moule en lumière polarisée, montrant les cils vibratiles.

+ Nicois.

dans le sens de l’axe optique du microscope, même par les procédés interférentiels les plus précis, la variation d'épaisseur du cil en deux de ses points ; mais étant donné que le cil est sensiblement conoïdal (ainsi qu'on peut s’en assurer en cherchant de ces éléments qui soient verticaux dans la préparation), on peut admet{re que tous les diamètres transversaux ont une variation de même sens et de même ordre de grandeur : en notant donc une variation importante du diamètre transversal horizontal du cône. on peut être presque certain d'enregistrer une varialion de même importance du diamètre tranverse vertical. Si l’on examine alors, bien entendu au quartz teinte sensible, la portion rectiligne du cil dont nous avons parlé plus haut, on constate que la teinte est invarable sur toute la longueur de cette portion rectiligne, quoique le diamètre transversal y varie souvent du simple au double. Malgré sa délicatesse d'exécution, il nous a été donné de pouvoir faire plusieurs fois celte observation avec une grande netteté : /a teinte de polarisation du cil ne parait pas varier avec l'épaisseur. De ce fait, on peut conclure dans les limites de réserve que nous impose l'approximation du procéde, comme nous le disions plus haut, soit que le cil a une Cbiréfringence vraie » croissant à mesure qu’on se rapproche de sa pointe, soit qu'il est dépolarisant. Mais la première hypothèse, quoique très. invraisemblable, est néanmoins possible, et l'observation de ces

phénomènes par cette méthode est insuffisante pour la démontrer ou la réfuter.

20 Variation de l'éclairement avec l'indice de réfraction du milieu extérieur. — En montant des cils dans la série de liquides à indices croissants indiqués plus haut, on constate qu'à partir de 1, — 1,40 environ cet éclairement baisse sensiblement ; la réaction devient extrêmement faible, au point que les procédés de compensation les plus délicats la mettent à peine en évidence, dans une zône d’indices comprise entre 1 = 1,47 el 1,54 environ: et elle s'annule complètement au milieu de cette zûne, au voisinage de #1, = 1,51 : On n'obtient même plus de réaction au biquartz. L'indice de réfracuon nr, du cil mesuré au procédé Schræder est à ce moment sensiblement égal à celui du liquide (1,51 Z no < 1,52).

Au delà de cette zône, vers 1,60 à 1,66, l’éclairement du cil reparaît.

En promenant une même préparation à travers une série de liquides, on peut constater la réversibilité du phénomène : un cil éclairé vers nr = 1,34, s'éteint en arrivant à n, — 1,51, s’éclaire de nouveau au delà ; puis, si on lui fait parcourir la même série en sens inverse, s'éteint de nouveau en passant par 2, = 1,51 et enfin s’éclaire encore en arrivant dans des indices plus faibles.

Les tableaux suivants rendent compte de la marche d’une expérience (1).

1. Nous avons essayé en vain de faire des mesures photométriques au microscope sur cet éclairement; dans l’impossiblité de donner des valeurs numériques, nous avons dû nous contenter d'exprimer le sens de la varialion par des qualificalifs «très net, net, faible, très faible ». Bien entendu ces qualificatifs n’ont de sens que dans l’intérieur de la série même où on les applique et les qualificatifs de deux séries indépendantes ne doivent pas du tout être comparés entre eux.

Vlès 45

Cils de branchie de Moule

Comparaison de diverses préparations.

Indice » Liquide PRE ee rt CET œ È de Péclairement na û d'immersion (ARE du liquide #1 et de du liquide m de l’objet Lo 1,34 Eau de mer Très net 1736 Alcool absolu » ; 437 Eau + glycérine Un peu plus faible mais net

1,40 Alcool amylique »

Eau + glycérine »

1,44 Chloroforme Faible mais net

Alcool amylique

+ glycérine »

1,47 Glycérine Extrémement faible 1,49 Huile de ricin »

4,51 Essence de cèdres Nul R > RL 1,53 Essence de girofles »

1,54 Créosote »

4,60 Créosote + bromure Faible mais nel naphtaline

4,66 Bromure naphtaline Net

Cils de branche de Moule

Préparation réversible observée à travers une série de liquides.

Estimation Comparaison

ne Liquide de l'éclairement … des indiges du liquid u liquide # a e l’éclairemen les indices du liquide d'immersion ai su de l'objet et de l’objet

Alcool Très net Ro > AL

1,51 Essence de cèdres Nul No MAL, 1,66 Bromure naphtaline Net No L NL EE Essence de cèdres Nul M = 1,36 Alcool Très net 0 > TT

EEE

La variation réversible de l’éclairement, exprimée par ce dernier tableau est parfaitement typique, et ne laisse aucun doute sur la nature du phénomène : il ne peut pas être question d’anisotropie optique dans le cil vibratile (Vlès 1908), et l’éclairement y est uniquement produit par des éléments isotropes puisque le minimum de cet éclairement est sen-

= AT

siblement zéro : s’il y avait superposition d’effets biréfringents prove nant de substances anisotropes et isotropes mélangées, ce minimum ne serait pas zéro.

Il n’est peut-être pas trop imprudent de tirer de ces observations une conclusion relativement à la structure interne du cil : celui-ci se comporte comme un uniaxe (?) positif (1), et nous avons vu plus haut qu'il

Fig. 41. — Schéma d’un fragment de Beroe montrant les palettes et les fibres musculaires entre nicols croisés. X 60 environ. + nicols.

y à deux cas principaux dans lequel un système dépolarisant peut produire un effet analogue, c'est le système zônaire ou le système fibrillaire. Je rappellerai à ce propos qu'Engelmann admettait — mais peut-être plutôt pour des raisons théoriques que d'après des observations bien précises ? — la structure fibrillaire du cit.

30 Variations de l'éclairement du cil sous diverses influences. -— Etant donné l'importance de ces réactions optiques des cils, je ne crois pas inutile d'indiquer en outre quelques-unes de leurs variations sous diverses actions (il serait facile de les comparer avec celles des

4. La mise en évidence des caractères d’uniaxe sur le cil est assez délicate et problématique malgré toute l'autorité d'Engelmann.

AT

muscles dans les mêmes conditions, sujet traité dans un prochain chapitre).

La dessiccation de quelques minutes à l'air libre altère l’éclairement du cil et le fait disparaître, ce qui peut s'expliquer par les altérations que subissent les surfaces internes du fait de la dessiccation. Dans les mêmes conditions, la teinte de polarisation du muscle ne se modifie pas, même par la dessiccation dans le vide.

La variation de l’éclairement du eil avec la température paraît irrégulière, et doit dépendre de l'accélération plus ou moins grande de la dessiccation qui en résulte; la variation de teinte du muscle avec la température est au contraire régulière et très caractéristique.

Palettes natatoires des Cténophores (Mackinnon et Vlès 1908)

Comme éléments extrêmement voisins des cils dont ils ne constituent qu’un cas aberrant, les palettes natatoires des Cténophores sont particulièrement intéressantes. Elles ont un éclairement remarquablement intense à l'état frais et leur teinte peut dépasser le blanc pur de premier ordre (ou le bleu-vert de II° ordre avec le quartz sensible violet Ile ordre). Cependant, l’expérience d'immersion montre une variation très nette de l'éclairement, qui s'annule pour un indice d'extinction voisin de #1 —= 1,54.

Par conséquent, pas plus pour les palettes nataloires que pour les cils vrais, on n’est en droit de parler d’anisotropie et de biréfringence vraie. Les palettes sont également positives, et l'on peut en tirer les mêmes inductions que pour les cils.

Palettes natatoires, Pleurobrachia pileus Chun,

1° Comparaison de préparations différentes.

Indice tre Estimation Comparaison du liquide ei de l'éclairement des nd du liquide d'immersion SES OTE de l’objet et de l’objet 1,34 Eau de mer Très net 1,36 Aicoo!l éthylique Net mais plus faible 4,49 Huile de ricin Faible maïs net 4, 51 Essence de cèdre Sensiblement net 1,55 Essence de girofles Nul 1,53 no 7 1,54 1,54 Créosote Nul ie"

1,66 Bromure naphtaline Net

30 La reversibilité, autour de la gône d'extinction, existe comme dans les cils. (mème préparation)

1,66 Bromure naphtaline Net

1,54 Créosote Nul — Indice d’extinction 1,49 Huile de ricin Faible mais net $

1,54 CUréosote Nul = id.

1,36 Alcoo!i Net

Flagelles des spermatozoïdes.

Matériel. — Spermatozoïde de Triton (Triton cristatus Laur).

L'éclairement assez faible, mais net, des flagelles de ces gros spermazoïdes doit être considéré comme relevant également de la dépolarisation (Mackinnon et Viès 1908). Un point intéressant à noter est que « l'indice d'extinction » de ces éléments est sensiblement plus élevé que celui des cils vibratiles (N; = 1,56 au lieu de 1,51) ; la différence de 0,05 dans les indices d’extinction de ces deux éléments, très nette et plus grande que les approximations des mesures, a-t-elle un intérêt quelconque au point de vue cytologique ? Je rappelle à ce sujet que certaines théories récentes tendent à éloigner les cils des flagelles, mais il ne faut peut-être pas trop s'attacher à cet argument-ci qui a plus de valeur au point de vue chimique qu'au point de vue morphologique. Nous verrons plus loin des muscles de deux animaux de la même espèce offrir des écarts analogues.

Les flagelles en question sont également + , ce qui est en rapport avec la structure fibrillaire démontrée depuis longtemps.

Flagelles des spermatozoïdes de Triton

: Estimation Comparaison Indice Liquide employé de l’éclairement des indices du liquide du liquide de l’objet et de l’objet 1,33 Eau Net 1,3 Alcool éthylique Net mais plus faible 1,47 Glycérine Très faible 1,49 Huile de ricin Très faible 4,51 Essence de cèdres Sensiblement nul 1,54 Créosote Sensiblement nul 1,56 Divers mélanges Nul NN, de créosote 1,58 + bromure Nul 1,60 naphtaline Très faible mais net 1,66 Bromure naphtaline Net

Muscles lisses.

Au contraire des cas que nous avons examinés jusqu'ici, l’éclairement total des fibres musculaires lisses se présente comme dû à une substance anisotrope. Les expériences ont porté sur des matériaux empruntés à divers groupes :

Vertébrés : Triton cristatus Laur, muscles de la paroi de la vessie.

Mollusques : Mytilus galloprovincialis, adducteur postérieur. Octopus vulgaris, muscles des bras.

Cœlentérés : Beroe ovata, fibres musculaires du mésenchyme (fig. 42).

A. — Variation de la teinte avec l'épaisseur. — La variation de la teinte avec l'épaisseur de la préparation est un fait d'observation courante pour les fibres musculaires, aussi bien lisses que striées d’ailleurs. On trouve sans aucune difficulté dans la première dissociation venue des fibres déchirées en biseau, et il n’est même pas besoin de mesures pour se rendre compte que la teinte est fonction de l'épaisseur. Nous n'insistons pas sur cette démonstration qui n’a guère qu'une importance annexe à côté de celle de la méthode d’immersion.

B.— Méthode d'immersion. — L'éclairement de la fibre musculaire lisse ne paraît pas dépendre de l'indice de réfraction du milieu extérieur. On n’observe avec nos procédés d'investigation aucune variation sensible de l’éclairement au moment de l'égalité d'indices de la fibre et du médium d'immersion. Cette égalité a été, bien entendu, soigneusement répérée au Schræder, de façon à ne laisser aucun doute sur le moment où eût pu se produire la variation.

Les propriétés optiques de la fibre musculaire lisse se distinguent donc essentiellement de celles du cil, en ce qu'ici nous trouvons véritablement une substance anisotrope.

Vessie de Triton.

Indice Estimation Comparaison du liquide Liquide d'immersion de l’éclairement des indices du liquide d'immersion de l’objet et de l’objet 1,33 Eau Très net 1,36 Alcool éthylique »

4,49 Huile de ricin »

4,51 Essence de cèdre » LAON 4,52 Essence de cèdre Aucune variation + essence de girofle sensible No NX 1,53 Essence de girofle Aucune variation sensible No L AL 1,56 Créosote + bromure »

naphtaline 1,66 Bromure naphtaline »

Adducteur de Moule.

Indice #1 Estimation Comparaison du liquide Liquide d'immersion de l’éclairement des indices du liquide d'immersion de l’objet et de l’objet 1,34 Eau de mer Très net 1,36 Alcool éthylique »

4,49 Huile de ricin »

4,54 Essence de cèdre » HN Or 125% Essence de cèdre Aucune variation + essence de girofle sensible Ro NL 1,53 Essence de girofle » no <T NL 4,56 Créosote + »

bromure 1,58 naphtaline »

1,66 Bromure naphtaline »

3° Les muscles de Beroe et d’Octopus donnent les résultats analogues.

Muscles striés

La question est particulièrement complexe parce que, comme nous allons le voir, l’éclairement n’est pas homogène et il sy rencontre des

phénomènes optiques de divers ordres. Nous examinerons successivement les différentes stries.

1° Disque Q. — Matériel : muscles des membres de divers Arthropodes (Pinces et pattes de Carcinus mænas, Platycarcinus pagurus, Eupagurus Prideauxi, Crangon vulgaris, Astacus fluviatilis, pattes d'Aydrophilus piceus); Gastrocnémiens de grenouille.

Le disque sombre ne montre aucune variation d’éclairement correspondant à la variation des indices : il se comporte absolument comme la fibre lisse Nous avons en outre vérifié sur des disques Q d’Astacus, qu'il n'y à aucune variation sensible de la teinte au moment de l'égalité d'indices ; la mesure a été faite très soigneusement au comparateur Michel Levy, et l'égalité d'indices vérifiée au Schræder.

Carcinus moenas.

Page 1